Nature morte et lumières

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Quel repas pour amis tirer de ces ingrédients ? Ce sont les parties d’un menu esquissé dans ma tête et qui doit prendre forme. J’aurai fait l’expérience, une fois de plus, que l’on peut ne pas trop gâcher la nourriture, sans pour autant toucher la grâce qui fait que « c’est réussi ». Il ne suffit pas de s’appliquer, de passer du temps, de faire du mieux que l’on peut. Il faut aussi autre chose. Comme pour l’écriture (toutes les phrases peuvent être correctes et pourtant le texte ne ressembler à rien). Asperges aux crustacés et coquillages ; thon poché dans du madiran épicé, vinaigrette au basilique, sucrines et tomates confites ; tartelettes nappées de crème au Madiran, poires imbibées de vin épicé, crème glacée à la truffe… Les différents éléments tenaient la route, mais il manquait le « liant », ce qui fait tenir le tout ensemble et donne vraiment son sens aux saveurs. Pour saisir vraiment ce qui n’a pas fonctionné, il faudrait refaire plusieurs fois de suite le même menu et ainsi devenir un vrai amateur ! (Entre temps j’aurai vérifié que les heures que l’on (se)donne en préparation de nourriture à partager entre amis, aident au ressassement, c’est un genre de don, impliquant un exercice manuel et une épreuve de sensibilité, qui stimule l’esprit. Le vin aura estompé la déception des attentes gastronomiques (Bandol blanc, Saint-Joseph). Les dons laissés par les visiteurs renforcent l’impression d’un passage de clarté (l’heure d’été), avec ce lanceur de lumière, bougie au lieu de grenade, un geste souriant. La lumière était très vive et contrastée ce dimanche, agitée, plus intense et parfumée, grâce au vent intense et à la profusion de nuages rapides, de teintes très différentes (comme une mer secouée libère plus de couleurs, de saveurs, de sel et d’éclats marins éblouissants). Pédaler dans la campagne donnait l’impression d’être traversé par des jets de lumières sombres (accompagnée de quelques poignées de grésils d’argent) ou hyper claires, aux particules de transparence acérées en biseaux par le vent frais. Bourrasque, souffle court, trop de vin hier, jambes lourdes. En permanence, les jeux d’éclairage de la nature étaient superbes, labours plombés et au loin lignes de peupliers éclatants sur nuage d’encre. Avec l’effort, ça se respire. Surtout, la lumière nimbait une partie de la végétation, rencontre le renouveau, vient souligner le reverdissement timide, tout frais, qui pointe. Avec des effets saisissants. Comme sur ce plateau où je déboule hors d’haleine, petit plateau, à l’horizon, près du village, dans la prairie derrière une ferme, quelques gros saules pleureurs renaissent soudain, comme à l’instant, tout d’un coup, entre vert et jaune très tendres, comme jaillissent des jets d’eaux aux formes légères et amples, des mirages, des arbres holographiques. (PH)

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