Génération porno

"Districted", Larry Clark "Impaled", TZ1481

 

 

 

 

 

 

 

Deuxième épisode de ce film à sketches où divers réalisateurs sont invités à présenter leur vision de la pornographie ou a interroger celle-ci, ou leur rapport de réalisateur à la pornographie… La contribution de Larry Clark est sans doute la plus intéressante, la plus directement dans le projet. Elle est à la fois frontalement sur la porno et pornographique. Le cinéaste fait coïncider ses propres pratiques de cinéastes (comment il choisit ses interprètes non professionnels, comment il en tire une sorte de distance critique à l’égard du cinéma et jeu d’acteur) et un genre porno bien identifié, celui des "castings" (caméra face à la fille qui se présente, parle d’elle-même -enfin, une imitation de conversation- avant de se déshabiller, s’exhiber et enfin, de faire un bout d’essai avec un étalon qui sort de derrière la caméra)…  Sur ce principe là, Larry Clark a placé une annonce pour recruter un jeune consommateur de porno désireux de tourner une scène réelle avec une actrice de porno. La première partie est donc le casting de ces jeunes garçons, plus ou moins addict aux films de cul. "Vous avez un accès beaucoup plus facile, banalisé, à la pornographie, j’aimerais savoir ce que ça change, si ça a un impact sur les relations sexuelles et affectives des jeunes." Et chacun de raconter quand il est tomber dedans. Le don du cinéaste pour faire parler les jeunes, les mettre à l’aise, et les rendre naturels face aux questions, fait de cette première partie un document exceptionnel, à utiliser en milieu scolaire. Et les témoignages sortent sans complexe: ‘j’ai six écrans de télé dans ma voiture, j’aime rouler en diffusant des films porno, fenêtres ouvertes pour en faire profiter…" Les questions réponses sur comment vous le faites, comment était la première fois, qu’est-ce que vous attendez de votre partenaire, comment aimez-vous jouir, révèlent un formatage en règle en fonction de la manière dont la pornographie industrialise l’image des rapports sexuels. Depuis la mode de l’éjaculation faciale, un must, une norme jusqu’à la haine des poils et l’image correspondante des femmes: "celles qui trouvent ça dégradant sont des moches et des incapables."

 

 

 

 

 

 

 

On peut comparer les manières différentes de passer à l’exhibition des attributs sexuels, comme pour un vrai casting de cul, examen de valibilité, de comparaison avec les monstres reluqués des heures et des heures dans les films.  L’acteur est choisi, un mordu fragile, atypique. Il faut choisir la partenaire avec laquelle il sera bien. C’est lui qui fait passer le casting, physique et relationnel. Même type de questions aux filles. Sous des rires et sourires peut-être de circonstances, et des contextes violents ayant conduit à la pornographie (précarité économique, viol précoce, fragilité affective), percent quelques affirmations qui tendent à valoriser le métier: "on ne fait pas ça que pour l’argent", en exhibant une sensualité hors normes. Et donc là, toute l’ambiguïté pornographique. Même chose dans les questions du "gamin" aux filles qui "font ça à longueur de journées et de semaines": il n’a pas l’air de se rendre compte de cette réalité, comme s’il traquait les zones sentimentales. La troisième partie du film, c’est le passage à l’acte, la scène de baise avec l’actrice retenue (une "plus âgée", plus affective et accessible à la sodomie). Il s’agit d’une scène de cul des plus classique dans l’enchaînement de ses positions. Il est remarquable de constater la prise en charge par la professionnelle qui sait conduire cet exercice, le gérer dans tous ses aspects et effets seconds, qui met sa technique au service de la réussite, pas tellement de l’acte, mais de la scène filmée (une "belle scène" doit avoir une certaine durée, impliquer quelques changements de perspective, révéler diverses facettes du savoir-faire). C’est filmer simplement pour ce que c’est, réalistement, pour montrer comment se travaillent les corps dans ce genre de confrontation, mais sans la folie des hyper gros plans prolongés, par exemple, sans exploitation excessive, le sexe reste un élément cinématographique avec un Larry Clark voyeur mais pas trop. En même temps, on sait que ce que le cinéaste filme est une confrontation au réel: au départ de fantasmes construits sur du sexe virtuel, idéalisant la pornographie, comment le jeune type va-t-il sen tirer. Il avouera le décalage par rapport à ses attentes, des surprises presque naïves "anus plus étroit que chatte", des moments de dégoût (la sodomie a de ses surprises…), mais j’ai la conviction qu’il restera addict et va écumer les petites annonces pour répéter l’expérience.

About these ads

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s