Petit-lait politique

« Harvey Milk », Gus Van Sant, 2008

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Le Monde des livres (05/03/09) rend compte d’un ouvrage de Christopher Lane : « Comment la psychiatrie et l’industrie pharmaceutique ont médicalisé nos émotions ». La pièce maîtresse de cette médicalisation est le protocole DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) mis au point par l’American Psychiatric Association (APA), devenu une référence mondiale via l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Extrait de l’article : « Ainsi, en 1973, comme le rappelle Lane, les homosexuels, groupés en associations, exigèrent de ne plus figurer dans le DSM au titre de malades mentaux : ils furent donc déclassifiés à la suite d’un vote. Mais cette décision n’avait rien de scientifique, même si elle était justifiée, puisque l’homosexualité n’est pas une maladie mentale. » Une information qui rappelle bien la situation des homosexuels, dans les années 70. On oublie vite, finalement, et pour certains jeunes, « on » n’imagine même pas ! C’est le premier avantage de « Milk », c’est de restituer la question homosexuelle, historiquement, dans toute sa dimension sociopolitique conflictuelle. Un puissant refoulement organisé par l’ordre étatique. Un inconscient explosif… Les nombreux articles promotionnels dans la presse ont tout dit sur le scénario, les anecdotes, les intentions du réalisateur, la biographie du vrai Harvey Milk, le numéro de Sean Penn… Les films précédents de Van Sant, esthétiquement plus personnels, formellement plus risqués étaient plus politiques que ce dernier qui traite d’un sujet très politisé. Comme si, beaucoup plus attaché à faire passer un message clair, il avait opté pour des formes plus grands publics, américaines. Gérard Lefort : «A l’image, rien que de familier : noria entre flash-back et récit au jour le jour, salade mixte entre documents d’archives et fiction, musique dramatisante quand la situation est dramatique, mouvements ascendants de caméra quand la fièvre monte, d’approche lorsque l’intimité domine. On dirait un film d’Oliver Stone. Sauf que non. Par la grâce de nombreuses subtilités qui secouent le baobab. » (Mais donc, sauf que oui quand même un petit peu !) « Milk » est moins politique mais il montre beaucoup mieux le politique. Parce qu’au-delà d’être un bon film de sensibilisation sur la place de l’homosexualité dans la société, c’est avant tout un film sur le fonctionnement d’un individu qui décide, à un moment donné, de se jeter dans la bataille des idées, de faire évoluer les mentalités, de se faire élire pour une cause. Magnifiques images sur ce lent processus de transformation de l’individu. Sur l’engrenage politique de l’engagement qui le refaçonne, sur le désir politique s’empare de lui, comme une nouvelle stratégie d’existence. Comment le don de soi aux autres devient une croyance qui rend possible des actes, une construction, un programme.(Intégrer les règles du jeu pour pouvoir y jouer, pour devenir un participant crédible dans le champ politique, selon une métamorphose étonnante.) Comment ce désir dévore les autres désirs. La naissance de l’animal politique comme un être à part, « habité », différent et indispensable, utile tant qu’il ne devient pas trop monstrueux dans son étrangeté (comme beaucoup qui perdent la notion des réalités). Sans doute, dans le cas qui nous occupe ici, tout cela se développe pour une bonne cause, mais ce désir avance en assujettissant toutes les autres passions à son objectif principal, toutes les pulsions s’y investissent, l’ambition est indispensable, le besoin de combattre et de vaincre tout autant. C’est ainsi que progressent les causes. Chez Harvey Milk mais tout autant chez les anti-homosexuels dans leurs croisades sacro-réactionnaires, présents dans le film. Croisades toujours bien vivaces aux USA. Et c’est l’autre leçon du film : des choses qui nous semblent acquises comme des progrès irréversibles de l’humanité, la normalité de l’homosexualité par exemple, semblent excessivement fragiles. Il y a toujours de puissantes forces « contre », qui peuvent prendre le dessus, selon tel contexte, telles circonstances… (PH) – Filmographie et discographie de Gus Van Sant en prêt public

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