La fenêtre sur le monde en trompe-l’œil. (À propos de télévision publique)

Les responsables de programmes de France télévisions ont publié dans Libération un texte de sensibilisation à l’avenir de leur service public : « Télé publique, attention fragile ! ». Dans un contexte français où, sous prétexte de « rénover » les modes de financement (suppression de la pub sur les chaînes publiques), on peut craindre un affaiblissement de la télévision non-commerciale. Le texte rappelle les missions de la télé publique, affirme sa différence, sensibilise à son rôle important dans l’ouverture culturelle… Il est impossible de leur répondre de façon cynique qu’il n’y a plus de différence entre télé publique et télé privée. Parce que, en ayant le nez dessus  -d’autant plus en étant dedans- et en relativisant selon le contexte général, bien entendu que des différences subsistent. Néanmoins, un examen qui serait conduit avec rigueur, en traitant de façon professionnelle certains axes forts cités comme les priorités de la télé publique, conduirait à nier l’existence de différences consistantes. Et, en travaillant dans le secteur culturel non-marchand (public), on sait et l’on sent depuis des années que l’information grand public (télévision, radio) « n’est plus de notre côté », ne facilite pas la mise en place d’un contexte d’informations culturelles qui faciliterait le travail de médiation sur le terrain. C’est, autant que la numérisation, un élément déterminant dans ce qui fragilise médiathèque et bibliothèque. « En étant dedans », bien entendu, il est clair que l’on se sent toujours l’alternative au privé. C’est lié à la nécessité aussi à « croire en sa spécificité », c’est un système de défense bien humain. Mais c’est rester sourd aux conséquences de la course à l’audience. « Répondre aux demandes du public » est devenu le mot d’ordre, du privé comme du public. Les modèles de marketing se ressemblent, tirant le niveau vers le bas. Quand les responsables déclarent œuvrer à « maintenir un équilibre pour écarter la double tentation de l’élitisme et du populisme », il s’agit de langue de bois et de pauvre cache sexe. Les Cahiers du Cinéma soulignaient la lenteur avec laquelle certains films, pourtant passés à Cannes, arrivent en salles. Et ne parlons pas des films qui n’arrivent jamais en salle. La télévision publique ne pallie absolument pas à cette frilosité des industries culturelles. Si vous suivez un peu l’actualité du cinéma, vous le savez. De ce fait, elle ne construit pas une information grand public, médiation télévisuelle, vers la diversité culturelle du cinéma, elle ne joue plus le rôle de découvreuse, elle ne défend pas la création dans la durée. Il est erroné de le défendre. Nous pouvons affirmer la même chose pour la musique. C’est peut-être parce que la télé publique ne joue plus ces rôles avec assez d’audace et de radicalité bien sentie qu’elle se trouve si fragilisée par les intentions du Président de la république. Enfin, nous avons évidemment besoin d’une télé publique forte, audacieuse, mais aussi de cinémas, de salles de concerts, de bibliothèques et médiathèques travaillant aussi dans la même direction, pour construire une réelle médiation ludique et ambitieuse sur l’ensemble de la diversité culturelle, à destination du public le plus large. À défaut, on ne fait qu’encourager l’antinomie confuse élitisme/populisme au profit du populisme. Qu’on le veuille ou non.

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