Comment c’est !?

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Nobel de la guerre

décembre 15, 2009 · Laisser un commentaire

Je n’ai toujours pas tout compris, là, Obama-prix-nobel-de-la-paix !? Et, j’ai beau savoir que Barak Obama, haut placé dans l’audimat mondial, est aussi intouchable que Johnny Hallyday-partie-intégrante-de-l’identité-française, je suis surpris par le large accueil favorable, sans critique. Il est quand même, finalement, ni plus ni moins, question de valider mondialement le concept de « guerre juste ». En remplacement de « guerre propre » qui bénéficiait du même genre de justification politique au nom de la réalité, de la lucidité, mais qui n’a pas répondu aux espoirs placés en elle. Libération (qui a autant de mal à s’activer à gauche que le parti socialiste) publie aujourd’hui « l’allocution prononcée par le président américain recevant le prix Nobel de la paix », sans vraiment applaudir mais en y voyant tout de même « un discours historique qui définit une morale de l’usage de la force ». Peut-être plus pernicieux, l’article est illustré par une série de photos « d’armes confisquées et affichées sur les murs d’un poste de police irakien », ce qui laisse entendre « l’usage de la force vise à désarmer la violence ». Ce n’est pas de cela qu’il est question dans l’allocution. Il est difficile d’y lire une quelconque formulation qui serait historique – dans le sens qu’elle apporterait une définition manquante et marquant ainsi une avancée – qui viendrait établir  – fonder, justifier – une morale de l’usage de la force. Depuis que la guerre se pratique entre états, mis à part quelques tyrans sanguinaires, la production de justifications morales a toujours été abondante, en invoquant le réalisme, la mocheté de la nature humaine, la recherche du bien, l’œuvre civilisatrice…Cette rhétorique n’est pas faite pour les chiens (au contraire !?) et Barak Obama puise habilement et généreusement dans cette réserve d’arguments. Il sait que, recevant le prix Nobel et envoyant des soldats en Afghanistan, il ne pouvait éluder ce grand écart et l’aborde franchement, sans complexe. Ce qui est historique est l’absence de scrupules du discours guerrier dans ce contexte de prix Nobel de la paix. Il tente un « parler vrai » qui n’est jamais qu’un habillage de la langue de bois. En passant par des auto-légitimations pas piquées des vers : « « moi qui me trouve ici en conséquence directe des œuvres de Martin Luther King, je suis la preuve vivante de la force morale de la non-violence ».À propos de Gandhi et Luther King : « Ce n’est pas un mouvement non-violent qui aurait pu arrêter les armées Hitler ». Discours historique ? Les ploucs et les adjudants chargés de vérifier la solidité de mes intentions d’objecteur de conscience m’ont servi cet argument, mot à mot, des centaines de fois ! Ça doit figurer dans tous les livrets de management militaire ! (Et un journal ex-de gauche, mais qui joue encore un peu sur cette couleur ne trouve rien à dire !! parle d’un discours historique !!) – Évidemment, ce n’est pas si simple, Monsieur Obama, et en ramenant tout à ce genre de dualité, vous ne ferez pas avancer l’intelligence dans le monde. Pour qu’un mouvement non-violent puisse prendre du poids, il faut y investir sur le long terme autant d’argent que ce que l’on fait depuis toujours pour l’armée, la recherche et l’invention d’armes, d’équipements militaires. Il faut investir massivement, à grande échelle dans des programmes d’éducation et des politiques culturelles pour influer sur les schémas mentaux, changer la morale de compétition, changer les modes de management, de fabrication des repères, des images d’identification. Il faut choisir son lobby et ses industries ! Au lieu de ça, il y a toujours un homme providentiel qui vient prêcher la « guerre juste » en n’oubliant pas de taper sur les guerres de religion, les fanatiques : ceux qui mènent la guerre injuste et que les guerriers justes doivent exterminer (comme dans les jeux). Néanmoins, quand il parle de son pays, du rôle des Etats-Unis, le ton et les termes sont quasiment religieux : « les Etats-Unis d’Amérique ont contribué à garantir la sécurité mondiale pendant plus de soixante ans par le sang de leurs citoyens et par la force de leurs armes. Nous avons assumé ce fardeau, non pas parce que nous cherchons à imposer notre volonté, mais en raison de notre intérêt éclairé : parce que nous voulons un avenir meilleur pour nos enfants et petits-enfants, et que nous pensons que leurs vies seront meilleures si les autres enfants et petits-enfants du monde peuvent vivre dans la liberté et dans la prospérité. » Son pays verse une sorte de sang christique pour le rachat du monde selon l’intérêt éclairé de son pays qui pratique la guerre juste… Mais, historiquement, la question d’autres intérêts « éclairés », la merde historique foutue dans quelques régions du monde et qui ne cesse de dégénérer, pas un mot. Pas le moindre signe d’humilité (blanchi par le Nobel ?). Quant à la recherche de la prospérité pour tous les enfants et petits-enfants du monde, il ne suffira pas d’une « guerre juste ». C’est l’horreur de ce côté-là, il suffit de voir les chiffres de la pauvreté dans le monde : ce discours de Stockholm laisse entendre, quelque part, que cette pauvreté sera réglée quant la « guerre juste » en aura fini avec tous les fanatiques religieux qui sen prennent aux USA. C’est un peu pousser loin le bouchon. La pauvreté résulte surtout d’une guerre économique – menée indépendamment de toute autre « guerre juste » – où prédomine un modèle culturel-industriel américain qui impose ses standards, ses modèles, depuis le type d’industrie culturelle jusqu’aux techniques de management au service de la rentabilité. On sent le poids de cette guerre culturelle, forcément, quand on travaille au jour le jour dans la culture ! C’est contre la fatigue et le déclin qu’entraîne la confrontation à ce poids que, par exemple, une association comme Ars Industrialis réfléchit à de nouveaux modèles industriels. –  Nous tenons un “premier” beau Nobel de la Guerre. (PH)

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Les contradictions de Frédéric Mitterrand

décembre 8, 2009 · Laisser un commentaire

Le Monde relaie un billet de l’AFP concernant une déclaration du Ministre de la Culture français sur France2 : selon M. Frédéric Mitterrand, la numérisation du patrimoine (musique, livre, œuvre d’art) doit être gérée par l’Etat et non par une société privée comme Google. « Il ne faut pas que le contenu tombe dans des mains privées ! » Belle déclaration, félicitation, mais monsieur le ministre n’a-t-il pas l’impression de prendre le train de la numérisation en marche ? Pour le livre, certes, certaines bibliothèques refusent de fonctionner avec Google, ce qui n’empêche cette entreprise privée d’avoir déjà numérisé un beau patrimoine de livres. Quant à la musique, comment, aujourd’hui, l’Etat va-t-il réguler, empêcher que la numérisation soit principalement aux mains des privés ?!? Enfin, s’il a l’intention de doubler le privé en constituant le plus grand patrimoine musical numérisé aux mains de l’Etat, la Médiathèque de la Communauté française de Belgique sera son partenaire dévoué ! Cette association peut mettre à sa disposition un des plus importants patrimoines musicaux enregistrés assortis d’une base de données exemplaire. Dans la foulée, il peut combattre pour modifier la directive européenne portant sur la transposition de la notion de prêt public dans l’environnement numérique. Ce serait cohérent, ça structurerait en bien public le marché numérique actuellement instrumentalisé sauvagement. Mais que valent ces belles déclarations du ministre ? Avec quel argent va-t-il financer un plan pour que l’Etat puisse réguler le marché de la numérisation culturelle ? Quel budget, quels moyens pour que les « contenus ne tombent dans des mains privées » ? Peut-on se contenter qu’un ministre en reste aux belles paroles ? Surtout quand on sait ce qui se passe du côté des Musées où la grève continue, en réaction aux restrictions budgétaires, au plan de réduction du personnel. Quel culot, d’évoquer, pour la beauté de la position, la préférence ministérielle pour des solutions coûteuses, irréalistes, tout en étant inflexible, incapable de conduire une négociation et d’avoir une vision courageuse et à long terme pour les musées ! Sur la question de la grève dans les Musées, il faut dire que l’étroitesse syndicaliste est, une fois de plus, criante. Les extraits d’interventions des représentants des organisations dans les articles, même s’ils sont justes quelque part, révèlent une approche caricaturale, inadaptée surtout à l’ampleur de la problématique culturelle. (Mais, du temps où j’étais syndicaliste, j’ai pu mesurer combien les appareils syndicaux n’ont aucune pensée du culturel. Le syndicalisme de la culture n’existe pas.) Le syndicat réagit au cas par cas, alors que, sur cette question fondamentale, levier pour faire bouger un nouveau projet industriel, le travail en amont devrait conduire à une stratégie d’attaque, d’initiative, et non de défense. Dans Le Monde, par contre, les déclarations du directeur du Centre Pompidou , Alain Seban, sont sidérantes : il stigmatise la diminution des moyens et l’exigence de l’Etat d’augmenter les recettes propres, ce qui conduit à « une course éperdue à la recherche d’argent privé ». (Et voilà, Monsieur le Ministre, des contenus aux mains des privés !) Alain Seban évoque un temps où les expositions événementielles rendaient possibles des expositions plus audacieuses, expérimentales, c’est de moins en moins envisageable : tout projet, tout dossier doit répondre à la question « quel potentiel d’entrées ? ». Voilà, les mentalités gestionnaires qui, de l’intérieur, font glisser les contenus dans les mains privées… La réplique syndicale est fragile, dérisoire. Et pourtant ! La difficulté de défendre le secteur culturel est qu’il est morcelé, que le syndicat n’a pas pu faire émerger une unité, une cohérence de secteur ni, surtout, une vision européenne. La culture est la matière, le secteur de travail par excellence à traiter selon une dimension européenne. Il y a dans ce secteur, des opérateurs fragiles qui n’ont aucun poids, d’autres qui représentent quand même pas mal de fric. Une médiathèque qui fait grève, surtout actuellement, n’aura pas beaucoup d’impact ! Par contre, tous les opérateurs, les faibles comme les puissants, bénéficient du travail des uns et des autres : les « effets » d’une médiathèque, pour le dire vite, contribuent à rendre curieux des publics pour des spectacles, des films, des concerts … La rivalité qui consiste à manœuvrer pour attirer à soi la plus grande part possible des subventions est aussi ce qui mine le secteur culturel. Alors, imaginons que par solidarité, parce que ce dont souffrent les musées français se généralise ou va se généraliser, tous les grands musées européens ferment. Mais aussi les bibliothèques, les médiathèques, les théâtres, les opéras… Pas seulement avec des revendications de maintien de statut et de cadres, mais aussi un projet, des revendications pour avoir les moyens de faire plus et mieux, à grande échelle ? Un projet pour que, réellement, vraiment, les Etats ne puissent laisser les « contenus tomber dans des mains privées »… !!?? (PH)

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La terre confisquée

octobre 29, 2009 · Laisser un commentaire

LibéLaurent Joffrin fustige la gauche qui refuse le débat ouvert par le Président français sur l’identité française. Il se demande « Y a-t-il une opposition en France ? » Je ne vais certainement pas prendre la défense du PS français (ni d’aucun parti du reste), mais cette sortie du « chef » de Libération est surprenante. D’abord, il n’est pas si scandaleux de ne pas tomber dans le piège stratégiquement diabolique de cette interrogation « qu’est-ce qu’être français ? ». Comme l’explique d’ailleurs le philosophe Mathieu Potte-Bonneville en pages Rebonds, cette opération de dialogue ne tend qu’à capter et détourner les valeurs de tolérance d’hospitalité, d’ouverture et de respect de la diversité culturelle en vue de légitimer une politique qui leur tourne le dos. Mais ce n’est même pas la question. La manière de poser le débat est exécrable : qu’il faille, non pas ouvrir, mais garder les questions et problématiques de l’identité toujours ouvertes, toujours en débat dans une société en mouvement dont les frontières entre soi et l’autre se redéfinissent sans cesse, pas de doute. Mais certainement pas redéfinir une « identité française », pas plus que belge, allemande, italienne… Ça, ce sont vraiment de vieux discours. Aussi rassis et douteux que les assertions présidentielles : « Le mot « terre » a une signification française, et j’ai été élu pour défendre l’identité nationale. » Quel scandale que cette colonialisation brutale du sens des mots : « le « mot » terre a une signification française ». Quelle indignité. Et il faudrait aller débattre avec « ça » ? Mais la France a vraiment un problème avec son patriotisme qui resurgit comme valeur refuge au niveau d’une série de problèmes actuels. Olivier Bomsel dans son ouvrage « Gratuit ! Du déploiement de l’économie numérique. », au chapitre où il examine comment la France aborde l’évolution de la notion de propriété intellectuelle dans le contexte de numérisation, souligne une difficulté très liée à une identité nationale : « … au lieu de raffiner la culture économique au fur et à mesure des décisions publiques, elle renforce l’autoritarisme politique et épaissit son opacité. Alors même que les autres démocraties progressent dans la compréhension des phénomènes économiques, la France s’enfonce dans son obscurantisme. Le vieux réflexe colbertiste exclut toujours davantage l’économie du débat démocratique. On lui substitue des adresses sur le patriotisme économique dans lesquelles la fibre prétendument nationale change l’ignorance économique en guérison miraculeuse. » Ce discours – c’est beaucoup dire, disons péroraison-  sarkoziste sur la terre – qui aurait déplu souverainement à Heidegger !- est bien de ce niveau de « l’adresse patriotique » à étendre comme une pommade de langue de bois en vue d’obtenir une quelconque guérison. Ce sont des pratiques, des tentations qui s’exercent ailleurs qu’en France et qui masquent précisément l’incapacité à travailler sur d’autres types de solution : nouvelle politique culturelle et industrielle pour nouveau projet de société, redéfinition profonde au niveau mondiale du « vivre ensemble » et implication sur les questions d’identité… Mais où Laurent Joffrin est tout de même gonflé c’est qu’il exploite assez cyniquement le créneau porteur « déboires du PS » ! Les détresses attirent ! Cyniquement parce que l’on pourrait lui retourner le trait : « y a-t-il une presse d’opposition en France ? » Presse d’opposition ne se résumant pas à taper sur le président de la république au prétexte que ça fait vendre. Mais s’opposer implique de traiter les questions politiques, sociologiques, économiques, culturelles, sportives selon un projet éditorial qui s’oppose, soit qui propose « autre chose », allant dans le sens de nourrir ce besoin de croire en la redéfinition possible d’un autre projet, d’une autre société où se questionner sur l’identité ne signifie pas « définir l’identité française ». C’est par l’existence d’une opinion publique préparée à aborder les questions de société autrement que par des débats manichéens, franchement vicieux, qu’un parti quel qu’il soit, pourrait avoir l’idée, l’énergie, l’envie, le désir  de s’opposer, proposer une autre manière de poser les questions. Si la manière de lancer le débat sur l’identité française semble incontournable à Laurent Joffrin, c’est peut-être parce qu’il est immergé dans un système où, effectivement, il n’y a plus moyen de contourner les formes dominantes d’interroger les faits de société, forgées par la gestion de l’information et sa manière de formater les opinions publiques ? La perte d’opposition constructive dans de nombreux pays n’est pas à imputer prioritairement aux médias, mais il est impossible de les en exonérer, ils y contribuent. (PH)

sarko

 

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Le PQ a toujours la cote

septembre 30, 2009 · Laisser un commentaire

PQ Les rouleaux de PQ fleurissent sur les murs et vitrines de magasins vides. Je pense avoir vu les mêmes à Paris. Artiste qui voyage, idée plagiée !? Quel est le message ? Que c’est tout ce qui reste à la rue, du papier pour s’essuyer ? Est-ce une réponse graphique à un contexte où les discours « décideurs » peuvent se suivre et se contredire au mépris de toute parole, de toute logique, sans que cela porte à quelque conséquence que ce soit ? Ça glisse. Sans même viser le coup hélas trop classique : politique ambitieuse avant élection, pendant la formation du gouvernement, économie et restriction dès qu’il s’agit de passer aux actes. Trop simple. Mais cet état du discours politique et public qui finit par ne plus rien dire, vous en trouverez quelques beaux exemples dans la préface du livre d’Alain Renaut : « Un humanisme de la diversité. Essai sur la décolonisation des identités. » (Flammarion, 2009) Evidemment, il va chercher des échantillons de déclaration que l’on n’est pas censé retenir, mémoriser, encore moins analyser à tête reposée plusieurs mois après leur formulation. C’est le genre de phrases en principe qui ne font que passer, se noient dans le bruit médiatique, bruit qui déresponsabilise, donne l’habitude de parler pour ne rien dire, sans penser que « ça pourrait rester ». Il faut juste alimenter la machine. Diversité, football. Évoquant les slogans « blacks blancs beurs » qui célébraient la France championne du monde et une société sans discrimination, Alain Renaut revient sur le terrain du foot pour évoquer des faits différents : « A trois reprises, lors de trois matches de football entre la France et l’Algérie (6 octobre 2001), le Maroc (16 novembre 2007), pus la Tunisie (14 octobre 2008), l’hymne national du pays d’accueil a été copieusement sifflé dans un stade portant le nom de ce pays. Phénomène déconcertant, mais qui n’appellerait pas une réflexion spécialement attentive s’il ne s’accompagnait de réactions, de commentaires et d’analyses témoignant que ce qui s’y joue ainsi de façon récurrente engage bien davantage que de simples débordements de supporters. » Échantillon des interventions tonitruantes pour le troisième de ces faits : « La ministre Roselyne Bachelot s’empressa de décréter que « tout match avant lequel la Marseillaise serait sifflée sera immédiatement arrêté ». Son secrétaire d’Etat aux Sports, Bernard Laporte, n’hésita pas à souhaiter que les matchs avec les pays du Maghreb ne soient plus joués au Stade de France, mais « chez eux ou en province ». Quant à la secrétaire d’Etat chargée de la Politique de la ville, Fadela Amara, après avoir lancé un vigoureux «  Pas de pitié pour ces gens-là ! » (…) ajouta qu’il fallait que l’on prît désormais des « mesures fermes pour priver ces imbéciles du plaisir du sport ». Plus radicale encore, invitée le lendemain au journal de 13 heures de France 2, elle demanda, avec un grand sens de l’élégance dans le choix de sa métaphore, que l’on passât dans cette affaire un « gros coup de Destop » à l’endroit de ces imbéciles. » Et tout ça passe, coule, dans l’indifférence quasi générale, serait déjà complètement oublié si un intellectuel, s’interrogeant sur la question de la diversité dans la société française, ne les ressortait…il ne nous reste que le PQ ! Tout le projet du livre d’Alain Renaut est de démontrer que « Dans la logique de la perception française de la diversité, en tout cas de la diversité ethnique et culturelle, s’inscrit ainsi une propension marquée, quand l’autre refuse d’être le même qu’on lui impose d’être en colonisant son identité, à lui attribuer une altérité irréductible – avec le risque de radicaliser, voire d’exacerber cette altérité et d’hypothéquer ainsi la possibilité même d’un monde commun en ouvrant la voie à la confrontation des particularismes. Tout permet alors de se demander si ce prétendu républicanisme où une partie de la conscience nationale se reconnaît si souvent n’est pas simplement l’autre nom du vieux nationalisme qui érige un modèle identitaire en figure de l’universel – comme si, par une chance inouïe, notre identité, produit d’une histoire sédimentée dans les consciences, avait la fantastique singularité de coïncider avec l’universel. » Une manière dès lors de traiter les questions « d’intégration » de l’identité de l’autre dans le républicanisme français selon la même idéologie qui prévalait dans les entreprises coloniales chargées de civiliser les peuples inférieurs. Tout ça dans une société qui affirme par ailleurs son attachement aux droits de l’homme, à l’égalité… La langue désorientée. Dans le même livre, je relève un autre exemple de discours contradictoires qui, au niveau de l’opinion médiatique et publique, semble avoir le même effet que les injonctions contradictoires : méduser, priver de toute réaction. Il s’agit d’un morceau d’anthologie que l’on doit au président Nicolas Sarkozy et concerne l’adhésion de la France à La Charte européenne des langues régionales et minoritaires. En avril 2007, dans une lettre à la Coordination des Berbères de France, il déroule d’abord son éloquence pour vanter la richesse que représente la diversité des langues pouvant constituer le patrimoine linguistique d’un peuple, il affirme que « la politique de la langue unique est, en réalité, un leurre qui masque la volonté de domination de la pensée unique. » Mais au moment de la conclusion, la volte face est totale mais camouflée comme si elle ne faisait que continuer le sens de ce qui vient d’être formulé : « il n’est pas question de confronter le Français aux autres langues régionales… Je ne serai pas favorable à la Charte européenne des langues régionales… », parce que si c‘est le cas,  « une langue régionale peut être considérée comme langue de la République », parce que la « question des minorités en France n’est pas celle des minorités en Europe » ! Surprenant. Ebahissant. (Je reviendrai sur ce livre et son concept de « décolonisation des identités » qui vient prendre à revers, aussi, les positions arrogantes sur les bienfaits de la colonisation et enjoignant à cesser de culpabiliser, de demander repentance, de proposer des réparations seraient-elles symboliques…  Les thèses développées dans ce bouquin sur colonisation/décolonisation semblent incontournables pour cadrer une médiation en médiathèque sur le patrimoine des “musiques dites du monde”… L’accès aux connaissances, numérique, distraction, bibliothèque. Le manque d’espace critique systématique sur ces paroles publiques qui orientent le « vivre ensemble » appauvrit l’atmosphère, la manière dont la chose publique fait débat, informe, enseigne… Attentif à repérer le plus possible les interventions qui nourrissent la possibilité d’une controverse politique sur les idées reçues d’Internet comme accès à toutes les connaissances, je me plais à signaler ici une intervention de Thierry Klein dans les pages Rebonds de Libération : « Comment Google contribue au rétrécissement du savoir ». C’est le genre de prises de position que les acteurs potentiels d’une politique publique d’accès aux connaissances (notamment les opérateurs de la lecture publique, médiathèque et bibliothèque) devaient collecter, mettre en dossier, creuser… « Une page qui contient de la publicité sur Internet est « probablement » peu intéressante – l’éditeur du site de ces pages n’a pas pour objectif d’augmenter votre connaissance, mais de vous faire cliquer sur un lien sponsorisé. Une page sans publicité a plus de chance d’être intéressante, au sens du savoir. »  Le rappel du fonctionnement du moteur de recherche de Google est toujours bon à faire, à amplifier, et en expliquer les dérives possibles aussi. Le référencement Google fonctionne comme le principe de l’audimat au service de sponsors. « Google vous incite, en moyenne, à aller vers les pages les plus intéressantes pour les annonceurs, qui sont sa source de revenu. Le mécanisme avec lequel il y parvient est presque invisible, mais toujours amélioré car Google, disposant d’un réservoir permanent et infini de statistiques, est capable presque instantanément de déterminer si tel ou tel changement d’algorithme conduit à plus ou moins de revenu. La conséquence en est que vous passez toujours de plus en plus de temps sur des pages générant du revenu pour Google. » Cette méthode est présentée comme celle de la distraction, détournant pas mal d’intentions de recherche sur Internet, en analysant ce phénomène bien connu : je suis allé sur Internet pour chercher telle info, des heures après j’étais passé par des dizaines de sites et de pages qui n’avaient rien à voir avec mon intention première. « Cette distraction permanente est à comparer à son comportement en bibliothèque, isolé, sans rien pouvoir faire d’autre, dans une cellule avec ses quelques livres – l’avantage de la bibliothèque physique sur Google : l’absence de distraction. » C’est à méditer. Mais il est clair qu’il faut organiser autrement l’accès aux connaissances via Internet en y créant un statut particulier notamment pour les opérateurs de lecture publique (littérature, musique, cinéma). Téléchargement et achat de CD. Extrait d’une interview, dans le même journal, de Zak Laughed (jeune musicien) : « Je télécharge illégalement de la musique et j’achète ensuite le CD quand il me plaît. Disons qu’Internet est comme une borne d’écoute, mais que j’attache une grande importance à l’objet. Ne plus avoir que des fichiers, ça démystifie le truc, on confond les titres, les artistes… » C’est un témoignage, ça ne vaut pas charrette, mais c’est plein d’enseignement. D’abord, ça évoque une vieille rengaine : quand la vulgate formatée par les industries musicales accusait la Médiathèque de priver les disquaires de vente. On savait, nous, que les plus usagers les plus mordus, les plus gros emprunteurs de disques chez nous étaient aussi ceux que l’on retrouvait le plus chez les disquaires. Mais ce sont des curieux, ceux-là, qui faisaient vivre les disquaires et les industries les ont dégoûtés. Ensuite, quand ce jeune musicien décrit Internet comme une borne d’écoute, c’est pas mal. Mais là aussi, les médiathèques devraient avoir un rôle spécifique à jouer de facilitateur d’accès aux  musiques dans un esprit non-marchand (pages sans publicité). Enfin, même si c’est bref, ce qu’il dit de l’usage des musiques strictement limité à des fichiers mérite de l’attention. Surtout qu’il s’agit d’un jeune. Depuis que je joue avec un Ipod, que je copie les CD pour les y placer et les exploiter, j’ai parfois aussi cette impression : faire défiler les fichiers disponibles donne un peu l’impression d’une dépersonnalisation. Il reste beaucoup à étudier des pratiques culturelles en mutation, loin des idées reçues placardées, catégoriques quant aux bienfaits de la numérisation. (PH)

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Calatrava-Guillemins, ouf, un bémol !

septembre 22, 2009 · 4 commentaires

guillemins Quel plaisir, dans le déluge de louanges unanimes, de lire un bout de cette voix de la raison qui vient un peu relativiser l’aura de la nouvelle merveille ! L’honneur humain est sauf. Cela se trouve dans une carte blanche publiée dans Le Soir, ce mardi 22/09/09, signée François Schreuer (asbl urbAgora) et Bernard Swartenbroekx (UCL). Merci à eux. (On dirait, et c’est le vrai sujet de ce billet d’humeur, que les choses les plus intéressantes publiées par la presse, se trouve dans les marges : rebonds, cartes blanches, entretiens accordés à des intellectuels, des chercheurs, et qui peuvent exposer une vraie réflexion, mais sans conséquence…) « Que l’on aime ou pas le bijou du sieur Calatrava, la nouvelle gare n’a pas été conçue comme un levier de redéploiement urbain et moins encore comme un outil de mobilité régionale. » Et de rappeler le coût exorbitant demi-milliarddemi milliard d’euros) au regard d’autres priorités pour améliorer la mobilité et l’attractivité des transports en commun. (Juste pour info, depuis le 17 août, le train Soignies-Bruxelles de 7h14 a été supprimé 4 fois, le Bruxelles-Soignies de 17h29, deux fois pour « avaries à l’automotrice »…) Les déclarations de l’architecte sont sidérantes quand il déclare avoir privilégié l’usager d’une part et l’habitant du quartier d’autre part. Pour l’usager : la gare est une aberration, il semble que l’on ait allongé  à dessein les trajets jusqu’aux quais d’embarquement, et entre quais, juste pour faire joli dans son geste architectural. Je n’y passe pas souvent et le matériel est neuf mais j’ai déjà vu les tapis roulants en panne. Quant au quartier, qui mérite certes une rénovation, il est simplement explosé. Comment, face à ces dégâts explicites entonner la rhétorique « il faut des gestes forts de cette espèce pour relancer une vile, une région » ? Le geste fort peut être bien pensé, ça ne gâche rien. Quant à l’aplatissement systématique et idolâtre devant Francon Dragone, il me laisse chaque fois un peu plus pantois. Le respect dû à l’argent ? – Faut le mériter. En ce qui concerne une autre question qui fait couler beaucoup d’encre, la réussite scolaire, là aussi, les approches sont presque toujours les mêmes et finissent par se ressembler toutes. À tel point que, comme pour d’autres sujets importants, il devient difficile de distinguer les familles politiques. Et puis voilà, en tout cas en ce qui me concerne, un entretien avec une sociologue (Marie Duru-Bellat) qui esquisse une toute approche, une bouffée d’air frais, quelque chose qui devrait inciter à reprendre les réflexions à nouveau frais sur la place de l’école dans la société. Voici le titre : « le mérite scolaire, un maquillage moral ». (Libération, 18/09/09) Extrait : « Ce qui est terrible dans notre système, c’est que l’élève qui a raté sa scolarité reçoit un verdict négatif : il n’a pas de qualités, pas de capacités. Et il est voué aux difficultés d’insertion des jeunes sans formation. Il faudrait que les diplômes aient moins de poids pour toute la vie. Mais dans notre pays, on pense que les inégalités engendrées par l’école sont justes – à la différence des inégalités sociales. Or ce n’est pas vrai. L’école mesure un mérite très particulier. On est classé au collège selon son niveau en maths et en expression française. Mais un élève créatif, imaginatif, généreux, passe entre les mailles du filet. S’il n’est pas bon, il va se retrouver sans diplôme, ce qui veut dire chez nous sans qualités. C’est un gaspillage extraordinaire. Il faudrait réfléchir au caractère partial du mérite scolaire. Et faire qu’il soit moins décisif. Au lieu de cela, on le renforce en donnant aux plus méritants. » Elle indique de très bons indicateurs pour différencier une approche de gauche ou de droite de cette question du mérite. Ce qui devrait en inspirer pas mal. Mais elle ne nie pas, pour autant, l’importance du mérite. Simplement, « comme les critères du progrès social, le mérite devrait être l’objet d’un débat incessant. » Ça donne envie de lire son bouquin : « Le mérite contre la justice », Sciences po Les Presses.  Apocalypse. Ou cette fameuse série sur la guerre, recyclage sexy de documentaires, qui cartonne à la télé ! Il me semble n’avoir lu dans les quotidiens, à peu près que du très positif. Enfin, survint Didi-Huberman dans Libération (21/09/09) : « En mettre plein la vue et rendre « Apocalypse » irregardable ». Il revient sur les arguments : « Les réalisateurs nous disent avoir fabriqué un objet capable de « carrément séduire un jeune public », de « bluffer » les spectateurs par leurs techniques de traitement de l’image en sorte que, devant les archives remontées, colorisées, sonorisées, « les jeunes vont s’éclater » (redixit Daniel Costelle). » C’est du Dragone ? Du Calatrava ? « En mettre plein les yeux : c’est le contraire exactement de donner à voir. Mais l’appareil télévisuel, nous en faisons l’expérience chaque jour, fonctionne à la surenchère et à l’autosatisfaction : nous avons réussi à placer huit cents plans par épisode, nous avons ajouté les sons absents des images originales… Autant dire que les documents de l’histoire deviennent des confettis dans un montage qui veut ressembler à un feu d’artifice d’images. » « Coloriser, technique vieille comme le monde, n’est rien d’autre que maquiller : plaquer une certaine couleur sur un support qui en était dépourvu. C’est ajouter du visible sur du visible. C’est, donc, cacher quelque chose, comme tout produit de beauté, de la surface désormais modifiée. » Didi-Huberman produit une analyse raisonnée, argumentée de ce produit télévisuel : éléments et fonctionnement du montage, association commentaires images (parler du chien d’Hitler sur des images d’un chien bien entendu anonyme), les manières de lier, d’unifier le mouvement de caméra comme un seul témoignage surplombant toute la réalité historique… Enfin, un appareil critique – simplement analyser les composantes des images – que devrait pratiquer n’importe quel journaliste censé nous rendre compte d’une telle réalisation. Au lieu d’effectuer ce travail, il me semble que l’on préfère mettre en avant sans examen l’argument de vente : intéresser les jeunes à cet épisode historique capital. Sur ce bon sentiment, faire monter des arguments de vente. Pénible. Pourquoi ne pas utiliser la pensée et les outils de ces intellectuels – que l’on est capable, et c’est déjà ça, daller solliciter – pour construire un autre journalisme, celui de la profondeur invoquée par Libération dans sa « nouvelle » formule ? Parce qu’on s’en fout des intellectuels.  À moins de les coloriser, de les confier à Dragone… (PH) – Préférer la série The war disponible dans toute bonne médiathèquePrésentation par Catherine de Poortere -

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Culture numérisée, mic mac, confusion des genres

septembre 19, 2009 · Laisser un commentaire

Médiathèques, accès aux savoirs et créativités…

hadopi La numérisation par Google, opérateur privé commercial, des patrimoines des bibliothèques publiques n’a pas fini de faire débat. Bien sûr avec du pour et du contre, mais au moins, à propos du livre, se pose-t-on la question de l’accès aux connaissances, de qui détient les clefs technologiques et pratiques de ces accès et des implications éventuelles sur l’utilisation et la disponibilité de ces connaissances. Pour rappel, la numérisation des supports musicaux n’a jamais ému personne à cet égard. La numérisation, synonyme d’accès rapide et facile aux musiques, était perçue comme un progrès. Le seul problème qui s’est révélé ensuite concerne la rentabilisation de cette technologie pour les industries culturelles et la perception des rémunérations pour les auteurs. Point. La possibilité de transposer, pour la musique, le principe de prêt public dans un environnement Internet a été enterré sous la pression des lobbies auprès du politique européen. Et avec elle, la possibilité que l’accès aux musiques soit considéré comme un bien public collectif, utile et relevant des dispositifs indispensables à l’édification d’une société des connaissances. Sans doute cela vient-il d’une ancestrale tradition qui traite d’une part la musique savante pour elle-même et les plaisirs esthétiques qu’elle procure, fussent-ils élevés, et d’autre part la musique non savante comme un partenaire obligé pour faire la bringue et bouger son corps. Alors, quelles connaissances me direz-vous dans ces formes d’amusette !? Ce sont bien des approches des discours musicaux qui n’ont pas suivi les développements, les recherches, les échanges entre contextes sociaux et formes musicales, les prises en compte des avancées politiques et philosophiques dans les esthétiques sonores ni surtout l’importance de ne pas limiter l’accès aux connaissances aux sens les plus « relationnels », liés au langage formel, parlé et écrit. On apprend par toutes sortes d’autres sensibilités qui donnent du sens, complètent ce qui s’exprime dans le langage articulé. La méprise est loin d’être terminée ! Un groupe de travail constitué par Frédéric Mitterrand autour du PDG de naïve va se pencher pour « présenter des mesures « brèves et concrètes »  susceptibles de permettre aux industries culturelles de développer enfin des activités économiques viables en ligne. » Il est surprenant, tout de même, de constater que l’Etat se charge de trouver des solutions économiques pour les industries culturelles, se reposant sur elles pour rendre effectif une égalité des chances aux contenus culturels sur Internet ! Si le groupe de travail est animé par un représentant des labels indépendants, on sait que la notion « label indépendant » est élastique et concerne, dans l’acception du terme le plus répandu, des labels qui cherchent à découvrir les futurs succès (quitte à migrer alors chez les majors qui laissent la fonction « découvreuse » aux « indépendants ») et n’ont pas forcément une vision de la musique différente des majors (il y a juste une différence de taille économique). Label indépendant ne rime pas systématiquement avec défense des esthétiques indépendantes, créatrices, novatrices, etc. Mais, bref, pourquoi l’Etat se préoccupe-t-il de l’avenir des industries culturelles plutôt que d’investir dans des missions, sur ce terrain, confiées à son réseau de lecture publique, de prêt public ? C’est pourtant bien par ce réseau, recentré sur un nouvel esprit, sur la production de valeurs ajoutées valorisant l’apport de connaissances que distribuent les pratiques d’écoute, de lecture et de cinéma à domicile qu’il est possible de valoriser les créateurs. Les problèmes est l’approche simpliste des décideurs de la question musicale : ainsi, à propos de la loi Hadopi, les interventions de Patrick Bloche ne sont-elles pas dénuées de fondement, mais on sent, entre les lignes, qu’il n’a qu’une idée très vague de ce que sont les musiques actuelles aujourd’hui. Or, le politique devrait se faire donner un panorama complet de cette question : quelles sont les musiques aujourd’hui, quelles sont les genres de créativités, comment et pourquoi lier musiques et connaissances… Cela, ce ne sont pas les industries culturelles, ni majors ni les labels indépendants généralement courtisés, qui vont le leur expliqué. Une association non-marchande comme La Médiathèque, et son expertise des répertoires enregistrés de plus de 50 ans, oui, elle pourrait le faire ! À défaut, même si l’intention est bonne, quand le député P. Bloche déclare : « Faciliter l’accès aux contenus et au savoir doit être l’un des piliers de toute politique culturelle », ça sonne un peu vide. Comme un appel facile à la gratuité qui ne résout rien, absolument rien quant à l’accès aux contenus et au savoir ! Quel mic mac, quel gâchis ! je lisais, parallèlement à ces questions, un article dans Le Monde Education, « La créativité, clé de tous les savoirs ». Dossier très intéressant mais qui, dans son premier article en vient à opposer créativité artistique e créativité scientifique. Ce qui, au regard de pas mal de recherches en la matière, est une belle connerie ! « Être créatif, c’est un peu être artiste. Point final, bien souvent, tant on oublie volontiers que les plus grands créatifs, ceux qui ont su faire les alliances les plus novatrices sont bien souvent les plus scientifiques ! » C’est tout de même un jeu lamentable que, sur ce sujet, ramener l’esprit un peu débile de la compétition « qui a la plus longue » ou « qui pisse le plus loin » ! Est-ce utile, quel est le gain pour la question ouverte sur la créativité ? L’essentiel est d’examiner quels sont les meilleurs dispositifs pour qu’une société fasse preuve de créativité et d’inventivité, individuelle et collective, face à ses défis. Or, beaucoup de recherches attestent que la sensibilité artistique, une culture littéraire ou portée sur d’autres disciplines artistiques,  stimule la recherche scientifique, favorise la créativité scientifique. Dans ce contexte, la disparition (ou réduction drastique)  des cours destinés à éveiller les sens artistiques est dramatique. Un rôle d’excitation des sensibilités artistiques devrait être confié de manière beaucoup plus structurée, déterminée et dotée en moyens, aux bibliothèques et médiathèques. Comme lieu de lectures et d’auditions innovantes, actives, croisées, tournées vers des pratiques non conventionnelles et surtout croisées, permettant de passer des répertoires classiques, historiques, savants, non savants, populaires, expérimentaux, pointus… Il est avéré que la transversalité est favorable à la créativité. Or, un public plus largement ouvert et créatif dans ses pratiques de lecture (livre, musique et cinéma) constitue un terreau plus porteur pour soutenir et porter vers l’audace les créateurs, les chercheurs artistiques et autres. Se sentir porter par un public audacieux et tolérant ne peut qu’inspirer à essayer, prendre des risques. Ce terreau-là, les médiathèques peuvent contribuer à le développer. Reste que dans le contexte de crise où l’on nous promet des restrictions budgétaires à tous les étages, la prise en main d’une politique culturelle publique risque de passer à la trappe. D’où la remise de plus en plus franche entre les mains des industries culturelles de l’avenir de l’accès aux musiques (et autres contenus culturels numérisés). (PH)

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Brésilienne 6 (privé de)

août 28, 2009 · 3 commentaires

bistrot

Plusieurs mois sans brésilienne, elle n’est plus à l’étalage, sans doute pas de saison, difficile à tenir avec les chaleurs, sa crème délicate tournant trop facilement ? Déjà que les dernières servies étaient plutôt douteuses, pas nettes.  Ce n’est pas ce déficit calorique qui doit empêcher d’aiguiser, en même temps que tourne la cuiller dans le café et que fond sur la langue quelque substitut à la brésilienne, quelques vacheries noires dans sa tête (mais pas que des vacheries). Revoici Nathalie Heinich. Elle ne peut pas, je pense, s’absenter longtemps des présentoirs « nouveautés » des librairies. Son créneau est tellement mince qu’on l’oublierait rapidement. Il y a longtemps que je ne lis plus ses livres, je me contente des articles sur elle,   et à travers ceux-ci, je ne devine rien de nouveau dans son travail. Une exploitation habile de son fond de commerce (l’art moderne coupé du public, de la société). Si je comprends bien la recension établie par Danièle Gillemon, Nathalie Heinich s’est intéressée aux comités, aux cercles d’experts, aux réseaux de critiques de journalistes qui évaluent les productions artistiques, définissent des cotes, des tendances…C’est un travail ardu qui s’effectue dans ces cercles qui affrontent l’incertitude des valeurs artistiques (pour la description de ces processus évaluatifs, on préfèrera la description analytique de Pierre-Michel Menger). En même temps, ils sont poreux aussi aux déviances, aux excès, aux copinages, aux snobismes, comme n’importe quel champ. On le sait. Il semble (et ce n’est pas évident) que le livre désigne ce huis clos qui tend à définir ce qu’est l’art (mais ce n’est pas si simple, justement, de le dire ainsi), de manière négative, un processus de « médiation qui, souvent, se mettent en place autour d’un objet artistique relativement vide ».  Ça se produit, ça existe, j’ajouterais même : forcément, mais, souvent ? Qu’entend-on par souvent ? Quelle proportion ? Et quel genre d’œuvres l’auteur du livre et celle de l’article (elles semblent partager cette opinion) considèrent-elles comme « relativement vide » ? Sans exemple précis, difficile… (Non !? Vais-je vraiment devoir lire pour vérifier si, dans le texte, tout ça est plus explicite, plus sérieux !?) Je ne veux pas défendre les cénacles de l’art, mais une certaine manière redondante et confortable de les attaquer pour en arriver à répéter les mêmes accusations (rentabiliser la posture d’accusation) à l’égard de l’art contemporain creux, coupé des gens, ça commence à m’énerver sérieusement. Quand je lis : « Tout se passe comme si la toujours plus faible plus-value proprement artistique des œuvres par rapport aux objets du monde ordinaire devait se compenser par une toujours plus prestigieuse ostentation » (c’est l’architecture des musées d’art moderne qui est visée), je suis frappé : il n’y a aucune nuance, tout est à jeter en vrac, ce n’est pas, ici ou là, une partie de la production qui est médiocre, mais bien toute la production qui est concernée quand ont dit de manière générale : « la toujours plus faible plus-value proprement artistique »… Impressionnant. Je suis sans doute un crétin ignare de continuer à apprendre tellement de choses dans les galeries, les musées, tellement de choses que les objets ordinaires ne m’apportent pas (et j’aime les objets ordinaires). Le mal c’est « la distance de plus en plus grande entre le regardeur et l’objet ». En Médiathèque, nous sommes bien placés pour constater que bien des musiques actuelles sont coupées du grand public, n’intéressent que de petits groupes. Toutes ces musiques ne sont pas bonnes. Beaucoup sont excellentes, intéressantes, ont beaucoup à apporter comme regard sur le réel, la société. Il est trop facile d’attribuer la distance qui s’installe entre ces créateurs et une partie importante des publics aux choix esthétiques effectués par les artistes. Trop facile et indigne. (J’ai encore les oreilles pleines de Sun Ra en Egypte, écouté sur Ipod, dans le métro, quel décalage avec l’environnement, et tout en avalant un substitut de brésilienne, écoutant les conversations, observant le passage dans la galerie, entre deux coupures de presse, je prends des notes pour un p’tit article pour La Sélec. On traite en permanence cet écart entre créateurs et publics et j’aimerais que les sociologues genre Nathalie Heinich nous apportent de meilleurs outils fondés sur des travaux plus sérieux et innovants, pas le truc standard!Revoici Marie NDiaye. C’est la rentrée littéraire,  « 659 romans font un pied de nez à la crise, dit Le Monde. La fournée est bonne, même les auteurs français oseraient des thèmes plus consistants, allez, il faut acheter des livres, faire marcher le commerce. Et le nouveau Marie NDiaye est génial, paraît-il, une vraie écrivain, pas une faiseuse, une bénédiction, une extase. Je suis un piètre lecteur, souvent trop pressé, j’ai lu une dizaine de ses romans, je ne sais toujours pas si j’aime, j’hésite même à dire si c’est « bien » ou « mal ». Pas désagréable, j’ai du mal à cerner ce que j’en ai gardé. Quelques atmosphères, des relents quand même. Des dérangements. Bon, je ferai une nouvelle tentative avec le petit dernier. Dégâts cognitifs. Un petit encart pour rendre compte expéditivement d’une étude (Stanford, Californie) sur l’usage abusif des nouveaux médias. Cette surenchère d’appareils qui placent l’usager entre « plusieurs canaux d’informations », télévision et Internet, le zapping entre plusieurs programmes et plusieurs sites, communautaires ou non, plus ou moins participatifs, bref, qu’advient-il du cerveau dans ces attitudes « multitâches ». Et bien il trinque, nous dit le journal Le Soir. Les résultats cognitifs ne sont franchement pas bons. La journaliste est rassurante : « Le cerveau étant très plastique, il est probable qu’il s’adapte à terme à ces sollicitations multiples ». Qu’entend-on par « s’adapter » en l’occurrence ? Ce n’est pas la première étude allant dans ce sens. Le suivi est minime (encart réduit). Par contre, la place à tout ce qui sollicite et valorise le comportement multi-tâches est conséquente, géante. Ne soyons pas pessimiste et rétrograde, disons quand même que la plasticité cérébrale est  double tranchant : c’est une fragilité et un remède. Ça rend le cerveau influençable, modélisable de l’extérieur, ça lui permet aussi de trouver des solutions. Jusqu’à un certain point. Il faudrait agir avec lui et ce qui l’atteint  comme on essaie de le faire avec l’environnement au sens large : le protéger, un minimum. Traits solaires et jardin volant. Un tout petit bouquin qui reprend une intervention radiophonique et une conférence de Michel Foucault, « Le corps utopique. Les hétérotopies. » L’intelligence limpide et créative, qui coule, illumine, étanche la soif. À chaque fois, le rappel d’une voix fondamentale,, consistante. (J’ai relu du Foucault en vacances,  dans une maison d’été, une maison d’artiste d’été, un logis utopie toute ouverte aux chaleurs et lumières du Sud, baraque entre la tente de bédouin, la caravelle échouée et la cabane improbable. Lecture à petites foulées idéalement placée dans ce lieu de résidence temporaire. « Le courage de la vérité. Le gouvernement de soi et des autres. » Remarquable travail à partir des textes grecs, Socrate et les Cyniques. À mettre entre les mains de tous les politiques pour les rappeler à leur devoir, replacer la notion de « bonne gouvernance » à sa juste place, pas simplement celle du cumul des mandats ! Un flash radieux de se rappeler cette lecture, de revoir un fragment du lieu. ) Hétérotopies : « Eh bien ! je rêve d’une science – je dis bien une science – qui aurait pour objet ces espaces différents, ces autres lieux, ces contestations mythiques et réelles de l’espace où nous vivons. » Exemple : « Mais peut-être le plus ancien exemple d’hétérotopie serait-il le jardin, création millénaire qui avait certainement en Orient une signification magique. Le traditionnel jardin persan est un rectangle qui est divisé en quatre parties, qui représentent les quatre éléments dont le monde est composé, et au milieu duquel, au point de jonction de ces quatre rectangles, se trouvait un espace sacré : une fontaine, un temple. Et, autour de ce centre, toute la végétation du monde, toute la végétation exemplaire et parfaite du monde devait se trouver réunie. Or, si l’on songe que les tapis orientaux étaient, à l’origine, des reproductions de jardins – au sens strict, des « jardins d’hiver » -, on comprend la valeur légendaire des tapis volants, des tapis qui parcouraient le monde. Le jardin est tapis où le monde entier vient accomplir sa perfection symbolique et le tapis est un jardin mobile à travers l’espace. » Tout de suite, ça fouette, ça élève, du moins ça invite à l’élévation. Dieu sait ce qu’il en coûtera d’y parvenir! (Dans la foulée, en feuilletant Le Monde, un autre souvenir de vacances: “Le vent des forêts”, dans les Ardennes françaises près de Verdun. Un festival de sculptures en plein air , land art ou non, sur un périmètre de forêts, de villages et de champ très étendu, avec des chemins de promenade fabuleux. Plus qu’un festival,  qui a une dimension temporaire, ici des pièces sont installées à demeure, restent dans les bois, aux angles des sentiers, en lisière. Une belle réalisation art et nature dans laquelle les habitants des villages s’impliquent, il y a rencontre avec les artistes. Jy étais passé il y a six ou sept ans? Heureux de voir que cette aventure continue depuis 13 ans, elle prend de plus en plus d’importance, une centaine d’oeuvres sont la propriété de ce paysage à découvrir. Heureusement  qu’il y a des bouffées de vacances, ça aide, mais c’est ce qui, de la manière la plus évidente et efficiente, relie notre vécu à quelques hétérotopies salutaires. Le vent des Forêts. )  Massacre de piano. Avant de reprendre le train, j’ai aperçu un éclair du Klara Festival en gare. Ce festival, au demeurant doté d’un bon programme, émerveille, semble-t-il, par son audace créative au service d’une volonté de rapprocher grand public et musique savante. Cela consiste à faire jouer des musiciens classiques dans le métro, dans les gares. (L’année passée j’avais assisté à une prestation de Musiques Nouvelles, sensible, raffinée – du Morton Feldman – que personne n’écoutait, soyons honnêtes.) Le directeur du festival affirme n’être pas là pour les mélomanes qui fréquentent Bozar et la Monnaie, « Mais pour tous les autres. On va jouer dans les gares par exemple. »  Il y avait quand même pas mal de monde qui s’arrêtait pour écouter Katia Skanavi, gare Centrale. Mais bon, il ne faut pas rigoler : l’acoustique est dégueulasse, le jeu est éreinté, accentué, les nuances sont rabotées malgré la meilleure volonté de la musicienne. Est-ce ainsi que l’on rapproche le grand public de la musique savante ? En l’exhibant massacrée, rein à voir avec une désacralisation, que du contraire, ce qui subsiste, en dépit de l’abattage, c’est l’image de prestige, la fascination pour la « grande musique » un moment approchée dans un lieu public, gratuitement. Les études un peu conséquentes sur les habitudes d’écoute ne décèlent aucun élargissement des cercles d’amateurs de musique classique (savante, occidentale !). Malgré tous les efforts pour la faire descendre près des gens. Il faut s’y prendre autrement, ce n’est pas si simple (comme je disais à propos de Nathalie Heinich et de l’art contemporain). Alors quoi ? Un investissement conséquent, important, sur le long terme, dans l’éducation artistique et musicale ? (PH)

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Les médiathèques dans le capitalisme cognitif

août 14, 2009 · Laisser un commentaire

Yann Moulier Boutang, « Le capitalisme cognitif. La nouvelle grande transformation. », 315 pages, Editions Amsterdam, 2007

cognitifC’est un ouvrage incontournable (que je lis bien tard!) pour secouer une réflexion de fond sur la mise à jour des politiques culturelles publiques adaptée aux déclarations grandiloquentes sur l’avènement de la société de la connaissance. Dans cet esprit, « Le Capitalisme cognitif » est bien utile pour penser un avenir utile des médiathèques-bibliothèques, en échappant au misérabilisme et les solutions de charité liées à la disparition de ce qui a fondé leur modèle de fonctionnement, le média physique. Il y a toutes raisons de leur profiler un futur de manière volontariste, en rouages indispensables du nouveau modèle sociétal basé sur l’économie de biens immatériels. Qui, mieux que les bibliothèques et les médiathèques sont à même d’œuvrer de manière innovante à transformer les informations sur les musiques et les littératures en biens publics, partagés, non-mercantiles, susceptibles d’inspirer l’intelligence collective dont parle beaucoup Yann Moulier Boutang, professeur de sciences économiques à l’Université de Compiègne et directeur de la revue Multitudes ? Son livre entend traiter les problèmes de front alors que la gestion quotidienne des transformations en cours, larvées, donnent l’impression de contourner les questions qui fâchent, de vouloir concilier les inconciliables, bref de chercher le statu quo. L’auteur donne le ton dans l’introduction : « La crise du politique, de la représentation dont on nous rebat les oreilles ne relèverait-elle pas tout simplement d’une rareté des idées politiques ? » Pour autant, épidermiquement, j’ai commencé par être allergique à ce texte : je l’ai ressenti comme un truc marketing empruntant le style manager, un peu gourou de secte exhibant des schémas comme des power points manichéens ! Cet effet négatif tient à certains aspects : l’impression qu’il donne qu’il aura fallu attendre Internet pour que des cerveaux puissent travailler ensemble alors que les conditions de la transindividuation existent depuis longtemps et ne se limitent pas à l’échange via des ordinateurs, l’utilisation trop large de certaines notions qui évacuent les nuances et la prise en compte du réel, par exemple l’abus qui est fait de la notion « d’intelligence collective ». comme si elle était une et indivise, force surnaturelle objectivable et que cette « intelligence collective » circulant par le biais des réseaux cerveaux-ordinateurs allait transformer le monde… « Internet qui devient le nouveau bien commun planétaire de l’intelligence collective » : je vois bien ce qui est visé, et c’est en partie juste, il y a du vrai qu’il faut clamer, mais le choix de la formulation fait un peu « curé » et oublie qu’Internet est aussi le « nouveau bien commun planétaire de la bêtise collective » vu que les cerveaux qui y ont recours et s’y connectent ne sont pas tous irrigués par les mêmes biens, les mêmes préoccupations… Mais il faut dépasser cette impression, le livre vaut mieux que ça.  Changement d’économie. Les connaissances et la créativité ont toujours été essentielles au développement du capitalisme traditionnel. Mais selon des processus qui subordonnaient les circuits innovants à une économie détruisant une grande quantité de biens matériels (matières premières, énergie fossile, ressources humaines physiques) pour produire d’autres biens matériels commercialisables… Ce qui correspond à un mode d’exploitation de l’homme qui a engendré le droit du travail, la prolétarisation, l’évolution du salariat… La différence serait qu’aujourd’hui la créativité nécessaire au développement du marché peut parfaitement échapper aux circuits du capitalisme traditionnel. L’importance des services et des externalités positives devient de plus en plus grande. La production de biens intangibles, immatériels va prendre progressivement le pas sur la production de biens matériels. Non pas que celle-ci va disparaître, loin s’en faut, nous sommes aussi dans une société de plus en plus matérialiste, mais le capital immatériel, les connaissances, « l’intelligence » vont devenir la matière première la plus prisée, celle sur laquelle un nouveau système capitaliste, le capitalisme cognitif, va se développer. La possibilité de ce capitalisme cognitif s’effectue du côté des communautés de chercheurs utilisant les logiciels libres, l’open source, échangeant directement leurs savoirs pour les cumuler, les faire fructifier, élaborer les ressources premières de la future société en obligeant  repenser tous les rôles en ce compris les principes de « redistribution ». L’actuel capitalisme et ses industries culturelles tente lui de s’assujettir les germes de ce nouveau capitalisme, de l’exploiter comme possibilité de mieux prendre possession du mental des populations. (« Car la ressource dont le capitalisme cherche à se rendre maître aujourd’hui est l’intelligence collective, la créativité diffusée dans l’ensemble de la population. ») Extrait, concernant le changement de capital, qui devient « vivant » étant donné qu’il se base sur le potentiel neuronal : « Aujourd’hui, dans la mesure où il (le capital) cherche à exploiter la force-invention, il est obligé de reconnaître et de reconstituer en son propre sein un processus de reproduction du caractère vivant de l’activité humaine. Mieux, il doit accumuler cette ressource au-delà d’un cycle productif ou d’une longue série de cycle productif. La productivité du capital matériel (machines, organisation de l’inerte) en dépend de plus en plus. De la théorie du capital humain  celle du capital intellectuel, il y a cette prise de conscience progressive par le troisième capitalisme de l’importance primordiale d’un travail qui est plus que de simples heures de dépense de force musculaire, puis de la nécessité absolue d’accumuler du « capital intellectuel » parallèlement à l’accumulation « tangible ». Cette situation correspond à la définition de la production dans le capitalisme cognitif revenant à produire du « travail vivant au moyen de travail vivant » ou de la « connaissance au moyen de connaissances ». c’est ce que l’on retrouve dans les travaux qui tentent de construire un concept de valeur ajoutée directe. (…) Pour notre part, nous étendrons cette notion de capital vivant à d’autres grandes organisations (administrations publiques) tout comme à un tissu industriel (districts), voire plus généralement à un territoire donné, en particulier à l’urbain comme producteur d’externalités technopolitaines. » Notons de suite quelque chose de nouveau dont il faut vite s’emparer : les administrations publiques, dont les institutions de programmes, comme producteur de biens vivants indispensables au nouveau capitalisme. Ce qui ne manquera pas de modifier les manières de penser l’équilibre entre marchand et non-marchand ! Changement de biens, de repères, gestion de l’incertitude. On ne produit pas de l’innovation, des idées nouvelles, de la créativité, de nouvelles connaissances comme carburant d’une nouvelle économie sans adapter toutes les infrastructures y compris et surtout les législatives : le contrat de travail doit s’adapter, la notion de salariat, mais aussi et surtout les notions liées à la propriété de ce qui est produit. Le grand symptôme est celui de la bataille actuelle des droits d’auteur concernant la diffusion « libre » de fichiers musicaux dans l’environnement numérique, mais la problématique ira bien au-delà de cela.  À partir du moment où l’innovation produite est liée à l’intelligence d’un individu inclu dans une communauté de savoirs, travaillant au-delà du cadre d’un contrat traditionnel de travail, sur son investissement personnel, sur son temps personnel, chez lui, quel « patron » osera affirmer que ce nouveau bien lui appartient et qu’il peut l’exploiter au profit de son entreprise ? Voici la définition donnée des droits de propriété : « Les droits de propriété sont l’ensemble des normes et conventions sociales qui permettent la transformation de ce qui vaut pour une société, un groupe, un individu, en bien économique susceptible d’une évaluation monétaire (prix) ou non monétaire (don) ou d’un échange marchand (bien privé) ou non marchand (bien public). On évite ainsi l’écueil de restreindre l’analyse des conditions juridiques aux conditions de possibilités virtuelles du choix optimisateur d’un agent individuel. » Le type de travail qui devient moteur de la nouvelle économie se rapproche du travail artiste. (Ce n’est pas pour autant qu’il correspond aux méthodes de management qui tente de capter les concepts de ce travail artiste au profit des industries traditionnelles, dans un processus d’exploitation traditionnel du potentiel des travailleurs.) Or, on sait que ce qui permet d’objectiver des valeurs « échangeables » dans le monde du travail artiste relève de la gestion complexe de beaucoup d’incertitude. Ce qui nous renvoie au livre très riche et éclairant de Pierre-Michel Menger, « Le travail créateur. S’accomplir dans l’incertain. » Cela donne l’ampleur des changements « administratifs » à penser, des « nomenclatures et classements » à adapter. Cette ampleur et cette complexité rendent un peu désuètes les propositions économiques proposées par l’auteur : le référant de l’unité productive économique de base changeant, il faut penser une autre manière de rémunérer le travail producteur. Celui-ci impliquant la participation de tous les cerveaux producteurs (quels que soient le niveau et la qualité de production, c’est le concept de « société pollen », très intéressant, mais idéalisant par métaphore la réalité de la transindividuation individuelle et collective) il faut mettre en place un revenu social garanti pour tous. Les possibilités de financement ne sont pas utopistes, la part de naïveté correspondant plutôt à n idéalisme impossible (en même temps c’est très bien de balancer ce genre de chose, ça ramène aux « fondamentaux ».) Modèle économique. Car la faiblesse de cette théorisation du capitalisme cognitif reste la faiblesse du modèle économique. Comment ça se finance ? Comment ça produit des richesses bien matérielles parce que cela reste le nerf de la guerre même dans un capitalisme vivant, de l‘intangible ! À part cette proposition de « revenu social garanti », l’auteur pousse à un engagement plus grand des pouvoirs publics. Ce qui, logiquement, philosophiquement, se tient. L’intelligence est un bien public. Le bon développement de l’Internet et du numérique est de, justement, permettre le développement d’une intelligence capitale pour le devenir de la civilisation comme bien public (via le logiciel libre, l’open source), c’est-à-dire tributaire de moyens de partage et de croissance qui peuvent se passer des « industriels ». Il faut intégrer cette notion de « production de connaissance » comme « centre partout » : « La société de la connaissance et donc, nécessairement, le troisième capitalisme qui tire sa substance de son exploitation spécifique, gravitent autour de la création de connaissances nouvelles dont les trois modalités sont la science, l’art et le langage. Quelles sont les institutions et les organisations qui assurent cette production ? La réponse habituelle est que les entreprises demeurent le centre nerveux de la production de richesse. L’hyper-industriel consiste donc à produire en entreprises, entreprises qui conservent la plus grande partie de leur fonctionnement antérieur (le reste servant à amuser la galerie et à soigner la communication), des biens-connaissances, les supports de la création artistique et langagière. En réalité, le décentrement est plus profond. La formation, l’éducation, l’apprentissage, la vie tout court en société, produisent directement la richesse en réseau. Le marché, l’entreprise, l’Etat et l’action publique ne sont que des convertisseurs, des transmetteurs. Les universités et leurs dépendances comme les laboratoires de recherche, les spin-off, les pépinières, les organisations à but non lucratif (ONG, fondations diverses, y compris celles des entreprises) constituent des chaînons de même intensité et de même importance que la grande entreprise ou la PME  traditionnelle. » (Je partage cette vision idéale, sur le fond, mais elle a, pragmatiquement, beaucoup de faiblesse stratégique : elle est, je pense, construite sur une vision limitée, celle d’un usage « intelligent », militant et constructif des NTIC et dérivés, bref la perception idéale généreuse d’une élite. Tout comme la perception rapide, raccourcie que le « capitalisme cognitif, y compris dans son appareillage technologique impressionnant des NTIC, est le produit historique d’un mouvement profond de rébellion ouvrière »… !) Politique publique, biens collectifs, immatériel et médiathèque. Il n’empêche, encore une fois, ce livre est bien utile, pour ne pas dire inespéré, pour aborder autrement le rôle d’une politique culturelle publique dans une société de la connaissance. Il s’agit bien d’y mettre en avant, de confier un rôle actif, de premier plan à toutes les communautés de travail, associés à des organisations non-marchandes, pour dynamiser l’intelligence collective comme bien public, non marchandisable (ou pas à n’importe quel prix). L’auteur vient à point nommé énoncer un cul-de-sac dans lequel se fourvoient les pouvoirs publics : « … Alors que les entreprises privées découvrent qu’avec le capitalisme cognitif, la productivité est liée aux territoires productifs et aux réseaux, aux externalités positives et aux intangibles qu’elles se sont mises en mesure de capter, l’Etat se débarrasse, comme s’il devait en avoir honte dans un monde productif et moderne, de tous les atouts d’une véritable productivité, qualifiés de vieilleries inefficaces. La dépense publique baisse dans les services publics, dans la recherche, dans l’éducation. Des fonctionnaires naïfs, novices ou pervers jouent laborieusement à la dînette entrepreneuriale sans la sanction du marché. L’Etat, à tous les étages, fait « comme si » on jouait au marché. Alors qu’au même moment, le marché découvre, lui, la différence cruciale entre le marché bestial qui se fait tailler les croupières sur la compétitivité et le quasi-marché intelligent et attentif à prospecter la société de la connaissance. » Faites passer ! Cela ne veut pas dire, évidemment, qu’il faut conserver les outils (par exemple les médiathèques) en l’état. Comment les rendre utiles, comment faire en sorte qu’elles développent des forces innovantes, de quoi ont-elles besoin pour aller dans ce sens, voici le vrai cadre, selon moi, des réflexions à mener. Rendez-vous raté. Reste que, macroéconomiquement, le plus incroyable se passe sous nos yeux : avec la crise financière récente, les pouvoirs publics avaient la possibilité de prendre la main, de poser les bases d’un nouveau capitalisme cognitif dans lequel il serait majoritaire, il s’est investi pour sauver le modèle existant qui, lui, risque de gérer son évolution en avalant à son profit le modèle de la société de la connaissance, au détriment d’une vision publique… (PH)

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Sorbet, farce et coutures

juin 8, 2009 · Laisser un commentaire

sorbet

Introduction, des champs à la cuisine. Le moutonnement gris des nuages, l’alternance improbable de ciel d’encre et de bleu azur, les flashs de soleil intense autant qu’éphémère, le vent qui tord et chiffonne les céréales de quelques rafales anarchiques ou dessine des vagues régulières dans les champs en pleine croissance, tout ça fouette admirablement l’incroyable gamme des verts. L’étendue soyeuse, presque émeraude, du jeune lin, celle tendant vers le jaune du froment ébouriffé et vaporeux (effet de la lumière diffractée dans ses épis échevelés), piqué des petites fleurs blanches de camomilles, bordés de coquelicots. Les talus submergés de graminées sauvages. Les alignements des jeunes maïs et du blé, drus, durs, réguliers sur une terre sombre. Les bosquets rayonnants de leurs sureaux en fleurs. L’air frais mouvementé qui secoue tiges, corolles et épis brasse des parfums corsés de pollens, de cerfeuil, d’ail sauvage (longeant les sous-bois) happés par le cycliste silencieux comme des substances d’oubli désaltérant… Couleurs, parfums, substances épicées que le cerveau presse, malaxe, comme pour confectionner une compresse rafraîchissante. Dont l’effet apaisant ressemblerait assez à ce que dégage la contemplation (visuelle, olfactive, thermique) d’un appareil à sorbet de pommes vertes manœuvré par la sorbetière… Fabriquer des sorbets (poésie et lyrisme givré), farcir et coudre des pigeonneaux pour y enfermer la farce (artisanat et sadique exutoire sur cadavres), vider des bouteilles de vin avec des amis (ivresse et transindividualisation empathique), toutes activités qui facilitent la rumination mais ne suffisent pas à effacer complètement les coutures douloureuses (politiques ou autres) apposées à vif sur le quotidien. Révolutionnaires & Inrockuptibles. Je commencerai par un message récent dans la newsletter des Inrockuptibles intitulé « La révolution du mobile » : « Avec le développement du wifi, de la technologie 3G et des écrans tactiles, ce qui ne paraissait encore qu’une utopie il y a cinq ans devient réalité: il est aujourd’hui possible d’être à la fois nomade et relié au monde. Consulter ses mails, lire des livres, regarder des programmes télé, écouter de la musique: tour d’horizon des possibilités présentes et futures de la mobilité. » Quelque chose d’hyper agaçant dans cette annonce, qui ne passe pas ! Pourquoi cette tournure tendant  à communiquer l’exaltation de cette « révolution » ? Est-ce pour se mettre d’emblée dans le ton dominant de la techno-domination et draguer les publics qui s’y intéressent (supposés nombreux) ? Est-ce du marketing : séduire en entonnant le chant d’une nouvelle épopée dont on se présente comme les hérauts ? S’agit-il au fond réellement d’une révolution ? Se sont-ils posés cette question ?  Pourquoi cette presse qui se prétend et occupe de fait la place de ce qui devrait être une presse plus ou moins critique abandonne toute velléité de favoriser des appareils critiques ? Nul doute que cette technologie mobile puisse être utile dans certaines occasions. Mais dans le fond : en a-t-on réellement besoin ? A-t-on besoin de se connecter partout et tout le temps sur Internet, de surfer, d’envoyer des messages ou d’en lire, de regarder la télévision n’importe où grâce au wifi !? Oh ! non ! pas la télé n’importe où !! quel ravage ! Finalement quand est-ce que les cerveaux se paieront le luxe de ne plus être connecté ? Les cerveaux de qui (j’ai envie de dire « de quelle classe ») ? Imaginons qu’une majorité de gens se connectent en permanence, dans la rue, le train, au bistrot, au Supermarché sur Facebook et Twitter (parce que globalement, la « révolution mobile » risque surtout de booster l’addiction à ces « services ») … Mais ça donne quoi finalement !? Parce que se brancher quand je veux où je veux (pratique valorisée par le qualificatif « nomade », mais de quel nomadisme s’agit-il !?), ça servira à échanger quel type d’informations, de commentaires, de propos, de réflexions… !? Oublie-t-on que le cerveau a besoin de temps, de ressassement, de recul, d’incubation pour formaliser de la matière communicante ? Des choses à dire ? Révolution !? Ces technologies, étant leur force industrielle d’émergence, sont difficiles à rejeter : on risque de passer pour conservateur, ringard… Mais de là à les magnifier… Politique et twitter. Dans le même ordre d’idée, Le Soir rendait compte de l’usage que les hommes politiques faisaient de Twitter, dans leur campagne électorale. L’article, sans être laudateur de ce nouvel outil de marketing politique, le présente tout de même comme quelque chose d’obligé et pouvant réconcilier citoyens et politiciens. Pour « analyser » cette nouvelle technologie, il est fait appel à des spécialistes : « manager et consultant en nouveaux médias » ou « concepteur des logiciels utilisés par ce genre de technologie », bref, des spécialistes objectifs, qui n’ont, bien entendu, aucun intérêt dans la propagation de ces nouveaux médias communicants ! (On fera appel à un philosophe critique de temps en temps, pour donner le change) « Comme il n’y a que 140 caractères, il n’y a pas besoin d’être une grande plume. Il suffit de faire passer son message, qui peut être lu instantanément par 150 personnes voire beaucoup plus », dit l’un et l’autre d’ajouter : «Twitter peut être un outil de transparence extraordinaire de l’action politique ». Oui, sans doute l’a-t-il rêvé, mais comment Twitter générerait cette transparence et ce « mieux » dans la gouvernance, il n’en dit pas grand-chose. Message de Didier Reynders : « fait une promenade avec le chien sous le soleil de Hesbaye ». Ah oui, la politique soudain me semble transparente. Soyons sérieux, comment des messages de 140 signes pourraient réconcilier le citoyen avec la politique, ce qui nécessiterait de prendre connaissance de l’existence de programmes politiques, de leurs tenants et aboutissants, ce qui implique de renouer avec la belle complexité politique, de manière adulte, sans tabou, au lieu de l’escamoter, ce qui ne peut que conduire à ruiner le désir de s’engager dans des agencements politiques. Comment le ballet de petites phrases, racoleuses (faire sentir que l’on est proche des gens), ou héroïques (confessions d’hommes comme vous et moi engagés dans le combat électoral), pourrait-il élever le débat et placer le projet de société au cœur des préoccupations et des projets d’action ? Allez twitter au diable ! Méditons cette phrase de Jean-Luc Nancy dans un long entretien dans Libération : « Tout passe par la politique mais rien ne peut s’y accomplir. La politique est toujours ‘pour demain’ ». Titre de l’entretien : « Le sens de l’histoire a été suspendu ». Il évoque une grande enquête réalisée en 91 par le PS (France) auprès des intellectuels et dont le résultat le conduisit à dresser ce constat : « Une rupture était consommée entre « pensée » et « politique », et j’ai commencé à me dire que, à travers cet évanouissement déjà sensible, c’est autre chose qui était en train de s’arrêter. » Soit : « L’histoire représentée comme émancipation de l’humanité. Le sens de l’histoire a été suspendu, et cette suspension n’est pas provisoire. Je ne dis pas qu’une histoire ne va pas reprendre, autrement. Mais être de gauche, c’était vivre dans le sentiment de participer à une histoire progressait, bon an mal an, vers la possibilité d’une plus grande justice sociale, d’une société plus juste, plus heureuse, plus pacifique. » face au « manager et consultant en nouveaux médias », j’ai la faiblesse d’accorder plus de crédit aux propos d’un tel penseur. Même si les nouvelles technologies peuvent être exploitées pour « relancer une histoire, autrement », ce n’est certainement pas en fonçant tête baissée dans des dispositifs tels que Twitter. Ce n’est pas là que l’on parviendra à rétablir le contact entre « pensée » et « politique ». Or ce serait la seule manière de restaurer la légitimité du politique. La culture aux abonnés absents. « Le ministère de la culture n’a pas vu le jour aux Etats-Unis parce que Barak Obama a plus urgent à faire. » (Frédéric Martel dans Le Monde) C’est tout de même surprenant quand l’on sait que la culture est ce qui peut façonner un projet de société (ce n’est pas une simple question de budgets et subsides pour les institutions, bien que ça compte aussi). Mais nous venons de vivre une campagne électorale (régionale/communautaire et européenne) où la politique culturelle est la grande absente (ça devient une habitude). Comme si les appareils politiques ne savaient plus que faire de cette question culturelle. (Preuve que « pensée » et « politique » restent distincts !?). Ils semblent incapables d’en mesurer l’importance, dans ce qui constitue les imaginaires et les cerveaux, donc les ressources humaines de demain et ils abandonnent ce terrain primordial aux industries de programmes et leurs « révolutions du mobile » et autres gadgets marketing à la Twitter (« parlez de vous en flux permanent et sous forme de slogans, devenez votre propre marketer »). Farce. (PH)

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Lapsus de crise

mars 29, 2009 · Laisser un commentaire

crise

Entendu vendredi 27 mars, au matin, à la radio, M. Strauss-Kahn rouler des mécaniques pour, finalement, se retrouver trahi par la langue. Il s’agissait, bien entendu, de taper sur les patrons à propos de l’indécence des « bonus ». Fâché qu’il était. Voici en substance le message : « On peut comprendre, quand tout va bien, que les patrons s’octroient des récompenses, mais pas quand ça va mal… ». Ce qui me fait l’effet d’un lapsus révélant à quel point M. Strauss-Kahn n’est pas habité par une pensée de gauche ! Le problème de ces bonus est fondamentalement le même, que ça aille bien ou mal, le principe est inacceptable. Il s’agit de montants qui, personnellement, me scandalisait avant qu’il soit question de crise. Ces bonus s’inscrivent bien dans une logique capitaliste où les profits vont aux actionnaires et aux patrons au lieu d’être considérés en partie comme un bien commun (issu d’une force de travail partagée) devant être réinjectés dans la société pour une politique de progrès social. Si réguler le capitalisme ne revient pas à s’attaquer à ces principes, mais juste « moraliser » en surface pour le rendre moins arrogant (parce qu’alors cela peut avoir des retombées électorales), ça va nous faire une belle jambe. Surtout que, depuis quelques semaines, jour après jour, gros titre après gros titre, on nous prépare à nous affronter le pire, à faire le gros dos. Ça va être terrible. Pourtant, au moment de libérer des sommes fabuleuses pour soutenir les banques – ces sommes qui n’existent jamais quand il s’agit d’investir dans la culture, dans l’éducation et c’est pourtant avec ces investissements que l’on régulerait le capitalisme, qu’on aurait éviter qu’il devienne ce qu’il est et que tout le monde, pourtant, semble déplorer- ces ressources en principe inexistantes et que soudain les ministres des finances extirpaient de leur chapeau, à ce moment, à la télé, en nous regardant droit dans les yeux, ils étaient catégoriques : c’est ainsi que l’on évitera la crise et « non, ce n’est pas vous aller payer ». Les dernières annonces sur l’ampleur de la crise font décidément paraître bien suette l’initiative d’un grand quotidien : « c’est la crise ? Tant mieux ! » (1er mars 09). Sur l’air de : si tout le monde y met du sien… Ce n’est pas le seul organe de presse à avoir donné dans ce ton. C’est que plusieurs sondages auprès des consommateurs avaient révélé cette opinion majoritaire : les médias parlent trop de la crise. La vraie question n’est pas d’en parler trop, mais de comment on en parle. Ce qui n’est pas simple. Entre le catastrophisme (effets d’annonces inspirés du journalisme de faits-divers) et le « retroussons nos manches pour chasser la morosité », il y a sans doute une marge. Produire une information beaucoup plus critique, en profondeur, pour permettre au maximum de citoyens de s’approprier, non pas les données du sinistre, l’ampleur vertigineuse de l’événementiel, mais les réelles occasions de se mobiliser pour faire changer les choses. Donner des armes pour diffuser une pensée critique, donner envie de mobiliser pour faire changer les choses. C’est aussi par là que commence la régulation du capitalisme, par le mode d’information des cerveaux de la population… Le président du PS est contre le plan d’austérité mais ne dit pas comment faire autrement. Ca prendre du temps, dit-il, du temps pendant lequel, quel que soit le terme utilisé (quel euphémisme inventer pour “plan d’austérité”?), on va morfler. Aucun indicateur ne semble encourageant quant aux politiques en préparation pour contrer la crise: Ulrich Beck publie un texte dans Le Monde (28/03/09) où il insiste pour que l’Europe saisisse sa chance de faire front en optant pour plus d’Europe. Mais il s’exprime en termes de politique générale et à juste titre. Mais plus d’Europe ne débouchera sur rien de mieux, de satisfaisant, ne favorisera pas l’émergence d’un nouveau modèle revenu des excès du capitalisme sans investissement massif et volontariste dans des plans éducatifs et culturels. Il est déprimant de recevoir des coups à cause de “chèques en blanc émis pour sauver des banques en faillite”. Par contre, le choix délibéré de créer un déficit en investissant à long terme dans l’éducatif et le culturel, pour extraire la société des modèles trop dépendants des intérêts d’une élite des affaires, donnerait du sens au sacrifice que cela pourrait engendrer. (PH)

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