La raie du Borinage et les kalanichkov

« monsbruges », 15.12.08 – 18.01.09, De Bond (Tentoonstellingsfabriek van het Cultuurcentrum brugge).

bruges

 Une belle démarche d’échanges nord-sud qui en est à sa deuxième édition. Des artistes choisis par Bruges viennent exposer à Mons vice-versa. Dialogue entre une ancienne et une future capitales européennes de la culture !? Il y a quelques mois, de jeunes diplômés de l’école de Gand envahissaient la Machine à Eau avec des œuvres originales inspirées par l’histoire du bâtiment.Actuellement le match retour a lieu à Bruges avec une présentation d’œuvres d’Olivier Leloup, Didier Mahieu et Jean-Marie Mahieu. – Olivier Leloup présente une série de sculptures en bronze (« Oiseaux s’entêtent », « Ave 47 », « Champignons », de la série « Tout le monde n’aime pas les champignons ») et en cire blanche (un alignement de mitraillettes). Avec un trait d’union consistant entre les deux, les armes neutralisées dans le blanc, alignées contre le mur blanc, pouvant symboliser la pseudo guerre propre contemporaine et les bronzes représentant la boucherie cynique à visage découvert des grandes guerres à l’ancienne. Les oiseaux dispersés autour des piliers de la grande halle d’exposition, évoquant ses chants tristes et néanmoins de renaissance qui surprennent par leur innocence surnaturelle, sur les champs de bataille, après le carnage. Des effroyables tranchées à la grande bouffe de l’hyperconsommation, c’est la même chair à canon, l’image d’une société qui s’auto-dévore. Par ce genre de sujet, Olivier Leloup revisite un moment fort de ce qui donna naissance à l’art moderne, la grande guerre, ses millions de morts, ses mutilés, ses millions de deuils, et la question  de représenter l’irreprésentable « moderne », l’horreur guerrière et son économie diabolique. (Ces sculptures font écho à une lecture récente, « Entre deuil et mémoire » de Jay Winter, l’auteur analysant, entre autres, la statuaire des monuments aux morts, comment l’art intervient pour aider le travail de deuil, etc…). – Jean-Marie Mahieu développe une technique personnalisée de grandes photos numériques imprimées sur toile, sur laquelle il intervient avec de la peinture. « Maison du maître », « Maison de l’Etre », « Te Koop, suite », « Eve », « Maisons d’habitations », « Oubli.S »… Le retouchage au pinceau, sur des photos relativement neutres, pixellisées,pour la plupart des corps de logis qui semblent vides, abandonnés, tend à restituer une aura que le cliché ne capte pas, à éclairer une dominante atmosphérique, subjective. À renouer avec une âme, le destin, en donnant une identité, une façade virtuelle à tout ce que le peintre imagine comme étant l’histoire de ces maisons. De ces lieux de vie. « Oubli.S » représente un élément de site industriel, le symbole de savoir-faire fatalement en voie de disparition. A travers ses photos peinturlurées, c’est comme si on regardait, en outre,  entre les lames d’une persienne, l’ambiance du Borinage. la relation à la misère de la région, les façons d’y habiter, d’y être moderne tout en étant pénétrer par l’histoire des lieux, bref de relever le gant de la création dans une zone sinistrée – Didier Mahieu, présente plusieurs œuvres qui se connectent à distance, de façon lâche, un peu comme un rébus approximatif. Un bricolage avec deux mini-écrans avec une scène noir et blanc de deux femmes à table. Il ne se passe rien. Et pour cause, il s’agit d’un bout de film perdu, non identifié, sans mémoire. Entre les deux, un petit bateau sans voile, construit en mie de pain. En vis-à-vis, une photo-peinture de bateaux de mie échoués. À l’intérieur d’une chambre, une grande raie blanche, posée comme un animal fétiche (une sorte de placenta animal, forme fantôme). »Une tombe seulement. Un écueil de beauté contre lequel ma mémoire est venue se fracasser. Et la faille surgir. Un court instant. (…) » (Kristell Brisadelli) Sur le dos de la bête est projeté un film de poissons que l’on prépare pour la cuisine, ouvrir, vider, nettoyer… La projection en miroir, ce qui donne à l’image, quelques fois, la forme d’une raie qui nage et s’échappe, fugitive. Sur le mur, la cène perdue non identifiée, est rejouée en couleur, avec un mouvement, une suite, un sens… L’ensemble ne manque pas d’allure, associant trois styles différents de façon intéressante. Jean-Marie Mahieu, reflets du paysage et fenêtre pour aérer une région blessée, entoure l’aire d’exposition, Olivier Leloup investit tout l’espace avec ses rappels que la guerre est totale et ne respecte aucune frontière, la paix étant aussi fragile que des oiseaux sur des brindilles (ou bien « oiseaux de mauvais augure »?), Didier Mahieu cherchant des échappées vers un imaginaire plus intérieur, intime… (PH)

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2 réponses à “La raie du Borinage et les kalanichkov

  1. merci pour ton article sur bruges
    les photos du suivant (mons triste) me rappellent la série que j »avais faite pour le parcoursd’artistes on devrait monter une expo a2!
    allez bonnes fêtes!
    bruno

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