Feu Les Explosives

Chouette idée de brandir un cerveau bleu comme emblème de la Nuit des Musées (Lire dans Le Soir : « La masse de neurones émet des ondes d’imaginaire depuis le faîte du Musée des instruments de musique. ») ! La représentation du cerveau semble ici utilisée pour le côté poétique (« c’est un clin d’œil, c’est dynamique, ça aide  dépoussiérer l’image des musées » dit la directrice des Musées Royaux), pour rajeunir donc l’image des musées en activant positivement l’opposition « matière morte » contre « matière vivante ». Pourquoi le cerveau demande l’auteur de l’article (Jean-Claude Vantroyen) ? C’est de l’or mental, lui répond José Roland. Il y a comme de l’alchimie dans cette métaphore de la créativité… ». Il est intéressant de constater que, via Internet, des informations seront disponibles sur le cerveau, d’un point de vue scientifique et sous l’aspect relations entre le cerveau et diverses compétences culturelles (par exemple, par le biais des recherches d’Oliver Sacks). En 2005, Les Explosives. Malheureusement, il me semble que le discours reste vieux jeu (par exemple en restant à l’impact poétique de l’image du cerveau) par rapport aux connaissances acquises sur le fonctionnement du cerveau comme organe stratégiquement incontournable en ce qui concerne l’avenir de notre planète. Le discours poétique s’agissant d’un tel organe, tellement exploité par les industries culturelles et leur neuro-marketing, est un peu court. En 2005, la Médiathèque et les Halles de Schaerbeek organisaient un événement intitulé « Les Explosives » inspiré par le livre de Catherine Malabou « Que faire de notre cerveau ? ». Ce petit livre essentiel, faisant la synthèse de ce que l’on sait de la plasticité cérébrale, se voulait un livre militant : de ce que nous donnons culturellement à manger au cerveau dépendra notre aptitude à imaginer et rendre possible un futur. Il démontrait un lien concret, physique et physiologique, entre esprit et biologie. Histoire de rappeler nos responsabilités en tant qu’opérateurs d’une politique culturelle publique, histoire aussi de donner des armes pour lutter contre les industries de programme qui exploitent les ressources neuronales vers le pire, à courte vue, pour un rendement stérile et rapide. Les Explosives se présentaient comme un festival atypique, avec exposé philosophique, et chaque soir deux propositions musicales opposées, une « facile » et une « difficile », pour stimuler la plasticité neuronale, émotionnelle. (J’avais, je crois, déjà à l’époque, rencontré Jean-Claude Vantroyen et pu répondre à sa question « pourquoi le cerveau ? »). Les artistes invités étaient brillants : Phil Minton, eRikm, Jaap Blonk, … Sans doute que l’initiative, faute de moyens, n’était pas emballée de façon assez sexy (pas de cerveau bleu sur les toits) ? Malgré une fréquentation honorable pour une première édition exigeante, nous n’avons pu répéter l’expérience (alors que l’on ne gagne sur ce terrain que dans la durée). À cette occasion, j’avais pu constater une difficulté de la presse à suivre ce genre de démarche, à saisir les enjeux, or, sans un peu de médiatisation, il est difficile d’enraciner un ovni comme « Les explosives ». Il reste que nous posions alors, grâce au travail de Catherine Malabou, des questions qui restent fondamentales et urgentes, elles sont toujours au centre de notre projet et devraient faire l’objet d’une stratégie commune pour l’ensemble des institutions de programme culturel (mais aussi pour la presse qui se penche beaucoup sur sa refondation et trouverait là des arguments en faveur d’une exigence qualitative). (PH) – Archives : présentation complète du festival Les Exlosives.

cerveau

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2 réponses à “Feu Les Explosives

  1. En lisant votre texte. Je n’ai pu m’empêcher de me demander si « l’or mental » pouvait connaître dévaluation ou banqueroute ?
    Car après tout, il y a des jours où le cerveau même est en berne…
    Et puis l’or mental est une valeur d’échange difficile à partager, non ?
    Qu’importe l’or mental, si on a le coeur menteur (facilité poétisante qui me permet de conclure).
    Bien à vous.

  2. L’or ne ment, même mental ?
    Dés avant la masse neuronale médiatisée (antant que la sphère bleue) le Microcosme de ces alchimistes était déjà omniprésent avec son iconographie fluctuante.

    Le renouveau est dans la notion de réseaux neuronaux interconnectés comme usine à pensées. Les circonvolutions intriguaient les observateurs qui tentaient de bien localiser dans le bon sillon la bonne idée.
    « j’avais pu constater une difficulté de la presse à suivre ce genre de démarche »
    Depuis nous somme tombés dans le travers contraire, entoilés comme des cousins d’insectes.
    Le nouveau bateau est la plasticité. Or que dire de la plasticité d’un arbre sain qui résiste à la tempête et dont les racines fouillent le fouillis terrible de la terre de sons ?
    La pensée ne dépend pas du cerveau. Mais ils le vérifieront plus tard, j’espère.

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