Images peintes, indice d’ailleurs

 Bruno Van de Graaf chez Caviart

 canalcaviart

Le long d’un canal, dans une sorte de hangar industriel avec un logo évoquant un grossiste en viande, se cache une galerie d’art particulière. Là, dans le dédale d’un ancien site métallurgiste (?) ou verrier (?), l’imagerie de Bruno Vandegraaf surgit idéalement, images exsangues, à la limite de la nuit, prête à y retourner, évanouies. (Acrylique sur toile, formats : 50x70cm, 60x90cm, 70x90cm, 100x80cm, 120x80cm.) Des images fantômes, comme des bouts de films intérieurs, déréalisés, oubliés et soudain éblouis dans les phares du regard qui, en un fragment temporel, les sondes et les figent. Imaginez un film de David Lynch qui se baladerait complètement dans une obscurité matricielle, mouvante, avec juste de temps en temps un flash, un spasme aveuglant qui surprend une action, un morceau de personnage, un objet, un mouvement, un lieu, un vide, une trace, un paysage… (Le coin de table/ »Va Fanculo ! »/La communion/Lucky bamboos/Surveillance/la tv/La bague/Les nuages/ La chambre d’hôtel/La cuisine/Le voyage en avion/L’aube/Le réveillon/Le désert/Le désir/La maison/Les garages/Les tombes/La voiture/A vendre/ Dimanche matin/Home (is where I want to be/Mercredi après-midi/L’hiver/)… L’ensemble est lié par un fil étrange, sinueux, un suspens (imaginons, dans ces couloirs de briques, sombres, tordus, encombrés de vestiges et où filent des vents frais et humides, des atmosphères musicales composées de certaines attaques de drones stridents intermittents sur fond d’inspecteur Barnaby revu par John Zorn). L’image est découpée montée en objet d’enquête par excellence dans une sorte d’abîme sans nom. Investigation. Images trop longtemps enfouies dans la cave que pour avoir conserver leurs couleurs. Ou trop longtemps surexposées pour attirer encore le regard… Elles déplacent l’attention vers un ailleurs « banal », relecture de clichés… Le coup d’œil (du peintre) est rapide, exercé à isoler les indices qui font sens et cerner les périmètres picturaux où la vie se réinvente dans les marges, les décors passés. Les placards, les bleds, les paysages vides, le mobilier banal, l’électroménager déclassé, les attentes. Des détails plaqués dans leur cadre par une force de représentation comme instantanée. Un souffle. Des morceaux du réel extirpés de leur banalité et propulsés dans leur puissante naïveté (ou native puissance). Avec la volupté du vertige qui retire le sang des choses à l’instant, bref comme l’éclair, où elles coïncident avec le saisissement de leur  vérité caché. Hallucinations fulgurantes livides. Ces regards décalés sur le hors champs morcelé, chair effrayée du vide, ces images morcelées d’une même énigme infinie et essentielle, renouvellent l’excitation narrative, le désir de questionner « qu’est-ce qui se passe », là, dans la scène et dans la peinture. – Bruno Van de Graaf expose entre autres avec le graveur Paul Authom. Il travaille en série une forme fétiche noire, silhouette qui révèle ou cache le mystère de l’ombre que l’on porte (parfois sans le savoir). Tantôt contour de montagne, de tour patibulaire, de tronc refuge, silhouette animale, esquisse de personnalité à contre-jour, variations à l’infini à partir du même qui montre que tout un monde complexe s’élabore avec très peu de chose. Quelques traits, une garniture minimale, des proportions qui changent, une différence d’inclinaison, un rapprochement et les contours semblent cerner une tout autre entité. Ces étranges masques s’intitulent « Dissimulation », « Portrait », « Famille », « Double chat »… Les autres exposants sont le céramiste Jacques Iezzi (ses grandes lames évoquent les structures archéologiques d’une vie sortie de la rivière), Myriam Louest qui travaille la résine époxy (pour donner l’impression de sculpter une matière liquide et lumineuse) et le photographe Alain Breyer qui a dressé le portrait de la ferveur populaire, individuelle ou en petit groupe, suspendue dans l’attente du Tour de France, sur les bords de la route (déjà exposé au Musée de la Photographie à Charleroi, travail édité en livre). Le site de ce lieu atypique, bien que pas à jour, donne une idée de l’esprit de ce que l’on peut y trouver: www.caviart.be… (PH)

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