Antidotes à l’art?

Antidotes 4, Galeries Lafayettes, Jusqu’au 10 janvier 2009

L’art contemporain, en même temps que l’on continue à le dire coupé des publics (par ses sujets, ses objets, ses esthétiques), s’infiltre partout : récemment dans la cathédrale Sante-Gudule (à Bruxelles), dans la rotonde de la galerie Ravenstein (dans le cadre du programme coréen de Bozar)… Et, avec Antidotes, tous les ans, dans la galerie d’art des Galeries Lafayette. Il s’agirait là d’un réel travail de promotion d’artistes, lié aux activités d’un collectionneur, donc quelqu’un qui suit des créateurs sur le long terme, attentif à leurs évolutions, à l’histoire qu’ils racontent… Antidotes se veut en outre porteur d’une réelle réflexion pour dynamiser la scène française et en promouvoir les plasticiens à l’échelle internationale (les représenter, les vendre, les exporter, faire fructifier leurs cotes, forcément, la dimension économique est soulignée). Ca se situe donc au cœur de cet immense temple bourdonnant de boutiques de marques. Est-ce pour autant un dispositif qui ouvre un nouveau public à l’art contemporain (« tiens, du goût pour les belles choses à porter, mon regard la plaisir inédit pour moi de se poser sur ce genre d’œuvres »), est-ce une pratique qui valorise le shopping harassant du samedi (« c’est tellement abrutissant de dépenser dans ces stands criards des marques, avec l’art, j’hume un peu d’élévation d’esprit ») ? Est-ce une réelle tentative de créer de l’attention pour l’art ou au contraire est-ce une fausse bonne idée qui noie l’art dans le marketing forcené d’un tel complexe de shopping ?  Et, en règle générale, faut-il ainsi installer l’art un peu partout dans les lieux publics selon une vision simpliste de ce qui peut en faciliter l’accès (mais sans rien qui change autour quant à l’esprit attentif que nécessite l’art), ou encourager un esprit de découverte qui donnera envie d’aller consulter les œuvres dans les conditions optimales, selon une démarche plus volontaire ? Que dirait-on si l’inverse se produisait: musées et galeries d’art diversifieraient leurs activités par des vitrines de marques, fringues, chaussures… ? Il y a incontestablement des surgissements d’œuvres chues en pleine place publique et qui créent de vraies rencontres, des chocs. Mais, dans l’ensemble, ne s’agit-il pas plutôt d’une manière d’intégrer l’art à une sorte de décor ludique, de divertissement, relevant beaucoup plus d’un régime de distraction que d’attention? Enfin, si, dans l’exposition « Antidotes », il y a certes des œuvres intéressantes (en tout cas quand on les rapporte à leur démarche profonde), j’ai rarement eu autant l’impression de regarder un ensemble d’œuvres aussi emprises dans un discours marketing, depuis le cadre jusqu’à la littérature (Le Journal des Arts) très promotionnelle. On vend des produits ici, on vend des marques comme dans les boutiques voisines. Est-ce juste le contexte qui fait ça, qui influence ma perception ? Je suis dubitatif… Une partie de ces artistes, je les avais vus dans des démonstrations plus complètes (par exemple Michel Blazy au Palais Tokyo, dans un environnement plus convainquant, réduit à une parcelle, ça sone trop anecdotique, mais ça pose aussi la question de comment on achète ce genre de démarche). Bien sûr, il s’agit de pièces achetées, elles sont déconnectées de leur fil conducteur, de l’histoire complète que l’artiste raconte. Pour des créations liées à des concepts, la série est importante, pouvoir juger sur un ensemble plus complet n’est pas négligeable. Ici, il semble que, parfois, les arguments conceptuels censés expliqués l’œuvre, me font penser au glissement du domaine de l’art critique à celui des rayons de grandes surfaces (trouver des idées pour vendre n’importe quoi). J’ai quand même quelque mal à avaler  l’œuvre présentée de Saädane Afif : grand panneau autoroutier vierge de toute signalisation pour que le visiteur s’y reflète et y projette ses propres signaux. Euh ! Merci bien. Sinon, il y a des choses à sentir du côté de Davide Balula et cette espèce de sarcophage industriel remplie de copeaux synthétiques qui protégent les marchandises durant le transport, comme une masse absorbante animée de pulsions reptiliennes et sonores… Quelque chose à creuser du côté de Sophie Dubosc et ses mannequins arrangés. Une perspective à explorer chez Nicolas Moulin, avec cette reproduction du squelette d’un immense building abandonné, comme l’étrange coquillage fossile d’un animal urbain mégalo… La pièce de Frank Scurti, elle, presque classique et anonyme, (surréalisme, dada, kinétisme, pop art) se révèle fraîche en bouche et de longue durée, avec son peigne qui fume comme un calumet qui réactive mille narrations…

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