Court-circuits plastiques. Non-scène belge.

Wiels, « Un-Scene », 28/11/2008-22/02/2009

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Avec cette exposition collective, le Wiels entreprend « un vaste panorama structuré des artistes actuels belges ou résidant en Belgique. » Il s’agit ici d’une première étape, un « aperçu subjectif et diversifié qui révèle les lignes de force, les points communs et le parcours d’une génération ». Au passage, les curateurs auront entériné le fait que, les artistes jouant de plus en plus sur un marché international, il vaut mieux, par honnêteté intellectuelle, escamoter « la problématique oiseuse d’une définition d’un art « belge », ses classifications litigieuses ‘wallonne » ou ‘flamande’ ». Voilà déjà une prise de position qui fait du bien. Le fil conducteur des curateurs consiste à interroger la notion de « scène » dans le sens où l’on parle de telle ou telle scène « artistique ». Il s’agit autant d’un regroupement d’artistes par affinité esthétique qui veulent, collectivement, amplifier leur démarche, leur message, que d’une structure mondaine dont le but est de créer des affinités entre des créateurs, des mécènes, des collectionneurs, des médias, des galeries, des administrateurs de l’art… « Le succès du vocable ‘scène’, concept journalistique et non sociologique, qui supplanta l’usage du terme ‘milieu’, évocateur d’une société fermée, secrète, composée d’initiés ou de conjurés, est symptomatique de l’emprise de la logique de la mode et de la stratégie de la publicité (…) » (Daniel Vander Gucht, dans le catalogue de l’exposition). Il est difficile d’imaginer les artistes présentés là affiliés à une « même scène », sinon celle qui rassemble les artistes modernes dans la rivalité de l’innovation, du geste inédit, du dispositif qui va « un peu plus loin », quitte à, pour ce faire, parfois accomplir un pas de côté. Les divergences de démarches auraient tendance à faire court-circuiter la dimension de « scène ». (Par contre, ce que l’on peut voir surtout s’exprimer là, dans la diversité des œuvres présentées, sont les forces qui régissent le champ plasticien, selon le concept de Bourdieu.) Large panel. De la peinture, des sculptures, du dessin, des installations, des vidéos, du graphisme, des interventions sémantiques, ça part dans tous les sens. La scénographie aérée, dans ce superbe endroit, permet de relier cette hétérogénéité, en entourant le tout d’un esprit de recherche, de laboratoire. (Les artistes ont été choisis selon leur cote internationale, chacun dans leur genre respectif.)  On peut identifier les continuations des différents courants modernes, post-modernes dans des formules qui tentent de faire bouger les lignes. L’interrogation continue des frontières indistinctes entre objets usuels, quotidiens et objets d’art, frontière rendue de plus en plus ténue par des similitudes dans les procédés de conception et fabrication, par l’amplitude de la marchandisation qui gagne de plus en plus les productions symboliques. Vincent Geyskens réalise des tableaux avec des rebuts de contreplaqué (découpés, ils forment des images, des matières ressemblant à des tableaux abstraits encadrés, diverses concrétions rassemblées au milieu du cadre). Il peint aussi des surfaces abstraites (huile et spray sur toile), des portraits figuratifs. Gert Robijns est plus proche du conceptuel, son alignement de « melon, canari en cage, soulier, sac plastique rempli d’eau et chemise sur cintre (« In concert ») a tout d’une charade poétique, presque une calligraphie peinte sur le mur. Xavier Mary s’affilie au minimalisme mais le met presque en contradiction en utilisant des matériaux industriels énormes (qui, en eux-mêmes, n’ont rien de minimaliste), éclairages autoroutiers… Alors, le minimalisme semble monumental, imposant ou l’imposant semble atteint d’une surprenante fragilité (« Highway Rotter »). Heidi Voet, entre autres, réalise de délicates fleurs féminines, en papier, recyclant des pages de pornographie qui, elles, n’ont rien de raffiné. Simona Denicolai & Ivo Provoost jouent avec les messages d’erreur Internet, les définitions dans Wikipedia de divers haut lieux de la socialisation WEB, en les transposant en objets graphiques matérialisés, basiques, coupés de leur technologie et dès lors un brin dérisoire. Tina Gillen associe dans ses grands formats (acrylique sur toile) des formes abstraites, des éléments figuratifs, en s’inspirant des restes de vieux chromos, de cartes postales et ses clichés, des images de pub, des bribes de clichés, toutes choses qu’elle retravaille, personnalise, réintègre dans une version individualisante… À l’intérieur du tableau, il y a comme une superposition dynamique de plans distincts, une tension spatiale et colorée entre les différentes sources et visions possibles. François Curlet déréalise des objets du quotidien, en les intégrant dans un graphisme fantasmatique (des choses trop vues, trop imposées, se transforment en images inconscientes, en nouveaux paradigmes cauchemardesques). Il montre aussi un court-métrage où trois vieux français burinés, dans un vieux bistrot anonyme, se taisent autour d’une table, jaugent leur verre de rosé, fièrement. Une élégante rompt le silence en leur déclarant : « vous êtes très Marcel Duchamp ». Stéphan Balleux expose de grands formats noir et blanc (pastel huile, acrylique) avec une surprenante manière de créer du mouvement dans le sombre, dans la masse noire fantomatique, ou de cerner les contours de capharnaüms de loques, vision de cavernes urbaines modernes, squat et vie domestique approximative, improvisée. Agence organise un  cabinet d’étude où l’on peut consulter une série de cas litigieux de droits d’auteur, histoire de montrer l’évolution complexe de la notion de propriété intellectuelle… Il y a beaucoup à voir (à revoir), à réfléchir (au-delà du fait que l’on y trouve un plaisir, je dirais que c’est presque obligatoire ! si on veut prendre en main la fracture entre modernités et publics). Au-delà des initiés qui savent rattacher telle pratique à telle école, telle histoire, il manque dans ce genre d’exposition un travail de médiation plus actif (même si le Wiels fait déjà pas mal). Ne pas être obligé de s’inscrire dans une visite guidée pour avoir un dialogue avec un « expert » qui ferait autre chose que produire un discours explicatif formel, mais donnerait des éléments, des repères et dialogueraient dans des conditions confortables. (Les pratiques et les styles à examiner relèvent d’univers tellement singuliers à chaque fois que les compétences pour y être raisonnablement attentif sont diversifiées, complexes). Quelque chose de même ampleur, avec les mêmes moyens et de régulier, devrait être réalisé de toute urgence pour les musiques, en impliquant activement la Médiathèque. (PH)

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