Ode à l’Aigoual

Le Tour éclaboussé par les affaires de dopage, je roule à côté de l’actualité sportive. Le Mont Aigoual est un massif enchanté, ce n’est pas un col rendu mythique par les exploits cyclistes. Tant mieux. J’en commence l’approche tôt le matin, démarrant près d’Anduze.La fraîcheur vallonnée de la vallée de Mialet, puis à partir de Saint-Jean-du-Gard, la Vallée Borgne. À Saumane, halte à l’épicerie pour remplir les bidons, avaler une fougasse et quelques pains au chocolat. Et puis, c’est parti, on quitte la vallée, on grimpe, Col du Pas (833mètres). Route sinueuse, tantôt ombragée, tantôt plein soleil. Plus on s’élève, plus la surprise est grande de découvrir un hameau et ses terrasses, perdu sur son versant. Au sommet, panorama à couper le souffle. Là-bas l’Aigoual. Longue descente en lacets. On change de vallée, soudain plus verte, accueillante, de l’eau coule, de larges cultures en terrasses, des vergers, des champs d’oignons, route rafraîchissante, parfumée. Arrivée à Valleraugue. Quasiment midi. Dernier ravitaillement rapide. Les premiers kilomètres, faux plat, sont roulants. Puis ça se corse sans pour autant présenter des pentes très raides. Mais c’est long, hein, 28 kilomètres, et le soleil tape. L’année passée, j’étais passé comme une fleur par Le Vigan. Aujourd’hui je morfle, l’œil sur l’Observatoire qui apparaît tout là-haut à certains détours. C’est ça le plaisir. Axel Kahn, généticien, expliquait que les sportifs professionnels recherchent tous les produits qui permettent de « gommer » la fatigue et les défaillances, censurant du même coup les signaux que lance l’organisme. C’est sans doute ce que le sport propose de mieux : être à l’écoute de l’organisme, apprendre à en capter les messages, les comprendre. Et sentir ses limites dans les fluctuations de la forme. La sueur m’inonde l’œil gauche, les tempes jouent du djembé. Jusqu’à Valleraugue, il y avait une part de ballade, l’esprit aspirant les paysages les mêlant aux relents de lecture, d’écriture, de musiques… Mais quand ça vient dur, c’est fini, il n’y a plus place pour rien, ça se vide et se concentre sur la machinerie ! Juste le sentiment de pénétrer une entité très vaste, une consistance montagneuse, d’être tout petit et lent sur son flanc, mais d’en faire progressivement partie. Halte à l’Espeyroux pour refroidir le cœur, boire, avaler une tartine. Les 9 derniers kilomètres me sont plus légers, je les connais déjà, j’ai des repères. L’exaltation, là où la vue se dégage, de mesurer l’altitude, la hauteur prise, la largeur de l’espace à embrasser et qui ne semble être gagné qu’à l’opiniâtreté du cœur et des jambes. Enfin, les derniers milles mètres, les plus beaux. Ça se dégage. Petit à petit on débouche sur le plateau, aride et généreux. Et quelle dilatation des sens en embrassant l’horizon sans fin (1567 mètres), c’est comme si là une possibilité existait de penser sans cloisonnement tellement la vue porte loin (même si la brume de chaleur empêche de distinguer Mont-Blanc et Méditérranée…) ! Quel plaisir incomparable de contempler le tracé de la route où je viens de suer ! Selon les nuages, le vent, la course du soleil, les paysages changent, varient. La contemplation est inépuisable ; l’effort fourni qui a permis d’y accéder lui confère une intensité apaisante, surprenante, le corps et l’esprit dans ces moments, carburent conjointement (comme toujours, mais de faon plus éclatante). C’est envoûtant comme moment et pour le connaître il faudrait le répéter, le répéter, obsessionnellement. Et connaître l’Aigoual beaucoup plus intimement, l’avoir parcouru à pied, en connaître tous les chemins…

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