Fractures bien vues

Autre type d’anticyclone, rayonnant à partir d’un impact lumineux dans l’esprit : ce qui se dégage de la « carte blanche aux jeunes chercheurs » dans Le Soir du vendredi 29/08/08 : « Approches multidimensionnelle de la fracture numérique » (Périne Brotcorne, Véronique Laurent). Il y a ainsi un discours ambiant, dominant, sur la fracture numérique, qui réduit celle-ci aux questions d’accès matériels à la technologie (ramenant cette question aux moyens d’acheter les produits technologiques, de rentrer sur le marché informatique et numérique). Et qui va même plus loin : conditionnant la participation à la société de la connaissance à la possession de matériel informatique et de connexion Internet, comme si l’usage lambda d’un ordinateur et du surf sur le web suffisait à réaliser l’accès aux savoirs et à la connaissance. La réelle problématique de l’accès égalitaire aux savoirs et connaissances est ainsi ramenée à une question d’équipements, d’investissement dans l’économie numérique. L’école contribue à réduire la fracture numérique si elle s’équipe d’ordinateurs, organise (intensifie) la familiarisation de ses usages, développe la légitimation du surf… L’article des deux jeunes chercheuses actualise de façon pertinente le cadre du diagnostic de « fracture numérique » en rappelant les vraies questions à se poser, en soulignant les réelles actions à évaluer. L’accès aux savoirs et connaissances ne se règle pas avec un ordinateur et une connexion à Internet. Il y a en amont tout ce qui concerne la fabrication de la tête, du mental, des repères culturels. Le discours dominant laisse entendre que toute activité Internet rapproche d’une amélioration de l’individuation culturelle : fantasme, la majorité des usages culturels n’ont rien à voir avec une amélioration de son bagage culturel. Il est intéressant de lire, provenant d’un travail de recherche et d’enquête que, parmi les personnes en « fracture numérique » il y en a qui pose là un choix réfléchi : Internet leur semble sans intérêt, inutile, « un motif qui ne cesse d’augmenter d’année en année ». Dans le cas où la fracture numérique constituerait un réel handicap, en général il y a d’autres traumas sociaux en amont plus importants à réduire : notamment la fracture culturelle, bien plus complexe à traiter (et peut-être moins « porteuse » en termes de communication ?). Soigner une fracture numérique pourrait s’appeler aussi « emplâtre sur une jambe de bois » dans bien des cas. Alors, on peut extrapoler : une fracture culturelle mal soignée, qui s’envenime en fracture numérique aiguë, et voilà tout ce qui accélère la crise des supports culturels « matériels » (livre, CD, bibliothèque, médiathèque).

Avec une approche intelligente, structurée, documentée d’un thème majeur, et en apportant des armes pour démonter la tendance idéologique du « tout numérique » qui gagne, comme un discours naturel, acquis, objectif, tous les acteurs communicants sur le sujet, les deux chercheuses apportent une belle fraîcheur. Merci au Soir de réaliser ce genre de « carte blanche », en l’occurrence ça mériterait d’être une info en « une » : « on nous ment sur la fracture numérique » ! (Il n’est pas question, non plus, de nier son existence et ses effets négatifs de discrimination sociale ; mais de les ramener à leurs vraies dimensions)

Extrait :

« Le combat contre la fracture numérique a-t-il un sens si l’inutilisation de la technologie ne met pas les individus « hors jeu » d’un point de vue social ? Mettre l’accent, de facto, sur l’absolue réduction de la fracture numérique ans prendre en compte son contexte social, ne dénoterait-il pas alors une certaine orientation idéologique du « tout numérique » ?»

Lire plus sur Internet.

 


 

 

 

 

 


 

 

 

 

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