« De Van Dyck à Bellotto. Splendeurs à la cour de Savoie. » Bozar.

 bozarIl est instructif d’examiner comment une cour fut un centre de mécénat, attirant les artistes côtés, suscitant des vocations sans doute, et mêlant l’art au rayonnement de son prestige royal et politique. Je suis toujours bluffé par les grands portraits, à la fois austères et pompeux, sombres et chatoyants, bien faits pour impressionner ! Malgré un parcours rendu difficile par la pénombre, (quasiment impossible de prendre note !) et l’éclairage (plusieurs toiles invisibles sous les reflets dès que l’on s’approche), je me suis attaché à retenir des toiles ou des détails qui valent (pour moi) en dehors même du fil conducteur de l’exposition. Quelques flashs (dont certaines dimensions sont liées à mon ignorance). Le premier, c’est « La mort d’Adonis » d’Antonio Tempesta. Une petite toile, assez claire, bien que l’avant-plan soit situé dans un sous-bois… Adonis est étendu, probablement déjà mort. Mais l’image, représentant simultanément différents moments de l’action, établit un contraste entre le paisible de la nature et l’agitation humaine. Le personnage qui a décoché la flèche fatale est aussi figé dans son élan mortel, il semble perdre l’équilibre, en train de tomber vers la dépouille. Il y a de l’agitation, d’autres chasseurs, fantassins ou cavaliers, un sanglier noir qui fait front (confusion quant à la véritable victime ?). Et à l’arrière-plan, dans une vaste clairière, de nombreux cavaliers armés continuent à chercher Adonis. Tuer Adonis déclenche comme une fièvre contagieuse, une folie sans fin où l’on entreprendrait de régler leur compte à « tous » les adonis… (quelque chose de semblable, plus loin, dans un paysage de Van Bloeme, avec la foudre qui tombe, parabole précise, et l’agitation qui part dans tous les sens) Il y a ensuite le « Christ au Mont des Oliviers » de Francesco Cairo (1665). Le Christ est déjà comme effondré, « sorti de lui-même », plus qu’une enveloppe abandonnée au destin, il s’écroule vers la croix étendue au sol où traînent clous et calices (à regarder de près, c’est très sombre). Il y a un quart de lune blafard. Une forme, que je n’identifie qu’en y regardant à deux fois, celle d’un ange, est penchée et retient le Christ. Elle fait plus que le soutenir. Elle semble en emporter la consistance, le poids, de sorte que l’image, par une étrange perspective, donne cette curieuse sensation d’une chute vers le haut. (Au passage, quand même, de remarquables Van Dyck !) J’aurai le regard happé par un « Saint-Jean Baptiste au désert ». La fourrure lâche qui lui ceint la taille en accentue la nudité. Le torse est très plastique. La peau est chaude et soyeuse, blanche et immatérielle, presque diaphane. Il est pris dans une torsion imperceptible qui trahit l’expectative (comme quand on se tord le cou sans s’en rendre compte). Autour, la nature, chaude, est agitée, venteuse… (Quelques grands formats baroques plus loin…) Il y a une pièce réservée aux natures mortes (j’adore). Je m’amuse beaucoup avec celle d’Abraham Mignon qui est « vraiment trop » : tronc d’arbre, fleurs, insectes, escargot, chardonneret dans son nid, grenouille, lézard… Le rassemblement est étrange, joue sur la disproportion, comme s’il inventait le microscope, et des contrastes de couleurs et de lumières presque sidérants, presque « douanier rousseau » !  La salle avec les grands paysages, fouillés et précis, avec des profondeurs invraisemblables, m’enchante vraiment. (En fait, ça rejoint la manière dont on avale un vaste paysage, à vélo, quand on y roule, et que sur une hauteur, on embrasse très loin, on a le temps d’enregistrer énormément de détails précis, dans les couleurs et les textures, en quelques secondes, on est déjà ailleurs). Même les grandes étendues champêtres baignées de lumières romantiques. Je craque peut-être pour le moins remarquable : un petit format, une plage fluviale un peu quelconque, sauvage, de Gottfried Wals. Difficile à dire comment l’enchantement de l’environnement fluvial est si bien rendu, si juste qu’il touche des souvenirs, que l’on respire l’odeur de l’eau douce, des bords un peu vaseux, les berges sableuses, et que l’on entend le fil de l’eau… La forme émouvante de l’arbre, aérienne, le ciel et les nuages fluides… un cadre où j’aimerais m’enfermer… (C’est vrai que le Bellotto est fascinant, par sa construction, la masse urbaine dans ses remparts, les travailleurs sur l’échafaudage, et l’espace de plus en plus vide de la nature, la quantité de détails et d’atmosphères différentes… Le film, projeté à la fin, qui le détaille, donne l’impression de filmer vraiment la nature…) Sinon, je trouve impressionnant le « Saint Jean Népomucène confessant la Reine de Bohème ». Dans les tons dominants bruns, usés, fatigués, sauf la reine, plus sombre, ombre étoffée abandonnée contre le confessionnal, meuble très succinct qui rassemble en une seule douleur trois êtres plutôt qu’il ne les sépare. Trois personnages abîmés dans cette action magique de se défaire de ses fautes et péchés (pour la reine), de s’en charger pour les absoudre pour le prêtre et l’autre priant. La ferveur de la prière, comme un sommeil galvanisé, étreint ces trois corps agenouillés, mains jointes… Au passage, jeter un œil sur le travail de Louise Herlemont, « Sans objet », dans l’espace A4 : l’artiste fait réapparaître, en « trames punctiformes », le tracé d’œuvres qui ont été exposées dans ces lieux. Parfois, les tracés de plusieurs œuvres se recouvrent. Constellation. L’art, fantôme, transpire à même les murs, en creux, impacts, pointillisme dans le plâtre et la mémoire aveuglée (ce ne sont pas les vrais murs qui ont été « impactés », rassurez-vous, mais des cloisons qui les recouvrent !). Amusant, rafraîchissant, habité ! (PH) – Le site de Louise Herlemont – 

bozar2bozar3bozar4

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s