SNCB en retard indéterminé

Aujourd’hui, 17h29, Gare Centrale, Bruxelles, le train pour Charleroi a été supprimé pour « problème technique à l’automotrice », exactement comme hier, même quai, même heure, même annonce micro! »Les voyageurs peuvent prendre place dans le train de 17h42″. Ce sont les heures d’affluence, on sait ce que cela donne, deux fournées dans le même train, et on les plaint, les navetteurs carolos! Tous les matins, descendant du train, je traverse la Gare Centrale et tous les soirs j’y reste un peu plus longtemps dans l’attente du convoi de retour. Cela suffit pour entendre tous les jours au moins une fois l’annonce d’un train supprimé ou « au retard indéterminé » (ou « au mieux » un retard de plus de 25 minutes) en raison de problèmes techniques. Sur le matériel roulant ou la signalisation ou  les caténers ou l’un ou l’autre passage à niveaux (mais c’est plus rare). Tous les jours. Et tous les jours, les indications « rouges » sur les panneaux d’affichage, se voient de loin. Cela est loin de correspondre aux réalités que les médias restituent lorsqu’il y a un gros problème et qui sera présenté comme l’exception et c’est très éloigné des statistiques que publie l’entreprise. Pourtant, c’est la réalité. Et pour en rendre compte il ne faut pas se contenter des chiffres ni se limiter à l’événementiel qui est chargé d’informations ponctuelles. Il faut se plonger dans le quotidien des navetteurs. Cette réalité dénote un mauvais état flagrant de l’ensemble de l’infrastructure. Et les millions annoncés pour rénover ou acheter du nouveau matériel représentent un chiffre important: encore faut-il vérifier s’il est suffisant pour rattraper un retard structurel important, tellement important qu’il en devient indéterminé. Vu la quantité de citoyens qui s’engouffrent et recourent à ces infrastructures, on peut considérer que ces infrastructures sont méprisantes. Elles distillent le mépris néo-libéral qui préside depuis un certain temps au développement et à la gestion de ces entreprises en principe d’esprit public. Il faudrait aussi mesurer, au quotidien, dans le vécu de ces foules d’usagers contraints (on ne navette pas par plaisir), ce que représentent comme masse de vexations, de frustrations, de douleurs, cette accumulation de retards répétés, de changements de voies à la dernière minute, de trains supprimés qui obligent à vivre cette expérience de wagons à bestiaux tout en foutant en l’air l’organisation de votre journée de travail ou empiète sur votre temps de récupération en soirée… C’est un générateur conséquent de rancoeurs, de rancunes. Et même si aucune violence directe ne peut être justifiée, même si le personnel ne peut pas être directement tenu responsable des désagréments, dans les problèmes d’agressivité et de violence qui éclatent entre contrôleurs et certains passagers, n’y a-t-il pas une part significative de ces dérapages qui sont dus au système de mépris auquel sont soumis la plupart des usagers? L’évolution du discours aussi, qui pousse à utiliser les transports en communs, avec des publicités qui en vantent les avantages (avec des arguments de bien être), avec des réalités économiques qui conduisent de plus en plus de personnes à en faire le choix, pour tomber finalement dans un fonctionnement régulièrement dégradé et dégradant, donne aussi l’impression de subir une violence sociale significative. Sur toutes les questions du vivre ensemble, les logiques de profit qui colonisent les ex services publics ont des effets catastrophiques. Et les responsables qui vantent l’usage des transports publics y sont rarement au quotidien. Ils ne savent pas ce dont ils parlent. Ca aussi est un ressort de la violence symbolique que l’on subit au gré des retards indéterminés qui, sur la carrière d’un navetteur, finiront par représenter des gouffres temporels angoissants. Des cauchemars! (PH)

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