« Pour inventaire », Yaakov Shabtaï

Yaakov Shabtaïi, « Pour inventaire », Babel/actes Sud, 2007, 521 pages

Né en 1934 à Tel-Aviv. Décédé en 1981.

Tout commence autour de l’enterrement du « père de Goldman ». Le fil narratif lymphatique passe de personnage en personnage, présents là dans la célébration du deuil, toutes les personnes liées de près ou de loin au défunt. Il s’attarde sur les uns et les autres, progressant en spirale, et il en raconte un bout d’histoire, s’éloigne, prend du recul, croise d’autres personnes, puis la spirale le ramène sur le territoire des uns et des autres et il en complète le portrait. Il en épuise tous les films qui les relient au défunt. Il ne construit pas une trame, il semble en effacer une. Le cercle du temps s’élargit détaillant les ramifications entre les protagonistes de toute cette vie, presque tous déchirés entre leurs origines européennes et leur installation en Israël. Le roman dresse l’inventaire des traces humaines laissées par le mort (« le père de Goldman »). Traces pleines de conflits, de violences domestiques, de rancœur, de mélancolie. Et le récit rencontre mariages, solitudes, divorces, mort. Une vie se désagrège au cours de ces phrases très longues où les propositions et les images stagnent. Un tissu très prégnant, un réseau de relations dans lequel se débat Goldman et deux de ses amis, un musicien qui ne trouve pas sa place (musicien de l’évitement) et un érotomane de plus en plus déçu, à la recherche d’un sens à leur vie. Le tout s’imbrique étroitement dans l’histoire fragile d’Israël, indissociable du destin intime des protagonistes et de leurs angoisses (quoi qu’ils fassent, ils peuvent à tout moment  être réquisitionné pour défendre leur pays). A la fin, le « père de Goldman » est vraiment mort et son fils se suicide, ce qui était annoncé dès les premières lignes du roman. Mais il fallait que l’inventaire des raisons conduisant à ce drame fut mener à son terme, un inventaire de relations humaines qui se délitent, ne conduisent à rien, tournent en cul de sac, « un vain mouvement sans finalité ni sens ».

 

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