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La Sélec anniversaire

octobre 18, 2009 · Laisser un commentaire

compilothequecompilotheque2Un an. La Sélec a un an et comme le dit l’éditorial : « Qui l’eût cru !? » De la part d’une médiathèque que l’on disait dépassée, enterrée par le numérique, à court d’idées !? C’est un magazine original par la forme et le fond qui joue autant la carte objet papier et collecte de posters que les atouts d’une information plus riche sur le Net illustrée de podcast. Alors, évidemment, ce n’est pas le genre de machin énorme qui, badaboum, inonde et bouleverse le marché de l’information sur les musiques et le cinéma ! Non, c’est un truc soigné et sans fanfaronnade, qui mise sur l’effet en profondeur grâce à une séduction « militante » qui opère petit à petit, attirant à elle les déçus, précisément, par l’information dominante qui se vide de sens et de toute passion. (Mais ça, justement, c’est difficile à suivre pour des journalistes qui ont des impératifs d’impacts rapides. Les choses en train de se construire, les processus lents n’ont plus de place dans « l’actualité ». ) – Esquisse du Sommaire du  7 – « Tokyo ! », c’est la ville filmée par trois cinéastes comme un énorme organisme toujours en train de bouger, s’inventer, avalant des hommes et des femmes… On reste au Japon pour aborder la filmographie de Samuel Fuller par « House of Bamboo ». Un focus particulier sur des documentaires montrant, interrogeant, mettant en scène le « faire musical » : 1. un film de Guy-Marc Hinant et Dominique Loulé consacré à David Toop (une interview fleuve sur www.lamediatheque.be).  2. Un portrait épatant de l’épopée des Monks, comment les fameux moines ont été inventés, conceptualisés et incarnés par deux génies allemands. Une aventure inédite, unique et surtout fameuse : les Monks ont inventé, ébauché ce que le rock n’allait exploiter, développer que bien plus tard… 3. Un pianiste célèbre se met en scène dans un train, filmé par Monsaingeon. Dans le mouvement de l’intranquillité, vivant et répétant dans ce lieu mobile, en mouvement, toujours entre deux concerts, l’interprète parle de son travail, désacralisant là, révélant l’aura ici… Les pas d’une belle actrice, Ronit Elkabetz, conduisent dans un premier panorama du cinéma israélien… Sun Ra n’en finit pas de briller ! Son éclat s’intensifie sans cesse depuis sa mort. À l’occasion de deux CD édités chez Art Yard, nous redécouvrons le voyage du jazzman en Egypte. Symbolique mais aussi comment tout le « cirque » de Sun Ra relevait d’une entreprise sérieuse, très réfléchie, pour restituer aux Noirs leur imaginaire, leur espace mental et de rêve, leurs racines passées et futures. Dans la foulée, il ne faut pas se priver du Cd « Egyptian Jazz » de Salah Ragab… La Sélec distingue aussi des valeurs sûres, bien reconnues par des publics de connaisseurs mais dont la qualité mérite un élargissement d’audience : par exemple Wilco ou le grand chanteur de soul Lee Fields qui donne un coup de vieux à James Brown…  La une, quant à elle, est dédiée à deux productions belges : le chanteur Carl qui sort son premier CD chez Humpty Dumpty et le duo Les Terrils dont le deuxième CD est édité chez Matamore… - Le poster du 7 – Pour son anniversaire, La Sélec a un parrain : Pierre-Olivier Rollin, directeur du BPS22. C’est lui qui a choisi l’artiste qui a réalisé le poster : Yves Lecomte. Lequel a travaillé sur le texte éparpillé, morcelé, toutes ces bribes d’informations à lire sur les livrets des CD et DVD et qui servent à identifier les artistes, les auteurs, les interprètes, les arrangeurs, les enregistreurs, les éditeurs, les copyrights, toutes ces indications textuelles qui dressent finalement la définition factuelle, manufacturière de ce que contiennent ces CD et DVD. Une sorte de descriptif des œuvres en nommant ceux qui les font exister (depuis l’invention jusqu’à la production et potentiel de reproduction.) Yves Lecomte a extrait toutes ces informations de tous les médias présents dans La Sélec et les a assemblés en un seul corps de texte dense, blanc sur noir, texte fantomatique, auratique, de La Sélec. Le poster vu de loin ressemble à une sorte de buée, de mirage. Ou ce que la télévision a fait de mieux : un écran de neige virtuelle, grésillant, statique et dynamique, dont on a toujours l’impression que quelque chose va surgir, une image, une musique, enfin un message subliminal, d’outre-écran. Ce papier couvert d’informations presque administratives, il faut le poser devant soi et s’y perdre. Plonger dans les inscriptions de telle ou telle zone, faire en sorte que l’œil change rapidement de zones pour qu’il sente que, soudain, il change aussi d’atmosphères, de climats. Tiens, tous ces signes alignés et apparemment indifférents, froids, dégagent des atmosphères. On découvre ainsi que tous ces CD et DVD ont des liens avec des « choses » que l’on n’imaginait pas, d’autres documents, d’autres noms que ceux les plus mis en avant, certaines sources qui ont permis de réaliser tel ou tel film présent dans La Sélec sont surprenantes, des intervenants apparaissent que l’on n’aurait jamais imaginé inviter dans La Sélec… Ainsi, ce poster qui peut sembler répondre à un procédé mécanique, met en contact avec de l’humain, des ramifications de signes et une profondeur qui expriment, par le travail graphique, qu’à partir de La Sélec le terrain de découverte est quasiment infini et que dans tous ces circuits informationnels, chacun peut personnaliser son parcours. – La Soirée du 7 – Pour fêter la sortie du N°7, une soirée était organisée le 17 octobre à Bruxelles à la Compilothèque (Quai de la Péniche, 50), en collaboration avec Matamore. C’était aussi la sortie du deuxième CD des Terrils qui ont livré une belle prestation, bien sonorisée (la voix était mieux rendue que les dernières fois), avec toujours cette guitare accordée de manière si particulière. Ils prennent de l’assurance, ce qui leur donne plus de champs pour soigner leur musique, leur complicité. (Bon, j’ai déjà écrit sur les concerts des Terrils, sur leur CD, je ne vais pas en rajouter). Ils étaient suivis par  Daniel Higgs que je qualifierais, même si le mot est désuet, de barde lumineux, habité. Même si mon anglais est plus que sommaire, je suis fasciné par ce genre de chant fluant, porté par une inspiration qui s’alimenter de tout, les gens devant la scène, les portes, le bar, les fenêtres, le quai, le canal, les rues, les voitures, les gens qui s’y véhiculent, les maisons, le ciel, les avions, les étoiles, les nuages, tout ce qui se passe dans le monde… Et ce souffle, l’impression que le chant démarre au premier signal et qu’il peut durer des heures, ne jamais finir, parce qu’il y a toujours quelque chose à chanter. Barbu, dégaine poétique qui accroche, il chante assis, un petit harmonium portatif sur les genoux. Presque rien, quelques notes fluctuantes, ressac humide, juste un halo dansant. Mélopées, rapsodies, le rythme qui l’aide à faire jaillir le chant le conduit à s’approcher de quelque chose de plus incantatoire, comme aspiré par l’appel d’une prière, les formats du prêche, le besoin de « convertir » à une certaine manière de sentir le monde ? Mais cela libère aussi quelque chose d’ancestral, de questionnant, et qui élargit considérablement les perceptions, le possible de ce qu’entend l’oreille? Il délaisse quelques fois l’harmonium pour le banjo (dont il est un virtuose même s’il opte, comme ici pour des « démonstrations » très sobres, minimales). Il y avait une belle assemblée attentive, l’ambiance à la Compilothèque était très agréable, les soirées de La Sélec, grâce aux partenaires choisis, font leur petit bonhomme de chemin. (PH) – La Sélec complète sur le site de la MédiathèqueLe podcast à écouterLe site de Matamore pour acheter le CD des TerrilsDiscographie des Terrils à la MédiathèqueDiscographie de Daniel Higgs à la Médiathèque -

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Le phénomène musicien

septembre 26, 2009 · Un commentaire

monteiro Le rendez-vous, la médiation en médiathèque. En rendez-vous du P44 (médiathèque de Bruxelles centre), Alfredo Costa Monteiro parle de son travail, en dialogue avec Yves Poliart, avant d’exécuter une courte démonstration (improvisation).  L’occasion d’indiquer à quel point « ces musiques là » (une manière de viser de plus en plus largement les formes musicales, même pas forcément expérimentales, mais où s’expérimente encore et toujours, comme au premier jour, la relation au son, à la construction musicale) manquent et souffrent d’espace de médiatisation et de médiation. Les aspects « bizarres », « surprenants », « incongrus » de ces manières de musiquer – et qui, depuis le temps qu’elles existent et où des pratiques similaires dans les arts plastiques ont été reconnues, ne devraient même plus réellement décontenancer – ainsi expliqués, rendus proches, finalement sont susceptibles d’intéresser beaucoup de monde parce qu’ils réactivent la surprise de la musique, le mystère du son qui raconte, la dimension spirituelle de la vibration sonore: typiquement une mission médiathèque ! Le phénomène. Alfredo Costa Monteiro s’est longtemps cherché à travers un apprentissage académique de la musique, accordéon, guitare, clavier, incluant deux années de Conservatoire. Il y découvre la musique électro-acoustique : une grande salle d’écoute, vingt haut-parleurs, des chaises longues. Là, dans l’obscurité, il se rend compte que la musique peut jaillir sans instruments, par voies indirectes, venir de partout et de nulle part, il en ressent aussi la force narrative et la plasticité. Comme un appel ? Il réoriente son apprentissage vers les beaux-arts. Nouveau terrain d’exploration. Comment communiquer aux matières physiques et malléables les formes de ses musiques intérieures, comment nouer les deux chimies, rendre manifestes leurs connivences, convergences ? Il privilégie déjà les matières dites peu nobles, celles du quotidien, les objets banals que l’on ne remarque même plus, les laissés pour compte du monde. Ces choses qui disparaissent sous leur familiarité : cette familiarité signifiant qu’elles ont absorbé beaucoup de nous-mêmes, de notre vie, pour s’en camoufler, s’y fondre. Il cherche à rendre visible ce qui se cache dans cette familiarité, leurs harmoniques (comme on parle d’harmoniques en musique) et surtout de les laisser s’exprimer. « Leur permettre de penser ce qu’elles n’ont jamais pensé par elles-mêmes ». Il jouera avec la transformation des matières, par exemple du bitume enflammé, sculpture de chaleur, de flammes, fumées, avant d’elle-même stopper sa forme. L’idée d’une combustion que l’on retrouve souvent, plus tard, dans ses créations sonores : décanter l’essence sonore d’une chose, d’une matière, en la chauffant jusqu’à la réduire à son idée, en la cherchant dans ses ultimes retranchements, puis la laisser flamber et enregistrer ses flamboyances. Ce qui, dans la manière de faire, instaure un rapprochement avec l’art plastique : chaque fois qu’il va reproduire par exemple sa pièce « allotropie », ce ne sera jamais exactement la même que la fois précédente, il ira chercher forcément une autre version de l’idée, de l’essence, on se rapproche du principe de « pièce unique » sur lequel fonctionne l’économie des arts plastiques. Et qui s’illustre par l’emballage du CD « allotropie », justement, traits de coupe dans le papier étant différents pour chaque exemplaire. Sa formation hybride (conservatoire, beaux-arts) le conduit à poser des questions hybrides (mais sans doute avait-il au préalable une tournure d’esprit qui l’a poussé vers la formation correspondant au désir de vérifier ses pressentiments) : comment montrer le son dans un musée ? Phénoménologie et distances. Il dit souvent penser et faire la musique selon une approche phénoménologique. Petit Robert : 1. Vx Description des phénomènes. 2. Philos. – « La phénoménologie de l’esprit » de Hegel (1807). – Mod. Chez Husserl, Méthode philosophique qui se propose, par la description des choses elles-mêmes, en-dehors de toute construction conceptuelle, de découvrir les structures transcendantes de la conscience (idéalisme transcendantal) et les essences. » En se rattachant tant soi peu à de tels processus de pensée, Monteiro présente surtout la rigueur et la discipline de sa méthode qui est faite de volontés, de projets, de limites. Il prend la définition, mais il l’adapte, la mélange à d’autres logiques. Ce qui le préoccupe est bien la distance entre le son émis et sa réception. L’impact, la nature de la réception, ce que ça fait dans le cerveau. Pourquoi tel son me fait ressentir telle chose, me fait voir du bleu ou du vert, telle forme, tel volume ? La distance correspond ici à la durée, à l’espace nécessaire pour qu’un sens se forme et se transmette. Infime ou immense selon les cas. (« En duo, nous jouons parfois à 10 mètres de distance, parfois ça donne bien, parfois ça rate complètement »). Ce qui n’épuise qu’une partie du « problème » : si j’engendre tel son par telle manipulation, c’est aussi que je cherche cet effet, j’ai envie de le ressentir, il m’aide à exprimer, à raconter ce que j’ai envie de raconter par ces moyens-là (entendu : et qui ne peuvent se raconter par ailleurs, sous une autre forme, il y a toujours une « autre dimension »). On voit la complexité du dispositif par lequel « prendre conscience des musiques de la conscience »… C’est sans doute pour cela qu’il s’emploiera très tôt à « jouer contre l’instrument », non pas pour le déconstruire comme on dit souvent avec une connotation négative, mais pour aller à sa rencontre, découvrir ses non-dits, ses difficultés, ce qu’il voudrait exprimer et ne peut pas, explorer ses limites (de l’instrument et les siennes, instrumentiste avec une conscience, un corps), pour les dépasser ou les intégrer à une sculpture du sonore, installation musiquante. Forcément, « aller contre l’instrument » ne correspondait pas à l’enseignement en Conservatoire (enseignement qui reste absolument fondamental tel quel, d’autre part). Mais, en cherchant les essences musicales qui lui « parlent » et qu’il fait parler/chanter/, Monteiro pose aussi des concepts, il se donne des cadres stricts. Par exemple : accordéoniste au départ, il utilise l’instrument selon la logique de la préparation, c’est-à-dire le faire résonner avec des objets, des outils, des « dérivés » qui transforment, contrarient, dévient, détournent, prolongent, les vibrations sonores « naturelles » de l’instrument. Un instrument réel en engendre un autre virtuel, jeu de métamorphoses. Dans cet esprit, il agençait souvent l’accordéon avec une cymbale et des petits moules à cake. « Objets vibratoires ». Un jour, il a décidé de travailler uniquement les gestes « conditionné » par l’utilisation de la cymbale et des moules  cake, de retirer l’accordéon, et d’enregistrer une œuvre avec « le reste ». Ce qui donne le CD « Centre of Mass » dont les phots de couverture évoquent les élevages de poussières » de Marcel Duchamp. Filaments, vibrisses, poils, fils végétaux, cils floraux, au bord de la masse indistincte, du sombre. Les mains, la pensée, les gestes. Aller contre les instruments, explorer l’envers des sons et des langages, rendre justice aux zones sombres des objets vibratoires, Monteiro aime les contraires (dans le plaisir aussi, il peut donner des concerts sympas et des pas sympas). C’est forcément un monde d’incertitude où il est facile de se tromper, difficile de voir juste, de démêler le vrai du faux ! Lui-même vibrant de passion et d’idées peut se percevoir comme un laboratoire vivant, mobile, nomade (Lisbonnes, Barcelone, Bruxelles..). En travaillant de façon accentuée, profonde, sur le papier, la voix, l’accordéon, il ne cherche pas l’anecdotique. Il explique que les enregistrements ne sont qu’une petite partie de ses travaux, beaucoup n’aboutissent à rien, aucune forme de plaisir, et sont jetés. Il a un projet en suspens qui vise à concilier des inconciliables : réussir une forme de soft noise. À faible volume, ce serait du new age. À volume élevé, ce serait insoutenable. Mais sur ce terrain de l’exploration, de l’essai et des fausses pistes, où le langage sensible doit apprendre à tracer son chemin qui ne soit pas un coup de chance, le fait du hasard mais un chemin qui laisse des traces, forme des signes réutilisables, un alphabet pour continuer le dialogue avec les forces, les énergies, les matières qui restaient jusqu’ici sourdes et muettes, on ne pense pas qu’avec la tête. Le cerveau a besoin d’autres informateurs sensibles. Par exemple, les mains sont primordiales, pour penser, pour former les sons, pour aller chercher les émissions, les vibrations, les recueillir, les modeler, répéter les gestes, les normer, formaliser un alphabet à l’aveugle, apprendre ce langage qui sourd, qui jaillit comme par magie. Beaucoup plus que dans une discipline où les mains et les doigts ont été dressés à exécuter des techniques rigoureuses, ici, s’agissant « d’agiter une possibilité de musique » dans des choses-objets-matières-débris-outils, les mains , le sens tactile est primordial (il a le dernier mot, le dernier son) et rappelle combien la musique est plastique. (PH) – Discographie en médiathèque – Interview -

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Catégories : Evénement · Lieux · concert
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La Sélec 6 et les nouvelles icônes

août 16, 2009 · 2 commentaires

La Selec 6,  « Rois, Reines, Icônes, sinon rien ! », août 2009

LaSelecBiereauArtiste invité, tache de naissance, soirée découverte. Il y a, comme toujours, plusieurs fils narratifs superposés, entrecroisés, enchevêtrés dans La Sélec 6 , qu’ils soient cinématographiques, musicaux ou textuels. Histoires d’amours, histoires d’une ville, histoires de crimes, histoire en images du dub, histoires d’explosion de rires sous les tropiques, d’électrochocs, de trilogie électronique, des poubelles de Cup cave… Et puis, il y a quelque chose qui fait tache, un point qui aveugle l’ouïe, une focale qui disperse le narratif, le fait rayonner au-delà du racontable. Tout ça à partir d’un instrument bien traditionnel, le banjo. Un banjo qui devient autre chose, sort de son lit et de ses préfigurés et rend possible de l’inédit, de nouveaux angles d’écoute. Une tache qui permet de toucher, entendre la naissance d’une nouvelle histoire musicale. Celle d’un individu inventant sa musique. Essentiellement Paul Metzger qui était l’artiste invité pour la soirée découverte de cette Sélec 6 (à la ferme du Biéreau, Louvain-la-Neuve où cet artiste américain est en résidence pour un mois). Paul Metzger est un chercheur-bricoleur (dans le sens « noble » donné à ce mot par Lévi-Strauss). Ses objets d’étude et d’expérimentation sont la guitare et le banjo, et d’autres instruments dérivés de conception personnelle. Un musicien « ordinaire » utilise l’instrument pour former, formaliser, finaliser et envoyer une chanson, un air de musique abouti vers un public. Paul Metzger s’en sert comme d’un moyen pour exposer un monde intérieur, un univers sonore façonné, sculpté. C’est une musique très plastique, modulant des intensités, stylisant des complexités, imbriquant des réseaux de sens, de couleurs, de phrases abstraites, de détails techniques esthétiques. Tout se passe dans le mode de prolifération, l’agencement entre les modules sémantiques, thématiques. Il a construit tout un univers, astucieux et maniaque, mûrement réfléchi, longtemps, en atelier, en transformant les instruments de musique pour les rendre aptes à exprimer les paysages sonores intérieurs. Greffant dessus des organes supplémentaires (cymbales), des jeux de cordes sympathiques, des mécanismes de boîtes musicales (et leur référent à des airs obsédants, automatiques, constituant une culture musicale industrielle basique qu’il convient de déjouer). Il a élaboré des techniques personnelles, rigoureuses, pour jouer de ces instruments transformés, pour faire corps avec eux (vice-versa). Si ces exécutions en public sont très techniques, ce n’est pas par étalage d’une virtuosité, mais parce ces techniques racontent des histoires, sont les histoires musicales dont il retrace le passé, le présent et le possible. Ça ne s’écoute pas comme des chansons, pourtant ça bruit de plusieurs courants chantants. Des précipités, des nœuds, des cascades, des surfaces dormantes, lancinantes, des lacets, des éclats criblés, des mouvements de divergence et/ou de convergence… Dans la lenteur, la méditation, avec des structures imaginatives renvoyant au raga de la musique indienne. Par cercles concentriques, labyrinthe d’ornementations, alternant propositions musicales affirmées et successions de thèmes essayés, esquissés, déroulés dans leur indétermination. Plaque sonore tournante vers d’autres systèmes de représentations. D’où sa force onirique. Je ferai une rapide association avec une analyse de thèmes abstraits, de taches colorées ne représentant rien de narratif à priori, dans la peinture de Quattrocento (Fra Angelico). Analyse remarquable écrite par Didi-Huberman : « C’est là une vertu formelle caractéristique de l’ornemental : la prolifération des signes – lacis, réticulations, pointillés – indique la plus haute détermination, un réseau de fleurons ou de damasquinages, par exemple, bref une matière travaillée, ouvragée ; et, en même temps cette prolifération saura induire la plus grande indétermination : le réseau qui prolifère tend toujours à désagréger la perception du réseau. Alors, le jeu savant des lacis devient une surface incertaine, faite de sinuosités incontrôlables, une surface rhizomatique ou, tout simplement, une surface-tache. En quoi l’on comprendra que l’indétermination puisse constituer l’une des plus éminentes vertus structurales de l’art du peintre. » (Georges Didi-Huberman, « Fra Angelico. Dissemblance et figuration. ») Une grande partie de ce vocabulaire est transposable à ce que l’on entend dans la musique de Paul Metzger pour en dire la plasticité sonore et figurale (la manière dont cette musique raconte/chante), et ce, je pense, sans gratuité associative, mais avec la justification de climats spirituels parallèles (proches, sans êtres équivalents, les contextes étant trop éloignés). Après la version guitare et banjo, Paul Metzger présente un jeu sonore avec un instrument de sa fabrication : sur base de la déconstruction d’une boîte musicale (mais conservant sa temporalité à ressort), un dédale de sonorités préparées dans lequel se perd et se libère, s’épanchant dans un autre espace de représentation mentale, la mélodie initialement emprisonnée dans l’automate. Des versions originales, personnelles, très creusées et évoluées de ce que l’on appelle les « instruments préparés » (dispositifs qui multiplient leurs possibles, leur inventent des annexes, instrumentalisent leurs coulisses, cadres et hors-cadre, les inscrivent dans une narration élargie…). Ce genre de prestation constituant une authentique rencontre avec le faire musicale (après, on aime ou on n’aime pas) et le lieu où cette rencontre avait lieu, la Ferme du Biéreau, ça c’est vraiment un moment de vie musicale. Du vivant musical pour engendrer du vivant musical ! À quoi souhaite contribuer La Sélec ! Son numéro 6, toujours designé par Mr&Mme, est disponible dans toutes nos médiathèques dès ce 18 août. Allez-y pour découvrir son look (ça change à chaque numéro, à chaque fois un collector !) mais aussi son audace rédactionnelle (encore plus riche sur le site de la Médiathèque). Le poster original, créé en fonction du contenu (musiques et films), a été confié à Sarah Atka. Elle a réalisé un passionnant roman-photo graphique, un pèle-mêle palpitant. Une vision personnelle, captivante, faite de gros plans agencés en montage panoramique, trompes l’œil plein de suspens galopant, du foisonnement imaginaire que La Sélec ne manquera pas de susciter en n’importe quel cerveau avide de découvertes pleine de sens !  (Vous n’habitez pas en Belgique, vous n’avez pas accès à nos médiathèques et vous voulez lire La Sélec ? Ecrivez-moi !) – (PH) – Des vidéos sur Paul MetzgerPrésentation du projet de la Ferme Soirée La Sélec, avec Paul Metzger,  à Liège, le 28 août, à l’AN VERT.

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La fête au village

juillet 13, 2009 · 2 commentaires

Le P’tit Faystival 2009, Petit-Fays, Belgique, 11 juillet 2009

festivalfestival2 C’est le duo belge Casse Brique qui ouvre la sixième édition du festival, vers 16 heures, à côté de la scène, délibérément, histoire de montrer que la musique, ça se travaille n’importe où, ça les prend n’importe où, comme ce qui précède une crise d’épilepsie, une extase lumineuse et agitée. Ça vient, c’est irrésistible et tant mieux si ça casse la baraque. Les deux musiciens sont face à face, pliés sur leur ouvrage, concentrés avec l’air de deux manœuvres qui retournent énergiquement leur mortier pour ne pas le laisser prendre. Ça doit rester fluide et gicler. Je ne sais s’ils font de la musique ou « rejettent » un trop plein de musique. Ils me font penser à deux amateurs mordus de sons, imbibés de tous les avatars de la musique populaire, noire et blanche, ayant écouté le plus possibles en vrai addict jusqu’à ne plus y tenir. C’est le trop plein et ils recrachent tout. À leur manière. En mélangeant, écumant, liant ou déliant, respectant et trahissant allègrement. Tour à tour souple et funk puis cascadeuse cassante. Guitar hero primaire puis conceptuelle abstraite, cogneuse crapuleuse et cosmique rêveuse. Guitare barrée et festival de métamorphose. À travers tout. Sans rien respecter. La recherche d’une énergie pure, intraitable, incalculable, un retour aux sources du plaisir irrépressible de s’exprimer, de sentir que ça jaillit de soi, à mille lieux des recettes qui calculent le bon dosage des influences diverses pour réussir le bon cocktail qui marche. La batterie qui bourre les côtes, défonce les cadres, pousse dans les ultimes retranchements,   ceux où l’on grimace en arrachant le meilleur de soi, de ses cordes, pédales, ampli, manche, caisses, baguettes. Changements de rythmes affolant, associés à un ping-pong référentiel effréné, une débauche de citations fines, un set qui donne le tournis, profond, comme quelques heures plus tard, et de manière autrement superficielle, les lumières stroboscopiques du DJ New Sensation. Pas eu le temps de beaucoup penser à ce qu’exécutait les deux de Casse Brique. Une prestation libératoire, le sentiment que la liberté reste accessible, la capacité à ne pas se laisser coincer dans les héritages, la joie de foutre le bordel, de dégager les horizons. Une façade où toutes les composantes du rock musclé bougent selon une dynamique esthétique “arkanoïde”, du rock qui se joue comme un jeu de démolition-reconstruction, à l’instinct. (Allez, un peu bateau: le rock relu et corrigé selon une génération marquée par les jeux vidéos?)– Ravitaillement. Entre temps, les organisateurs allument le bûcher qui servira à cuire dans une poêle digne des grands concours populaires, une version festivalière des « canadas aux rousses », recette locale de pommes de terre rissolées dans un bouillon à la chicorée, avec du lard et des saucisses sèches. – Divers folk et écologie. Après Casse Brique, le programme revenait un peu à ce qui était le point fort de ses premières éditions (ils ont souvent débusqué en primeur de nouveaux noms importants). J’allais entendre pour la première fois, et j’imagine ne pas être le seul dans ce cas, les deux artistes aux programmes. S’agissant en plus d’un genre où mes repères ne sont plus forcément très structurés, je n’allais pas manquer d’être en difficulté pour évaluer, juger. Un festival, cela dit, reste un bon endroit pour exercer son jugement, en discutant, comparant ses impressions à celles des autres, etc. Exercice difficile : « Ni les professionnels des mondes de l’art ni les consommateurs ne peuvent estimer par l’expérience directe ce que valent chaque artiste et chaque œuvre, ni réestimer à tout instant la valeur d’un artiste, dans le contexte mouvant d’une concurrence sans cesse renouvelée. » (Pierre-Michel Menger, « Le travail créateur ») Diane Cluck (Etats-Unis) était précédée d’une longue introduction confiée à  Ken’s Last Ever Radio Extravaganza, une sorte de druide manipulant son ordinateur, mixant une bande son entêtante, développant une sorte de journal intime instantané sans oublier de prêcher assez lourdement en faveur d’une autre manière de vivre la musique, la relation au concert… Diane Cluck a un jeu de guitare léger, diaphane, survolant. Des arabesques tissées finement, des rythmes perlés, qu’elle retient habilement dans ses doigts et puis qui filent, presque sans laisser trace. Jeu de guitare libellule. Le chant, plutôt de tête, est très complexe, d’une souplesse virtuose, très contrôlé (les mouvements des muscles du visage, l’ouverture de la bouche, l’ajustement des lèvres, la position de la langue, tout semble régi par un programme minutieux). Climat fantastique qui cherche un autre monde, nouveau monde, esthétique fragile et tendue, quelque chose d’ancien, de souffreteux aussi. Ce sont pour moi de nouvelles formes de folk en recherche de spiritualité. Quelque chose d’instable même si cette artiste manifeste un caractère bien trempé et des choix inflexibles, dûment pensés. Il faut dire que le contexte n’était pas idéal. Même un petit festival ne parvient pas nécessairement à protéger les musiques intimistes. Il y a du chahut au bar, les gens fument, l’idée de ce que doit être un festival, la guindaille avant la musique. – Pendant ce temps, rira bien qui rira le dernier, DJ New Sensation prépare son set. Et Theo Angell a du mal à commencer. Il faut dire que le soleil est revenu, on en profite dehors, beaucoup attendent l’ouverture de la baraque à frites et les autres font la queue pour leur portion de canadas aux rousses… Theo Angell y va quand même, et pour battre le rappel des festivaliers, entame par quelque chose de surprenant, mixe de chant diphonique et de larsens contrôlés. Là, on le sent habité par des mondes sonores intéressants. Mais ça transparaît peu (quand même) dans ses impeccables chansons néo-folk. Il reste habité, c’est le principal, avec une voix pas banale. Il finira en duo avec un banjoïste (Paul Labrecque) armé d’un archet, partie instrumentale nébuleuse, chemin de traverse qui mériterait d’être mieux construit et exposé. Avant de quitter scène, Theo Angell slame une provocation à NewSensation, encore lui, en débitant un beat electro en martelant de son doigt le jack de sa guitare. Rafale rock magistrale. Cette fois Bébert a ouvert sa baraque et l’huile chauffe. Et les deux de Two Pin Din (Canada – Ecosse) ont vraiment la frite. Duo rock punk bavard (dans le sens où il raconte beaucoup de choses, sur le réel, le passé, l’avenir, sur la musique, raconter avec les mots, les attitudes, les sons, les riffs, les signatures). Rapide et joyeusement cynique, carrosserie réduite au minimum et décapotée, conduite sportive sur les jantes. Pas un gramme de graisse. Si Casse brique m’enthousiasme par leur manière d’arracher-jeter la consistance d’une jeune expérience, Two Pin Din enchante par la manière légère, sans fatigue, de tirer parti d’une longue expérience. Wilf Plum, en effet, a participé aux Dog Faced Hermans et Andy Kerr était de l’épopée Nomeansno (fin des années 70, mouvance punk). Ils ont un métier fou et savent s’en amuser, nous amuser, feinter et balancer des fioritures fignolées, mais quand il s’agit de massacrer, de déguinzer, pas question de s’emberlificoter les manches de guitares, on y va droit au but. Andy Kerr impressionne par sa présence survoltée, le débit rapide et incisif de ses chansons ou récitatifs ou invocations, toujours clair et audible, le message doit passer, vieux principe militant. Il est brillant, allumé, inspiré et semble sans calcul, et son registre guitaristique éblouissant, là aussi  véloce et hyper précis, pète sec ou volubile, inventif et jouissif. Du jouissif qui vient, tant pis si j’insiste, de cet équilibre rare entre l’expérience, un certain passé du rock créé et vécu par ces deux là, et la manière de ne pas s’installer dans leur passé, de le remettre toujours sur le métier, en fonction de l’actualité, de la société qui change, des nouveaux éclairages politiques, une militance rock qui ne radote pas, se remet en cause, se récrée, trouve son mouvement perpétuel, émerveille. (On aura apprécié ce côté « bon sang, ils savent de quoi ils causent, de l’intérieur » notamment dans leur reprise d’un morceau de  Wire.) Chapeau bas, de quoi être baba. La queue devant Bébert et la palme du festival se taille. J’aurai raté le début de Palms, en attendant un paquet de frites et une boulette (sauce andalouse) et je ne suis toujours pas certain d’avoir raté quelque chose. J’ai bien pris acte de l’enthousiasme de quelques fans, mais… je reste dubitatif. C’est le genre de groupe avec une chanteuse qui chante décalé (faux), pour un résultat éthéré, un peu dans les limbes. Il m’a semblé que les aspects « faux » (qui peuvent être voulus et assumés dans certains cas) n’étaient pas très maîtrisés. Ça flottait, incertain et immature. Comme si le groupe exhibait un état transitoire d’une recherche pas encore aboutie, ou qu’il ne parvenait pas à bien exploiter l’une option de jouer sur le non abouti. Le contexte ne jouait pas forcément en leur faveur, l’heure tournait, le programme a pris du retard, New Sensation de Saint-Hubert s’impatiente… (PH) – Présentation du programme avec informations discographiques -

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Michael Jackson, intox & overdose

juillet 1, 2009 · 2 commentaires

« Le roi de la pop », cette expression-là, vous l’avez entendue et lue combien de fois depuis quelques jours ? Quel matraquage, jusqu’au gâtisme (chez ceux qui assènent) et la nausée (chez certains qui reçoivent). – Soit dit en passant : Michael Jackson, roi de la pop, Pina Bausch, impératrice de la danse, la presse est très ancien régime. -  Mais qui a décrété qu’il y avait un tel « roi de la pop », intronisé de manière incontestable !? La mort et l’émotion populaire ? Pourquoi la presse, qui est en mauvaise santé et revendique plus d’aide de l’état pour maintenir une information de qualité, n’examine pas ce genre de couronne avec un minimum d’esprit critique ? Loin de moi l’idée de contester les multiples talents artistiques dont était doté Michael Jackson. Mais ils ont été ressassés de manière tellement outrancière qu’il convient de les relativiser un peu. Du talent, de l’inspiration, il en avait, mais il me semble qu’il les gérait (lui et son entourage) comme au sein d’une entreprise commerciale. En sentant le vent tourner, en surfant habilement sur les tendances émergentes, les amplifiant, les personnifiant quelques fois. Son succès commercial immense ne provient pas du seul génie artistique qui l’aurait habité. Il est engendré aussi par la créativité investie dans le marketing et peut-être qu’à partir d’une certain moment, toute sa créativité musicale-visuelle-scénique se confondait avec sa créativité marketing. C’est une génialité comme une autre (et le marketing seul ne suffit pas) ! Que des fans croient qu’il s’agisse d’un pur génie, aient besoin de le croire, pourquoi pas. Mais que l’essentiel de la presse relaie cette opinion, c’est malsain. C’est laissé croire en l’existence de phénomènes qui relèvent du fantasme. C’est tromper les populations sur les modes de fonctionnement des jugements, des mécanismes de fabrication des réputations. Mais, n’oublions pas que la presse, justement, se porte mal et en épousant la ferveur populaire, il y avait de beaux chiffres à réaliser. S’agissant de la créativité musicale, et s’agissant de décerner le titre de « roi de la pop », fallait-il n’examiner que les chiffres de vente ? Est-ce cela le seul révélateur de la royauté créative ? Un artiste comme Prince, sur la même période, et celle courant des albums « 1999 » à « Love Sexy » (et même encore Batman), n’a-t-il pas été bien plus créatif, audacieux, généreux (moins calculateur) !? – A propos des mécanismes qui reconnaissent les talents et construisent leurs réputations, voici une citation de Pierre-Michel Menger : « Examinant les tourbillons spéculatifs du marché de l’art contemporain et les techniques publicitaires d’intox qui visent à gonfler les réputations et les cotes de nouveaux artistes à New York, Becker suggère que les excès de la volatilité réputationnelle ont été rendus possibles par la disparition de la « communauté de goût » qui fixait à la compétition artistique et à la rivalité entre les amateurs d’art des règles stables, porteuses de consensus, et moins soumises qu’aujourd’hui à l’influence directe des opérateurs économiques du marché de l’art ».  (« Le travail créateur », Gallimard/Seuil, 2009). La gestion de l’information autour du décès de Michael Jackson, pour amplifier l’émotion populaire, la canaliser vers le marché de l’information et aussi les « produits dérivés » (CD compilations, souvenirs) opère une sévère incursion dans les systèmes d’évaluation basés sur le « goût », la connaissance, les comparaisons raisonnées etc. et effectue un magistral hold-up du jugement esthétique en faveur « de l’influence directe opérateurs économiques ». Le genre d’opération qui affaiblit les circuits de la culture, les opérateurs de terrain qui oeuvrent comme des fourmis à développer l’esprit critique, l’autonomie et la curiosité culturelles. C’est le genre de gigantesque opération mercantile qui, sur le long terme, nuit à l’avenir de la presse. Parce qu’en étant aussi « en phase » avec l’émoi populaire amplifié par les industries culturelles, elles ne font que décevoir, se dévaluer sur le fond. Si le seul talent et la seule créativité justifiaient de prendre autant de place dans tous les médias, pourquoi ne pas accorder autant de place à la disparition de Pina Bausch. Valait-elle moins ? Ou est-ce que l’exploitation marketing du populaire est plus rentable et s’exerce vraiment sans vergogne ? (PH)

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Vecteurs musicaux, reconstruction sociale

juin 21, 2009 · Laisser un commentaire

Ignatz, fête de la musique, Médiathèque de Charleroi, juin 09.

mediathequeÀ contre courant de l’esprit « fête de la musique » qui consiste à répandre des moments festifs dans la ville, sur podiums officiels ou improvisés, à cultiver le lien social par le biais de musiques extraverties, c’est à une plongée dans une musique fragile, intimiste, pleine d’ombres (esthétiques, temporelles) que conviait la Médiathèque de Charleroi. Pas le genre de truc qui va fort, que l’on écoute en trinquant et en parlant fort, quelques minutes avant de passer à une autre scène. Avec Ignatz, il faut se poser, s’asseoir, écouter attentivement, se concentrer, prendre le temps. Même si elle ne rechigne pas à provoquer les précipitations soniques, c’est une musique lente. Hypnotique, se déroulant dans des variations blues. Un blues basique, pulsation primale, originelle, déconstruite analytiquement, et reconstruite en flux sonores, en trames de synthèses, thématiques, collages d’éléments blues articulés comme des frises. Syntaxe, grammaire, le musicien déterritorialise un héritage blues puis le reterritorialise dans son imaginaire, selon une syntaxe qui lui est personnelle. Et tout ça passe par le réseau de fils et d’organes électriques étalés au sol, filtres, transformations, découpages, mutations, reproductions. Système nerveux extérieur du musicien. Un subtil travail de boucles qui défilent comme des films, des images abstraites sur lesquelles le musicien superpose sa narration guitaristique. Elle-même sinueuse, procédant par boucles, tournant sur elle-même. Une étrange course-poursuite au ralenti, sans fin. Dans le vide. Beaucoup d’ornementations électroniques évoquent des atmosphères anciennes, dégagent une dimension nostalgique embrumée, illuminée, avec des connotations orientalisantes. Spiritualité au spectre large. Toujours au bord de la distorsion, du manque, ces longues transes conservent une rudesse sombre, malgré leur élégance. Et quand plié en deux sur sa guitare inactive, Ignatz se concentre sur les boutons de ses appareils, c’est un véritable petit film d’animation sonore qui s’ébauche, échevelé, dans une ville globale en ébullition, tourmentée, sur le point d’exploser et s’effondrer, d’éclater en millions de fragments de verre sous les ultrasons du conflit entre micro-structures hyper modernes et ultra-archaïques. Scène sans aboutissement. Le tout est joué sans démonstration scénique, de manière très ascétique, assis par terre, posture d’un musicien juste de passage. Recueillement, chapelle improvisée… J’apprécie aussi que cette prestation live vienne considérablement altérer la perception que j’avais de cette musique, à l’audition des CD ou de séquences filmées sur Youtube. C’est un travail qui change, les coups de crayons dessinent sans cesse de nouveaux traits, nouvelles actions, intrigues sonores. ( Texte sur Ignatz de Philippe DelvosalleChronique d’un CD d’IgnatzIgnatz vidéoDiscographie en prêt public - ) Concerts en médiathèque, enjeux. Reste que, si ce concert en médiathèque n’est pas un échec – des usagers passent, manifestent leur intérêt – c’est loin d’être un succès. Dans le repositionnement des médiathèques, réussir à rassembler du monde autour de musiciens à découvrir, autour de différences musicales à comprendre et qu’il convient de soigner ensemble, de protéger pour qu’elles continuent à enrichir la société, sera de plus en plus primordial. Aux responsables des médiathèques de réussir à faire sentir l’importance de cet enjeu, aux usagers des médiathèques, aussi, de réaliser que leur intérêt de curieux de musiques passent par le soutien physique – la présence militante – aux initiatives de rencontres que doivent prendre de plus en plus les médiathèques. Il ne suffira plus d’emprunter des médias physiques pour justifier la présence de lieux dits de « lecture publique », ou de signer des pétitions pour réclamer leur maintien. Il faut les faire évoluer, leur donner une nouvelle âme, cette âme consistant à développer un esprit d’attention aux arts enregistrés (musiques, cinéma, littératures…) qui manque de plus en plus dans l’espace public. Ce qui ne se réalise qu’en investissant du temps dans une autre manière de fréquenter les espaces « médiathèque » ou « bibliothèque ». Le chemin est encore long. Bistro et terrils. La Fête de la Musique à Charleroi était aussi l’occasion de réentendre Les Terrils dans un vrai vieux beau bistrot de la Ville Basse, “La Quille”. (Rue de Marcinelle, face au nouveau lieu culturel à suivre, le Vecteur). Un cadre tout à fait adéquat pour ce genre de musique (Lire autre article sur Les Terrils en concert), belle prestation énergique. Dans la rue elle-même, sur le podium principal, Quentin Hanon présentait son mélange d’électro-techno et de guitar hero. Luxuriant, un rien emphatique, en complet décalage (mais ça c’est bien) avec l’abandon économique flagrant du lieu. Magasins fermés, façades tristounettes, devantures lugubres: et l’on peut méditer longuement sur le triste état dans lequel le politique a laissé sombrer une ville, dans le renouveau qui peut survenir par la manière dont des citoyens investissent des intentions culturelles”…  Par l’exagération, l’inflation de moyens, de démonstrations virtuoses, de mélanges référentiels, ce genre de musique manifeste surtout, je pense, la difficulté de trouver des issues, des lignes nouvelles, des styles personnels. Je n’avais jamais écouté Quentin Hanon, et en même temps, malgré la bonne qualité de l’ensemble (bonne tenue, belle recherche, sans doute faiblesse d côté de l’idée?), je n’éprouve aucune grande surprise, ça me fait penser à plusieurs autres choses entendues. Particulièrement, ça m’évoque  certains albums anciens de Buckethead (ce guitariste, un moment produit par Zorn, qui jouait avec une sorte de seau sur la tête !) et qui me faisait déjà cet effet: à la fois une sensation d’entendre du neuf, une énergie inhabituelle, des processus non conventionnels, des techniques à rebrousse-poils et, en même temps, cette impression paradoxale d’entendre des portes ouvertes enfoncées une fois de plus, théâtralement… (PH)

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La Sélec en juin

juin 14, 2009 · Un commentaire

La Sélec en soirée # 5, le samedi 13 juin, Les Ateliers Claus, Bruxelles.

 

atelieratelier2atelier3La Sélec N°5 se dévoilait le 13 juin, lors d’une soirée musicale aux Ateliers Claus. Un numéro très coloré… Parfois le ciel, au soleil couchant, a de ces dégradés superbes avant de sembler inquiétants comme s’ils étaient le résultat d’une vaste anomalie, d’une maladie cosmique… Ce nouveau numéro n’hésite pas à tirer sur le fil reliant festif et explosif : avec du jazz et du rock en recherche de nouvelles libertés excessives, avec un fil rouge consacré aux « one man band », ces drôles de musiciens qui se mettent en danger dans leur exercice musical… Le poster. C’est l’artiste Jean-François Octave qui relevait le défi du poster. (Rappelons les règles du jeu : l’artiste reçoit les musiques et les films de La Sélec et c’est à partir de ça que, librement, il réalise son image.) Jean-François Octave, habilement, esquive et donne une image qui semble signifier qu’il n’a pu assimiler La Sélec, qu’elle est restée là, à côté de son monde à lui. Le fond de l’image représente un élément de son univers familier, plus une sorte de constellation graphique symbolisant ses pulsations musicales fortes, effectuées en 25 ans de fréquentation de la Médiathèque. À côté de cet ensemble, organigramme organique, la liste de La Sélec est exposée, brute, comme non déchiffrée. Ambiance et lettres de noblesses. On se sent tout de suite bien dans ce lieu culturel. Question d’aménagement, question d’âme. Simplement, tout est fait pour soigner l’accueil, alternatif et attentionné, bricolé et chic, l’étrangeté de l’espace et du décor titille la curiosité. Le bois du comptoir, par exemple, donne l’impression d’un point de jonction, personnel et clients, de qualité, précieux, on n’a pas prix n’importe quel bois, ni n’importe comment… La musique mixée est puisée en grande partie dans la play-list de La Sélec (DJ: Philippe Delvosalle, David Menessier). Quelques documents rappellent, sans ostentation, d’où vient le patron du lieu (Democrazy) : affiches de concert célèbres, Dog Face Herman, Nirvana, Mudhoney, le duo Brötzman… En fanfare. La première partie est assurée par la fanfare « Alimentation générale ». Cuivres et funk, punch et humour, c’est bien appuyé et débridé, musclé et joyeux, ça ne tient pas en place. Suivra une prestation de « walk-pasa-bouge » présenté comme du « cirque électrique ». Un duo homme-femme, étrange, bidouillage électronique bien jeté et danse hystérique dans les rideaux. Deux grandes voiles de tissu blanc dans la haute cage d’escalier, sous verrière. Donc, le genre de manipulation sonore qui tape sur les nerfs, qui fait typiquement grimper au mur, sons hérissés, révulsés, déchiquetés, sans recherche particulière, sans articulation, un peu trash. Par un mec accroupi sur la scène, entouré de brols divers, tripotant de la main différentes petites appareils. L’air de trifouiller à la recherche de la disjonction, un peu sale gosse occupé à bousiller méticuleusement tous ses jouets pour faire chier la réunion d efamille. La danseuse en blanc, selon un système de traction étonnant (athlétique mais “gommé”, semblant se mouvoir sans effort, sans pesanteur), aérien, s’élève dans les voiles, s’y tortille, s’entortille, à trente centimètre du sol comme à cinq mètres, est happée vers le haut ou tombe en torche, silencieuse. Mimiques et tics pour mimer la contagion de ces virus sonores malsains, comment ils sortent des machines et s’infiltrent dans le corps, les oreilles, la langue, les yeux, les doigts, le ventre, les fesses, les bras…  Ça semble trop maniéré ou incongru au début, mais quelque chose fonctionne dans l’association danse et éructation électronique, saleté musicale et transcendance corporelle, abstractions soniques et matérialités organiques qui se parlent, s’invectivent, fusionnent, rêvent ensemble, se miment. (Ça ne doit pas durer trop longtemps). Diabolique. Dans la salle à l’étage, Honkeyfinger (artiste présenté dans La Sélec) se prépare. J’ai beau avoir écouté son CD et regardé plusieurs vidéos sur Youtube, sa prestation surprend. Par la force libérée d’un coup, par la rage. Tension. Il chante en jouant de la guitare, plusieurs harmonicas à disposition, une grosse caisse à portée de pied gauche, une cymbale coiffée d’un tambourin au pied gauche. Entre les deux bottes tout un attirail électrique. Ça claque fort, intensité maximale d’entrée de jeu, voix poussée, guitare hurlante et torturée, comme une tension phénoménale, tordue à l’intérieur en un ressort  qui emporte tous les organes et brutalement se détend, s’expulse du fond du gosier et des tripes. Les doigts métalliques sont diaboliques. À l’intérieur de cette furie, il maîtrise et ménage encore accélérations, dérapages, crash, pirouettes flamboyantes. Il travaille  parfois avec plusieurs couches, en faisant des boucles avec sa guitare (jetée ensuite plus loin) tandis qu’il s’époumone là-dessus, chantant et soufflant simultanément dans un harmonica. Ou bien, l’inverse, il construit une boucle en enregistrant son souffle et quelques pulsations hypnotiques d’harmonica crachés dans un micro et il se déchaîne sur sa guitare. Ce qui est surprenant est le contraste entre la force libérée, sauvage, indomptable et le contrôle qui ne faillit pas : en prenant le risque de jouer ce blues incandescent, survolté, en multinstrumentiste, en s’engageant comme un possédé dans cet agencement guitare-harmonica-percussion-corps-cerveau-pédales-électroniques, c’est comme s’il cherchait le court-circuit intégral, l’auto-immolation dans le blues. Mais au moindre couac technique ou d’erreur humaine (normal de s’empêtrer à un moment ou l’autre), il réagit à la seconde, conscient du moindre dérèglement, il rectifie, corrige ou répare au besoin, en plein vol, pleine voltige. C’est fascinant, quel as. Le public semble conquis. Il y avait encore, après, un trio de jazz (dans dans) reprenant des standards hyper connus. (Mais je n’ai pu rester jusqu’au bout). Les concerts se produisant dans trois pièces différentes (bar, cage d’escalier, salle du haut), en respectant les horaires, tout s’enchaîne admirablement, on circule de surprise en surprise, dans cette maison chaleureuse, magique, constituées de volumes différents, ici rouges, là bleu, de fenêtres, de dégagements vers les cieux, entre bâtiment industriel et maîson de maître, animée de bas en haut, de haut en bas, de sons, de musiques différentes. La disposition spatiale procure de façon intense la sensation d’être dans un lieu habité et, par mimétisme, donne des pistes pour devenir soi-même un espace vivant pour se laisser habiter par les musiques; cette sensation ne peut être offerte par des salles “fonctionenlles”, professionnelles et monofonction (rentabilisation des relations publics/musiques). Merci aux Ateliers Claus d’avoir accueilli La Sélec. Ne ratez pas la prochaine fête. Passez en Médiathèque emporter La Sélec 5 et son nouveau poster. (PH) – La Sélec 5, le sommaire –  Texte sur “one man band” plus chronique du CD de HonkeyfingerCD de Honkeyfinger en Médiathèque -

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Filmer les interstices, hors système

avril 11, 2009 · Laisser un commentaire

Boris Lehman, « rendez-vous P44 », vendredi 10 avril 09

 borisA l’invitation de venir assister à une rencontre avec Boris Lehman, à l’occasion de l’arrivée de ses DVD à la Médiathèque, voici ce que nous écrivais un membre de notre association : « Non je ne viendrai pas écouter Boris Lehman ce vendredi car j’ai déjà 
une fois perdu mon temps à regarder quelques-uns de ces films, à côté 
desquels la vidéo de vacances de mon voisin à la Costa Brava en 8mm 
gonflé est un palpitant thriller. Je trouve ça ahurissant que la 
Communauté française sponsorise ce genre de travail, sous prétexte que 
l’artiste amène des pseudo-réflexions sous couvert, je présume, de 
quelconques justifications philosophico-psychanalytico-hermétiques. Je 
ne vois pas l’utilité pour la Mediathèque de soutenir ce genre d’artiste 
qui posent de soi-disant questions qui n’intéressent qu’une poignées 
d’intellectuels en manque de prise de têtes prétentieuses, illusoires et 
futiles. Non, je n’irai pas et je ne louerai aucun des dvd’s de ce 
monsieur, je préfère encore regarder l’écran de la caméra de 
vidéo-surveillance du parking du Colruyt de Jette. » Je jugeai le message passablement marrant (peut-être par faiblesse), son auteur, dune certaine manière, parlait en connaissance de cause (il a regardé plusieurs films) et il est vrai, d’autre part, que moi-même suis loin de considérer de manière constante le cinéma de Boris Lehman comme une référence à aimer, une valeur sûre. Ceci dit le message contient aussi son lot de bêtises (conservatrices/réactionnaires) sur l’argent, le soutien à apporter à ce genre d’artiste… Enfin, difficile de reprocher à ce monsieur de ne pas nous rejoindre, d’autant plus qu’il prend la peine de s’exprimer! Par contre, quelques heures plus tard, après avoir vécu cette rencontre avec Boris Lehman, j’ai plutôt la conviction que ce monsieur a peut-être raté quelque chose, quelque chose de fondamental en matière de « se cultiver », de « se soigner et soigner les autres par l’art » : s’exposer à une remise en cause constructive, inattendue, « magique ». Quelque chose d’important, du moins, et qu’il est bien dans le rôle des médiathèques (et autres institutions) de chercher à provoquer. J’ai abordé la rencontre sous un angle un peu sceptique, content d’être en partie à l’origine de ce rdv, assuré que c’est une chose à faire et en même temps pas certain que cela puisse apporter quelque chose, le réalisateur étant déjà tellement dans ses films où il s’exprime déjà abondamment sur sa relation particulière à l’image, au cinéma. Que je doute qu’il puisse formuler des propos pas encore entendus, connus… Je dois dire que dès que Boris Lehman paraît, quelque chose se passe, de pas prévu, d’imprévisible. Il arrive comme une ombre, léger, silencieux, fragile et malicieux, avec un certain flottement : à l’aise dans son personnage et en même temps inquiet, « comment je passe, dans toutes ces caméras qui me fixent, comment je suis projeté dans ces petits cinémas intérieurs, les petits écrans mentaux de chaque membre du public qui me fixe, me fragmente… » ? C’est imperceptible, difficile à identifier mais sa présence physique apporte une autre dimension aux images et perception que l’on peut avoir de ses films. (C’est l’expérience que j’en fais et j’imagine qu’elle doit aussi se produire chez d’autres). Il évoquera d’ailleurs que ses films sont rarement montrés dans le circuit ordinaire des salles, ils sont projetés dans des contextes plus proches de l’artisanat où il amène lui-même les bobines, s’implique dans la projection, est présent dans la salle et a donc, forcément, un contact avec son public, est disponible. Rien qu’avec cette description, on est proche d’une démarche que l’on peut qualifier de « performance », pour utiliser un terme de l’art plastique et comme il dira lui-même plus tard, à propos de l’implication de sa personne dans ses films : « c’est en quelque sorte ma part de body art » ! Et si les films ne sortent pas dans le circuit ordinaire, selon le rythme du temps imposé par le marché, c’est qu’ils sont réalisés selon une autre conception temporelle : Babel dure six heures et a été construit durant 10 ans, dix années durant lesquelles il a mis en chantier d’autres films, capté en images d’autres scènes, d’autres fictions instantanées du réel, retravaillé des films, monté, coupé, regardé, modifié… selon un processus performatif sans interruption qui atteste du « comment se fabrique le cinéma ». Une masse de pellicules qui s’accumulent, ouvrent des ramifications, des connexions, engendrent d’autres fils narratifs, explorent d’autres correspondances (ce terme que Lehman semble affectionner particulièrement, terme baudelairien par excellence, qui le rapproche d’une pratique poétique : « je suis proche du poète, d’un cinéaste-poéte »…) Patrick Leboutte prononcera une introduction brillante, un exercice de louange dynamique et sans servilité aucune, plutôt du genre à ouvrir les horizons et susciter le débat, contenant tout ce qui, à propos du cinéma de Boris Lehman, est susceptible de provoquer, de pousser certains idées conservatrices du cinéma dans leurs retranchements (et donc les arguments du mail de notre usager qui reprend finalement les attaques ordinaires contre l’art moderne : « ça ne veut rien dire, mes enfants peuvent en faire autant, ou n’importe quelle caméra qui tourne machinalement, tiens, une caméra d surveillance). Sur un sujet qu’il connaît bien, 25 ans d’amitié, comme un saxophoniste qui connecte son souffle à l’anche de l’instrument, il attaque de manière à évacuer toute tiédeur, toute tentative consensuelle qui tue l’espace critique et place d’emblée la question au plus haut niveau d’exigence, ouf, ça fait du bien, ça aère : « si vous devez conseiller un gamin qui veut savoir ce qu’est le cinéma, le cinéma par excellence, vous pouvez lui dire de regarder tous les films de Boris Lehman, de commencer par ça, parce qu’il y rencontrera toute l’histoire du cinéma, il a tout fait, des films d’aventure, des westerns, des films en costume, des films pédagogiques (en regardant Adrienne, j’ai appris à bien dresser une table et à mieux nager la brasse), des films à suspens, qui font peur (comme ce film sur son voyage en Mexique où il filme tous les préliminaires, toutes les mises en garde, « n’y va pas, c’est dangereux », on ne verra quasiment rien du voyage proprement dit, mais on aura eu peur, et on « aura vu autre chose », cet autre chose à montrer, justement, ça s’appelle peut-être le cinéma), il a fait des films comiques mais aussi des films chiants… Vous me direz que si j’ai vu tout ça, on n’a peut-être pas regardé les mêmes films ? Bien entendu, Boris Lehman n’a pas tourné un western complet comme Ford, mais cinq ou six plans suffisent, tous les éléments du western y sont, on s’y croit, et ça permet de s’interroger sur l’essence du western, de revisiter ce genre ; il a ainsi revisité Abyss, la traversée du Styx… ce n’est pas plus de trois minutes de science-fiction, il n’a pas les moyens de tourner plus, mais là aussi, on y a cru… Et ainsi, en construisant une œuvre ouverte, il travaille toute l’histoire du cinéma, en lien avec sa vie de tous les jours, et les relations que le cinéma tisse entre lui et les autres. Les mots qui servent le mieux à caractériser le cinéma sont aussi les mots qui permettent le mieux de saisir ce qui se passe dans les films dans Lehman : le jeu, la croyance… Avec Boris Lehman on peut appréhender ce que signifie non pas faire du cinéma, mais « être en cinéma », comme on parle de vocation et dès qu’il tourne c’est toujours de l’ordre de la première fois. De la surprise. La vie, comme le montre son approche du mythe de Babel, relève de la dispersion, de la fragmentation et son projet est de filmer assez de matières de vie pour couper, monter, remonter, raccommoder, suturer, donner une vision d’ensemble. Tentative. Ne pas oublier qu’il tourne quasiment seul, hors système, juste un caméraman, sans équipe, tout seul face à l’immensité de la tâche avec l’humilité des moyens. Donc, pour débuter une approche du cinéma, c’est idéal tout y est montré avec en sus la manière de réaliser, de faire, avec les interstices, le jeu, comme on dit qu’il y a du jeu entre les pièces d’un mobile, l’assaut entre les parties, les morceaux, les chocs, l’espace, l’espace pour le spectateur…» Ces propos stimulants, entrecoupés de déclarations hésitantes de Lehman, beaucoup plus hésitant que prévu, seront illustrés d’une longue séquence de Babel et d’un court métrage « La dernière (s)cène » (idéal, un Vendredi Saint !). La présence de l’auteur, les propos, l’attention de la salle font que je regarde aussi autrement les images, le montage image, texte, paroles… Il y aura un bel échange sur la « mise en jeu » et la « mise en je » sans que ça tombe dans la justification « philosophico-psycanalitico-hermétique », mais simplement la mise à plat d’une manière de vivre le cinéma : « méthode de travail, philosophie de vie, les deux évidemment, j’avoue que les relations entre vie privée et vie publique sont un peu floues chez moi, surtout avec le temps… » Patrick Leboutte souligne aussi que, durant les 10 années que dure le tournage de Babel, Lehman est toujours habillé de la même manière, qu’il crée ainsi un véritable personnage cinématographique, comme Chaplin, comme Tati et que c’est aussi un procédé qui permet de supporter sur le long terme les effets de la surexposition de soi dans un processus permanent de création cinématographique. Un beau rendez-vous, bien applaudi, qui donne du sens à l’introduction des films de Boris Lehman dans les collections de la Médiathèque, qui devrait donner envie de retrouver la curiosité pour l’épopée cinématographique dans ce qu’elle peut avoir de naïve, primitive, pionnière…Si vous empruntez les DVD de Lehman pour organiser une projection chez vous, invitez le à assister… ! (PH) – Le site de Boris LehmanFilmographie de Boris Lehman disponible en prêt publicTexte de La Sélec 3 sur Boris Lehman – - le blog44 -

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Un festival kraakant

mars 8, 2009 · Laisser un commentaire

Kraak Festival 2009,   samedi 7 mars, Recyclart & Faro, Bruxelles

kraak

C’est un festival qui n’a pas de prix (organisé par le label K-raa-k). Sans rouleau compresseur médiatique, sans tête d’affiche commerciale, qui d’autres propose en une journée et se succédant sur les mêmes scènes, du folk, du sonique tribal, du psyché post-punk, du noise, du free jazz, de la techno mutante, de la nouvelle lutherie, de l’art sonore conceptuel… Sans que ce soit un fourre-tout (comme certains grands festivals d’été, sans âme, qui peuvent fourguer aussi bien la vedette la plus mainstream et le groupe le plus jeté, du moment que ça drague du public segmenté, sur des scènes différentes)!? Une telle entreprise devrait rapidement être classé « patrimoine immatériel de l’humanité » au prétexte de protéger la diversité culturelle. Ça ne veut pas dire que tout ce qui est programmé est génial et digne du coup de foudre. (On sait du reste qu’un concert réussi dépend aussi de conditions difficiles à réunir à chaque fois.) Mais en 14 concerts, une coupe transversale et profonde, internationale, se dessine dans l’état actuel des alternatives musicales, jeunes et anciennes. Une des qualités notoires de l’affiche est de rassembler, au-delà du mélange des genres, des émergences et d’anciennes galaxies capitales toujours en activité (et que trop d’organes d’information considèrent comme mortes, alors forcément, ils ne doivent pas s’étonner si on va s’informer ailleurs). Pas forcément pour faire ressortir des filiations avérées, mais pour replacer l’ensemble dans un esprit de recherche et de curiosité continu. C’est donc une merveilleuse école de l’écoute, chaque échantillon étant, dans son genre, de bonne facture (même si, encore une fois, ça peut rater). C’est un plaisir en soi de circuler, d’écouter et regarder, d’essayer de comprendre, le fait d’avoir réellement une révélation inoubliable, finalement, passe au second plan. Le public est assez nombreux, pas résolument homogène comme dans d’autres types de manifestations plus catégorielles, et suit attentivement, et ne s’enflamme pas pour tout en même temps, mais régulièrement il y a des zones du public touchées par l’extase et c’est surprenant, face à des artistes quand même pas très connus… Quelques extraits captés : Wavves, duo post-punk américain, un set sec et nerveux, frais et torturés comme par des collégiens à la Gus Van Sant. Quelques balades sirupeuses plus Beach Boys et surtout un enchaînement de pépites explosives. Belle maîtrise, belle appropriation de cet héritage chanson rock rebelle bordélique. D’autres échantillons entendus sur Internet donnent une dimension plus travaillée qui pourrait justifier une parenté avec Animal Collective, énoncée ici ou là… Headwar, un foutoir post punk prog metal à la française. Des narrations échevelées, foutraques, un théâtre sonique avec visseuse sur guitare, disqueuse, cor tribal fixé au pied de micro, cymbale fixée sur une guitare électrique pour percuter… Des climats variés, des changements de rythme, des crescendos hypnotiques et ravageurs, de la défonce activiste. EL-G. Précédé d’une réputation flatteuse (celui qui injecte l’expérimental dans les nouvelles musiques françaises, proximité avec Ghédalia Tazartès), Laurent Gérard aura déçu ou désappointé. Il chante du folk d’abord, à la guitare, de manière très classique. Avec un côté très roots, sauf qu’il est impossible de déterminer des racines de quel pays il s’agit. Comme s’il s’agissait de folk songs d’un pays imaginaire, sans consistance. Il alterne ces séquences au coin du feu, avec d’autres plus éclatées, micro dans la bouche, plié en deux sur ses appareils électroniques. Brouillage, brouillard, transformation de la voix, mutation radicale et incontrôlable du chant… C’est un peu confus et flou. Il faut probablement mieux connaître l’artiste. Le graphisme de son site, des pochettes de ses vinyles, est séduisant, interpellant. Fabulous Diamonds. Duo australien. une batteuse qui bûcheronne métroniquement, parfois avec des rythmes cassés. Un claviériste qui module avec énergie minimaliste des séquences hypnotiques. Aux moments culminants, il les complexifie de façon remarquable, les pétrissant, les tordant, les tressant, leur donnant un revêtement kitsch percussif peu ordinaire. Pas très intéressé au début, leur manière de faire s’est révélée attirante. Et j’ai fini par presque approuver le commentaire du programme : « Think minimalist beat pop somewhere in betwetwenn Sun Ra, The Slits and Liquid Liquid ». Alan Silva & Burton Greene. Rencontre avec deux musiciens célèbres de la mouvance free jazz (canal historique). Changement résolu d’ambiance. Rien que dans la manière de s’installer sur scène, on peut percevoir des différences de statut, de manière de faire, d’attitude à l’égard du « faire musical ». Alan Silva jouera un solo de contrebasse en introduction, l’imposant instrument à corde restant ensuite au sol, au milieu de la scène, comme trophée inactif. Le son des cordes aura été enregistré et le musicien va jouer, par clavier et sampling interposé, à les transformer. Burton Greene le rejoint et l’improvisation commence. Ce qu’Alan Silva tire ainsi de sa contrebasse dématérialisée, intériorisée, est quelques fois déroutant, d’une grande poésie magique (comme ces lanternes magiques qui, de choses archi connues,  font jaillir des ombres inconnues, fantastiques). Le duo avec le pianiste fonctionne bien, le dialogue entre un clavier qui en est un et un clavier qui est « autre chose » est plein d’inventivité. Il y a des « longueurs », mais elles font partie de ce jeu-là, elles sont normales, et bien entendu, il y a parfois, légèrement, cabotinage. Normal ! Henry Flynt. Personnalité pas facile à saisir, à coincer. C’est un happening bien enlevé qu’il aura balancé au public du festival. Comme une machine infernale avec minuterie, un fond sonore électro, pulsation technoïde affolée, un flash trash alterné, une respiration robotique hors d’haleine, scandant un stress technologique asphyxiant. Sirène d’alarme déclenchée par une alerte métaphysique. Le vieil artiste est devant son micro, guitare en bandouillère, avec un lutrin garni de partitions et, à droite, une horloge sur pied. Il égrène des phrases mal articulées, balbutiées, maladroites, quelques notes extirpées de leurs connotations blues, country, roots… Il joue avec ça comme un peintre s’amuserait à dessiner comme un enfant. Y a-t-il seulement quelque chose d’écrit sur les partitions ? Rien n’est moins sûr ! C’est peut-être bien rien d’autre qu’un décor. Et le vieux musicien malicieux continue sa performance, concentré, jouant la concentration, faisant prendre une sauce improbable, entre art brut et art conceptuel. Libérant une force et une énergie là où on ne l’attendait pas. De cette espèce d’imposture qui, bricolée pour donner l’impression d’un agencement savant sur les musiques populaires, en vient peut-être à dire que la musique, c’est pas grand-chose, et la transe qui va avec non plus !? Henry Flint a l’air, en tout cas de bien s’amuser, comme le public devant la scène, hilare et secoué. Les avis, sur ce genre de prestations, sont certainement partagés, heureusement ! ! (PH) Présentation du label K-raa-k pour ses dix ans, par Ph. Delvosalle. Discographies Alan Silva et Burton Greene et Henry Flynt en prêt public. 

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Catégories : Evénement · concert
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Une belle rencontre d’amateurs

février 28, 2009 · 8 commentaires

rdv

Débat en médiathèque. Les chiffres baissent, la fréquentation flageole, les médias s’évanouissent dans la dématérialisation, vont-ils emporter le prêt public dans le gouffre de l’hypermatérialisation et laisser triompher l’analphabétisation des industries culturelles !!!? Il y a de quoi, en constatant les flux de curiosités fléchir dans les espaces culturels de prêt, avoir le moral en berne. Et puis, voici des responsables de médiathèque qui organisent une rencontre avec des « usagers ». Pour dialoguer. Exposer avec le moins de langue de bois possible la situation de la Médiathèque, ses difficultés, leur contexte, les pistes de travail, les ambitions, l’espoir à moyen et long terme d’une mutation réussie. Mutation qui n’ira pas sans, aussi, déplaire aux habitudes de pas mal d’usagers. Parce que, durant un temps, la Médiathèque à l’ancienne va continuer, et continue à rencontrer les attentes de beaucoup d’habitués qui poursuivent leur mode de consommation culturelle comme avant, tout en allant vers d’autres propositions, un autre esprit, un autre modèle d’économie financière et spirituelle qui ne reposera plus sur la circulation de médias physiques… Et voilà que l’on se retrouve devant 13 personnes, de profils divers, âges et centres d’intérêts, mais toutes attentives. Toutes soucieuses de l’avenir de cette association de prêt public qu’ils fréquentent, pour certains, depuis 40 ou 30 ans, ou depuis seulement quelques années. Mais pour toutes les personnes présentes, il se joue là, dans l’avenir de La médiathèque quelque chose de très important, qui importe pour elles, à titre individuel, certes, mais aussi et surtout qui importe dans l’image qu’elles se font d’un futur positif et constructif de la société, du vivre ensemble. La qualité de cette attention, qui émerge de façon beaucoup plus forte, de sourdre ainsi d’un rassemblement éphémère de personnes qui ne se connaissent pas au départ, mais qui se rassemblent bien dans ce souci partagé d’un devenir culturel de qualité, cette qualité est ni plus ni moins galvanisante !! Un des participants, du reste, rappellera que l’atout des médiathèques doit être et rester le contact humain, soit l’échange direct, immédiat, humain, de savoir faire culturel, d’informations, de conseils. Oui, ça doit rester la base, pour laquelle il faut argumenter encore et toujours, il faut insister, pour qu’en éclate l’évidence auprès du politique et des personnes responsables du développement des infrastructures culturelles dans la cité. Le contact humain a été la base du succès de la médiathèque et, pour le dire, vite, ça s’est un peu dilué dans l’ampleur de ce succès. Il faut recapitaliser sur cette valeur, sur le terrain bien sûr, mais néanmoins avec de nouvelles pratiques à inventer, mais aussi en tirant le meilleur parti des outils communautaires d’Internet. (Des réalisations sont déjà en cours, la création de blogs de« médiathècaires , mais aussi un outil de communautarisation des membres de la Médiathèque un lieu de rencontres virtuel et de mise en partage de leurs passions, soit Mediavores que la plupart des usagers impliqués, présents ce vendredi, ne connaissaient pas !) Diversité des questions, un même souci. Et donc, il y avait là, l’usager hyper familier, qui semble connaître la médiathèque de l’intérieur aussi bien que nous et qui nous stimule à trouver le bon équilibre entre « découverte » et « média demandés ». Il y a des questions très précises sur la politique d’achat : pourquoi autant d’exemplaires de certains tubes et d’autres peu représentés ou difficiles à trouver. Ce qui permet de clarifier nos mécanismes de choix, les outils par lesquels nous exerçons notre politique d’achat. Il y a une demande de complément d’informations sur le plan social et l’avenir de certains centres bruxellois transférés ou fermés. Là aussi, on sent l’intérêt dans le bon sens du terme pour l’avenir de l’association, ce sérieux « de petits actionnaires » qui veulent savoir où l’on va. Et c’est un plaisir, sans média interposé, de pouvoir s’expliquer sur cette politique. Il y a l’institutrice soucieuse de voir la Médiathèque se connecter au milieu scolaire. L’occasion de présenter les projets de notre récent service éducatif, exposer le dossier déposé à la commission Culture et Enseignement. Il y a le fan d’Elvis Presley qui explique que notre discographie de Presley est pleine de scorie mais qu’il nous manque une série d’originaux : magnifique occasion de rappeler que la médiathèque ne peut rebondir qu’en captant l’implication des cercles d’amateurs, en fédérant le savoir-faire des amateurs qui peuvent donner ne nouvelle vie à une Médiathèque. Celle-ci pouvant, en retour, amplifier l’influence constructive de ces cercles d’amateurs sur les pratiques culturelles dans la société. En clair, eh bien, ce monsieur peut nous aider à parfaire notre discographie d’Elvis Presley. Avis à d’autres amateurs ! Bien entendu, la question tarifaire qui a été soulevée, avec des positions contrastées, même les plus jeunes ne considérant pas forcément que nos prix soient trop élevés. Mais nous réfléchissons à une autre logique de tarifs, nouveau modèle économique oblige. Il y a l’usager soucieux de trouver des documents audiovisuels peu disponibles dans le commerce et qui semble ne pas toujours trouver son bonheur. Ce sera l’occasion de lui donner des pistes, de lui présenter des outils de recherche dont il n’avait peut-être pas encore la maîtrise… Il y a l’étudiant en musicologie qui souhaiterait bien travailler chez nous, soit y faire un stage, et qui s’interroge d’autre part sur notre offre de téléchargement, sur notre interface informatique peu concurrentielle avec le genre Itunes… Il aura reçu de bonnes nouvelles puisque qu’il aurait des chances de réaliser un stage chez nous et qu’il aura appris que nous travaillons bien à l’amélioration de la navigation sur notre site incluant de nouveaux services offerts par notre base de données. Mais, il faut bien comprendre que la masse d’informations que nous devons rendre fluide sur notre site est plus importante et plus complexe que ce qui se trouve sur Itunes, et que les objectifs de notre dispositif informationnel sont plus diversifiés (et donc complexes) que ceux d’Itunes (vendre uniquement). Il était aussi réjouissant d’entendre par un « jeune » que les propositions de découvertes sur un site comme Itunes (leur fameux algorithme) sont vite épuisées, épuisantes, tournent en rond, air vicié. La parade, ça reste la Médiathèque, si elle bouge (mais déjà, notre site communautaire, Mediavores, élargit le principe de suggestions gérées informatiquement par affinités supposées). Enfin, difficile de résumer et de citer tout ce qui a nourri cette conversation de deux heures, à bâtons rompus, passionnante et passionnée, je retiens surtout qu’elle donne du sens à nos efforts, que ça motive de rencontrer ainsi « les gens » !! La jauge de 13, 15 personnes est idéale pour ce type de conversation, il faut certainement les multiplier… (PH)  Découvrir notre site communautaire MediavoresDécouvrir le blog du personnel du P44 - 

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