Pixels biographes

« I love Proust® », Jean-François Octave, L’Espace Uhoda, Liège, 20.02.09 – 21.03.09

 uhoda

La référence à Marcel Proust est toute conceptuelle. Quoique.Postulant peut-être que « Proust c’est nous » et déclarant que Proust est aussi et surtout devenu une « registered mark », le propos est de déstabiliser les frontières entre œuvres intériorisées, individuantes et leur transformation en marques, désindividuantes. Autrement dit, quand je suis en train de faire du « marcel proust à la petite semaine », dans le traitement des réminiscences, par exemple, je suis peut-être en train d’utiliser frauduleusement une enseigne devenue une valeur cotée en bourse. Quelque chose du genre. C’est aussi une manière de dater la méthode Proust. Le travail qu’il a accompli pour réaliser l’archéologie d’une mémoire, d’une sensibilité et d’une société et en donner une étude structurée, complète, serait peut-être aujourd’hui ni plus ni moins irréalisable. (Questions.) En tout cas, l’exposition de Jean-François Octave montre du temps qui passe, selon un montage d’éléments visuels, hétérogènes, prélevés dans un flux démentiel, images extérieures, images intérieures, les siennes, celles des autres, celles qui viennent de nulle part, celles que des machines médiatiques propulsent à la conquête de nos cerveaux biographiques. Un bombardement d’images tel que jamais Proust n’a dû en essuyer et qui a pour conséquence que la distinction entre images personnelles liées à un souvenir précis et images importées donnant l’impression d’accueillir des souvenirs d’autres entités vivantes, cette distinction est dépassée. Et dans ces flux, il arrête des éléments, des éléments biographiques, la vie dans ces flux, avec des parties de vraies vies, et d’autres, virtuelles. Des choses intimes. Des choses impersonnelles. Le reflet d’une vie dense pleine de déséquilibres, parcourues d’armes, une société en guerre (d’images), un commerce acharné des désirs et des sentiments, la pornographie générale et banale des images. Là-dedans choisir, isoler, constituer des barrages, des bords, des coupures, des séries, des classements, pour trouver de quoi se constituer, se maintenir constitué. Et écrire, des commentaires, observer, tenir le journal de ce bouillonnement d’images et de ce qu’elles génèrent, des neurones qui meurent, d’autres qui naissent. Compter les points. Compter les pixels. Un foisonnement à la limite du rien, qui cherche les contours du rien. Une pipolisation des pictogrammes de la vie ordinaire. (Comme aussi dans le livre « Le repaire du biographe », Daniel Fano/Jean-François Octave, mélange d’actualités montées en épingle, de faits de société, d’anecdotes, de clichés, d’aphorismes, de ragots, là aussi une écriture sur le temps qui passe sans passer, le sable du sablier remplacé par des pixels). Un basculement a dû se produire, en inversant des valeurs, comme ce champignon atomique qui a toujours l’air d’un cerveau mais qui ressemblerait un peu plus à un sexe. – Jean-François Octave  juxtapose des images créées à la main dessinées au crayon ou au bic, des photos, des photocopies… Il passe de l’artisanat, du geste d’art à celui de la reproduction mécanique gérée au niveau des pratiques individuelles, réappropriation des techniques industrielles (culture photoshop), il reproduit ses propres images originales pour les juxtaposer en différents états, copiées, plastifiées, « portées », usées. (À l’avenir, et avec les progrès de la science, il pourra aussi les exposer sous leurs formes cérébrales, comment elles naissent dans les limbes, de même que tout album photo biographique commence aujourd’hui par la photo d’une échographie). Belle scénographie dans cet espace de ce qui laisse l’impression d’être à la fois le reflet d’un fouillis déferlant et à la fois l’exercice toujours recommencé d’une mise au point indispensable pour ne pas étouffer sous le déluge de pixels. Quand vous regardez un détail (là, deux images accolées, quelques phrases) prévaut le sentiment d’une force qui ordonne ; pendant ce temps, tout le reste se déchaîne, vous entoure du fouillis, portez le regard ailleurs, l’impression déséquilibrée se déplace… Un travail qui contribue à prendre et apprendre à prendre position dans un univers noyé d’images… (PH) – Octave et Yourcenar, une vidéo. – Jean-François Octave dans le métro – 

uhoda2octaveoctave2octave3octave4octave5octave6octave7octave8octave9octave10octave12octave13octave14

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s