Vélo et château de sable.

chateauJe me suis lancé dans un Casteau-Blankenberge sans avoir assez étudié l’itinéraire. Résultat, après Renaix, et une fois sorti des Ardennes flamandes (à Kluisbergen, j’ai croisé le tracé de la « route Eddy Merckx »), beaucoup de kilomètres sans beaucoup de charmes. Par contre, beaucoup de vent, et fort (outre que ça durcit la course, ça crée un sentiment d’isolement). Ce n’est que vers la fin, en contournant Bruges et en filant enfin sur les petites routes vers la côte, qu’il y eut un vrai moment de grâce. Mais de toute façon, ça ne survient qu’après plusieurs heures d’effort, de ressassement et de radotages, après l’exaltation du départ et les premiers trente kilomètres faciles, après la concentration des 40 suivants (plus difficiles, vent contrariant), le doute et la fermentation des 30 qui leur succèdent (déception du paysage, chrono qui s’annonce mauvais, vent décourageant, doutes qui s’installent). Alors, il faut se refermer, s’appliquer, gérer les premières crampes. Entre Zedelgem et Varsenare, ça commence à devenir bien. Dans Varsenare, la petite route écartée qui rejoint Houtave est réellement prometteuse. Dans les polders, c’est la fin de la journée, le soleil est brillant, éblouissant. Le vent puissant pousse de côté et, de temps en temps, selon les virages, dans le dos. Subites accélérations. Le vert des prairies est lumineux. Les petits canaux sont parcourus de fines vaguelettes surmontés de cristaux scintillants. Sur les accotements, les ombellifères sont agitées, pliées en deux. L’air est déjà marin. D’une limpidité dérangeante. Chargé de pollen et de fines particules d’écume qui réverbèrent la luminosité. Dans cet état un peu second (fatigue, vent, hypnose du balancier des jambes), ce n’est pas vraiment regarder/voir le paysage que l’on fait. On l’absorbe, on le sent, on le respire de l’intérieur, il nous possède. Le nez dans le guidon, la gueule ouverte, les yeux dans les coins, les sens dopés par le palpitant hyper actif, hors de lui. C’est intense et fugitif. Une forme d’abandon, d’extériorisation. Exactement la même sensation quand s’effondre le château de sable sous le flux des vagues. C’est une sorte de « culture de soi » transmise aux formes éphémères de sable, un effort concentré, évacuation de tout ce qui n’est pas en harmonie avec une vie exposée au littoral, une recherche de gestes primaires, instinctifs, gratuits (dont le bénéfice est pourtant réel, sur le long terme, sans aucune trace matérielle). Une construction transitionnelle qui côtoie une sorte de transe au fur et à mesure que la mer monte. Et puis tout disparaît. Le processus d’effacement, d’écroulement, est fascinant. Ce qui ressemble le plus à une écriture rembobinée, qui défile à rebours. Plage nette, lisse. Une sorte de page blanche semble disponible (tout ne serait pas écrit ou plutôt tout peut se réécrire). De même qu’à vélo, dans la transe finale, au-delà de 130 kilomètres (en ce qui me concerne), l’impression d’un renouveau infatigable galvanise les muscles et l’esprit (qui s’imagine s’arracher à sa condition … (PH)

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