Les concerts à la maison font la nique aux programmateurs institutionnels

jennotte

Une bonne nouvelle pour l’information culturelle : Alain Jennotte, du Soir, a quitté les pages économiques pour rejoindre l’équipe « Culture ». Nul doute que ce transfert dynamisera l’information, renouvellera le regard, mettra en avant des phénomènes et des artistes moins connus. La différence s’est déjà fait sentir avec un article sur un collectif liégeois et ce jeudi 5/11 par une page consacrée aux concerts rock organisés par des particuliers, chez eux : « Les concerts s’invitent à la maison. Des particuliers créent un nouveau rapport entre les groupes et le public. » C’est réjouissant de voir que ce phénomène qui existe depuis pas mal d’années est présenté en une, avec un statut important, comme une tendance signifiante. Avant tout, ce qui est mis en évidence est la qualité relationnelle et d’écoute : petit public, pas de distance avec les musiciens, on est beaucoup plus proche de l’expression, de ce qui se passe vraiment. (Phénomène connu avec la Ferme du Biérau, et que nous avions testé, il y a de nombreuses années en organisant à la Médiathèque de Mons des concerts dans une petite salle, avec aussi un bar « pas cher » et en nous inscrivant dans un circuit alternatif international : Tom Cora, Günter Müller, Taku Sugimoto, Ernst Reyseger, Jean-Marc Montera, Dominique Regef, Keith Rowe, Guy Klucevsek, Chameleo Vulgaris… Nous misions sur l’attrait de l’intimité pour ouvrir des publics non-initiés à des formes d’avant-garde, et ça marchait pas mal). Si cette tendance est réjouissante, effectivement, et offre des expériences d’écoute magique (je pense au récital d’un violoncelliste d’Ictus entendu en hiver aux ateliers Claus), il ne faudrait pas pour autant glorifier aveuglément la part de folklore rock ni tomber dans un romantisme à l’excès. Si les concerts organisés par des passionnés, dans leur salon ou leur cuisine, ont toujours existé, ils prennent dans le contexte culturel actuel, une signification particulière qu’il ne faut pas occulter. Il s’agit aussi d’une réponse à une offre institutionnelle de concerts relativement pauvre. D’une part il y a les grandes machines privées qui ne sont intéressées que par les vedettes, des stades ou des salles bourrés massacres. Le public a embrayé le pas avec l’obsession de remplir les salles, de faire du chiffre, de toucher le plus de monde et le plus facilement. Résultat : disparition de la prise de risque, accentuée par la peut de tout ce qui sonne « différent », n’est pas appuyé par la grande presse (le syndrome de la « tête d’affiche » a fait des ravages). Des salles réputées programment une quantité énorme de concerts et pourtant on peut leur reprocher d’abandonner l’esprit de découverte, de ne plus se tenir au courant des nouvelles tendances. Il suffit de croiser ce qu’il y a dans les catalogues des tourneurs principaux avec ce dont on parle dans quelques magazines connus (Inrock, etc.) et voilà, les affiches se remplissent. Donc, forcément, ici ou là, les citoyens amateurs et passionnés prennent la relève (un des derniers concerts de Steve Lacy en Belgique a été aussi le fait d’une initiative d’un particulier). L’important, avec un article comme celui du Soir, est d’attirer l’attention aussi des responsables sur cet état de fait. Parce qu’au-delà du constat et, encore une fois, du plaisir incomparable que l’on goûte dans ces conditions d’écoute, l’important est-il réellement que la musique ait une vie en-dehors des circuits institutionnels et commerciaux ? Quelle est cette vie et quelle en est la perspective ? Quand j’avais fait joué Klucevsek à Mons, il était très clair sur le fait que les CD ne le faisaient pas vivre, seuls les concerts lui permettaient de faire chauffer la marmite. Alors, reprenons : la plupart des musiciens « alternatifs » qui jouent dans les salons gagnent peu d’argent avec les entrées, peu avec la vente de microsillons ou CD, peu avec le téléchargement… Je n’envisage même pas des standings de vie élevés, mais combien de prestations chez des particuliers pour assurer les deux bouts ? Est-ce une économie culturelle viable ? Et va-t-elle réellement créer de « nouveaux rapports entre les groupes et le public » au-delà de cercles d‘amateurs relativement réduits ?Au point de modifier le comportement d’une population significative en nombre quant à l’écoute des musiques, en s’ouvrant à d’autres genres et d’autres styles, en faisant évoluer le marché ? Bien entendu, des musiciens d’un certain renom international se font payer correctement dans un festival officiel et joue au chapeau dans une salle de bain à Bruxelles, il y a alors une complémentarité, et l’institutionnel, dans ce cas, permet, d’une certaine façon, l’initiative privée. S’il est indispensable de rendre hommage aux personnes qui se substituent aux pouvoirs publics pour qu’un contact réel et direct se maintiennent entre des musiciens différents et un certain public, il me semble dangereux d’ériger ce système en idéal. Il est important de revendiquer des lieux de concerts adéquats, petites salles, bonnes conditions techniques pour les artistes, confort pour les auditeurs, rémunérations décentes pour les groupes, prise de risque maximum pour des programmes « laboratoires », (où des particuliers amateurs et connaisseurs peuvent venir proposer leurs coups de cœur), respect de l’intimité nécessaire à une attention maximale aux musiques, volonté de passer outre la rentabilité et de présenter des événements de façon permanente, promotion et accompagnement « didactique » de qualité… Enfin, parce que ce blog est là aussi pour je prêche pour ma chapelle, rappelons que la Médiathèque dispose souvent des CD de la plupart des artistes programmés dans ces conditions artisanales, qu’elle peut à partir de ces collections soutenir ces projets personnels, qu’elle les annonce régulièrement dans son agenda ou sa newsletter, et qu’il est important qu’une institution officielle soi attentive à cette vie musicale. Ça devrait être souligné, il me semble !Une dernière précision : vendredi 6/11, au Ship, ce n’est pas qu’un concert de Chocolat Billy, il y a Les Terrils en avant-première… (PH)

jennotte2

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8 réponses à “Les concerts à la maison font la nique aux programmateurs institutionnels

  1. Bonjour

    merci pour cet article, je compose de la musique pour la danse et le théâtre, j’ai une pratique du son dans les arts plastique . Je trouve ces concerts en appartement un approche vivifiante de faire vivre la musique.(probablement pas de manière économique)
    J’habite dans le Brabant Wallon, dans un ancien
    cinéma, il y a de l’espace et j’ai comme projet de d’y organiser des concerts, en fait j’aimerais
    pouvoir défendre cette musique "alternative" et
    créer avec le temps et la programmation un cadre qui donne aux musiciens disons un "support" de qualité.
    j’ai travaillé à NYC et là, je suis aller à l’excellente
    http://www.diapasongallery.org qui propose en appartement (faut dire que l’appartement est vide) une programmation audacieuse . Je crois que c’est une initiative privée, y a pas de subsides, mais c’est disons la volonté et la durée qui fait de ce lieu privé, un incontournable .

    Voilà je lance la bouée …n’hesitez pas à me contacter

    Marc

  2. article super interessant :)
    J peux vous dire que concernant la musique electronique on n’a plus de salle pour faire jouer des styles plus alternatifs et moins commerciaux, les gens se retrouvent a faire la fete dans les bois, aucun encadrement et donc accidents, abus en tous genre etc… si seulement on pouvait nous donner un coup de pouce… on est obligé de tout faire sois meme, d’investir de sa poche etc… par contre coté flamand ya du pognon pr les soirées electroniques et des salles aussi… alors quoi? ya pas moyen chez les francophones? ou bien on prefere donner la tune a nos bons vieux chanteurs de daube commerciale et toute la generation dite ‘underground’ peut aller se faire voir ailleurs, merci a nos ministres :) qu’est ce que j’aimerai pouvoir en parler avec un responsable ohhh my god ;)

  3. Il y avait du monde … et beaucoup d’ambiance au SChip pour les excellents Chocolat Billy :

    sans oublier les terrils en "première partie" ;-)

    Merci Bravo à Maxime de Matamore / Schip !

  4. sssssssssssss

  5. C’est un truc que j’essaierai bien de faire, des concert en appartements, avec le trio présenté sur ce lien:
    http://www.myspace.com/yannvietfreesongstrio
    …La formule devrait s’y prêter, je pense…

  6. Ping : Le phénomène des concerts-maison « Bernard Simard

  7. Je viens de tomber sur votre article. Très pertinent.
    Je me retrouve complètement dans l’esprit cité.
    Tout a démarré d’un coup de tête en février dernier et depuis nous organisons un concert par mois dans notre maison de campagne. L’organisation est en adéquation avec les assos rock locales (qui sont des amis) car nous ne voulons en aucun cas faire doublons.
    Nous logeons, nourrissons, saoulons les groupes, un chapeau qui leur revient entièrement et le public amène ces propres consos.
    Voila pour l’esprit.
    Je laisse ma pierre à l’édifice avec le lien de notre blog où nous laissons quelques rétrospectives des événements.
    http://louvessiou-diy.over-blog.com/

    A plus !

    Max/LouVessiou

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