Leçon de remakes barges

Michel Gondry, « Be Kind Rewind », 2007

 C’est une sorte de conte fantastique construit sur cette devise des vidéoclubs à l’ancienne (VHS) : « soyez gentils, rembobinez ». À comprendre dans tous les sens imaginables, y compris « SVP, rembobinez le progrès » ou « rembobinez tout le cinéma, qu’on puisse le refaire à notre manière », en retrouvant de la bande vraiment vierge. Le cadre est celui d’un vidéo-club vintage, toujours pas converti au DVD, et situé dans un quartier promis à la démolition/rénovation. Une vilaine menace d’éradication de la mémoire. Un des amis de ce club résistant, garagiste branquignol, ferrailleur et marchand de loques, s’attaque une nuit à la Centrale (sabotage du Capital). L’action terroriste se retourne contre lui et cette inversion de violence le transforme en véritable aimant (à son insu). Le propriétaire du vidéo-club s’absente pour une grande commémoration « Fats Waller », en fait pour aller espionner les vidéoclubs modernes, et confie la boutique à son fils adoptif (et spirituel). L’ami de celui-ci, le ferailleur-magnétique, viendra traîner entre les rayons et, sans s’en rendre compte, effacer tout le stock des K7. Plus que de la neige. Pour sauver la face, ne pas décevoir les quelques rares fidèles, chaque fois qu’un film est demandé, ils vont le retourner, le réinventer. Avec les moyens du bord, en bricolant, en brodant sur les quelques moments les plus emblématiques (les scènes cultes). Ils débutent leur carrière par des remakes « art brut » de Ghostbuster, Robocop… Résultat des courses, ils substituent aux grandes machines à grands budgets, de petites mécaniques visuelles pleines de poésie. Le succès est au rendez-vous, leur initiative vient combler un manque, réveiller le goût du merveilleux, le besoin d’être surpris. L’entreprise s’emballe, une petite équipe de production se met en place pour satisfaire le plus de clients. Les tournages s’enchaînent dans un beau délire. Tout le cinéma populaire est passé à la moulinette, réinventé, dans une esthétique de proximité. On fait la file. À certain moment, on pourrait croire à une promotion et exaltation du partage communautaire de ses propres images via un réseau Web, sauf qu’ici tout se fait dans la rue, en contact direct, réel.  Ensuite, le film de Gondry s’égare, tombe dans le genre de scénario grandiloquent, « grosse production pleine de bons sentiments », gentils contre méchant, issue édifiante, et c’est bien dommage. Toute la charge qui servait de ressort puissant au rire, se dégonfle. Ce qui se construisait comme une belle poétique subversive de l’uniformisation cinématographique et une approche critique de la crise des supports sur l’air de « rions-en, l’essentiel est dans la créativité », tout d’un coup bascule, se rapproche d’une utilisation mi-inspirée mi-opportuniste de thèmes dans l’air du temps (do it yourself, communautarisme, culture jeune..). Lénifiant. N’empêche, jusque-là, il y a moyen de s’amuser. Les acteurs sont magnifiques.

Film précédent de Michel Gondry : « La science des rêves ».

Autres productions de Michel Gondry

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