Comment c’est !?

Articles étiquettés ‘Bourdieu’

Mensonges sur la crise, erreur de diagnostic.

octobre 10, 2008 · Laisser un commentaire

En lisant simultanément la presse sur la “crise économique” et: “Rendre la réalité inacceptable” de Luc Boltanski, 188 pages, 2008, Demopolis, “La production de l’idéologie dominante”, Pierre Bourdieu et Luc Boltanski, Editions Raison d’Agir

Tout est dit en temps réel sur l’époustouflante crise de régime qui secoue notre société, au fur et à mesure que l’on plonge, que l’on découvre la profondeur du gouffre. La production de commentaires est vertigineuse, c’est une affaire juteuse. Dans l’ensemble, il n’y a pas vraiment une organisation analytique, plutôt l’accumulation d’avis, il faut donner la parole à toutes les opinions, il faut que ça sorte, ça soulage, ça participe d’une thérapie collective. La responsabilité du politique dans ce que tout le monde appelle « crise économique » est abondamment montrée du doigt. Les déclarations, à gauche et à droite, sur la « fin du libéralisme », la « fin d’un système » et la nécessité de réguler, malgré leurs nuances, ne marquent jamais l’intention de changer la politique, de modifier les manières de faire la politique. Or, en ce qui me concerne, il s’agit avant tout d’une crise politique. Et n’est-ce pas en l’occultant que l’on complique le retour vers la confiance, que l’on encourage les peurs irrationnelles, parce que, en n’osant pas remonter aux véritables causes, on crée l’impression d’une impuissance à maîtriser l’incendie. Comment en est-on arrivé là ? Par une profonde dérégularisation sociale des systèmes de légitimité politique, entamée dans les années 80. Par l’introduction de valeurs managériales qui ont profondément bouleversé les repères de la société…  Il est intéressant de lire actuellement « Rendre la réalité inacceptable » de Luc Boltanski. Ce livre accompagne l’édition d’un texte fondateur de la sociologie « La production de l’idéologie dominante », initialement édité dans la revue Actes de la Recherche en Sciences Sociales. Boltanski retrace l’histoire humaine de cette aventure, innovante autant sur le graphisme que sur les idées, et établit un diagnostic : en quoi ce texte a vieilli, en quoi il est toujours utile pour organiser une pensée critique adaptée à notre époque. Il faut revenir sur l’émergence d’une gouvernance prise en main essentiellement par les experts économistes, « prépondérante en France, comme dans la plupart des pays occidentaux, et où s’amorce un véritable changement de régime avec la marginalisation de l’autorité des parlements, des parlementaires et, plus généralement, des représentants, au profit de celle des détenteurs diplômés de connaissances spécifiques prenant appui sur la légitimité de leur discipline envisagée, de façon scientiste, comme un savoir de l’inéluctable. » Les changements qui interviennent alors progressivement, à partir de cette nouvelle gouvernance, et qui propagent  à toutes les sphères de la vie publique et domestique les valeurs du nouveau management basé sur le profit et l’individualisme, modifient bien, de fait, le régime politique dans lequel nous vivons, et c’est le fait important à retenir. Changement politique qui s’installe sans consultation populaire, sans dire son nom et qui est encouragé, voire camouflé, par le capitalisme culturel.  Une organisation s’installe qui fait oublier l’origine politique des choix de sociétés qui sont posés, une manière qui déstabilise toute critique, toute opposition. Rappelons-nous, le mot d’ordre est le changement : que ce soit à l’école, au travail, dans les discours politiques, on nous exhorte à vivre avec le changement. C’est bien là-dessus que se structure les principes d’une nouvelle domination « qui consiste à changer pour conserver ».  Luc Boltanski évoque ainsi le cas de la « Réforme Générale des Politiques Publiques » conduite pour éviter au maximum le débat public, à l’abri de toute publicité, « avec, pour seule référence, au niveau local, l’invocation de la rationalisation, de l’efficacité, des économies de moyen et de la qualité des « produits » (ce qui réduit tout accomplissement à n’être qu’un produit marchand et rien d’autre). » Le mérite de ces deux livres conjoints est de rappeler clairement, avec un argumentaire construit et limpide, la responsabilité politique dans la situation que nous vivons aujourd’hui. La mise en place d’un esprit du nouveau capitalisme qui a rendu possible le laisser-faire à l’égard des banques. Et il est difficile d’imaginer, finalement, que le politique ait pu ne rien voir venir. Les interventions sur la régulation nécessaire semblent dès lors bien pâlottes et lâches, les rodomontades sur les parapluies dorés, rien d’autre que des diversions populistes. Le politique soigne son image en mettant les “fautifs” au pas, mais ne résoudra rien sans un discours pour changer structurellement la politique. Mettre en avant l’ampleur de la crise économique nous dispense du traitement efficace d’une crise plus complexe (de l’ordre d’un réel inacceptable), politique celle-là ? Le point positif est exprimé aussi dans le livre de Boltanski : l’exercice critique du régime politique en place (régime du capitalisme culturel autorisant toutes les spéculations financières par ses industries culturelles basées sur le culte de l’argent facile) était rendue difficile, ces dernières années, parce que le libéralisme donnait l’impression d’être adossé à une victoire (ses cotations en bourse comme indice de productions de richesses, peut-être un jour redistribuées!?). Ce ne sera plus le cas.

Catégories : Livres (Essais) · humeurs politiques
Tagué : , , , ,

Libération textuelle

septembre 30, 2008 · Un commentaire

La coutume est de chroniquer un livre quand il est lu. Ici, je ne résiste pas, je déroge à la règle, les premières pages m’ont trop fait plaisir. (Tout en dégustant le menu « plaisir » du restaurant L’essentiel, à Périgueux). Pas seulement plaisir, ça m’a ému. On y raconte la naissance d’une revue dans les années 70. Il y a l’énergie des fondateurs et les obstacles à surmonter. Obstacles des autorités intellectuelles : soumettre ses textes à d’autres, s’entendre systématiquement dire que c’est trop long. Obstacle matériel : comment imprimer une revue qui a de la gueule avec trois fois rien. (Positivement, je dédie cet article à Philippe Delvosalle. Négativement, à tous les tristes qui ont toujours peur qu’un texte soit trop long, « parce que les gens ne lisent plus ».) Extrait : « Et c’est ainsi qu’était née l’idée d’avoir notre propre revue, un endroit où on aurait pu faire ce qu’on veut, écrire comme on le souhaitait, développer des terrains qui nous intéressaient, décrire et critiquer tout à ka fois, bref, faire de la sociologie. La question de la taille des papiers était aussi importante. On voulait échapper aux formats prédéfinis. Publier une note d’une page aussi bien qu’un texte de la dimension d’un petit livre. Et aussi pouvoir publier vite… » (Là, les larmes me montent aux yeux. Le texte sans doute, mais aussi la mise en bouche : une crème de potiron avec une émulsion à la cardamome, très belle et fine association.) La première tentative aura lieu avec Jérôme Lindon, la conclusion est savoureuse : « Mais cela ne nous convenait pas vraiment. La revue était mince, de petit format et les papiers devaient être courts. »  (Un morceau de bar fumé, émergeant d’une petite marée d’émulsion au fenouil, sur une duxelle de  champignons des bois, avec un Bergerac blanc sec très fruité, avec des parfums de fruits rouges) Alors, pour la maquette, suit la description du bricolage, mais surtout la radicalité : c’est du côté des fanzines de BD que ces fondateurs d’une nouvelle de sociologie iront chercher leur inspiration, leur modèle. Ils vont cumuler toutes des options que les âmes sensibles déconseilleraient (les mêmes qui castrent les textes). « … tout cela dans un apparent désordre, mais qui prend sens et dont la nécessité s’impose au lecteur dès qu’il a pénétré dans le corps du texte. » (Succulent : la moitié de pigeon goutte de sang, caramélisée aux dragées, pastilla de foie gras, des bettes fondantes et champignons des bois, avec un verre de bourgogne.) Et cette anecdote liée à la finition de la maquette qui nécessite quand même d’ajuster ici ou là, et qui restitue tout un climat de travail dans lequel on aimerait plonger :  « « allez Bourdieu, coupez-moi ces trois lignes, ça ne rentre pas dans la page » ; il faisait d’abord un peu la gueule, le patron, puis il obtempérait, taillant dans le concept, réécrivant autrement, de façon à dire quand même ce qu’il voulait dire, avec encore moins de mots et c’était souvent mieux. » Il s’agit de la création de la revue Actes de la recherche en sciences sociales, fondamentale, une des plus importantes revues de sociologie du XXème siècle qui a marqué par son contenu et son graphisme. Les extraits sont tirés d’un ouvrage de Luc Boltanski, co-fondateur : « Rendre la réalité inacceptable ». Ouvrage qui accompagne la réédition d’un texte fondateur publié dans les premiers numéros de la revue : « la production de l’idéologie dominante ». J’ai découvert les « Actes » au début des années 80 et ça m’a marqué. Par le look et l’écriture. Au moment de sortir une nouvelle revue pour la Médiathèque : « La Sélec » en devant composer avec toutes les préventions contre l’écrit, ce témoignage me va droit au cœur. Jubilation. (Rappel du Corbières blanc qui accompagnait le foie gras poêlé aux agrumes).

 

Catégories : Cuisine/Gastronomie/ Restaurants · Livres (Essais)
Tagué : , , , ,

Esquisse d’une critique pro-active

août 7, 2008 · 7 commentaires

Pascal Durand, « Mallarmé. Du sens des formes au sens des formalités », Seuil « Liber », 2008, 293 pages.

 

 

 

 

 

 

 

Une étude passionnante de la situation de l’œuvre mallarméenne. En joignant les armes d’une expertise littéraire remarquable et sensible du texte poétique aux atouts d’une analyse sociologique bourdieusienne finement menée (deux approches que certains jugent antinomiques), l’auteur révèle toute l’actualité de cette situation. Inspiré, ambitieux et orthodoxe, Stéphane Mallarmé incarne d’abord l’arrogance du jeune artiste qui entend perpétuer un ordre symbolique engendrant cette illusion de se situer au-dessus de la foule. Il milite contre la « vulgarisation de l’art ». Au fil des expériences – celles toutes simples de la vie, celles liées à la subsistance, celles de l’observation du monde et de la communauté des artistes, celles du journalisme, celles de son exclusion du Parnasse-, le poète va glisser vers un destin d’exception par sa manière d’assimiler, d’analyser, de théoriser et de poétiser. Il développe une stratégie sociale de longue durée pour s’installer à une place dominante dans le champ littéraire (ses « mardis » deviendront une institution qui frappera de nombreux esprits), il investit dans une économie des valeurs symboliques pour rentabiliser au mieux ses investissements littéraires (économie de la rareté), tout cela en fait un des premiers à porter un regard moderne sur le fonctionnement sociologique et économie des valeurs littéraires. Mais ce qu’il pressent sur ces terrains, ces forces qui le déterminent et qu’il tente de dominer pour les faire agir à son profit, va entrer dans sa théorisation de ce qu’est la poésie, va influer sur son style, le choix des sujets et la manière de les traiter. Et c’est ce qui confère à ces poèmes post-parnassiens cette scintillance exceptionnelle, cette sorte de pureté qui consiste à saisir, en traits épurés et corsetés dans une syntaxe presque sadique, le summum de la vacuité et à réveiller les profondeurs les plus consistantes. Sous le camouflage du superflu élégant, le questionnement le plus radical sur « c’est quoi écrire ». Qu’est-ce qui se saisit dans l’écriture ? Qu’est-ce qui se dit ? Il aura poussé ses réflexions jusqu’à accumuler des notes très poussées sur la conception du « Livre », dans un sens absolu. Il aura ainsi presque donné corps au fantasme de tout écrivain. En même temps, Pascal Durand, situe bien l’expérience mallarméenne dans un contexte, accomplissement d’une révolution profonde du milieu littéraire au XIXème siècle. Admiration pour le poète, plaisir du texte, volupté de la lecture, mais aussi lucidité, sens de la contextualisation, respect de la complexité de la chose et de la vie littéraires, volonté de dégager des dynamiques analytiques qui restituent un sens à la Poésie, une utilité sociale actuelle de sa lecture, voici des qualités dont nous avons besoin, des éléments méthodologiques qu’il serait bon d’importer dans le traitement des musiques actuelles (elles bénéficient rarement d’une telle attention). L’application raisonnée des pistes ouvertes par Bourdieu, en relativisant la portée de la génialité pour mieux la situer à sa place active dans le marché des biens symboliques que nous partageons, ne dénature pas l’importance artistique des textes ni ne cherche à détruire le plaisir esthétique. En s’en inspirant, on découvre des manières de s’approprier les oeuvres sans s’aliéner dans un quelconque cénacle d’initiés et sans se condamner à en rester au journalisme culturel basique.

Citation : « …. Mallarmé porte à son point limite d’accomplissement l’évolution d’un siècle passé graduellement de l’ambition romantique d’embrasser tout l’univers par la poésie, et d’atteindre à l’universel par le prisme de la subjectivité sensible, à une poésie se déterminant à ne plus guère encercler, dans le miroitement de ses propres signes, que le seul univers des lettrés s’attribuant, en fait de « pures prérogatives », la mission de sonder les profondeurs du langage et d’interroger obscurément le monde. »

Chapitre: 1. L’Exception et la règle/Hérésie et conformité/La spirale d’Igitur/ La folie Mallarmé. 2. Mode et modernité/Le Poëte à l’exposition/La Dernière Mode/Poétique des objets quelconques. 3. Manet et son double/Vers un cénacle invisible. Tout un théâtre. Le modèle impressionniste/ Autobiographie/ L’ère de publicité/Don pour don/ La construction de soi/ Le Livre et l’album/ 4. L’isolement de la Parole/Morphologie sociale de la pureté/Presse et littérature : les deux fictions/Lire-cette pratique/ 5. Le sens des formalités/Un repli ostentatoire/Economie poétique du don/L’existence littéraire/ 6. Le Messager du Livre/ le Maître et son secret/ La grande machine/ »Comme si »/ Epilogue rétrospectif.

Des documents pour écouter la poésie de Mallarmé.

 

 

Catégories : Livres (Essais)
Tagué : , , , , , ,

Souffrances critiques

juillet 8, 2008 · Laisser un commentaire

Emmanuel Renault, “Souffrances sociales. Philosophie, psychologie et politique”. 405 pages, La Découverte, 2008.

 

 

 

 

 

 

 

Comment se saisir de la souffrance, l’extraire du domaine de la subjectivité, et la constituer en concept fondateur d’une nouvelle critique sociale, symptôme objectif des dysfonctionnements de notre société? A partir de quand peut-on parler de “souffrance sociale”? C’est le programme rigoureux, solidement charpenté, de cet ouvrage reposant sur une analyse des explications de la souffrance selon différents appareils théoriques: sociologique (Durkheim), psychologique (Freud), médecine publique, généalogie de la notion de “santé mentale”… 

Un élément important est la distinction entre souffrance normale et souffrance anormale. Une certaine notion de la souffrance est inhérente à la vie même. Savoir la gérer est facteur d’équilibre, de santé mentale, d’accomplissement de soi. On oublie trop souvent cet élément ordinaire de la vie au jour le jour qui conduit à considérer, d’une certaine manière, qu’il y a une souffrance non pas normale mais utile.

(“…la souffrance est l’une des coordonnées essentielles de l’expérience humaine et notre existence consiste en grande partie en une tentative de réduction de la souffrance. En définitive, le principe de plaisir lui-même est indissociable d’une recherche de diminution de la souffrance.”) Il sera question des dynamiques d’appropriation de la souffrance, de la transformation de la souffrance en plaisir, en reconnaissance, en transcendance… 

 

 

 

 

 

 

 

C’est surtout la “clinique du travail” et la “clinique de la précarité” qui permettront d’examiner les phénomènes actuels de souffrance sociale. “L’amour et le travail sont les deux seules activités productrices d’effets de subjectivation assez profonds pour remanier les structures psychiques, et l’un et l’autre produisent les mêmes effets sur la santé mentale : ils sont capables de faire tenir les individus qui “ne vont pas bien”, mais aussi de profondément fragiliser ceux qui “vont bien”; le travail est la seule de ces deux activités qui est sociale en un sens très fort… L’épreuve du réel et de la coopération induit, dans le travail, un processus de mise à distance de nos préoccupations, qui constitue l’une des conditions principales de l’appropriation subjective des épreuves de l’existence. Lorsque le travail fait défaut, les individus parviennent mal à se détacher de leurs problèmes, comme l’illustrent les profils de chômeurs de longue durée écrasés par le sentiment d’inutilité.” Les évolutions néolibérales des contextes de travail, et on les sent particulièrement dans une association comme la Médiathèque qui vient de vivre un licenciement collectif, se caractérisent par des injonctions contradictoires: appel à l’autonomie avec des marges de manoeuvres réduites, améliorer la productivité avec moins de ressources humaines, renforcer la qualité du travail produit, intensifier l’investissement personnel alors que les perspectives ne sont pas forcément roses (“la recherche de gains de productivité passe aujourd’hui par un management de la subjectivité”). Ce sont des contraintes extérieures qui pèsent sur le travail culturel aussi et qu’il faut bien arriver à “maîtriser”, pour composer avec. Pas évident.

En confrontant les différentes théories pour et contre la validité du concept de souffrance sociale (c’est à dire une notion autorisant de s’approprier collectivement un discours sur la souffrance pour pousser la société au progrès social), l’auteur montre surtout comment, historiquement, une pensée dominante à permis d’invisibiliser la souffrance due à l’organisation sociale. C’est ici que Bourdieu est convoqué, surtout sa grande enquête qui donna lieu au livre “La misère du monde”, véritable best-seller sociologique, et moment clef d’apparition des nouveaux phénomènes de la souffrance. “Pour Bourdieu, c’est bien un ensemble de problèmes sociaux invisibilisés et oubliés par les mouvements sociaux qu’il s’agit de mettre au jour en termes de souffrances. La sociologie fait alors usage du lexique de la souffrance non seulement pour procéder à une critique purement théorique, mais aussi pour rendre la parole à ceux qui en sont dépossédés…”. Il y a là quelque chose à creuser: je dirais qu’un des objectifs des travailleurs du culturel, comme par exemple les médiathécaires (!) est aussi de favoriser des pratiques culturelles tournées vers une meilleure perception de la souffrance et des appropriations de celle-ci dynamique: l’art est un média créatif pour vivre sa souffrance, la découvrir, la comprendre, la gérer, la transformer. Pour autant que l’action de “se cultiver” s’inscrive dans des processus lents et longs et non dans le plaisir autoritaire dans son exigence industrielle d’immédiateté. Par ce principe de plaisir rapide et tyrannique, l’industrie culturelle contribue à invisibiliser une part de la souffrance, à rendre difficile une relation “normale” à la souffrance.

Le démantèlement progressif de la législation du travail (remise en cause de l’âge de la pension, de la durée légale du travail, mise en avant de l’actionnaire aux dépens d’une logique d’investissement) signifie un déni puissant de la souffrance et des notions de justice et de reconnaissance qu’il faut y attacher. Cela pose la question de la volonté consciente de ne plus prendre en compte les conséquences sociales des décisions prises au niveau du projet de société. La santé de la majorité des individus passe après la santé économique d’une minorité de possédants. Cela est possible grâce à une “dépolitisation de la politique”, qui prive donc le citoyen d’un pouvoir démocratique sur certains types de décision. “Le démantèlement du cadre institutionnel de la démocratie sociale s’est accompagné de différentes formes de dépolitisation de la politique, par abstraction et réduction qualitative (nombre de questions jugées dignes d’attention politique) et quantitative (nombre d’acteurs sociaux y intervenant) de l’espace public politique…” C’est un diagnostic qui semble mettre le doigt sur une des difficultés rencontrée par la Médiathèque: la politique culturelle, c’est à dire le projet culturel de la société, ne font plus partie de ces questions “jugées dignes d’attention politique”. C’est pourquoi les campagnes électorales, en France et en Belgique, font si peu de place à la culture. Alors qu’elle est le moteur de tout futur social. On peut supposer que dans un contexte différent, c’est à dire où la culture serait toujours une question politique et publique, il serait plus facile de mettre en place un plan ambitieux pour la lecture publique, bibliothèque et médiathèque, deux secteurs menacés par la manière dont le marketing culturel conditionne l’ère numérique. 

Catégories : Livres (Essais)
Tagué : , , , , , ,