Archives mensuelles : janvier 2009

Chantier de la médiation culturelle

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Séminaire « Muséologie, muséographie et nouvelles formes d’adresse au public », séance consacrée aux « objets communicants : un lien entre l’espace du musée et les espaces numériques ». Je retiens surtout (en dépit de la perte des notes) des éléments très intéressants de l’intervention de Mme Joëlle Le Marec (ENS LSH). D’abord, les investissements consentis pour étudier et faire avancer les espaces de médiation culturelle semblent importants, réunissant les ministères de la culture, de la communication et des technologies, impliquant les travaux de chercheurs, des acteurs de terrain et des opérateurs privés. De ses diverses expériences et analyses de la perception, par les publics, de l’identité des différents espaces qu’ils traversent et où ils agissent, elle retire qu’il ne faut pas éviter d’engendrer une confusion entre le discours des différents espaces. Une institution culturelle doit avoir un discours d’institution culturelle (ce qui ne signifie pas que cela doit rester un discours inchangé !). Il ne doit pas se confondre avec les espaces du marché, commerciaux, qui s’adressent aux publics de manière complètement différente. Il ne doit pas non plus empiéter sur les espaces privés. Les échanges sont bien venus, pas les confusions. De même, en relatant une expérience de mise au point de matériel d’accompagnement pour une exposition, fabrication d’audio guides et de commentaires consultables par GSM, il est apparu que si le savoir-faire du partenaire privé était bienvenu, il n’était pas conseillé qu’il soit mis en avant. Le public réagissait mal s’il devait payer un « commercial » pour ce genre de service. Par contre, il considérait comme normal de rétribuer ce même service fourni par une institution. Les difficultés rencontrées d’autre part, tout au long de cette expérience, pour faire s’entendre les gens de terrain et les chercheurs sont instructives (conflit engendré par la manière de percevoir le « jargon » des penseurs en laboratoire !) : mais les « dépasser » donne de bons résultats, semble indispensable. Ce travail a permis enfin de battre en brèche la manière de voir du partenaire commercial qui voulait finaliser un produit très propre, fonctionnel, très « vendeur ». Un produit plus touffu, moins « propre », moins directement fonctionnel a plutôt été plébiscité. Le format « émission de radio » a été privilégié, plus de commentaires latéraux, parfois des digressions, plusieurs voix, plusieurs points de vue, voilà qui donne au visiteur une distance sur quoi s’appuyer, prendre un premier recul qui permet de mieux percevoir. – Vincent Puig et Cécilia Jauniau rapportaient les résultats d’une expérience menée à Beaubourg durant l’exposition « Traces du sacré ». Il s’agissait, pour dire vite, de travailler avec un échantillon de visiteurs, depuis l’amateur jusqu’au simple curieux. On leur donnait la possibilité de composer leur propre visite, dans le sens et au rythme qu’il le souhaitait tout en enregistrant leurs propres commentaires. Ces commentaires pouvaient ensuite être déversés sur le site de l’IRI, être consultés, commentés à leur tout… La participation a été faible. Il faut dire que le jeu proposé était sérieux, exigeant. La plupart des personnes se sentent « écrasés » par le commentaire du commissaire, considèrent que la matière de l’exposition était trop riche, trop dense et complexe pour oser s’exprimer, prendre la parole et divulguer ses propos. Ceux qui joueront le jeu ne s’attaqueront pas à la thématique globale mais réagiront à des œuvres isolées. Il y a aussi une certaine inhibition à vaincre : en pleine exposition, parler dans un GSM pour enregistrer ses perceptions, analyses, émotions, ce n’est pas si facile. Même si ce sera reconnu comme un exercice positif, aidant à mieux comprendre l’œuvre, à mieux retenir les émotions. L’espace sera aussi perçu comme mal adapté à ce genre d’exercice d’appropriation : quasiment pas d’espace pour s’asseoir, « respirer » durant sa visite, consulter, lire des notes, parler avec un médiateur, enregistrer un commentaire. L’espace muséologique, en général, est rempli, n’est pas conçu pour la convivialité, pour que le visiteur prenne du temps. Une des conclusions de cette expérience est qu’il est déplacé de faire réaliser d’une part une scénographie par un commissaire et d’autre part d’imaginer une intervention de médiation qui doit se greffer a posteriori sur le travail du commissaire. C’est dès le début de la conception de l’exposition qu’il faut intégrer le dispositif de médiation. La muséologie continue à fonctionner avec des schémas anciens. Bernard Stiegler évoquera à ce propos une exposition phare conçue pour Beaubourg par Jean-François Lyotard, « Les immatériaux ». (Exposition phare, encore régulièrement citée en exemple dans le milieu, mais qui fut un bide commercial.) À une question du public présent sur la distinction à établir entre une médiation à faire dans un musée de type archéologique et un musée artistique (relation aux esthétiques), Bernard Stiegler évoquera les catégories du jugement établies par Kant. Dans le cadre de musée de type scientifique, d’histoire naturelle, d’archéologie, il s’agit de jugement cognitif. En ce qui concerne la relation aux arts, le jugement n’a pas la même assise, il ne délivre pas le même genre de savoir. On est bien dans une autre dimension. Il rappellera à ce propos sa position établie autour de la figure de l’amateur : l’amateur, d’abord, est quelqu’un qui sait argumenter ses choix, argumenter sur les raisons qu’il a d’aimer ceci ou cela (peinture, musique…). Quelqu’un d’incapable d’argumenter n’est pas un amateur. Ce n’est pas pour autant un imbécile, c’est autre chose. Et on peut devenir très vite un amateur. C’est le rôle des institutions culturelles et de leur médiation. Ensuite, un vrai amateur, et cela en restaurant des convictions anciennes, est celui qui pratique. On ne saurait juger « correctement » qu’en ayant une pratique capable d’éclairer le jugement. Ce genre de démarche a certes l’avantage de radicaliser l’attitude que devraient prendre les institutions pour assainir la situation et dissiper une grave confusion : « là où l’on parle des publics culturels, il n’y a pas de public, il y a surtout des audiences, des « publics » qui consomment du marketing culturel, ce n’est pas la même chose. » (En ce qui me concerne, cette approche de l’amateur qui devrait « pratiquer » me dérange un peu : il y a beaucoup de peintres du dimanche, de poètes affiliés à des « cercles », tous étant très honorables mais marinant dans une culture du jugement très conservatrice. Je lis de la littérature, je vois des expos de sculptures, d’installations, de peintures, je regarde des films, j’écoute des musiques variées, comment pratiquer un peu de tout pour avoir une sûreté de jugement en chaque discipline !? Bon, je reconnais qu’avoir une pratique de l’écriture, fictionnelle, poétique, même journalistique, ça aide, même face à d’autres arts. Mais, une pratique de l’écoute, par exemple, assidue, comparative, confrontée à des lectures –théoriques, historiques- développent certainement un autre sens du jugement, rend possible un amateur de l’écoute musicale. Même chose pour la lecture, pour la visite d’expositions…). (PH)

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Autiste, héroïne malgré elle.

Sandrine Bonnaire, « Elle s’appelle Sabine », 2007

 Ce n’est pas n’importe qui, c’est Sabine. Pourtant, c’est le genre de personne qui n’est plus souvent considérée comme telle. Voilà un film qui entend remettre les pendules à l’heure. Filmer et penser. Ce n’est pas un caprice pour procurer un supplément d’âme à une actrice célèbre, ce n’est pas qu’un témoignage, c’est un réel film d’auteur. Le film pense amoureusement son sujet, ça se sent dans le soin apporté au montage (c’est au montage que le cinéma noue le plus ses relations avec la pensée), dans une tentative émouvante d’épouser et restituer le temps et la mobilité vécue de l’intérieur d’un organisme malade, en partie coupé du monde, pour essayer de comprendre et reprendre le contact (comprendre le temps de l’autisme, « Le temps l’a tuée. Le trop de temps qu’elle a passé à l’hôpital l’a tuée ». (SB) Par ce film, Sandrine Bonnaire s’interroge sur ce qui continue de fonctionner dans le cerveau et le coeur de sa sœur. Et se tourne vers l’avenir. Les images qu’elle assemble, par leur construction qui cherche à débusquer l’indicible, explorent la fracture, ce qui s’est passé, tentent de voir ce que l’on pourrait recoller. C’est plus qu’un « J’accuse », même s’il y a ça aussi, et à raison. Avant. Sa sœur a toujours été « différente », mais jolie, vive, presque autonome, elle circule à mobylette, fait du jogging, s’adonne à des activités créatives, inventions de poupées, piano… Les problèmes se cristallisent au fil de la désagrégation naturelle de la cellule familiale, les enfants qui partent, la mère qui reste seule… Une protection s’effrite, les repères disparaissent. Les angoisses s’accentuent au fur et à mesure qu’elle se sent moins entourée et les crises violentes, contre elle ou ses proches, s’intensifient. Plusieurs solutions sont recherchées mais les possibilités de se faire conseiller et accompagner correctement face à ce genre de problème sont peu probantes (la prise en charge des personnes handicapées, en France, est lamentable). Après diverses péripéties, Sabine Bonnaire se trouve confiée à un hôpital psychiatrique. C’est une piste par défaut à laquelle on doit se trouver souvent acculé. L’internement n’arrange rien aux angoisses et au sentiment d’abandon. D’où l’application de la procédure automatique, administrative, sans état d’âme, véritable engrenage infernal : camisole, isolement, bombardement massif de neuroleptiques. Après. En cinq ans, elle prend 30 kilos, devient méconnaissable, tremble, bave, n’a plus aucune autonomie et toujours pas de diagnostic. La réalisatrice posera la question avec pudeur : évolution normale de sa maladie ou effet du traitement psychiatrique ? De la transformation. Ce « devient méconnaissable » pose problème. En fait, on pourrait lui dire qu’on lui administre un traitement pour qu’enfin elle ressemble pleinement à l’image que l’on se fait d’une handicapée mentale. Jusqu’ici, elle dérangeait, elle semblait presque aux gens normaux. Une des spécialistes interrogée dans le film évoque cette manière de positiver l’autisme : « au fond, face aux angoisses ressenties, on peut dire qu’il s’agit d’une adaptation réussie, pour survivre. » Le traitement détruit cette adaptation, n’en veut pas, pas question d’être un « sujet », même un peu, quand on est anormale. Il faut végéter, être un « quasiment pas là ». Il y a, bien entendu, des questions de pathologie qui, dans certains cas, ne laissent pas beaucoup le choix ; mais ici, dans ce genre de profil clinique, une autre prise en charge pouvait certainement préserver la personne, ne pas la détruire. Bouleversant. Le film est bouleversant, juxtaposant des films souvenirs et des séquences actuelles (c’est par ce jeu là que Sabine devient « héroïne »), quelques éléments historiques et informatifs qui cadrent la situation. La manière de faire de la réalisatrice émeut beaucoup : pas d’apitoiement, pas de pathos, ça ne sert à rien, mais sonder le mystère de cette transformation avec objectivité et respect, ne pas instrumentaliser la victime pour se scandaliser, ne pas perturber le cadre thérapeutique dans lequel évolue Sabine depuis qu’elle a quitté l’hôpital… Si le contraste est saisissant entre avant et après, les images ne le manipulent pas. Bien au contraire, plus d’une fois, la caméra parvient à faire affleurer les vestiges de la beauté étrange qui habitait « la petite sœur » quand elle vivait encore « dans ce temps là ». Des éclairs de fierté, comme de compréhension profonde, émergent de la torpeur médicamenteuse. (Avec parfois l’un ou l’autre reflet diabolique car, au départ, elle devait avoir un sacré tempérament.)  Comme un signe que tout n’est pas éteint, que ça peut se reconstruire, avec patience. En diminuant les doses de médicaments, en apprenant les gestes quotidiens, en s’impliquant dans les activités, en sollicitant la mémoire, en encourageant la confiance par le respect de règles… (Elle semble très bien savoir ce qu’elle fait – mais c’est une interprétation- quand elle transgresse, comme dans cette manière de dire bonjour à la piscine: « va te faire enculer monsieur » suivi aussitôt de son retrait: « ne va pas te faire enculer »!) Digression. Ce n’est pas le cas particulier, je pense, qui bouleverse autant. C’est qu’il est exposé comme un parmi d’autres. Et qu’il aboutit à faire ressembler une malade à ce que la société psycho-médicale veut qu’elle soit. C’est le résultat d’un système qui, aussi en notre nom, entend régler la place et le sort des handicapés dans la société. Une sorte d’abandon social organisé qui se marque dans l’absence de solutions décentes pour l’accompagnement de personnes déficientes. Ce qui fait peur est la violence que le système fait subir. Et la puissance des moyens chimiques que détient l’Administration pour démolir un individu. C’est là, sur des malades « ordinaires », des traitements qui ont été utilisés sur d’autres « déviants ». Le potentiel des armes chimiques pour défendre la « normalité » est intact ! Ce qui me frappe aussi est une sorte de ressemblance au niveau de l’enveloppe corporelle entre ce devenir handicapé et les ultimes obèses américains (ceux qui, au supermarché, empruntent les voitures électriques pour circuler entre les rayons, emportant pop-corn et litre de coca) : le corps difforme, maladroit, l’esprit lent (mais sans neuroleptique du côté de l’obésité !). Finalement, ces obèses sont aussi le résultat d’une sorte d’abandon social en série par injonction de modèles qui les déconnecte de toute existence digne, physique et spirituelle. (PH) Lire article sur « Le moindre geste » de F. Deligny.

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Dans la piscine du peintre (David Hockney).

Jack Hazan, « A Bigger Splash »,  1974 – 

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C’est la représentation fictionnelle, au plus près du réel, d’une crise de créativité chez un peintre célèbre (David Hockney). Ce n’est pas un reportage qui explique pédagogiquement le style du peintre, enquête sur ses processus de création ou cherche à élucider les éléments d’un passage à vide. Un état de la peinture est reconstitué pour que chacun se fasse son opinion, son constat. Jack Hazan ne cherche pas à élucider le mystère, il cherche à cerner le mystère, à faire entrer dans le cadre de son cinéma les contextes et énergies qui, en se rencontrant, font que le peintre peint. Qu’il est un organisme-machine dont c’est la fonction première, qui transforme ce qui le traverse en réflexion-peinture. Ça peint, c’est une fonction vitale. David Hockney a élaboré un style bien à lui, c’est un peintre singulier et, là non plus, le film ne va pas révéler les sources de la singularité, c’est impossible et celui qui prétendrait le contraire manquerait probablement l’objectif de montrer la peinture. Jack Hazan organise merveilleusement, en délicatesse, une représentation de l’économie de la singularité. Comment elle fonctionne dans les relations avec les proches, avec la mode, la sexualité, l’amour, la mémoire, l’environnement urbain (Londres n’est pas New York), le design des voitures, la manière d’être en société, les platines pour microsillons, le dandysme année 70, les gros téléphones blancs, le genre de musiques… Rien que pour ces aspects, le film est un document exceptionnel. L’amant qui fait splash. Le peintre est hanté par une série de toiles réalisées en Californie et, de façon caricaturale, certains le désignent comme celui qui a peint les piscines Hollywoodiennes, image de l’essence de la superficialité. Jack Hazan va en dessous de la surface bleu scintillante. Il montre comment les moments noués autour des piscines dans une constellation de lumières, chaleurs, odeurs, bruits et libertés des corps se cristallisent en une sorte de relation idéale au temps, à l’être, l’image par excellence à partir de laquelle le peintre « théorise » sa peinture. Comme une sorte de bonheur suspendu qui, dans l’instant, passe rapidement, léger, insouciant et qui, au fil du temps, prend de plus en plus de profondeur complexe dans la mémoire. Tout, alors, semble partir de là ou y passer et repasser. Un nœud. Une épreuve. Sans doute est-ce lié au fait que son amant, associé à cet instant, le quitte et le laisse seul avec l’écho des splash et gerbes dans l’eau bleue. Le film fixe ce vide de la rupture et la manière expérimentale de se raccrocher à la toile et comment ça se digère et se transforme en moteur, en énergie. Le vide est palpable dans certains flottements relationnels, des pauses, ces petits riens qui ne servent qu’à se donner l’impression de « faire quelque chose », une oisiveté erratique, la manière anxieuse de se scruter dans la glace, sans aménité. Le modèle, attachement, détachement. L’amant reste modèle, il reste vivant dans l’univers du peintre. C’est l’occasion de présenter l’importance de la photo dans le travail de David Hockney. Le peintre le photographie en longues séries qu’il développe et scrute ensuite inlassablement, l’accumulation, la répétition des poses, des photos « presque » semblables lui permettant, probablement, de mieux capter ce qu’il veut transformer en peinture et que la photo ne montre pas. Ainsi, ce long travail sur le modèle comme empreinte de l’amant va normaliser la séparation. En même temps, à plusieurs moments, on assiste à des scènes où d’autres personnes, ayant servi de modèles, se confrontent aux peintures qui les représentent et qui les attachent à la singularité du peintre par le regard mystérieux qu’il pose sur eux. Ce qu’il crée à partir d’eux-mêmes et de leur cadre de vie (individuant). Ce qui est fascinant est le sentiment que David Hockney suit une trajectoire, influencée par les éléments du contexte et de la biographie, mais que rien ne retient. Il cherche sa peinture, point barre. C’est particulièrement explicite dans une conversation avec son ami galeriste qui lui reproche son rythme de production (seulement 6 toiles en un an) qui ne rencontre pas les attentes des nombreux clients qui veulent acheter du Hockney. Et particulièrement, dans cette période blessée, il aura mis 6 mois pour terminer une toile. Mais il s’en fout, le temps du peintre n’est pas celui du galeriste, encore moins celui des clients (du marché de la peinture), mais pas plus celui de l’amant, des amis, de Londres et de New York… Les personnages jouent leur propre rôle. Au rayon « film sur le processus créateur d’un peintre », ce film est aussi important que le « Edvard Munch » de Peter Watkins, même si les manières sont très différentes. Là où Watkins reconstitue les contextes familial, économique, social et politiques pour permettre de situer le peintre dans les forces qui le fabriquent, Jack Hazan tourne son film avec les vrais personnages, David Hockney est David Hockney, ainsi que tous les protagonistes. Il filme ça deux trois ans après les faits, soit ce « passage à vide » affectif et créatif, c’est presque une reconstitution à chaud. C’est cette proximité qui, paradoxalement sans doute, fait que ça ressemble à une fiction, à un point de vue, une interprétation (cet exercice de « rejouer » collectivement un épisode biographique est probablement aussi rendu possible par un certain état d’esprit à l’égard du théâtre, du cinéma, de la personnalité, caractéristique des années 70 et de ce milieu). Pour nous (enfin, de la cinquantaine à la soixantaine…), cette époque est encore proche, en revoir le décor nous en restitue charnellement l’esprit d’époque particulier. Cette édition en DVD est un événement (elle avait été précédée, du moins à Paris, d’une ressortie en salle.)  – Autre film de Jack Hazan disponible en DVD : « Rude Boy ». (PH)

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Vacarmes d’écritures. (Papiers bien torchés/2)

Alfredo Costa Monteiro, « Allotropie », label bourbaki

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Informations fournies avec le CD : « allotropie a été montée d’après concatenacio, une installations sonore présentée à Barcelone en 2005. Cette installation était composée de 100 archives sonores obtenues à partir de différents types de papier, tous les enregistrements ont été réalisés sans aucun traitement électronique. »  Les indices sont minimalistes mais l’objet est très parlant, il stimule intuition et imaginaire (peut-être parce que son contenu « touche » à certaines enveloppes du discours, de la pensée ?)… Les archives sonores utilisées pour l’installation de Barcelone proviennent de divers traitements appliqués à des types de papiers différents pour les transformer, matériau muet où s’imprime le travail silencieux de la pensée, en matériaux bruyants, chuintant, musant, couineurs, grinçant, hurleurs, maugréant… Allotropie est un montage de moments prélevés dans le dispositif de l’installation. Des exemples de ce qui se forme là comme vocabulaire, comme écriture sonore. Une performance qui révèle ce qui se passe dans l’inframince, au niveau de particules infimes qui se chargent d’extraire la pensée de la matière grise pour la formaliser en mots, langage et ensuite l’extraire du corps pour l’imprimer, l’encrer sur le papier. Migration et gravure-fixation qui s’effectue au prix de pression violente insoupçonnée. Musique concrète des processus de la concaténation intellectuelle : formation des idées à partir d’émotions et informations dans la mémoire (immédiate ou lointaine), leur transformation en mots, ceux-ci s’assemblant en phrases, donnant chair aux concepts, ceux-ci devant s’extraire de l’intime et intériorité cérébrale pour se matérialiser en traces graphiques, scripturales, sur des supports transmissibles, ici du papier… Les premières impressions : j’entends une machine de papier en train de dévorer des cerveaux. Ou : j’entends des machines neuronales en train de broyer du papier. Mastication de textes ou mastication de cervelles par les textes. Plasticité des écritures, tantôt virtuelle et amorphe dans les limbes, tantôt en phénomènes de cristallisation de bruits articulés, tantôt textes imprimés, livres se multipliant… Toute une machinerie assourdissante, ogresse, qui fabrique des liens, des synapses, des circuits de compréhension, des circuits de compression et décompression des idées. Ce qui s’écrase de l’homme sur le papier pour qu’il s’explique et puisse se lire. Passer sous presse. Le bruit des mots, des lettres (en ceci ce fracas « allotropique » a quelque chose d’un lettrisme s’auto-broyant) et de leur  support papier comme inséparable, froissé, tailladé, comme le témoin sonore de cette technologie plastique qui assemble le sens, les sens, en dedans (dans la matière grise). Malaxation, macération, mais aussi fusées lumineuses qui fusent. « Allotropie : Propriété qu’a une espèce chimique (élément ou molécule) d’exister dans les mêmes conditions physiques sous les formes cristalline et amorphe. » (Petit Robert) – Lire « Papiers bien torchés 1 » – Discographie d’Alfreido Costa Monteiro (PH)

 

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Krazy blues

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Ignatz, III, (XI165D) « The water », eau sombre, moirée, bouillonnante, brassée par les pales majestueuses, rouillées et tordues d’une guitare électrique en pleine plongée blues. Comme le corps d’une mémoire qui s’extirpe de la vase (pleine de vieux crocs, crocodiles) et remonte à la surface en une sorte d’apothéose majestueuse et électrocutée, pour pénétrer dans une autre mémoire, plus jeune, une autre enveloppe. Transmission d’âme. Ignatz ne me semble pas vouloir simplement jouer du blues ! Le blues est un matériau en lui qu’il trempe, détrempe, travaille à la manière d’eaux-fortes. Ça commence par une réminiscence de blues (« Two Nights & A Day ») ancien, juste un peu déséquilibré, estompé sur les bords et puis soudain, un autre système nerveux semble se greffer dessus et prendre les choses en main en une précipitation neuronale qui évoque plus un stress urbain stroboscopique. Averse saccadée chantante. – À n’en pas douter, l’ancienneté du matériau le séduit, le fascine, côté racines, ancestralité, identité (beaucoup de références, de citations). Tout ça y est en petit bouts dans une sorte de reliquaire électrique. Mais ce qui l’intéresse est de le « détourner » en un flux fictionnel qui lui soit propre, musicien bruxellois en ce début du XXIème siècle, chaque morceau construit comme une illustration. Un flux tributaire des imaginaires électroniques, de leur sens de la manipulation sonique. Tripatouillage lyrique. Il pétrit alors une culture musicale très sophistiquée (par accumulation d’héritages) de façon très brute, primale. Pour la faire crier, discordante. Sauvagerie. C’est sans doute une des meilleurs manières de continuer le blues, en étant proche de cette musique par affinités, tout en appartenant à une autre culture. S’il se sent bien proche de cette musique, elle lui permet d’éprouver et exprimer son étrangeté au monde. Sa singulière solitude qui s’éprouve au jour le jour comme un départ de soi, se quitter peu à peu, se faire signe « adieu » excessivement lentement, « Gone ». Abandon. « They Came and West », avec un arrière-goût désuet et lancinant résonne comme un surprenant carillon synaptique, à coups de griffes, que seul peut imaginer un individu imprégné de connaissances sur la machine humaine et l’ingénierie cérébrale, ces connaissances résultant de lectures scientifiques, sciencefictionnesques ou simplement par… imprégnation passive dans l’air du temps ! Fantomatique, à l’ancienne et ultra moderne.(PH) – Celui qui en parle le mieux : Ph. Delvosalle. – Discographie. – Le label. –  La Souris Krazy Katz

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Le marché juteux de la subjectivité

Valérie Brunel, « Les Managers de l’âme. Le développement personnel en entreprise, nouvelle pratique de pouvoir ? », La Découverte/Poche, 202 pages, 2008

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C’est la réédition en poche d’un « ouvrage issu d’une thèse de doctorat en sociologie clinique dirigée par Vincent de Gaulejac et soutenue en novembre 2003 ». Cette précision pour éviter toute méprise quant au titre : il s’agit bien d’une analyse sociologique de différents discours utilisés en management. Institution culturelle et management, réflexions incontournables. C’est un champ important à investiguer, pour un responsable culturel, parce que ces pratiques de management formatent une grande partie des « cerveaux contemporains » et agissent sur la nature des liens sociaux (là où les politiques culturelles doivent aussi agir et trouver leur ancrage). En même temps, la question de « comment manager une entreprise culturelle » est aussi cruciale. Nul doute qu’il faille se pencher sur les meilleures manières d’animer les organisations culturelles en fonction de leurs objectifs. Néanmoins, il me semble que l’on importe souvent, à l’intérieur des entités chargées d’appliquer une politique culturelle publique, des méthodes d’organisation et de mobilisation antinomiques avec l’esprit qu’il convient de transmettre. On adopte sans état d’âme, sans examen critique, sans adaptation (sous prétexte qu’il faut un peu secouer l’artistique et affronter le tabou de ses liens avec l’économique) des méthodes de management libérales, axées vers le développement du profit immédiat. (J’avais ainsi assisté à Namur, l’année passée à une journée de réflexion avec notamment une intervention de Le Goff, très intéressante en soi, mais révélant le désarroi du terrain : « oui, nous avons besoin de méthodes de management, mais celles qu’on nous propose, qui sont disponibles sur le marché de la consultance, sont en contradiction avec nos missions, alors que faire !? »). Connaissance des principes de base, pour un débat éclairé. Et bien, dans ce cadre, ce livre est vraiment très utile, un appui incontournable. Il documente les origines des nouvelles méthodes de management basées sur le « développement personnel en entreprise » et, de cette manière, il donne déjà des armes pour être moins démunis devant les théories sur lesquelles elles s’appuient, ce qui est déjà une condition de base pour avoir un débat éclairé sur la question. On comprend aussi plus facilement alors le malaise que le « culturel » peut éprouver à l’égard de ces méthodes de gestion de l’humain parce que, dans les principes, elles ont quelque chose de très proche : elle vise l’action sur les subjectivités, la gestion de la subjectivité à l’intérieur des communautés de travail (mais aussi bien au-delà), elles relèvent d’une certaine politique de l’esprit. Or, le culturel aussi s’adresse au subjectif, à l’esprit et dans sa transformation en politique à administrer socialement, court après son efficacité que lui volent les industries. La force de ces méthodes est d’appartenir à « un modèle relativement homogène, formant une doctrine managériale. Cette doctrine managériale a pour particularité de ne pas se présenter comme telle, mais comme une adaptation a-idéologique, fonctionnelle et pragmatique des fonctionnements organisationnels face à un environnement social, culturel, économique et technologique donné. » C’est donc quelque chose de structuré, d’étayé, qui apporte des réponses à des problèmes réels, se traduisant par des inquiétudes, des angoisses diverses, des difficultés d‘épanouissement dans le social.Toutes problématisations auxquelles une politique culturelle devrait apporter ses réponses propres (dispenser du sens à travers des contextes individuants relevant d’une logique publique et non privée/marchande), en constituant un modèle théorico-pratique homogène, ce qui fait, par excellence, défaut. Le développement de soi au centre du management, une sorte de but altruiste masquant la logique d’exploitation. L’individu est mis au centre des techniques de gestion. « L’essor actuel des pratiques de soi en entreprise est comme le symptôme d’une pensée managériale renouvelée qui, suivant la logique adaptative du marché, répond aux aspirations individuelles contemporaines à la gestion de soi et les récupère du même mouvement dans sa logique propre. Pratique managériale subtile, car affiliée, par ses origines, au projet identitaire de l’individu contemporain. » Le nouvel esprit du capitalisme a beaucoup étudié les théories de l’esprit, les sciences psychologiques, les avancées neurologiques pour tirer parti au mieux des besoins de l’individu, au service des entreprises. Le tout étant présenté comme un win-win ! Les origines doctrinaires des nouvelles disciplines de management datent des années 70 mais se répandent réellement à partir des années 90, autour de nouveaux modèles d’intervention relevant du « coaching » (concept issu du milieu sportif) et des pratiques de développement personnel. Les premiers succès commerciaux de ce marché de la consultance et de la formation sont liés aux méthodes de l’Analyse transactionnelle (AT) et plus tard de la Programmation neuro-linguistique (PNL).Programmes qui vont en inspirer d’autres qui élargissent le marché en suivant aussi l’évolution des demandes : la Théorie de l’Elément humain, la Méthode Schutz, l’Ennéagramme, le Myers-Briggs Personality Indicator (MBTI), la Process Communication (PC)… En véritable « que sais-je » analytique, l’ouvrage donne une description objective et raisonnée de ces différentes méthodes, rien que pour ça, ce livre est précieux. Il s’agit de méthodes dont la plupart n’ont pas été inventées directement pour des interventions en entreprises mais comme propositions thérapeutiques psychologiques. Elles ont la particularité de s’inspirer des textes fondateurs et recherches savantes (Freud, Lacan…) et de les simplifier pour rendre possible une action plus facile et plus rapide. La complexité est éliminée en faveur de visions et de modélisations presque exclusivement mécaniques. (En même temps, soyons clairs : pour avoir un bon positionnement relationnel à l’intérieur d’un collectif de travail, une certaine simplification est utile, la prise en charge intégrale de la complexité humaine peut bloquer des processus raisonnables de production !) Sans tomber dans le même travers –c’est-à-dire œuvrer dans la simplification manipulatrice) l’auteur démonte les dangers de cette simplification. Se basant sur le postulat que l’individu a strictement tout en main pour s’épanouir et être heureux, tous les facteurs sociaux sont éliminés. « Vous êtes seuls responsables, vous avez toutes possibilités de changer, de remplacer votre logiciel défectueux ». Transposer dans le milieu relationnel de travail, cela signifie que, si du dysfonctionnement passe par vous, vous avez la responsabilité de changer les « pièces psychologiques » défectueuses. Il ne tient qu’à vous de changer pour être plus heureux (plan personnel) et plus efficaces (plan professionnel). « Ce postulat non seulement reporte sur l’individu la responsabilité de sa vie, mais désigne aussi, de manière manichéenne, le bien et le mal. L’opposition est binaire, la coupure nette. La continuité et les rapports dialectiques que peuvent entretenir ces deux « états » (à supposer qu’ils existent) sont annulés. Une telle mise à l’écart manichéenne de la complexité, incarnée dans une opposition binaire, représente un empêchement de penser. Par sa méthode, Schutz entend non pas donner à réfléchir, mais provoquer un phénomène d’adhésion à ce qu’il désigne comme le bien et, parallèlement, un phénomène de rejet à ce qu’il désigne comme le mal. » Ce phénomène d’adhésion à la « vision de l’entreprise » est, par exemple, le préalable à toute relation. On ne peut résoudre les petits couacs fonctionnels que si tout le monde partage cette adhésion. C’est dire que le réel conflit est rendu impossible, indésirable, exclu. Le porteur de conflit sera forcément exclu. Il s’agit bien d’un monde binaire : on est dedans (adhésion) et toujours améliorable, récupérable, ou dedans et sans intérêt. Première interrogation systémique de fond : s’il y a dans ces méthodes, des « trucs » qui peuvent faciliter la gestion des ressources humaines dans le non-marchand culturel, que dire de méthodes qui évacuent la pensée de la complexité, qui empêchent de penser alors que le but de notre travail est de promouvoir cette pensée complexe dans la société ? La question est très large, évidemment ! Et elle encercle l’institution culturelle ! De l’intérieur et de l’extérieur ! Intérieur : elle cherche légitimement la meilleur efficacité. Extérieur : elle constate que ces méthodes de management essaiment dans la société et en premier lieu dans le politique. Le politique, depuis une dizaine d’années, entend gérer la société comme une entreprise en adoptant les mêmes méthodes de management, s’appuyant sur les mêmes principes de persuasion (démagogie) et d’euphémisation du pouvoir et surtout en proposant des solutions aux problèmes que la société rencontrent qui font reposer la responsabilité du changement sur les individus eux-mêmes : chômeurs, vous êtes responsables, à vous de changer pour trouver du boulot ; sans-abris, on peut vous aider, mais surtout vous devez changer, etc… Par ce biais, le politique évacue, comme le fait les entreprises, le versant sociologique des problématiques à résoudre. L’auteur se penche avec soin sur tout ce qui a trait aux mécanismes d’euphémisation des pouvoirs à l’intérieur des entreprises, au risque à long terme, sur la structure psychologique des individus et l’organisation mentale de la société, de l’idéologie managériale qui évacue le conflit et la tension. « En considérant que l’homme n’est pas traversé par des conflits structurels mais peut s’acheminer vers la pleine conscience de soi et l’autonomie, les théories du développement personnel poursuivent en fait son adaptation à des normes sociales. » Le management dans les institutions culturelles. L’absence de pensée managériale en institution culturelle a été certes dommageable. Par rapport aux méthodes en vigueur dans les entreprises privées, la prudence et l’esprit critique s’imposent. Il y a des outils qui sont bons à aller chercher. Le descriptif de certaines procédures et pratiques aident à mieux tirer parti des compétences des uns et des autres. Il s’agit souvent de techniques de soi classiques, relevant du bon sens. Il est préconisé d’associer à ces méthodes une ouverture à la lucidité adulte sur les relations de pouvoir, les données sociologiques qui entourent e conditionnent l’action de l’institution et de ses travailleurs et de ne pas éviter d’affronter la culture du conflit. « Le lien social est toujours fondé sur le dur métier de se confronter, d’échanger ou de négocier, et pas sur la croyance illusoire dans l’harmonie et la coopération. » Notre mission, au-delà du cadre de la lecture publique, de l’éduction permanente, de cadres socialisants s’exerçant par la musique, les arts plastiques, la danse, le théâtre, le cinéma est bien de fabriquer du lien social, d’une espèce autre que celle correspondant à l’idéologie managériale libérale. (Un discours de politique culturelle, par conséquent, devrait se prononcer sur le type de management préconisé au sein des opérateurs…). Dernier extrait : « (…) le courant managérial du développement personnel tend à offrir une vision édulcorée de la vie sociale, dont l’état normal reposerait sur l’harmonie et l’intégration. Cette conception fait abstraction des conflits d’intérêts et de pouvoir qui structurent les rapports sociaux, les réduisant à des malentendus ou à des défauts de communication. Elle revient en fait à nier les rapports de pouvoir dans la société, les remplaçant par un mythe du développement de soi. Cette philosophie comporte un risque, celui de détourner les individus de tout engagement politique et social. » Dépolitisation, désintérêt pour les questions sociales et leur engagement, toutes  problématiques régulièrement exposées dans la presse, épinglées dans les sondages et qui donnent lieu à des réponses souvent dérisoires, gadgets, symptômes du refus de voir « d’où ça vient », du principe même de gouverner, en entreprise et au sein du corps politique. Le management culturel doit avoir comme mission d’y remédier en ouvrant les esprits à une approche critique de toutes les questions de gouvernance. (PH)

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Dessins d’oiseaux

tracesLa fine couche de neige maintenue sur le jardin depuis une semaine révèle les chemins qu’empruntent les oiseaux dans leur quête de nourriture. Trajets dessinés, ellipses, carte étoilée (il y a sans doute des « routes » de merles qu’ils empruntent en permanence, en temps normal, sans neige). Il y a les endroits non seulement piétinés mais aussi travaillés du bec (au pied des mangeoires), regroupements, sites plus hospitaliers. Les empreintes ne sont plus nettes, elles ont été recoupées, leurs bords s’est effrité, a un peu fondu avant de redurcir. Même chose, avec plus de variétés de pattes, sur le bord des étangs. Comme toujours, essayer de deviner de qui sont ces empreintes sur ce sol singulier (qui rend étrange, réactif, le sol habituel), de quelle vie elles portent témoignage, de quels êtres réellement, quelles histoires se nouent dans ces sentiers isolés ou communautaires, hors piste ou balisés. Déambulation cicatrisées. C’est le blanc initial du rêve, la page blanche avec juste quelques signes abstraits, une piste monochrome, la trame par excellence de l’éblouissement par où débute une histoire imaginée, une narration, une écriture fictionnelle. Traces fantômes d’une ponctuation très lointaine. (PH)

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