Sexe, drogue & Internet à l’école

« Afterschool », Antonio Campos, 2008 , avec Ezra Miller, Emory Cohen, Jeremy Allen White…

Le premier mérite du film, selon moi, est de montrer que la démarcation entre le temps à l’école et le temps hors l’école n’existe plus. L’école apparaît comme un cadre disciplinaire dépassé, traversé de toutes parts par des imaginaires qui lui échappent, sur lesquels elle n’a aucun contrôle. Sans doute que, travaillés par mal de pulsions, les adolescents ont-ils toujours eu tendance à se remplir la tête par de l’anti-école. Mais aujourd’hui, des médias et un marketing exploitent cette tendance. L’école n’a plus un rôle majeur au sein des forces qui influencent l’esprit des jeunes qu’elle est censée former. Les dispositifs qu’elle met en place pour restaurer son autorité sont réactionnaires, dépourvus de sens, pathétiques (et ça ressemble aux « réponses » à la violence scolaire que tous nos systèmes éducatifs ont tendance à appliquer). Cette porosité, bien entendu, est une conséquence de ce qui façonne le plus le cerveau des jeunes. Entre autres, le flux d’Internet. Surtout les images. Si le personnage principal, Robert, semble particulièrement accroc aux images qu’il happe sur la toile, il n’est pas montré comme un cas isolé mais comme représentatif d’une tendance, il s’agit d’une culture qui baigne tous ses condisciples. Lui, sensible et intelligent, ne se contente pas d’être baigné. D’une certaine façon il essaie de comprendre ce qu’il voit et de comprendre ce que ça lui fait, car il sent bien que ça lui fait quelque chose, ça agit, mais mêlé à des millions de choses qui bougent et changent dans cette phase de l’adolescence. Le film est un montage d’images filmées puisées telles quelles sur Internet (échantillon de ce qui « structure » la culture visuelle et émotionnelle des adolescents), images mal maîtrisées réalisées par Robert (membre actif de l’atelier vidéo du lycée), images haute définition et soignée du réalisateur du film. Ce chassé-croisé de caméras désoriente quelque peu le point de vue. Il est fort question de désorientation. Notamment au niveau des questions d’identité sexuelle : le réalisateur montre bien comment la banalisation de la pornographie (encore Internet) fait entrer la violence sexuelle dans les conversations les plus ordinaires. L’air de rien, comme quelque chose qui devient la norme.  Dans le cadre des activités de l’atelier vidéo, Robert filme les couloirs de l’école. Quand deux jeunes filles (des sœurs jumelles), les plus belles, les plus friquées, les plus courtisées, sont propulsées brutalement dans le cadre, avec l’énergie du désespoir, pour être vues par les caméras de surveillance, en espérant déclencher du secours… Grandes consommatrices de drogues diverses (qui circulent dans l’établissement), elles sont victimes d’un mauvais mélange et en train d’agoniser. Robert, hésite entre image et réel. Il assiste impuissant aux derniers moments, comme incapable de mesurer la gravité de ce qui est en train de se passer. Après, on assiste aux manœuvres des autorités de l’école pour gérer le retour à l’ordre, organiser le deuil en grand moment d’émotion collective, préparer une nouvelle discipline, etc. Au milieu de ces opérations stratégiques, on a confié à Robert (action thérapeutique) la réalisation d’un film hommage aux deux sœurs. Il tentera un langage singulier, personnel, pour dévoiler le fond du problème, ce qui se cache derrière ce mal-être qui conduit deux filles à se droguer à en mourir. Une enquête visuelle, décalée. Il se fera rabroué par le directeur qui souhaite un beau clip émouvant avec de la musique et tout et tout. Le film procède par plans assez longs, réflexifs, pour suivre la progression des processus me,taux de Robert. Adolescent qui mue lentement, tâtonnant, appelant au secours, se rétractant, dépucelé sans gloire, regardant le monde autour de lui à travers de multiples écrans. La pauvreté des discours adultes, face au malaise adolescent, est frappante. Comme incapables d’intervenir dans cet espace « technologique » où les ados « se forment » face à un flux d’images, une sorte de vide entre majeurs et mineurs. C’est ce vide, et son potentiel d’explosif, qu’interroge le film, sans moralisme, simplement parce qu’il y a intérêt à s’interroger sur les «effets d’Internet », c’est de notre responsabilité. C’est de ce vide que provient la violence. Parmi tous les « films d’école », celui-ci est certainement un des meilleurs. On le dit « glacial » : je l’ai trouvé sensible, attentionné, le moins manipulateur possible, respectueux des émotions. C’est la première réalisation d’Antonio Campos.

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3 réponses à “Sexe, drogue & Internet à l’école

  1. Est-ce que ce film est en anglais ou en francais?
    S’il y a une version francaise, où est-ce qu’on peut l’emprunter? Merci d’avance pour un renseignement. J. Möckel

  2. P.S J’ai parlé du film « Afterschool », j’ai oublié de mentionner le titre dans ma mail envoyé

    • malheureusement, ce film n’est pas encore sorti en DVD « chez nous », c’est un film en anglais que j’ai vu en salle, sous-titré

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