Mécanique de bite

Matthew Barney, « Hoist », (court métrage issu du DVD collectif « Destricted », TZ1481)

C’est un film à thème, succession de courts métrages de cinéastes portant un regard sur la pornographie. Avec des contributions de Larry Clark, Gaspar Noé, Marina Abramovic, Richard Prince, Sam Taylor-Wood, Marco Brambilla… Et aussi Matthew Barney, dont il sera question ici.

Début avec gros plan sur une bite dans un repos profond. Quoique, un doute, les premières secondes, peut planer sur l’identité de la chrysalide noire qui respire là, soyeuse, mystérieuse. Un cocon lisse, merveille de technologie nerveuse. Elle repose sur un corps qui semble mal dégrossi, sali, avec cambouis et plume (pour ce que l’on en voit), en tout cas ayant aggloméré des fragments de matière (on pense aussi à ce qui colle au cuir d’un animal dans son auge, paille, fumier). Là-dessus le sexe repose, oscille, roule, au rythme de la respiration. Il semble flotter, léviter. On entend comme les légers craquements d’une coque de navire en bois, qui tangue dans les vagues, ou les frémissements d’un mat dans la légère houle du rêve. Puis, il y a événement obscur, une luminosité profonde et sombre, et c’est la lente érection onirique. Plan suivant: images de type documentaire, équipe d’ouvriers dans la nuit, affairés autour d’imposantes machines, grues, bulldozer. Est-ce une représentation des forces qui se mettent en branle dans le corps endormi et conduisent à l’érection? Est-ce que ce sont ces images là qui provoquent le désir rêvé? Plan suivant, les machines quittent le plan documentaire et deviennent proprement machines du rêve à part entière, elles virent dans une autre orbite. Et elles se révèlent n’être rien d’autre que des appendices mécaniques puissants et complexes du corps du rêveur. Cela relève de l’organologie fantasmatique. Au centre de ce dispositif un mât de forage, un piston luisant. De magnifiques écoulements séminaux. Et le piston dans son mouvement rotatif agrège cette matière féconde et tout se transforme en tour de poterie. La forme blanche et humide d’une poterie élégante se modèle entre les mains du dormeur et dans sa rotation attirera le membre bandé dans une sorte de copulation symbolique. Et voilà qui donne envie de relire « La potière jalouse » de C. Lévi-Strauss… C’est plutôt réussi, juste la bonne longueur, intriguant, poétique, pas trop baroque. (La suite de « Destricted » au prochain épisode).

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2 réponses à “Mécanique de bite

  1. « Matthew Barney a deux couilles. C’est extraordinaire. Il s’en étonne tous les jours. Il le proclame dans toutes ses oeuvres. Dans ses films, ses photos, ses installations.

    (…)

    Et je songe à Gaston Chaissac, l’homme qui n’avait qu’une couille et qui s’en vantait drôlement. Voilà quelqu’un qui avait compris l’essentiel: la grandeur d’un artiste va parfois (souvent, toujours?) de pair avec quelque chose en moins »

    Entre les deux citations, les douze pages de l’article « L’Homme qui avait deux couilles », jouissif pilonnage critique de la baudruche branchouille (vide et grandiloquence) Matthew Barney par Jean-Paul Farguier. Ca se lit en ouvertur du n°46 de la revue Trafic (été 2003).

  2. Il y a bien ce côté « baudruche branchouille » chez Matthew Barney, mais je trouve qu’il réussit aussi des choses, certaines oeuvres « fonctionnent » dans leur genre! J’avais vu l’expo au Musée d’Art de la Ville de Paris: des trucs insupportables, mais aussi le contraire (un peu comme Christophe?). Et ce petit film finalement plutôt sobre a quelques mérites! Maintenant effectivement, ça reste une question de boules!

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