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Entre spores et nèfles

novembre 22, 2009 · Laisser un commentaire

L’histoire du pharmakon, c’est le remède qui peut devenir poison, et vice-versa, c’est la réversibilité des valeurs du soin. Le soin qui guérit, le soin qui détruit, la ligne de démarcation est subtile, qu’il soit question de chimie ou de concept. En voici une expérience anecdotique. Vendredi soir, j’avais l’occasion de manger au Café des Spores, une adresse souvent citée et vantée, restaurant dédié aux champignons et réputé pour sa carte de vins. Le plaisir commence en marchant un peu dans le quartier, très différent du centre de Bruxelles, et, prémonition ou non, j’ai le regard attiré par un pochoir « caco », du grec « kakos » qui signifie le « mauvais ». Deux personnages en une danse affrontée semblent extraire le mal et en jouer. Le restaurant est plus petit que prévu, ce genre de bistro où l’on s’assied à la dure. L’ambiance n’est pas désagréable. On choisit la formule aléatoire qui démarre avec une crème brûlée parfumée au foie gras et aux cèpes (pas mal, mais trop froide à l’intérieur par rapport à la croûte caramélisée). Suit un artichaut accompagné de champignons blancs crus avec une vinaigrette au pastis (le risque avec ce genre d’alcool est de prendre trop de place, ici il est par contre trop effacé). À chaque plat, des variétés de champignons différentes, servis comme des petits-gris, en crumble… Il y a de l’idée et une belle maîtrise, ce sont finalement de beaux tapas pour accompagner le vin rouge (un Collioure), assez savoureux. Si je me souviens peu des détails, c’est que rapidement j’ai été pris d’un malaise. Crampes et suées au point de ne plus savoir où me mettre et d’effectuer allées et venues entre la table et les toilettes. Livide puis vert, je risque le tout pour le tout et avec deux doigts bien enfoncés au-dessus de la cuvette, je recrache le savoureux tournant à l’indigeste. Le bien-être qui succède à l’expulsion est délicieux. (Les quatre autres convives, cela dit, seront malades plus tard, des choses qui arrivent). Le lendemain, c’est l’été indien, lumineux, chaud, venteux et j’ai bien senti, tout au long des 85 kilomètres pédalés, que le corps expulsait le poison, en absorbant de l’air, en transpirant. Quelque chose perturbe la perception du paysage de saison. Tout devrait respirer l’automne avancé, particulièrement avec cette température, il n’en est rien : la quantité de champs de moutardes en fleurs dispersent des parcelles d’un jaune printanier et la dispersion des pollens masque les parfums. Mélange de saisons. Par contre, ce qui est bien de novembre, ce sont les nèfles. Retrouvailles avec ce fruit un peu oublié que j’aime avaler en travaillant au jardin. C’est le seul fruit (à ma connaissance) qui se mange pourri. En général, on dit d’attendre la première gelée pour les cueillir blettes. Toujours pas de gelée, beaucoup de vent, les nèfles tombent encore dures, immangeables. Je les ramasse entre les feuilles et les champignons, elles sont bien molles, il faut les écraser entre les doigts, en retourner la peau, et la chair se répand comme une compote toute prête. Le goût est typique, d’un premier abord fade (confusion avec la consistance molle ?), révélant son caractère dans un second temps, difficile à caractériser (ne ressemble pas à grand chose), assez piquant, fermenté, une pourriture qui a toute l’apparence d’un met dangereux, décomposé, et qui enchante le palais par son raffinement inconnu, pâteux. Pourriture qui semble immuniser contre la pourriture. (PH)

 

 

 

 

 

 

 

Catégories : Cuisine/Gastronomie/ Restaurants · Lieux
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Le phénomène musicien

septembre 26, 2009 · Un commentaire

monteiro Le rendez-vous, la médiation en médiathèque. En rendez-vous du P44 (médiathèque de Bruxelles centre), Alfredo Costa Monteiro parle de son travail, en dialogue avec Yves Poliart, avant d’exécuter une courte démonstration (improvisation).  L’occasion d’indiquer à quel point « ces musiques là » (une manière de viser de plus en plus largement les formes musicales, même pas forcément expérimentales, mais où s’expérimente encore et toujours, comme au premier jour, la relation au son, à la construction musicale) manquent et souffrent d’espace de médiatisation et de médiation. Les aspects « bizarres », « surprenants », « incongrus » de ces manières de musiquer – et qui, depuis le temps qu’elles existent et où des pratiques similaires dans les arts plastiques ont été reconnues, ne devraient même plus réellement décontenancer – ainsi expliqués, rendus proches, finalement sont susceptibles d’intéresser beaucoup de monde parce qu’ils réactivent la surprise de la musique, le mystère du son qui raconte, la dimension spirituelle de la vibration sonore: typiquement une mission médiathèque ! Le phénomène. Alfredo Costa Monteiro s’est longtemps cherché à travers un apprentissage académique de la musique, accordéon, guitare, clavier, incluant deux années de Conservatoire. Il y découvre la musique électro-acoustique : une grande salle d’écoute, vingt haut-parleurs, des chaises longues. Là, dans l’obscurité, il se rend compte que la musique peut jaillir sans instruments, par voies indirectes, venir de partout et de nulle part, il en ressent aussi la force narrative et la plasticité. Comme un appel ? Il réoriente son apprentissage vers les beaux-arts. Nouveau terrain d’exploration. Comment communiquer aux matières physiques et malléables les formes de ses musiques intérieures, comment nouer les deux chimies, rendre manifestes leurs connivences, convergences ? Il privilégie déjà les matières dites peu nobles, celles du quotidien, les objets banals que l’on ne remarque même plus, les laissés pour compte du monde. Ces choses qui disparaissent sous leur familiarité : cette familiarité signifiant qu’elles ont absorbé beaucoup de nous-mêmes, de notre vie, pour s’en camoufler, s’y fondre. Il cherche à rendre visible ce qui se cache dans cette familiarité, leurs harmoniques (comme on parle d’harmoniques en musique) et surtout de les laisser s’exprimer. « Leur permettre de penser ce qu’elles n’ont jamais pensé par elles-mêmes ». Il jouera avec la transformation des matières, par exemple du bitume enflammé, sculpture de chaleur, de flammes, fumées, avant d’elle-même stopper sa forme. L’idée d’une combustion que l’on retrouve souvent, plus tard, dans ses créations sonores : décanter l’essence sonore d’une chose, d’une matière, en la chauffant jusqu’à la réduire à son idée, en la cherchant dans ses ultimes retranchements, puis la laisser flamber et enregistrer ses flamboyances. Ce qui, dans la manière de faire, instaure un rapprochement avec l’art plastique : chaque fois qu’il va reproduire par exemple sa pièce « allotropie », ce ne sera jamais exactement la même que la fois précédente, il ira chercher forcément une autre version de l’idée, de l’essence, on se rapproche du principe de « pièce unique » sur lequel fonctionne l’économie des arts plastiques. Et qui s’illustre par l’emballage du CD « allotropie », justement, traits de coupe dans le papier étant différents pour chaque exemplaire. Sa formation hybride (conservatoire, beaux-arts) le conduit à poser des questions hybrides (mais sans doute avait-il au préalable une tournure d’esprit qui l’a poussé vers la formation correspondant au désir de vérifier ses pressentiments) : comment montrer le son dans un musée ? Phénoménologie et distances. Il dit souvent penser et faire la musique selon une approche phénoménologique. Petit Robert : 1. Vx Description des phénomènes. 2. Philos. – « La phénoménologie de l’esprit » de Hegel (1807). – Mod. Chez Husserl, Méthode philosophique qui se propose, par la description des choses elles-mêmes, en-dehors de toute construction conceptuelle, de découvrir les structures transcendantes de la conscience (idéalisme transcendantal) et les essences. » En se rattachant tant soi peu à de tels processus de pensée, Monteiro présente surtout la rigueur et la discipline de sa méthode qui est faite de volontés, de projets, de limites. Il prend la définition, mais il l’adapte, la mélange à d’autres logiques. Ce qui le préoccupe est bien la distance entre le son émis et sa réception. L’impact, la nature de la réception, ce que ça fait dans le cerveau. Pourquoi tel son me fait ressentir telle chose, me fait voir du bleu ou du vert, telle forme, tel volume ? La distance correspond ici à la durée, à l’espace nécessaire pour qu’un sens se forme et se transmette. Infime ou immense selon les cas. (« En duo, nous jouons parfois à 10 mètres de distance, parfois ça donne bien, parfois ça rate complètement »). Ce qui n’épuise qu’une partie du « problème » : si j’engendre tel son par telle manipulation, c’est aussi que je cherche cet effet, j’ai envie de le ressentir, il m’aide à exprimer, à raconter ce que j’ai envie de raconter par ces moyens-là (entendu : et qui ne peuvent se raconter par ailleurs, sous une autre forme, il y a toujours une « autre dimension »). On voit la complexité du dispositif par lequel « prendre conscience des musiques de la conscience »… C’est sans doute pour cela qu’il s’emploiera très tôt à « jouer contre l’instrument », non pas pour le déconstruire comme on dit souvent avec une connotation négative, mais pour aller à sa rencontre, découvrir ses non-dits, ses difficultés, ce qu’il voudrait exprimer et ne peut pas, explorer ses limites (de l’instrument et les siennes, instrumentiste avec une conscience, un corps), pour les dépasser ou les intégrer à une sculpture du sonore, installation musiquante. Forcément, « aller contre l’instrument » ne correspondait pas à l’enseignement en Conservatoire (enseignement qui reste absolument fondamental tel quel, d’autre part). Mais, en cherchant les essences musicales qui lui « parlent » et qu’il fait parler/chanter/, Monteiro pose aussi des concepts, il se donne des cadres stricts. Par exemple : accordéoniste au départ, il utilise l’instrument selon la logique de la préparation, c’est-à-dire le faire résonner avec des objets, des outils, des « dérivés » qui transforment, contrarient, dévient, détournent, prolongent, les vibrations sonores « naturelles » de l’instrument. Un instrument réel en engendre un autre virtuel, jeu de métamorphoses. Dans cet esprit, il agençait souvent l’accordéon avec une cymbale et des petits moules à cake. « Objets vibratoires ». Un jour, il a décidé de travailler uniquement les gestes « conditionné » par l’utilisation de la cymbale et des moules  cake, de retirer l’accordéon, et d’enregistrer une œuvre avec « le reste ». Ce qui donne le CD « Centre of Mass » dont les phots de couverture évoquent les élevages de poussières » de Marcel Duchamp. Filaments, vibrisses, poils, fils végétaux, cils floraux, au bord de la masse indistincte, du sombre. Les mains, la pensée, les gestes. Aller contre les instruments, explorer l’envers des sons et des langages, rendre justice aux zones sombres des objets vibratoires, Monteiro aime les contraires (dans le plaisir aussi, il peut donner des concerts sympas et des pas sympas). C’est forcément un monde d’incertitude où il est facile de se tromper, difficile de voir juste, de démêler le vrai du faux ! Lui-même vibrant de passion et d’idées peut se percevoir comme un laboratoire vivant, mobile, nomade (Lisbonnes, Barcelone, Bruxelles..). En travaillant de façon accentuée, profonde, sur le papier, la voix, l’accordéon, il ne cherche pas l’anecdotique. Il explique que les enregistrements ne sont qu’une petite partie de ses travaux, beaucoup n’aboutissent à rien, aucune forme de plaisir, et sont jetés. Il a un projet en suspens qui vise à concilier des inconciliables : réussir une forme de soft noise. À faible volume, ce serait du new age. À volume élevé, ce serait insoutenable. Mais sur ce terrain de l’exploration, de l’essai et des fausses pistes, où le langage sensible doit apprendre à tracer son chemin qui ne soit pas un coup de chance, le fait du hasard mais un chemin qui laisse des traces, forme des signes réutilisables, un alphabet pour continuer le dialogue avec les forces, les énergies, les matières qui restaient jusqu’ici sourdes et muettes, on ne pense pas qu’avec la tête. Le cerveau a besoin d’autres informateurs sensibles. Par exemple, les mains sont primordiales, pour penser, pour former les sons, pour aller chercher les émissions, les vibrations, les recueillir, les modeler, répéter les gestes, les normer, formaliser un alphabet à l’aveugle, apprendre ce langage qui sourd, qui jaillit comme par magie. Beaucoup plus que dans une discipline où les mains et les doigts ont été dressés à exécuter des techniques rigoureuses, ici, s’agissant « d’agiter une possibilité de musique » dans des choses-objets-matières-débris-outils, les mains , le sens tactile est primordial (il a le dernier mot, le dernier son) et rappelle combien la musique est plastique. (PH) – Discographie en médiathèque – Interview -

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Catégories : Evénement · Lieux · concert
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Les murs sont signés

août 18, 2009 · Laisser un commentaire

pochoirmonchiqueJ’ai été surpris d’apercevoir (comme on distingue au loin les signes d’un embrasement irrémédiable) l’explosion luxuriante de street art dans la pauvreté patente d’un coin du Portugal comme Olhao. Je regrette de n’y avoir pas consacré plus temps, cela mérite certainement autant d’attention, si pas plus, que l’actuelle exposition de la Fondation Cartier (Paris). Alors que ce blog se veut le reflet d’une pratique de l’attention (à élaborer, en tâtonnement vu les sujets et les objets d’attention diversifiés, exigeant des compétences multiples, chaque fois spécialisées), pour le coup j’ai repéré sans plus, pas été plus loin qu’un regard touristique. Pourtant la collection de signatures masterpieces sur les hangars et dépôts (industries encore en activité ou entrepôts à l’abandon, vestiges marin-urbain d’une économie de la pêche en souffrance) était impressionnante. La variété des thèmes, des techniques et des styles semblait très grande. Le mélange de lettrismes graphiques géants avec des images figuratives très développées étonnant (recyclant des imageries « populaires », BD, mangas et autres imageries normées). La quantité forgeait le respect. Il aurait fallu quadriller le territoire, photographier rue par rue, mur par mur, cartographier ! La misère comme contexte obligé du street art ? Dans cet exemple portugais situé de plus dans une région où la vie culturelle ne semble ni débordante ni exubérante, c’est peut-être de plus la seule issue de se sentir appartenir à une culture mondiale, impliquée dans « ce qui bouge et fait bouger les choses, de s’inventer un futur ? C’est peut-être la meilleure discipline, la plus « proche », la plus accessible et la plus efficace pour « soigner sa tête », se respecter et respecter les autres. Est-ce une « simple » copie des modèles américains, y a-t-il des styles locaux, des traits liés à la culture lusitanienne, comment s’effectuent les appropriations, les personnalisations (j’ai peu de repères et, même sans être un spécialiste picturale, j’en aurai beaucoup plus pour jauger une peinture « normale », j’identifierai plus aisément s’il s’agit d’un vrai travail ou de la production d’un peintre du dimanche – ce qui est loin d’être un statut infâmant) !? Il y a dans cette petite ville côtière, aux ruelles plus ou moins borgnes près du port, évoquant de loin son histoire arabe, un terrain d’investigation très riche et qui rejoint les remords de vacances (tout ce qu’on n’a pas fait) ! Je me suis contenté de clicher quelques pochoirs, ailleurs, où je ne les attendais pas (contexte pas très urbain à première vue), dans Monchique, petite bourgade haut perchée, surmontée d’un couvent à l’abandon entouré de chênes liège où des restes d’azulejos évoquent presque une prophétie de street art ! Reste à savoir si ces pochoirs appartiennent à des artistes locaux ou de passage (le magnifique pochoir de K7 audio, il me semble l’avoir vu ailleurs). Quelques autres échantillons, plus politiques (les têtes coupées de personnalités décideuses, la sempiternelle silhouette du Che…), découverts à Silves… Repères, reconnaissance. Les peintures de rue, sur les murs, les trains, les palissades de travaux, les trottoirs, font partie du décor, c’est devenu naturel. Je les considère comme étant à leur place et s’adressant à moi (comme à tout passant, le public est celui de la rue), ils induisent une autre attitude de rue. On regarde autrement tout l’environnement urbain dès lors qu’on est attentif à cette créativité, à ces œuvres qui y sont exposées et qui requièrent notre attention. Plus que ça, qui interpellent et incitent à développer de nouvelles compétences : car comment, sinon, évaluer ce type de production artistique qui sera considérée comme nulle si on cherche à lui appliquer des méthodes de jugement inadéquat ? Quels points de comparaison, quels critères, quels sont les signes d’une œuvre de qualité ? Rien qu’en cherchant à répondre à ces questions, on entre dans une autre manière de regarder et de marcher en ville. La rue devient un lieu d’éducation aux valeurs individuelles, d’initiation aux valeurs esthétiques. Né dans la rue, une exposition institutionnelle. Pour le reste, je me méfie des processus de reconnaissance des arts populaires un peu condescendants. Du genre « on a longtemps considéré telle expression comme art mineur, aujourd’hui la critique a évolué et la considère comme art à part entière, voilà qui remet en cause les hiérarchies établies ». C’est sommaire et, finalement, ça n’explique pas grand-chose. (Richard Shusterman, « L’art à l’état vif »). Il n’y a pas de hiérarchie à respecter en soi, mais une certaine manière de s’y attaquer a aussi considérablement aidé les industries culturelles à amplifier leur emprise, leur offrant des armes faciles pour légitimer tout et n’importe quoi… Il faudrait déjouer les dynamiques de reconnaissance dont l’objectif est avant tout de maintenir les règles du jeu, de perpétuer le système hiérarchique qui a besoin de nouveaux postulants à faire patienter avant de les promouvoir… L’exposition à la Fondation Cartier n’est accompagnée d’un appareil critique ni original, ni puissant. Juste ce qu’il faut. Elle permet raisonnablement de se plonger dans l’histoire du mouvement graphiste, à New-York, de faire connaissance avec les témoignages de quelques pionniers filmés, de se familiariser avec quelques styles basiques (histoire d’indiquer que « tout ne se ressemble pas »).  De réévaluer à sa juste valeur le geste initial, les mouvements du début (dans les témoignages du catalogue imprimé, la description – sommaire- du premier tag de quelques célébrités du genre, est émouvante : souvent au marqueur noir, sur le dos d’un fauteuil, dans le coin discret d’un mur… et d’un coup on se rappelle qu’il fut un temps où le graffiti ne faisait pas partie du paysage).  La salle de projection – mais projeter des films est de plus incontournable dans les expositions, pourquoi ne pas se doter d’une vraie salle confortable – propose des documents intéressants. De quoi, aussi, se confronter au savoir faire, au raffinement et audaces des pratiques, à la personnalisation des démarches, aux gestuelles typiques, aux variantes, aux écoles différentes, à la contagion géographique et parfois vertigineuses (quand le graffiti devient, à Sao Paulo, autre chose, une manière littéralement de risquer sa vie en couvrant les murs de la ville de sa signature – c’est tout de même incroyable, d’un enjeu qui dépasse les questions de reconnaissance artistique !) La Fondation Cartier a commandé des interventions à des artistes et collectifs parisiens pour que, justement, ça ne reste pas une expo dans un musée. Des interventions régulières, vivantes, ont lieu sur des palissades, devant la Fondation… c’est bien, on n’a pas souvent l’occasion d’assister à l’exécution de ces témoignages urbains qui surgissent souvent, de la clandestinité, de la nuit…   Ernest Pignon Ernest : Siné Hebdo a la bonne idée de publier un entretien avec Ernest Pignon Ernest. Ce n’est pas du street art, mais de l’art qui va dans la rue, qui prend la rue comme support. Ce n’est pas né dans la rue, ça ne se situe pas sur le même plan quant au discours et à la stratégie. Il vaut la peine de comparer les discours, précisément, des writers présentés dans le catalogue de l’exposition de la Fondation Cartier et celui d’Ernest Pignon Ernest. Sans établir de hiérarchie de valeur, ce dernier a une explication et une présentation de son art plus élaborée, plus consciente de tous ses aspects, y compris historiques, sociologiques, de classe. Ernest Pignon Ernest, impressionné par Picasso a décidé qu’il ne pouvait plus peindre de la même manière, même pas sur le même type de support. Il a développé des interventions dans l’espace public, la rue, mais en venant d’une formation savante. (Les writers font souvent le cheminement inverse). Il a aussi travaillé le pochoir mais y a renoncé pour ne pas imposer une marque qui pourrait être jugée indésirable par les personnes impliquées par l’espace ainsi marqué. Il opte alors pour une pratique de dessins sérigraphiés et collés in situ. Cela permet de retirer, si ça dérange, ou de les laisser si on les adopte! Le lieu, la disposition, le représenté, rien n’est laissé au hasard et, en général, le contenu politique est explicite. Une de ses créations les plus célèbres date du temps de l’apartheid en Afrique du Sud:  plusieurs centaines d’individus africains noirs, presque grandeur nature, collés dans les rues de Nice où une délégation sud-africaine venait assister à un match des Springbohs… Maîtrise complète de son art et des règles du jeu de l’art, de son implication sociale, précision du placement urbain et de plus, il ne signe pas ses oeuvres. Considérant que ce qu’il vient coller – ses dessins sérigraphiés – n’est qu’une partie de l’oeuvre, l’autre partie c’est le mur, le lieu, l’environnement, et cela ne lui appartient pas. On voit que ce positionnement, et surtout cette absence de signature là où les writers amplifient la signature, les différences sont significatives et permettent de mieux réfléchir, par confrontation, aux caractéristiques, aux statuts respectifs de ces démarches… (PH) –  A visiter : Le site de l’association le M.U.R. (Modulable Urbain Réactif) – Le site d’Ernest Pignon Ernest -

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Catégories : Art Plastique/ Expositions/Musée · Lieux
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Maisons cabanes d’îles

août 10, 2009 · Laisser un commentaire

cabaneLes plages se situent sur des îles. On y accède en traversant, en bateau (de tailles diverses selon l’éloignement des îles) puis sur des passerelles en bois, une réserve naturelle, Rio Formosa, faites de lagunes et de dunes. La plupart des îles conserve un embryon de vraie vie (il y a sans doute de rais îliens) ce qui évite qu’elles n’apparaissent que comme infrastructure touristique. Quelques bungalows artisanaux, rudimentaires, au départ appartenant à des pêcheurs (vivant là à demeure ou ponctuellement selon les exigences de la pêche, des marées). Certains de ces cabanons se sont transformés en petites maisons de vacances (ont gagné en dur), d’autres ont été construits sur le modèle des anciens. Petit village de bric et de broc en milieu éphémère (l’île). Maisons décorées, scénographiées avec soin, dans le genre de nos « Ca’m’suffit », avec kitsch parfois à la sauce d’Algarve, mise en place d’une certaine grandeur contrastant avec la « petitesse » du bien (allée, escalier, plantation, exposition d’objets). Autant de rêves colorés de vivre ailleurs, de prendre racine sur une terre n’obéissant pas aux mêmes lois que le continent, esthétiques amateurs en rupture sympathique, se détachant, dérivant sous le soleil mais reconstituant un ancrage artificiel au sein de la nation virtuelle (tout ça est bien portugais, les ancres, les vestiges de la gloire marine, les dédicaces à Vasco de Gama…). Il y a aussi de minuscules épiceries, un bistrot ou deux… Ça ne manque pas de poésie « brute » qui berce le désir de s’enfoncer dans cet étrange que constitue toujours une île. Etrangeté tellement humaine et tellement dépaysante. (PH)

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Catégories : Lieux · Nature
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La Sélec en juin

juin 14, 2009 · Un commentaire

La Sélec en soirée # 5, le samedi 13 juin, Les Ateliers Claus, Bruxelles.

 

atelieratelier2atelier3La Sélec N°5 se dévoilait le 13 juin, lors d’une soirée musicale aux Ateliers Claus. Un numéro très coloré… Parfois le ciel, au soleil couchant, a de ces dégradés superbes avant de sembler inquiétants comme s’ils étaient le résultat d’une vaste anomalie, d’une maladie cosmique… Ce nouveau numéro n’hésite pas à tirer sur le fil reliant festif et explosif : avec du jazz et du rock en recherche de nouvelles libertés excessives, avec un fil rouge consacré aux « one man band », ces drôles de musiciens qui se mettent en danger dans leur exercice musical… Le poster. C’est l’artiste Jean-François Octave qui relevait le défi du poster. (Rappelons les règles du jeu : l’artiste reçoit les musiques et les films de La Sélec et c’est à partir de ça que, librement, il réalise son image.) Jean-François Octave, habilement, esquive et donne une image qui semble signifier qu’il n’a pu assimiler La Sélec, qu’elle est restée là, à côté de son monde à lui. Le fond de l’image représente un élément de son univers familier, plus une sorte de constellation graphique symbolisant ses pulsations musicales fortes, effectuées en 25 ans de fréquentation de la Médiathèque. À côté de cet ensemble, organigramme organique, la liste de La Sélec est exposée, brute, comme non déchiffrée. Ambiance et lettres de noblesses. On se sent tout de suite bien dans ce lieu culturel. Question d’aménagement, question d’âme. Simplement, tout est fait pour soigner l’accueil, alternatif et attentionné, bricolé et chic, l’étrangeté de l’espace et du décor titille la curiosité. Le bois du comptoir, par exemple, donne l’impression d’un point de jonction, personnel et clients, de qualité, précieux, on n’a pas prix n’importe quel bois, ni n’importe comment… La musique mixée est puisée en grande partie dans la play-list de La Sélec (DJ: Philippe Delvosalle, David Menessier). Quelques documents rappellent, sans ostentation, d’où vient le patron du lieu (Democrazy) : affiches de concert célèbres, Dog Face Herman, Nirvana, Mudhoney, le duo Brötzman… En fanfare. La première partie est assurée par la fanfare « Alimentation générale ». Cuivres et funk, punch et humour, c’est bien appuyé et débridé, musclé et joyeux, ça ne tient pas en place. Suivra une prestation de « walk-pasa-bouge » présenté comme du « cirque électrique ». Un duo homme-femme, étrange, bidouillage électronique bien jeté et danse hystérique dans les rideaux. Deux grandes voiles de tissu blanc dans la haute cage d’escalier, sous verrière. Donc, le genre de manipulation sonore qui tape sur les nerfs, qui fait typiquement grimper au mur, sons hérissés, révulsés, déchiquetés, sans recherche particulière, sans articulation, un peu trash. Par un mec accroupi sur la scène, entouré de brols divers, tripotant de la main différentes petites appareils. L’air de trifouiller à la recherche de la disjonction, un peu sale gosse occupé à bousiller méticuleusement tous ses jouets pour faire chier la réunion d efamille. La danseuse en blanc, selon un système de traction étonnant (athlétique mais “gommé”, semblant se mouvoir sans effort, sans pesanteur), aérien, s’élève dans les voiles, s’y tortille, s’entortille, à trente centimètre du sol comme à cinq mètres, est happée vers le haut ou tombe en torche, silencieuse. Mimiques et tics pour mimer la contagion de ces virus sonores malsains, comment ils sortent des machines et s’infiltrent dans le corps, les oreilles, la langue, les yeux, les doigts, le ventre, les fesses, les bras…  Ça semble trop maniéré ou incongru au début, mais quelque chose fonctionne dans l’association danse et éructation électronique, saleté musicale et transcendance corporelle, abstractions soniques et matérialités organiques qui se parlent, s’invectivent, fusionnent, rêvent ensemble, se miment. (Ça ne doit pas durer trop longtemps). Diabolique. Dans la salle à l’étage, Honkeyfinger (artiste présenté dans La Sélec) se prépare. J’ai beau avoir écouté son CD et regardé plusieurs vidéos sur Youtube, sa prestation surprend. Par la force libérée d’un coup, par la rage. Tension. Il chante en jouant de la guitare, plusieurs harmonicas à disposition, une grosse caisse à portée de pied gauche, une cymbale coiffée d’un tambourin au pied gauche. Entre les deux bottes tout un attirail électrique. Ça claque fort, intensité maximale d’entrée de jeu, voix poussée, guitare hurlante et torturée, comme une tension phénoménale, tordue à l’intérieur en un ressort  qui emporte tous les organes et brutalement se détend, s’expulse du fond du gosier et des tripes. Les doigts métalliques sont diaboliques. À l’intérieur de cette furie, il maîtrise et ménage encore accélérations, dérapages, crash, pirouettes flamboyantes. Il travaille  parfois avec plusieurs couches, en faisant des boucles avec sa guitare (jetée ensuite plus loin) tandis qu’il s’époumone là-dessus, chantant et soufflant simultanément dans un harmonica. Ou bien, l’inverse, il construit une boucle en enregistrant son souffle et quelques pulsations hypnotiques d’harmonica crachés dans un micro et il se déchaîne sur sa guitare. Ce qui est surprenant est le contraste entre la force libérée, sauvage, indomptable et le contrôle qui ne faillit pas : en prenant le risque de jouer ce blues incandescent, survolté, en multinstrumentiste, en s’engageant comme un possédé dans cet agencement guitare-harmonica-percussion-corps-cerveau-pédales-électroniques, c’est comme s’il cherchait le court-circuit intégral, l’auto-immolation dans le blues. Mais au moindre couac technique ou d’erreur humaine (normal de s’empêtrer à un moment ou l’autre), il réagit à la seconde, conscient du moindre dérèglement, il rectifie, corrige ou répare au besoin, en plein vol, pleine voltige. C’est fascinant, quel as. Le public semble conquis. Il y avait encore, après, un trio de jazz (dans dans) reprenant des standards hyper connus. (Mais je n’ai pu rester jusqu’au bout). Les concerts se produisant dans trois pièces différentes (bar, cage d’escalier, salle du haut), en respectant les horaires, tout s’enchaîne admirablement, on circule de surprise en surprise, dans cette maison chaleureuse, magique, constituées de volumes différents, ici rouges, là bleu, de fenêtres, de dégagements vers les cieux, entre bâtiment industriel et maîson de maître, animée de bas en haut, de haut en bas, de sons, de musiques différentes. La disposition spatiale procure de façon intense la sensation d’être dans un lieu habité et, par mimétisme, donne des pistes pour devenir soi-même un espace vivant pour se laisser habiter par les musiques; cette sensation ne peut être offerte par des salles “fonctionenlles”, professionnelles et monofonction (rentabilisation des relations publics/musiques). Merci aux Ateliers Claus d’avoir accueilli La Sélec. Ne ratez pas la prochaine fête. Passez en Médiathèque emporter La Sélec 5 et son nouveau poster. (PH) – La Sélec 5, le sommaire –  Texte sur “one man band” plus chronique du CD de HonkeyfingerCD de Honkeyfinger en Médiathèque -

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Catégories : Evénement · Lieux
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Images peintes, indice d’ailleurs

avril 26, 2009 · Laisser un commentaire

 Bruno Van de Graaf chez Caviart

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Le long d’un canal, dans une sorte de hangar industriel avec un logo évoquant un grossiste en viande, se cache une galerie d’art particulière. Là, dans le dédale d’un ancien site métallurgiste (?) ou verrier (?), l’imagerie de Bruno Vandegraaf surgit idéalement, images exsangues, à la limite de la nuit, prête à y retourner, évanouies. (Acrylique sur toile, formats : 50×70cm, 60×90cm, 70×90cm, 100×80cm, 120×80cm.) Des images fantômes, comme des bouts de films intérieurs, déréalisés, oubliés et soudain éblouis dans les phares du regard qui, en un fragment temporel, les sondes et les figent. Imaginez un film de David Lynch qui se baladerait complètement dans une obscurité matricielle, mouvante, avec juste de temps en temps un flash, un spasme aveuglant qui surprend une action, un morceau de personnage, un objet, un mouvement, un lieu, un vide, une trace, un paysage… (Le coin de table/ »Va Fanculo ! »/La communion/Lucky bamboos/Surveillance/la tv/La bague/Les nuages/ La chambre d’hôtel/La cuisine/Le voyage en avion/L’aube/Le réveillon/Le désert/Le désir/La maison/Les garages/Les tombes/La voiture/A vendre/ Dimanche matin/Home (is where I want to be/Mercredi après-midi/L’hiver/)… L’ensemble est lié par un fil étrange, sinueux, un suspens (imaginons, dans ces couloirs de briques, sombres, tordus, encombrés de vestiges et où filent des vents frais et humides, des atmosphères musicales composées de certaines attaques de drones stridents intermittents sur fond d’inspecteur Barnaby revu par John Zorn). L’image est découpée montée en objet d’enquête par excellence dans une sorte d’abîme sans nom. Investigation. Images trop longtemps enfouies dans la cave que pour avoir conserver leurs couleurs. Ou trop longtemps surexposées pour attirer encore le regard… Elles déplacent l’attention vers un ailleurs « banal », relecture de clichés… Le coup d’œil (du peintre) est rapide, exercé à isoler les indices qui font sens et cerner les périmètres picturaux où la vie se réinvente dans les marges, les décors passés. Les placards, les bleds, les paysages vides, le mobilier banal, l’électroménager déclassé, les attentes. Des détails plaqués dans leur cadre par une force de représentation comme instantanée. Un souffle. Des morceaux du réel extirpés de leur banalité et propulsés dans leur puissante naïveté (ou native puissance). Avec la volupté du vertige qui retire le sang des choses à l’instant, bref comme l’éclair, où elles coïncident avec le saisissement de leur  vérité caché. Hallucinations fulgurantes livides. Ces regards décalés sur le hors champs morcelé, chair effrayée du vide, ces images morcelées d’une même énigme infinie et essentielle, renouvellent l’excitation narrative, le désir de questionner « qu’est-ce qui se passe », là, dans la scène et dans la peinture. – Bruno Van de Graaf expose entre autres avec le graveur Paul Authom. Il travaille en série une forme fétiche noire, silhouette qui révèle ou cache le mystère de l’ombre que l’on porte (parfois sans le savoir). Tantôt contour de montagne, de tour patibulaire, de tronc refuge, silhouette animale, esquisse de personnalité à contre-jour, variations à l’infini à partir du même qui montre que tout un monde complexe s’élabore avec très peu de chose. Quelques traits, une garniture minimale, des proportions qui changent, une différence d’inclinaison, un rapprochement et les contours semblent cerner une tout autre entité. Ces étranges masques s’intitulent « Dissimulation », « Portrait », « Famille », « Double chat »… Les autres exposants sont le céramiste Jacques Iezzi (ses grandes lames évoquent les structures archéologiques d’une vie sortie de la rivière), Myriam Louest qui travaille la résine époxy (pour donner l’impression de sculpter une matière liquide et lumineuse) et le photographe Alain Breyer qui a dressé le portrait de la ferveur populaire, individuelle ou en petit groupe, suspendue dans l’attente du Tour de France, sur les bords de la route (déjà exposé au Musée de la Photographie à Charleroi, travail édité en livre). Le site de ce lieu atypique, bien que pas à jour, donne une idée de l’esprit de ce que l’on peut y trouver: www.caviart.be… (PH)

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Catégories : Art Plastique/ Expositions/ Galeries · Lieux

Faisons marcher le cerveau (disent les murs).

janvier 24, 2009 · Laisser un commentaire

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La crise, la nervosité des changements en cours, la circulation d’angoisse, la perte de confiance dans les moyens traditionnels de transmissions d’idées, de symptômes, de cris et de pensées… L’impression aussi qu’Internet est parfois un trou noir qui absorbe mais ne rend rien, la nécessité d’opposer à la dématérialisation (hypermatérialisation) quelque chose de matériel et proche du marché de l’unique, toutes ces conditions enchevêtrées (et d’autres) font que ça déborde vite et fort sur les murs (et ça se répand, des choses semblables apparaissent dans de petites villes)… Il y a cette frise de portraits de jeunes stylés tous personnalisant dans leur manière de “faire la tête” la pathologie difficile qui consiste à s’appeler “lacrise” en un mot. Sinon, les techniques utilisées pour s’imprimer dans le décor, pour laisser une empreinte de soi sur les parois de la caverne urbaine, sont multiples. Depuis la continuation des pratiques de lacération-déchirures d’affiches pour donner des formes abstraites abîmées de l’état mental jusqu’aux compositions travaillées de figures de papier, personnages imaginaires scotchés aux murs comme des espèces de passe murailles (les murs sont des écrans). On retrouve les contradictions de l’art : message direct, fuyant la pureté et la beauté de l’expression mais aussi recherche de la beauté même s le support et les moyens sont banals, dévalorisés… Il y a aussi d’étranges affiches lettristes au message finalement plutôt basique, histoire d’en revenir au bon sens : « pas besoin de lunettes spéciales faites marcher votre cerveau », qui sent bon aussi le slogan, la militance. Feuilles où l’on vient graffiter un renvoi au manifeste « l’insurrection qui vient », comme quoi, quelque chose de cette insurrection travaille les désirs… Et alors que dans certains séminaires, on déplore (à juste titre) les scénographies obsolètes de la muséographie, certaines vitrines ancestrales se posent comme des installations fascinantes (« Monster Melodies”), ça vit, les idées, les interventions hybrident les matériaux urbains. (PH)

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Rêve de salle (musicale).

janvier 11, 2009 · Un commentaire

Sur la piste du chaînon manquant d’une politique musicale en Communauté française. Le comité de programmation de la Ferme du Biéreau (Louvain-La-Neuve) avait la bonne idée d’organiser une table ronde le samedi 10 janvier pour agiter les projets et les concepts susceptibles d’inspirer leurs choix de politique, d’alimenter leurs réflexions. Exercice difficile, néanmoins le genre d’initiative à encourager. Je ne me permets pas de dévoiler le contenu intégral des échanges (ça ne m’appartient pas), je me limiterai au contenu de mon intervention (plus quelques réactions qu’elle a suscitées) qui a toute sa place sur ce blog consacré en grande partie à la curiosité et aux pratiques de l’attention, aux questions de politique culturelle…

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Un constat qui s’affirme. La vision évolue, s’affine, mais depuis que je participe à des débats sur les principes d’une programmation musicale, je creuse plus ou moins dans la même direction (pas uniquement théoriquement puisqu’à la Médiathèque de Mons, en partenariat avec le Centre Culturel, j’avais initié des cycles de concerts « accompagnés » qui, peu à peu, trouvaient leur public). Le manque que, professionnellement, je peux constater en matière de programmation et d’informations sur les musiques, est toujours là, ne fait que s’accentuer. Le constat est de plus en plus grave : les musiques actuelles, dans leur immense majorité, ne sont pas présentées aux publics. Elles sont à l’abandon. On laisse au hasard, au bon vouloir du marché ou au bouche-à-oreille Internet (autre forme de sélection libérale),  le fait de faire émerger tel ou tel artiste un peu différent. La seule manière de remédier à cette carence est de construire un appareil critique qui va permettre de structurer une médiation pour ces expressions. Cet appareil critique (ce n’est pas un gros mot) se décline en plusieurs outils dont certains s’adressent à des publics spécialisés, d’autres à des publics non-initiés. Mais il faut des fondations, il faut provoquer un commencement qui passe par la constitution d’un champ de connaissances qui permettra de ne plus dépendre directement de la manière dont le marché général de l’information maltraite les musiques. C’est un préalable pour structurer un discours différent, une stratégie adaptée à un projet singulier, pour ouvrir des répertoires, désegmentariser les publics. Construire des publics. On ne crée pas des publics, on ne fait pas découvrir, on ne structure pas de la curiosité simplement par de la communication se basant sur les discours des dossiers de presse, ou sur les jugements de valeur « c’est beau », « c’est génial, c’est nouveau, c’est sensible »… Les nouvelles esthétiques musicales ont besoin qu’on leur constitue un environnement de connaissances pour aider à les comprendre et les intégrer dans la vie sociale. L’implication de l’UCL dans ce projet de la Ferme du Biéreau est une opportunité remarquable (relativement inédite, même si, la conjoncture étant en train de changer, les grandes universités vont de plus en plus investir dans les programmes culturels : il y a un créneau à prendre). Construire des programmations sur les nouvelles écritures musicales (à l’échelle européenne et de façon transversale s’agissant des genres et des styles), en impliquant les chaires de musicologie, de sociologie de l’art, d’esthétique, pour forger des outils d’analyse et d’explication de ces musiques, pour organiser un appareil critique qui, dans un premier temps, va ouvrir ces répertoires aux étudiants et ensuite, de fil en aiguille, aux autres publics : avec quelque chose de ce genre, on innove, une nouvelle page s’ouvrirait. Ces programmations ne sont pas à comprendre uniquement au niveau d’un choix de concert : programme prend un sens plus riche et complet, c’est un programme d’expérience collective, de tranche de vie, d’appropriation de lieux et de pratiques, de compétences sociales qui touche aussi bien l’écoute, l’attention, le savoir parler de ses émotions, la constitution du sens critique… Impulser un rayonnement à partir des études, de la population étudiante qui, ensuite, peut devenir médiatrice des programmations, intermédiaires entre ces musiques et le grand public. La médiation culturelle est un nouveau marché qui va « exploser ».  Avant tout, la « médiation culturelle » est à inventer et, pour peu que l’on soit attentif aux problématiques actuelles, on se rend compte que l’enjeu est terrible, tout le monde parle de médiation culturelle. En tout cas, les produits efficaces par quoi l’exercer, la rendre efficace, les modèles économiques qui lui feront prendre racine dans l’économie générale de la culture et des loisirs, tout ça constitue un chantier. Et ça pourrait aussi donner lieu à des recherches et travaux au sein de l’université, colloques, séminaires, cellules de projets, expérimentations avec opérateurs culturels… La presse le sait qui, elle-même, est en difficulté et elle serait très favorable à un projet orienté en ce sens. L’UCL gagnerait beaucoup à être moteur innovant en la matière. Un rayonnement international est accessible. Personnellement, je pense qu’une prise de position audacieuse et ambitieuse sur cet axe de travail serait payante à moyen terme. Pour la visibilité de la salle mais aussi pour des aspects plus essentiels : notre mission d’opérateurs culturels publics d’apporter du sens, via les musiques, dans ce qui fait société (le vivre ensemble). Les responsabilités des institutions de programme, la formation des cerveaux. En concevant des programmations musicales, en étant opérateur culturelle public, nous avons des responsabilités : nous avons à former les cerveaux en les ouvrant à une meilleure compréhension du monde dans lequel nous vivons. C’est pourquoi j’attache une telle importance à ces nouvelles esthétiques musicales. Les musiques se créent et se diffusent relativement facilement, elles reflètent (ou non) très rapidement les problématiques de la société. L’autoproduction est mieux organisée que pour la littérature, elle coûte moins cher à produire que le cinéma, le théâtre etc… Ces musiques contemporaines (qui couvrent un nouveau territoire savant entre classique, jazz, rock, électronique, hip-hop) sont très plastiques et informent beaucoup sur la plasticité de notre époque, favorisent la plasticité neuro-culturelle. Diversité culturelle. Les nouvelles esthétiques musicales émergentes sont, de plus, indispensables pour que « diversité culturelle » ne soit pas un vain mot dans notre environnement. Ce sont elles qui sont porteuses de regards, de prises de positions différentes sur notre quotidien, ce sont elles qui pratiquent la subversion créative, les altérations de nos repères dont nous avons besoin pour demeurer réceptifs à la diversité culturelle (Cfr. Les informations sur le colloque organisé par la Médiathèque en 2007 avec l’UCL, l’ULB, Bernard Stiegler, Bernard Lahire …). Il serait, soit dit en passant, regrettable d’imaginer que ces esthétiques sonores sont coupées du reste ! Elles permettent au contraire d’expliquer le reste, elles donnent de la profondeur aux musiques les plus médiatisées, elles complètent l’histoire. En ne connaissant que les musiques les plus médiatisées, il faut bien voir que l’on atrophie l’intelligence musicale des publics et fondamentalement, à long terme, on réduit le potentiel de curiosité. Parce que le transfert des pratiques et des innovations ne cesse de fonctionner entre disons, pour le dire vite, l’underground et le devant de la scène commerciale. C’est palpable avec quelqu’un comme Björk, mais ça se vérifie avec (à peu près) tous. Ne pas travailler cette dimension revient à laisser faire la désinformation musicale.  Un territoire efficace est forcément européen. La dimension européenne est à mes yeux incontournables. Parce que nous avons le devoir d’ouvrir à une dimension européenne de la culture. Rien de mieux de commencer par les cultures émergentes. Les musiciens « locaux » gagneront à avoir des contacts avec les scènes innovantes européennes, pour se confronter, s’informer, échanger. Une politique européenne active ne peut s’effectuer qu’avec des partenaires, en débouchant sur des partenariats, des pratiques participatives, « nos » musiciens gagneront certainement des possibilités d’aller jouer ailleurs. Accueillir ici est le meilleur gage de pouvoir envoyer ailleurs ! L’appareil critique, l’éducation, la construction de la curiosité. Le postulat de l’éclectisme n’y suffira pas (l’éclectisme n’ouvre pas forcément la curiosité, l’éclectisme, aujourd’hui, est trop tributaire de la segmentation des publics que le marché a intensifié et rigidifié. Désegmentariser est indispensable à rendre l’éclectisme un peu efficace !)  Autour d’une programmation dotée d’une vision ambitieuse et inédite quant à la découverte, il me semble que plusieurs partenaires aux missions pédagogiques (au sens large) peuvent s’impliquer dans la promotion du projet, en recoupant les axes forts de leurs contrats programmes. Les pistes sont concrètes et les savoir-faire existent, il fat les organiser. Publications, émissions radios, podcast thématiques, démos dynamiques dans les auditoires, animations, pré-concerts, utilisations de films et de musiques enregistrées pour « préparer » les publics aux concerts à venir, interventions dans les milieux associatifs et dans la culture WEB. Jeunesses Musicales, Médiathèques, UCL peuvent travailler sur des outils originaux (c’est du concret et sur ce point, j’ai fait une offre de services à peine voilée). Planifier des interventions dans les écoles, les Académies… Tout ça pour donner une chance qu’émerge un comportement structuré et évolutif favorable à une réelle curiosité et à l’ouverture de concerts différents. Ceux-ci, une fois passé la barrière psychologique (« on ne connaît pas, ça ne nous dit rien, donc ça va nous faire chier ») vont procurer énormément de plaisirs et ça va se savoir assez vite. (Je me souviens d’avoir programmer Stanley Beckford au festival Cap Sud. Cette star jamaïcaine du mento, prédécesseur du reggae –et donc l’occasion d’élargir le champ des amateurs de Bob, travail sur la mémoire- n’étant pas connu par ici, pas évident de faire passer ce choix ! Mais une fois le public devant, manifestement, ce n’était que du bonheur pour tout le monde.) Médiation et université. Les concerts doivent être accompagnés : non seulement un exposé préalable (mélange d’accueil et d’informations intéressantes, de celles qui éveillent l’appétit, qui donnent l’impression que le plaisir d’apprendre est infini), mais aussi présence de plusieurs médiateurs pour engager le dialogue avant et après, recueillir les impressions, dialoguer et expliquer, écouter et retenir les avis. Cultiver l’art de la parole et de l’échange sur les musiques et les émotions est la meilleur manière d’agir sur les comportements, de faire évoluer les manières de « prendre du plaisir », d’initier aux modes d’appropriation. … D’où, encore une fois, l’implication utile d’étudiants, d’animateurs : s’ils ont été impliqués au préalable dans l’élaboration de tout l’appareil critique et pédagogique, ils auront à cœur d’en être les ambassadeurs. C’est un travail de terrain qui peut ouvrir des perspectives à des formations universitaires spécialisées sur la « médiation culturelle », l’étude des publics, etc… Quand le pointu revient au galop comme retour anxiogène du refoulé ? Je n’ai jamais utilisé les termes « pointu », « underground » (…). J’ai brièvement parlé de la nécessité de construire un programme d’explication des esthétiques musicales émergentes, transversales et européennes, à destination du grand public. Ce programme réunissant pédagogie, production d’informations, concerts, rencontres avec les artistes…Les quelques noms qu’il m’a été demandé de citer à titre d’exemples n’étant pas particulièrement familiers, la déduction qu’il s’agissait de choses « trop pointues » s’est imposée automatiquement chez certains. Et par la même occasion, le discrédit que l’on attache à ces expressions en arguant des publics restreints que cela intéresse. La suite (connue) étant d’embrayer avec l’accusation d’élitisme. Il me semble que c’est un bel exemple d’intériorisation des valeurs du marché et des industries de programme : ce n’est pas connu, médiatisé, donc ça n’a pas forcément reçu le label « bon pour le public ». (Rappelons au passage que l’élitisme consiste à jouir de biens culturels de grande qualité et de tenter de les garder pour soi.) Les autorités prescriptives se révèlent ainsi bien du côté des industries de programme et prédominent même dans les manières de penser du côté de ce qui devrait équilibrer leurs influences : les institutions de programme. Or, justement, en ouvrant remarquablement la réflexion quant à la nature de la programmation, dans une salle à vocation de type « opérateur public », l’urgence est de construire une stratégie contre ces jugements qui ruinent toute autonomie des politiques culturelles publiques. L’équation simpliste « pas connu du public = chiant = pas vendable », exprimée de façon plus soft, masque les points aveugles des métiers culturels et la peur du refoulé : « ah mais si c’est ça qu’il faut présenter, ça concerne plein de valeurs pas encore maîtrisées, pas maîtrisables, déstabilisatrices là où, en général, programmer un musicien relève plus de l’affirmation de ses bons goûts et non d’une pratique d’apprentissage, alors qu’en fais-je ? » . Mais une mauvaise perception du potentiel de séduction de ces répertoires « pas connus » est bien plus généralisée, et c’est dommage parce que, sans doute, cela fait intervenir des a priori, l’absence d’un examen objectif, le manque d’approche intelligente dont on devrait pouvoir se passer. Le  plus bel exemple à citer, à l’endroit même où se déroule la table ronde réside dans l’attitude à l’égard de « l’autre ferme du Biéreau », celle de l’Ecurie, gérée par une petite asbl, considérée comme marginale, certes utile, mais bon, ça n’ira jamais très loin. Une meilleure connaissance des répertoires, des esthétiques actuelles et des publics potentiels devrait, normalement, modifier cette perception. Cette petite asbl de bénévoles a présenté des musiciens qui sont vraiment des pointures internationales. Entendons nous : pointure ne signifie pas vedette médiatique !! Mais pointure dans leur pratique, dans leur invention, dans leur maîtrise de la musique qu’ils produisent et reconnus comme tels par leurs pairs et des professionnels du monde entier. Ne prenons que Jeffrey Lewis qui a joué là plusieurs fois avant de passer à l’AB. Ce musicien, qui est aussi illustrateur, a été tout récemment publié dans le New York Times ! Programmation obscure et trop barge !?? Euh !! Il y aurait, au contraire, de belles collaborations à établir entre les deux Fermes, en tirant parti des compétences et de savoir-faire complémentaires. Mais encore une fois, le sens de mes propositions allait dans le sens d’un axe de travail à développer, parmi d’autres, pouvant coexister avec d’autres types de concerts. Le travail sur les goûts, l’éducation. Au centre de ma proposition esquissée, un large accord s’est exprimé sur cette nécessité d’éducation. Avec une nuance importante à souligner de la part d’un intervenant : les publics ont aussi beaucoup à nous apprendre, notamment sur des genres et des styles considérés comme « sous-culture ». Maintenant, à partir de ce sentiment partagé, une fois que le débat entre dans les détails, devient explicite sur ce à quoi on entend éduquer, en glissant des noms d’artistes supposés étayer la démarche, les passions se délient, les échanges s’échauffent ! C’est toujours un exercice passionnant et périlleux ! Une des raisons en est que, sur cette question des goûts, aucune professionnalisation ne s’est organisée. Ça reste le règne complet de la subjectivité ou tout le monde peut avoir raison, aussi bien l’organisateur-programmateur qu’un membre du public. Aussi bien quelqu’un qui écoute des musiques de façon structurée depuis 25 ans, lit et s’informe parallèlement sur les courants musicaux que l’auditeur qui écoute son premier CD ! Et entre opérateurs, il n’y a pas de raison que ça se soit vraiment différent ! Cette question des goûts et donc du bagage culturel est complexe au sein même de ce genre de débat. Chacun est impliqué dedans, à la fois à l’intérieur (comme individu) et à l’extérieur (comme organisateur, opérateur). Du côté des psys, on ne peut pratiquer l’analyse qu’après avoir suivi soi-même une analyse. Au niveau d’un travail de médiation sur la vaste question de la formation et éducation des goûts culturels, tous les acteurs de la politique culturelle publique devrait suivre ce que Bourdieu appelait (si mes souvenirs sont bons) une socio-analyse de ses propres goûts !! (PH)

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Mer du Nord en hiver.

décembre 30, 2008 · Laisser un commentaire

Des couleurs, des lumières, une texture d’horizon (tessiture d’infini aussi) qui, à priori, m’ont toujours aidé à ouvrir une parenthèse, lâcher prise, couler dans d’autres pensées (souvent pas du tout intellectuelle, pensées manuelles, physiques comme des heures passées à faire des châteaux de sable), il y a sur les rivages une autre vie de substitution, en principe proche de substances légères, essentielles et pourtant impalpables. Liées à la mémoire de tout ce qui de l’espèce vient de la mer!? Quand cet écosystème fonctionne bien sur l’esprit et les humeurs, on y abandonne pas mal de ses habitudes, de ses rythmes, de peaux mortes, avant de les réendosser avec de nouvelles chances, nouvelles pistes (les vertus régénératrices du littoral venteux, salin, séminal)! Je m’y suis accommodé de divers naufrages aussi. C’est un des rares endroits où j’aime réellement courir, aussi loin que possible, comme si cet exercice avait là un sens particulier (la compagnie des vagues, le contact du sable, des coquillages)… Lire des heures face à la mer dans un silence d’écume, le cerveau baigné par ces lueurs caractéristiques d’eau, de ciel et de sable, reste un fantasme de longue date, régulièrement approché et entamé, jamais assouvi, noyé dans l’infini rivage abstrait.

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Tirer la chasse

décembre 19, 2008 · Laisser un commentaire

chasse

 

Sans doute que les dirigeants et responsables mesurent mal l’ampleur de la crise s’ils ne se fient qu’aux chiffres, aux indices de consommation, etc. Le coup au moral est certainement plus grave et d’une autre nature que simplement dépressive. Le sentiment d’avoir été trompé profondément, cyniquement, dans les grandes largeurs, par tous ceux qui n’ont cessé de certifier, bardés de titres d’experts, qu’il n’y avait pas d’autres voies, que tout allait bien, que tout allait aller de mieux en mieux, ce ressentiment peut devenir incontrôlable. Surtout quand, finalement, aucune décision ne semble venir inverser la vapeur. (Et quand les banques font semblant de s’effondrer, ce sont des infrastructures spirituelles et culturelles qui sont menacées de disparaître, bibliothèques, médiathèques, petits cinémas, télé publique…) Il y a comme des murmures dans la foule qui ressemblent à ces pochoirs relevés à plusieurs endroits anonymes de la ville : des chiottes pour symboliser le désir de tirer la chasse et d’évacuer ceux qui nous chient sur la tête. Quelque chose qui couve et qui s’exprime de façon violente, non correct dans un petit opuscule intitulé « L’insurrection qui vient » et signé par un collectif qui se désigne comme « comité invisible » (La Fabrique éditions). « Ce livre est signé d’un nom de collectif imaginaire. Ses rédacteurs n’en sont pas les auteurs. Ils se sont contentés de mettre un peu d’ordre dans les lieux communs de l’époque, dans ce qui se murmure aux tables des bars, derrière la porte des chambres à coucher. » Autre morceau : « Nous nous y étions bien faits, pourtant, à l’économie. Depuis des générations que l’on nous disciplinait, que l’on nous pacifiait, que l’on avait fait de nous des sujets, naturellement productifs, contents de consommer. Et voilà que se révèle tout ce que nous nous étions efforcés d’oublier : que l’économie est une politique. Et que cette politique, aujourd’hui, est une politique de sélection au sein d’une humanité devenue, dans sa masse, superflue. » Avec appel à l’organisation révolutionnaire, appel aux armes et cri du cœur : « Tout le pouvoir aux communes ! ». La dissémination d’images clandestines de wc ou de collages intitulés « pq » devrait inquiéter les forces du statut quo, ce sont les images d’un trop plein, d’un inconscient qui ne sait s’il va engloutir ou régurgiter. Mais quelque chose ne passe plus ! (Un blog sur Comité Invisible)

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