Lapsus de crise

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Entendu vendredi 27 mars, au matin, à la radio, M. Strauss-Kahn rouler des mécaniques pour, finalement, se retrouver trahi par la langue. Il s’agissait, bien entendu, de taper sur les patrons à propos de l’indécence des « bonus ». Fâché qu’il était. Voici en substance le message : « On peut comprendre, quand tout va bien, que les patrons s’octroient des récompenses, mais pas quand ça va mal… ». Ce qui me fait l’effet d’un lapsus révélant à quel point M. Strauss-Kahn n’est pas habité par une pensée de gauche ! Le problème de ces bonus est fondamentalement le même, que ça aille bien ou mal, le principe est inacceptable. Il s’agit de montants qui, personnellement, me scandalisait avant qu’il soit question de crise. Ces bonus s’inscrivent bien dans une logique capitaliste où les profits vont aux actionnaires et aux patrons au lieu d’être considérés en partie comme un bien commun (issu d’une force de travail partagée) devant être réinjectés dans la société pour une politique de progrès social. Si réguler le capitalisme ne revient pas à s’attaquer à ces principes, mais juste « moraliser » en surface pour le rendre moins arrogant (parce qu’alors cela peut avoir des retombées électorales), ça va nous faire une belle jambe. Surtout que, depuis quelques semaines, jour après jour, gros titre après gros titre, on nous prépare à nous affronter le pire, à faire le gros dos. Ça va être terrible. Pourtant, au moment de libérer des sommes fabuleuses pour soutenir les banques – ces sommes qui n’existent jamais quand il s’agit d’investir dans la culture, dans l’éducation et c’est pourtant avec ces investissements que l’on régulerait le capitalisme, qu’on aurait éviter qu’il devienne ce qu’il est et que tout le monde, pourtant, semble déplorer- ces ressources en principe inexistantes et que soudain les ministres des finances extirpaient de leur chapeau, à ce moment, à la télé, en nous regardant droit dans les yeux, ils étaient catégoriques : c’est ainsi que l’on évitera la crise et « non, ce n’est pas vous aller payer ». Les dernières annonces sur l’ampleur de la crise font décidément paraître bien suette l’initiative d’un grand quotidien : « c’est la crise ? Tant mieux ! » (1er mars 09). Sur l’air de : si tout le monde y met du sien… Ce n’est pas le seul organe de presse à avoir donné dans ce ton. C’est que plusieurs sondages auprès des consommateurs avaient révélé cette opinion majoritaire : les médias parlent trop de la crise. La vraie question n’est pas d’en parler trop, mais de comment on en parle. Ce qui n’est pas simple. Entre le catastrophisme (effets d’annonces inspirés du journalisme de faits-divers) et le « retroussons nos manches pour chasser la morosité », il y a sans doute une marge. Produire une information beaucoup plus critique, en profondeur, pour permettre au maximum de citoyens de s’approprier, non pas les données du sinistre, l’ampleur vertigineuse de l’événementiel, mais les réelles occasions de se mobiliser pour faire changer les choses. Donner des armes pour diffuser une pensée critique, donner envie de mobiliser pour faire changer les choses. C’est aussi par là que commence la régulation du capitalisme, par le mode d’information des cerveaux de la population… Le président du PS est contre le plan d’austérité mais ne dit pas comment faire autrement. Ca prendre du temps, dit-il, du temps pendant lequel, quel que soit le terme utilisé (quel euphémisme inventer pour « plan d’austérité »?), on va morfler. Aucun indicateur ne semble encourageant quant aux politiques en préparation pour contrer la crise: Ulrich Beck publie un texte dans Le Monde (28/03/09) où il insiste pour que l’Europe saisisse sa chance de faire front en optant pour plus d’Europe. Mais il s’exprime en termes de politique générale et à juste titre. Mais plus d’Europe ne débouchera sur rien de mieux, de satisfaisant, ne favorisera pas l’émergence d’un nouveau modèle revenu des excès du capitalisme sans investissement massif et volontariste dans des plans éducatifs et culturels. Il est déprimant de recevoir des coups à cause de « chèques en blanc émis pour sauver des banques en faillite ». Par contre, le choix délibéré de créer un déficit en investissant à long terme dans l’éducatif et le culturel, pour extraire la société des modèles trop dépendants des intérêts d’une élite des affaires, donnerait du sens au sacrifice que cela pourrait engendrer. (PH)

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