Brésilienne (2)

 

Le temps d’une pause, près d’une librairie, forcément, où acheter des munitions pour le cerveau, l’esprit, l’imaginaire, entretenir une relative consistance à investir dans des projets, par exemple La Sélec (qui a besoin, par l’intermédiaire de ses rédacteurs, d’être connectée aux idées qui irriguent la littérature, le cinéma, les arts plastiques, la sociologie, la philosophie,…). La fatigue, avec ses brumes comateuses qui s’immiscent dans l’élocution et la formulation, altère la conscience de nuages de flou qui se posent aléatoirement sur telle ou telle fonction, selon les zones de l’esprit qui se permettent un petit somme debout, excite cette aspiration à stimuler la machine par de nouvelles phrases, de nouveaux textes. Phénomène de compensation. Traîner le sac de bouquins jusqu’au Mokafé, se glisser à une petite table près de la fenêtre, commencer à bouquiner, à épingler tel ou tel passage (auquel on dit au revoir au fur et à mesure que l’on tourne les pages pour puiser ici et là d’autres signes qu’il s’agit du bon achat, extraits qui balisent le plan de lecture –tiens, je vais commencer plutôt par celui-ci- et qui, au moment de la lecture organisée de l’ouvrage, produiront un effet de déjà vu, de retrouvailles) jusqu’à ce que le garçon installe en face à face la brésilienne, la gâterie reconstituante, c’est le moment de repousser les bouquins au périmètre de la table, près du vide. Elle se tient particulièrement bien, cette fois-ci, presque classique, fraîche et dense, beaucoup moins vaporeuse que lors d’autres rendez-vous, moins olé olé que la fois précédente (sa pose était négligée). Le croustillant de sa surface semble tout neuf, à peine éclos, presque tendre, mordoré, juste posé sur une belle épaisseur d’écume fine fouettée, moelleuse, constituée d’alvéoles d’air léger, une consistance de nuage sur un matelas crémeux, élastique et compact, soutenu par une fine voile de pâte, l’ensemble est lumineux. Bouchée de brésilienne (une chair de neige qui dégage de la chaleur), bouchée de lecture (des moments vifs qui fouettent l’esprit), au milieu des histoires vieilles dames qui saluent le nouvel automne et de touristes aux rires gras, et dans la cohue des plats du jour, quelques niches de lecteurs! (…) La version poche (Champs/essai) de « La télécratie contre la Démocratie » (Bernard Stiegler), livre paru avant les dernières élections présidentielles françaises. Achat utile pour stimuler les méninges avant la participation à un Atelier sur l’accès à la culture chez les jeunes. Edition poche augmentée d’une préface sur la décision de supprimer la publicité dans la télévision publique et de l’appel d’Ars Industrialis, « Faire Attention », au lendemain de l’élection de Sarkozy. Ensuite, « La Ronde de nuit », (Métailié) une nouvelle traduction d’une écrivain portugaise, importante, Agustina Bessa-Luis, conseillée jadis par un ami connaisseur (Alberto Velho Nogueira), et qui est aussi la scénariste des derniers films d’Oliveira. Première phrase : « Cette année-là, il revient à Martinho Dias Nabasco d’accompagner ce qui restait d’une nombreuse et riche famille au cimetière de son lieu d’origine. » Enfin, pour soutenir une réflexion utile au positionnement socioculturel de l’association où je travaille (mais aussi pour libérer un peu ma tête de toutes les idées reçues sur la nouvelle société de l’information connectée: « S’acheter une vie » (Jacqueline Chambon) du sociologue polonais Zygmunt Bauman (« la société liquide »).Première phrase de l’introduction : « Observons trois exemple choisis au hasard, illustrant les changements rapides qui affectent nos habitudes dans notre société de plus en plus « connectée » ou, plus exactement, de plus en plus déconnectée. » Ça commence bien, après une citation de Bourdieu. Et bien voilà une petite pause bien tonique ! À la prochaine brésilienne…

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