Piano paysage, piano à descendre

Fred Van Hove, « Journey », UV3153, piano solo live  Mulhouse.

Je ne m’attends à rien de « nouveau » en écoutant un nouvel enregistrement de Fred Van Hove, si « nouveau » signifie une nouvelle manière de faire, une autre approche, la mise en route de formules inédites… J’ai juste plaisir à retrouver Fred Van Hove et à écouter comment il remet en jeu son métier, comment il retravaille sa matière, quelles modulations il fait subir à ses phrases, quels éléments il apporte à sa narration pianistique, par exemple, « Journey », dans les 19 premières minutes, me semble bercée par une étrange mélancolie populaire vaguement dansante, vaguement désarticulée, envahie par des formulations savantes. C’est un besoin de rester connecter à cette phrase « van hovienne », d’en suivre les progressions, de constater qu’elle poursuit son chemin, fidèle à sa syntaxe moderne, à son expansion innovante entamée il y a plusieurs décennies. Comme on aime lire le dernier roman d’un auteur dont on aime le questionnement écrit. Cette musique de piano, qui s’écoute dans des salles et festivals de musiques improvisées, accompagne à merveille le ressassement du cycliste solitaire, durant de longues heures à vélo, dans les campagnes pré-automnales, battues par le vent, entre betteraves et maïs, petites routes sinueuses, bosses raides, lignes de peupliers, clocher, parties pavées… Fred Van Hove est aussi carillonneur et accordéoniste. Ce qui donne à certains moments des manières très particulières de percuter les touches, comme pour multiplier les sources sonores et engendrer des flux prolixes et instables de notes qui se déversent et parcourent les campagnes comme des nuages d’oiseaux, fournis, rapides, changeant de formes. Et toutes ces notes éparpillées dans le ciel ont l’esprit clair. Avec, des regroupements, des congestions palpitantes qui se dénouent avec des respirations inattendues, le piano doté d’un souffle comme un instrument à soufflets, leçon reçue du piano du pauvre… Les échanges entre riche et pauvre sont très actifs quand joue Fred Van Hove. Tout au long d’un fil beckettien, il y a plusieurs pistes de lectures. Van Hove semble tombé dans le piano, et sa musique est une tentative infinie pour en sortir, pour régler son compte au piano, l’épuiser de l’intérieur. (À moins que ce ne soit l’inverse, le piano veut la peau de Van Hove.) n D’où cette impression que j’ai parfois qu’il évacue des grabats pianistiques, il pousse devant lui des notes et des notes pour se dégager, s’alléger. Enfin, il y a du corps à corps. De la musique savante malaxée, prise à bras le corps pour danser maladroitement, joue contre joue, en se dandinant. Et de temps à autre, des fulgurances, des dandinements plus accentués et superposés débouchent sur des extases, un peu confuses. Discographie de Fred Van Hove

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