La Sélec (nouvel organe culturel)

Créer un nouveau journal, en papier, aujourd’hui !? Pour parler de musique, de cinéma… C’est pas un peu désespéré !? Dans un contexte de saturation d’informations de toutes sortes, d’une avalanche de sollicitations pour les yeux, les oreilles, sollicitations en compétition exponentielle… !? Pourtant, la conviction subsiste que l’écriture reste un bon moyen de trier, de lutter contre l’informationnel étouffant, et que l’imprimé est toujours un outil nécessaire. Le mot, bien utilisé, reste une arme de décantation. Mais il faut chercher le dispositif d’écriture et d’impression qui favorise ces vertus de tri et de structuration. C’est ce que l’on a entrepris à la Médiathèque en créant depuis plusieurs mois une équipe de rédaction (une des meilleures décisions que l’association pouvait prendre). Une sorte de laboratoire (il n’y a pas assez de laboratoires de cette sorte, pas seulement sur « comment écrire sur la musique et le cinéma » mais aussi sur « quel graphisme, quelle maquette pour organiser ces écrits). Le fait d’être au sein d’un organisme de prêt public favorise forcément des points de vue autres que ce que peut développer une presse spécialisée (ou pire: généraliste) beaucoup plus dépendante du marché, des recettes. Un collectif d’écriture, fût-il agencé par une institution, c’est un appareil critique qui se rend disponible auprès de tout lecteur, effectif, potentiel… Dans le cas présent, effectuer une médiation entre des créateurs bénéficiant de peu d’attention et un public à chercher, à constituer, la ligne éditoriale sera autant de parler des musiques et des films que des manières de regarder et d’écouter, des attitudes. Pas moyen de favoriser le rapport à la diversité culturelle sans s’attaquer à ça : les comportements d’écoute et de regard, les « pratiques culturelles », formatées par la technologie et le marketing… Et puis créer un journal (la production des rédacteurs n’est pas réservée exclusivement à cet organe de papier, elle alimente aussi  la politique éditoriale sur le web), ok, mais par où commencer, quelle forme lui donner !? A une époque, celle où je réalisais un fanzine (Disco Graphie), j’avais une idée assez claire de ce à quoi devait ressembler la chose, d’autant que l’on fonctionnait à l’amateurisme. (J’étais assez marqué par le look « Actes de la recherche en Sciences Sociales (je trouvais qu’il manquait une revue sérieuse sur les musiques) et nous impliquions un artiste inspiré (Bertrand Gobbaerts) pour personnaliser. Nous avons réalisé ainsi pas mal de numéros dont certains sur des thématiques où j’impliquais pas mal de collègues médiathécaires interviewés, ou qui s’improvisaient rédacteurs. Nous avions aussi publié un numéro spécial autour d’Arthur Doyle, avec un entretien exclusif et exceptionnel !) La conception a été confiée à une équipe de graphiste extérieurs : Mr & Mme. Nous avons donné le temps nécessaire aux réflexions partagées mais, en même temps, je faisais confiance et je laissais mûrir le projet (trop d’aspects de cette expertise graphique m’échappaient, moi profane). L’optique, après plusieurs hypothèses, a été de favoriser le texte, de lui donner une présence forte, un peu à contre-courant de ce qui se fait habituellement (affirmer le rôle incontournable de la lecture pour apprendre, s’informer, se cultiver) et d’y associer une image panoramique (poster) originale, une manière nouvelle de visualiser des références de musiques et de cinéma. En référence au besoin de noter, de gribouiller, de dessiner dans les marges des livres, sur les programmes de cinéma et de concert, comme pratiques qui favorisent l’assimilation… Progressivement la chose a pris forme, il a fallu quelques fois que je m’adapte, attendre avant de piger, parfois c’était flou, j’étais déconcerté, mais finalement l’objet abouti, final, emporte ma conviction. On a su s’extraire des modèles de magazines qui dépiautent le texte, accentuent le morcellement superficiel de l’information culturelle: plein d’images, des petits textes éclatés, des brèves, la musique racontées en faits divers (style Musipédia), ce parti pris basé sur « les gens ne lisent plus » capitalisent sur les méthodes de marketing pour capter l’attention mais dans une dynamique négative qui tue l’attention, qui produit de l’inattention et détériore gravement les relations à la musique et au cinéma, parasitent la médiation positive qu’un organisme comme la Médiathèque est censé conduire dans le corps social.  Ici, il n’y a qu’un texte, une seule histoire qui traverse le classique, le rock, le cinéma… quel que soit le segment, le message est de s’intéresser à tout, de connecter des territoires que le marché distinguent et séparent, pour se construire une curiosité autonome et donner une meilleure narration de l’état des musiques et du cinéma dans le monde, dans les pratiques quotidiennes. Le texte, mais sans se déconnecter d’une civilisation du visuel : par le poster qui sera chaque fois confié à un artiste différent pour des images qui stimulent la pensée, l’écoute et le regard, des images qui font passer et donnent envie de passer un message, pas de ces images publicitaires qui tentent de figer l’expérience visuelle en pratiquant « l’arrêt sur image lucratif ». La Sélec a quelque chose de singulier, de dense, de tranchant. Et d’amusant : il faut y mettre les doigts pour détacher les pages de texte (« selon les pointillés » comme chez Bashung), enlever délicatement l’agrafe au centre pour accéder au plaisir du poster… Le rédactionnel : C’est surtout un journal qui ne rassemble pas des contributions individuelles : un mécanisme relativement complexe, parce qu’il implique pas mal de personnes au sein de la médiathèque, se met en place pour effectuer une sélection dans l’actualité, un choix qui ait du sens. A partir de là, il faut écouter, regarder, mettre en chantier la rédaction. Les graphistes et l’artiste qui crée le poster doivent aussi écouter, regarder les musiques et les films choisis (c’est pas du plaqué, pas du chiqué)… Tout ce travail qui s’ébauche (et qui ne se cantonne pas au papier, les textes sont plus longs sur Internet, il y a un podcast…) est exaltant, parce qu’on le sent, de l’intérieur, engagé dans un combat plus qu’utile (mais pas forcément gagné d’avance!). Exaltant de par son ambition et de par la qualité des personnes qui s’y impliquent (hommage à Philippe Delvosalle, Catherine De Poortere, Catherine Thieron, Benoît Deuxant, Yannick Hustache, Isabelle Delaby…. Là, on se sent dans la volonté de réaliser un travail utile à la culture, exigeant, ouvert sur le monde mais non assujetti à ses modes, un dispositif d’attention qui peut en engendrer d’autres, chez des lecteurs individuels, des communautés d’amateurs, réveiller les militants culturels qui n’osaient plus espérer l’émergence d’un journal différent…

La Sélec racontée par un autre rédacteur

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2 réponses à “La Sélec (nouvel organe culturel)

  1. bonsoir pierre, je viens de recevoir par la poste 2 exemplaires de la selec (qui deviendra à coup sur un collector) avant lecture , j,e me suis empréssé de détacher le poster (eh oui je fais partie de la génération rock and folk et best!comme j’ai eu 2 exemplaires! ) ilsera affiché dés demain dans mes nouveaux bureaux.
    comme tu le dis en préambule, il me semble important de croire au »laboratoire » de papier que vous avez osez créer bon courage BV

  2. Pingback: Concert particulier (Les Terrils). « Comment c’est !?

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