Miroirs de l’anonyme

Photos de la rue.

saukay

Ce qui me frappe en premier est l’altération des grandes images collées sur la palissade brûlée. Ces images exposées à la rue qui se décollent, se lacèrent, se déchirent, partent en lambeaux comme toute vie, abandonnée et exposée aux intempéries, sans aucun refuge, sans repos, finit par s’estomper, s’effacer, tomber en loques. Magnifique peau d’images qui mue, s’écaille, s’effrite, étendue sur le lambris de la mémoire. Ensuite, le contraste entre l’aspect éphémère de l’installation et la qualité des regards affichés. Surface et profondeur. Il s’agit en fait d’une exposition « officielle » dans le cadre d’une manifestation culturelle. L’artiste, Jim Sumkay, a sans doute commencé ce travail de montrer à la rue les moments de vie qu’il y avait captés avec son appareil photo, de façon spontanée, sans rien demander à personne. Aujourd’hui, il jouit d’une reconnaissance certaine et semble inviter, dans différentes villes, pour portraiturer ces instants du quotidien,  ces fameux « gestes de tous les jours » (dont parle entre autres Ferré) qui, finalement, façonne une existence, l’âme d’une foule, d’une population dans la rue qui (se) regarde passer… Collées en affiches dans des lieux de passages (souvent pour garnir des palissades de chantier !), où la rue, les gens dans la rue se voient photographiés (eux ou leurs semblables, en tout cas d’autres qu’ils pourraient rencontrer dans les rues où ils marchent tous les jours) ces images ont une dimension « miroir » où le sujet de la rue peut se ressaisir, voir qu’il est quelqu’un, sortir de l’anonymat…  Les photos exposées à Bruxelles, par le coup d’œil saisissant un morceau de réel où coexistent du texte (affiche, panneau, bannière…), l’attitude de personnages caractéristiques, l’état d’un établissement, la forme d’un objet, une scène immobilisée, une action interrompue, fonctionnent comme des montages surréalistes inscrits à même le cours de la vie. Avec une pétillance un rien mélancolique, un enchantement désabusé (une grâce paradoxale). Il faut visiter son site. (PH)

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Une réponse à “Miroirs de l’anonyme

  1. dire que c’est un paradoxe est une lapalissade.

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