L’épique des Clash

« Rude boy »

clash1Il y a du « cultural studies » dans ce film de Jack Hazan et David Mingay, sorti en 1980, sur les Clash. Plutôt, sur les Clash et leur contexte. Ce n’est pas un documentaire qui inclurait des entretiens ou l’intervention d’un narrateur, il n’est pas question d’un montage de moments forts qui événementialiserait outre mesure le génie momentané d’un groupe rock. Le dispositif ne cherche pas à exalter. Mais à restituer l’environnement, les conditions d’émergence, la temporalité selon laquelle les choses se construisent, en interaction dans un tissu social et politique donné, dans une période déterminée. Comment un groupe rock crée sa fiction, fictionnalise le réel et sa posture dans le réel à travers les textes et un style bien à eux de secouer les guitares. Comment autour d’eux, par adhésion, réaction, d’autres fictions s’ébauchent, comment le rayonnement d’un groupe rock contribue aux individuations.Peu ou prou, bien ou mal, de près ou de loin.Les manifestations contre le racisme, les contre-manifestants d’extrême droite, les flics, les contrôles policiers, la répression des populations émigrées, la campagne de Thatcher, le décor est planté, lentement, et lentement, on se souvient « comment c’était » ! La fulgurance des prestations des Clashs n’oublie pas de cadrer le travail, le sérieux des musiciens dans leur préparation, leur répétition. Et leur volonté de coller aux forces, aux dynamiques qui secoue la société, anglais et mondiale. Avec la fièvre de délivrer une parole militante, qui puisse aider. Une sorte de laboratoire rock politique. Avec le recul, ainsi, et malgré l’engagement physique qui impressionne toujours (l’abattage), ça semble un peu « naïf », enfin, difficile à dire, mais quelque chose ainsi, pas tout à fait mâture. Mais probablement est-ce ce que l’on attend du rock, d’astiquer cette révolte toujours un peu adolescente, éphémère. Ils se cherchent aussi, manifestement, ils sont pris dans un mouvement et suivent au mieux. L’immaturité pointe dans d’autres aspects, les sorties du tribunal, les commentaires sur la brutalité des flics (comme une recherche de gloriole, mais on a connu ça). Le film documente aussi sur le décalage entre le groupe qui cherche à affirmer une conscience politique et les fans. Notamment Ray, un « copain » de Brixton, qui adore leur musique et regrette juste qu’ils se sentent obligés de la politiser. Ray finira par être engagé comme petite main dans une tournée et n’en foutra pas une, picolera beaucoup et draguera pas mal dans l’ombre de l’aura grandissante du groupe. Portrait d’un jeune punk profondément paumé qui distingue difficilement sa droite de sa gauche et sombre, bel image d’un no future existentiel. Là aussi on voit la différence entre ceux qui ne trouvent rien à faire et ceux qui peuvent inventer, s’inscrire dans la création d’un langage, développer une discipline expressive, un projet, s’en sortir. Pour la forme et le fond, un film incontournable (PH) – Fiche technique du film. – Discographie des Clash en prêt public.

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Une réponse à “L’épique des Clash

  1. un film minimaliste avec une energie incomparable les problemes de societe evoques sont toujours d actualite film culte ;nostalgique a fond

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