Amy vous salue bien

Têtes d’affiche, politique publique.

 Sous la rubrique « Lapin », Libération du 1/09/08, rend compte du faux bond d’Amy Winehouse au festival Rock-en-Seine. Le deuxième pour le même festival ! Le consternant est la récidive, pas tellement de l’artiste, mais des organisateurs. Quoique l’on pense de ses qualités de chanteuse, ne faut-il pas la laisser tranquille, ne plus s’en occuper ? Ensuite, l’article poursuit sur le bilan du festival et de la difficulté d’arriver à l’équilibre budgétaire. Plus d’entrées, mais hélas « les cachets d’artistes augmentent », « la part artistique passant de 30 à 40% ». En cause, essentiellement, la hausse des rémunérations des têtes d’affiche : on dirait 500.000 euros pour Rage Against the Machine. Une inflation due essentiellement aux pratiques de Live Nation. Mais l’organisateur d’invoquer avoir peu de choix, le nombre de groupes pouvant servir de locomotive à un festival étant réduits. Ces locomotives ne relèvent pas forcément d’un choix artistique, mais d’une nécessité (artificielle) et, de plus, elles déçoivent régulièrement. Il faudrait arrêter d’entretenir ce cercle vicieux : plus de frais pour attirer plus d’entrées, l’augmentation de ces frais dépassant toujours les recettes, il faut augmenter la place et la taille des locomotives, et ainsi de suite. Cercle infernal qui de fil en aiguille nous fait perdre la musique. Plonge la musique dans un manque de soins flagrants et plombe la curiosité, les capacités d’attention. Il faut laisser ces pratiques aux opérateurs privés sponsorisées, que ces musiques très chères apparaissent de plus en plus pour ce qu’elles sont : de la publicité musicale (indépendamment de la qualité musicale ou non) pour une industrie de loisirs sans scrupules, sans vergogne dirait Bernard Stiegler. Bien sûr, on cherche à donner une coloration par des podiums, des activités pour les jeunes etc. Le couple alibi/concessions ne donne rien de bon. Les festivals, les programmes « publics » devraient se tourner résolument vers un autre modèle. Parce qu’il est faut de déclarer, comme s’il s’agissait d’un fait universel, que « les cachets d’artistes sont de plus en plus élevés ». Il y a moyen de construire d’innombrables programmes palpitants, captivants avec des artistes créatifs qui pratiquent de justes prix, accessibles (être bien payé ne signifie pas exiger un argent de poche de star de foot). C’est alors qu’une politique publique ouvrira une autre voie, soutiendra la diversité culturelle, et permettra l’émergence d’une économie culturelle et une économie de l’esprit qui ne sera pas aux mains de sociétés comme Live Nation. C’est en soutenant une telle ligne de conduite, ferme et ambitieuse, que l’on pourra imaginer d’autres modèles économiques, d’autres formes de développement pour les opérateurs culturels non-marchands.

(ph)

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