Sexe amnésique, amnésie sexuelle

Danielle Arbid, « Un homme perdu », VX2056

 perdu

Thomas Koré est un photographe un peu jeté, fasciné par les femmes et le sexe, une sorte de queutard extrême qui cherche la confrontation au plaisir dans des contextes difficiles. Par exemple dans les pays arabes où les femmes sont loin d’être libres, l’accès au sexe libre bien surveillé. Il parvient néanmoins, dans la nuit des villes, à dénicher les lieux de débauche, les réseaux souterrains de la prostitution pour assouvir ses fantasmes. Ses partenaires ne sont peut-être pas toutes des prostituées, peut-être y a-t-il aussi dans le lot des filles proches de ce milieu par besoin de vivre des expériences, de se libérer. Ce baroudeur du sexe a bien entendu la passion de photographier ses rencontres, ses séances de cul, les filles qui le fascinent, en poses étudiées ou, dans le feu de l’action, au jugé, en « tir automatique ». Voilà le portrait d’un occidental qui cherche méticuleusement à se perdre, s’oublier dans les femmes d’un monde fermé où l’interdit est puissant. Passion qui lui vaut de temps en temps une bastonnade, mais il est costaud, il encaisse bien. C’est par le biais d’une femme anonyme que son chemin croise celui de Fouad Saleh, un Libanais errant, fier, arrogant, écorché et sans mémoire. De quoi exciter l’objectif du photographe : un homme à la dérive qui entretient, manifestement, des relations difficiles aux femmes. Dans un schéma d’attirance et de rejet, il va s’attacher les services de l’homme perdu et chercher à percer son secret. Ce n’est même pas forcément dans le but de rendre service, non, simplement un but stimulant. Comme s’il flairait un bon sujet de reportage ou de livre. De fil en aiguille, il élucidera le mystère de l’homme à la dérive. Sans dévoiler toute l’intrigue, cela tourne autour d’une violence faite à une femme (à toute la condition féminine), au point de déranger la mémoire et l’identité du mâle. Ce qui, au fond, brosse un portrait sans appel: l’étranger qui vient les baiser pour ses photos et son égo (même si c’est présenté de façon poétique comme une sorte d’amour absolu du sexe féminin), de l’autre un représentant du sexe fort indigène qui tape dessus. Entre le marteau et l »enclume, tringler ou trinquer… Et la conclusion du film laisse entendre que cette intrusion-ingérence du touriste érotico-photographe dans la mémoire d’êtres meurtris (et dans leurs femmes) aura comme conséquence de réactiver le drame et pour un dénouement radical. Si j’ai un petit ton critique pour évoquer le personnage principal, il n’en est rien dans la manière de procéder de la réalisatrice, qui valorise le sujet de façon intéressante . Elle ne filme pas ça comme du tourisme sexuel, ce n’est pas sordide, elle est surtout intéressée à faire éclater toute la beauté d’un érotisme latent, socialement voilé. En même temps, et sans insister (ce n’est pas un documentaire), le contexte est bien rendu, celui des campagnes, des villes, des routes. Le décalage entre l’orient et l’occident est bien thématisé. L’état de ces pays (économie, mœurs) saute aux yeux. Plus encore dans un film précédent, « Dans les champs de bataille », qui se déroule à Beyrouth, l’histoire d’une adolescente en pleine guerre. Sa famille bourgeoise est, de plus, ravagée par un père pris par la passion du jeu et ne propose aucun accompagnement à toutes ses interrogations. Son éveil à l’amour et au sexe s’effectue surtout avec la bonne de sa grand-mère, en partie dans les caves lors des bombardements. Les tracas, les drames, les passions continuent sous les bombes. Le sujet du film n’est pas Beyrouth en guerre, néanmoins, là aussi, le décor est prégnant, le climat explicite, les images de la ville et les scènes d’extérieur restituent bien la situation générale d’une société en panne, mutilée, balafrée. (PH)

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