Le 104 submergé

Samedi 11 octobre, on se pointe pour jeter un coup d’oeil au nouveau lieu culturel parisien, le 104 (« Après deux années de travaux, le Centquatre ouvre ses portes »). Défini comme « établissement artistique de la ville de Paris », cet espace se veut « lieu de résidence et de création artistiques unique au monde, qui désire bousculer, par sa dynamique artistique, les frontières entre les arts et les publics. » La réhabilitation architecturale de cet ancien bâtiment est organisée, entre autre, selon l’esprit des « passages », images de l’ancienne modernité parisienne, et titre de l’ouvrage de Walter Benjamin sur Paris. De 14h30 aux petites heures, un programme déroule tous les aspects du projet, artistes résidents, liaisons avec les habitants du quartier, ateliers, interventions, musiques, slam… La mauvaise idée est de se pointer un peu avant 20 heures. Là, ça coince, le public s’accumule, les portes restent fermées. Après plus d’une demi-heure d’attente, on abandonnera, comme beaucoup d’autres, avec l’impression d’un lieu submergé, dépassé. Il faut dire qu’en plus d’une promo énorme, un concert gratuit de Tricky est prévu dans la soirée. Je lis dans Libération aujourd’hui que le 104, victime de son succès, a du interrompre la fête vers 23 heures, faire intervenir les forces de l’ordre pour organiser l’évacuation. La fête, elle, était prévue jusqu’à au moins deux trois heures. Mais pourquoi fallait-il une vedette comme Tricky? Le ton n’aurait-il pas été plus « juste » et adapté à son projet sans recourir à une tête d’affiche? La foule qui se presse, en tout cas, est le signe qu’il y a une attente énorme de nouveaux lieux culturels, repensés, adaptés aux nouvelles pratiques, aux nouveaux besoins d’apprendre la vie par la culture. Les bibliothèques, médiathèques, centres culturels, sont loin d’être périmés, ils doivent avoir les moyens de se rénover, de jouer leur rôle dans les flux culturels entre arts, publics et politique (on s’empare de la culture, on s’y éduque pour tenir tête au politique, tenir son rang de citoyen autonome et critique)… A voir si, sur la longueur, le 104 tiendra sa promesse, au-delà de l’événementiel et du gigantisme. C’est le genre « maison folies », concept inauguré à Lille, qui aurait la folie des grandeurs…

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