Quand commence l’abus de ludique?

Voici un extrait d’article présentant les fonctionnalités à venir du Blu-Ray, via connexion à Internet au départ du DVD: « …. il s’agira de bonus, de bandes-annonces, de jeux, de messagerie instantanée, de possibilité pour l’utilisateur de créer un personnage à son image dans l’univers du film… » Voici l’hydre technologique qui se déploie à partir d’un nouveau produit, produit qui se veut chaque fois « total », capable de devenir trou noir absorbant le temps libre qui gangerait à être partagé en diverses pratiques individuantes. Tout cela, à lire ainsi, semble très bien, mais on ne se pose la question: le temps n’étant pas extensible, celui qui s’engouffrera là et sera gagné par le Blu-Ray, se perdra sur quelles autres activités cérébrales, émotionnelles !? Le cinéma sera-t-il gagnant? Quel cinéma? Si ce n’est sûrement la technologie permettant de jouir d’une image supérieure qui serait sujette à caution, c’est l’usage que le marketing en préconise qui devrait rendre circonspect. On n’est bien dans ce que disait Stiegler à sa conférence aux Halles, à propos des sophistes. Mais précisément, essayons d’utiliser les philosophes de façon pratique! Avec des points de chute concrets! Dans le même ordre d’idée, j’embraie avec un autre article publié aujourd’hui dans Le Soir, concernant une nouvelle attraction sur le Web: « Play the News ». Un site qui propose de jouer, de « créer son avatar » dans des scènes récentes de l’actualité (« la jeune gymnaste chinoise, le mariage de Madonna, les élections américaines…). Pour bien incarner son personnage, une série de « sources » sont mises à disposition: sites de presse, petites fiches informatives, vidéos de l’agence Reuters. L’argument peut se résumer: mieux s’informer en jouant. Devenir « acteur » de l’information (euh?). Le dispositif est censé, donc, donner « les clefs nécessaires pour accomplir les choix auxquels sont confrontés nos avatars ». Il est mal vu de critiquer les initiatives « participatives » qu’engendre Internet, mais pourquoi ne pas se poser une série de questions non sur la forme mais sur le fond de ce genre de projet: n’est-ce pas parce que l’actualité est traité superficiellement dans le réel qu’elle peut se décliner de la sorte en jeu? Plutôt que d’encourager une relation profonde et autonome aux manières de s’informer, ne va-t-on pas encourager la gadgitsiation d el’info (fiches, articles de presse)? Peut-on s’imaginer sérieusement qu’avec la mise à disposition de ce genre de sources on soit à même de recréer une réelle mise en situation décisionnelle « en conanisance de cause »? Mais il est vrai que les questions de plus en plus complexes n’entraînent plus de décisions et de politiques déterminées en conanissance de cause (on peut prendre le cas de la politique culturelle). Enfin, si le jeu peut en valoir la chandelle en tant que jeu, la manière de le vendre mériterait peut-être une perspective critique. Quand celle-ci manque, on peut postuler que l’on détruit un peu plus la possibilité que les opérateurs culturels non-marchands puisse faire correctement leur boulot. De plus, en faisant référence à un très bel entretien (toujours dans Le Soir du 8/09/08) de Pascal Durand, en outre spécialiste de Mallarmé (comme quoi cela n’est pas antinomique avec un engagement politique dans le présent) sur la « Censure invisible », on peut se demander si ce genre de relation ludique avec l’actualité ne perfectionne pas l’invisibilité de cette censure!

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