Comment se vend l’art

Art Foire de Paris, mars 2009

 artfoire

Première fois que je mets les pieds dans une foire d’art, enfin, deux heures durant, juste de quoi picorer. Ce n’était pas encore à la cohue, il y avait de l’espace pour déambuler, jeter un coup d’œil, regarder à l’aise. À l’aise ! Façon de parler quand le regard (et surtout l’appareil qui réceptionne les informations enregistrées par l’œil !) est interpellé par un tel foisonnement d’images, de toutes sortes, de toutes les écoles, de toutes les origines… C’est non seulement chaque fois des œuvres différentes, mais chacune d’entre elles relèvent d’esthétiques, de contextes et de références géopolitiques différents, distincts (les artistes des pays de l’Est sont identifiables, ainsi que les chinois, ils ne (re)traitent pas leur histoire de la même manière). Du plus minimaliste au plus criard, du plus austère au plus dégoulinant, du plus critique au plus consensuel, du plus vrai au plus toc. Comment « gérer » une telle abondance hétérogène, un tel souk ? La foire est un lieu commercial, c’est entendu, j’ai néanmoins été surpris par la disponibilité des galeristes abordés, aimables (ils n’hésitaient à venir au contact), se révélant des passionnés très habiles pour expliquer, raconter les artistes qu’ils représentent. (Je pense par exemple à l’amabilité du représentant de la Galerie Simoens –Knokke- si complet dans les explications des monochromes cinétiques de Walter Leblanc, réalisés dans les années soixantes, cordes blanches alignées sur du papier blanc…) Premier contact avec les grandes mises en scènes de Gregory Crewdson, une star de la nouvelle photographie, dont je parlerais dans un article suivant. Retrouvailles avec les grandes peintures d’Hassan Musa : en fait, c’est en redécouvrant ses œuvres que je me rends compte qu’il avait laissé une trace lors de la visite d’Africa Remix à Beaubourg. Il y exposait une superposition (ou incrustation ») de Ben Landen vautré dans les couleurs américaines… Cet artiste soudanais fait se rencontrer les imageries traditionnelles occidentales et africaines, dans des ensembles qui semblent joyeux et légers, colorés et rythmés : mais la noirceur, le détonateur est enfoui au fond de l’œuvre. Comme dans ce remake des « glaneurs » où volent poivrons et pastèques. L’attention est juste attirée par les mains et leurs pansements, le titre explique tout : « l’art du déminage ». Au cours des déambulations, on retrouve des classiques ; des dessins à la plume de Michaux, une photo d’Ernest Pignon-Ernest… L’étonnement viendra des sculptures automates de l’Ukrainien Anatoly Tverdy, professeur de dessin à l’académie de Kiev et qui construisit ses tableaux machines parodiant le monde communiste (notamment la bureaucratie), pour son plaisir, sans projet de monter ni d’exposer. L’attention sera attirée par Samuel Rousseau et ses drôles de dispositifs objets/installations vidéos. L’écran de projection fait corps avec les objets choisis, les images pénètrent l’histoire de l’objet, et vice-versa, une manière originale de démonter-monter notre relation aux choses. L’arbre et son ombre, par exemple. Dans une boîte, à l’avant plan, la sculpture d’un arbre nu, son ombre portée au fond de la boîte bien feuillue, dont les feuilles tombent lentement. Ou mieux, ces coupoles translucides de tailles différentes qui jaillissent d’un socle sombre, lumineuses, où sont projetées de l’intérieur les images de plusieurs grandes villes.  Images que l’artiste anime en reproduisant le mouvement incessant du trafic automobile. Ces dômes semblent vivants, changer de volumes, de couleurs, de pensées, d’atmosphères, légères comme des mirages, circonvolutions cérébrales d’entités urbaines, bulles de savon prêtes à éclater. C’est manifestement aussi un lieu idéal pour observer le milieu de l’art, les attitudes, les manières de parler, les façons d’organiser les transactions (variables selon le type d’art, les galeries…). Il faut parcourir ça en exploitant les contrastes esthétiques qui excitent la réflexion, égarent le jugement, stimulent les goûts, d’abord une jungle à baliser, en prenant note, en demandant le maximum d’informations sur la situation et la cote des différents artistes pour s’y retrouver dans les différentes dynamiques, ce carrefour de mouvements, tendances, stratégies de reconnaissance et haut lieu du marketing artistique. Toute une pratique qu’il faut apprendre, que j’ai juste abordé, superficiellement… Mise en scène marchande de l’art, intéressante à observer, captivante même,  cette parade où l’argent rencontre sans cesse ce qui n’a pas de prix, et où, dans ce microcosme, les émotions excitées par les oeuvres, les coups de coeur, les dégoûts, les pulsions qui poussent vers ce stand plutôt qu’un autre, l’attente de la surprise totale, tout ça qui nous lie à l’art semble participer aux flux économiques de la foire, accompagnant, interférant avec la cote des artistes… !! (PH)

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