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Le phénomène musicien

septembre 26, 2009 · Un commentaire

monteiro Le rendez-vous, la médiation en médiathèque. En rendez-vous du P44 (médiathèque de Bruxelles centre), Alfredo Costa Monteiro parle de son travail, en dialogue avec Yves Poliart, avant d’exécuter une courte démonstration (improvisation).  L’occasion d’indiquer à quel point « ces musiques là » (une manière de viser de plus en plus largement les formes musicales, même pas forcément expérimentales, mais où s’expérimente encore et toujours, comme au premier jour, la relation au son, à la construction musicale) manquent et souffrent d’espace de médiatisation et de médiation. Les aspects « bizarres », « surprenants », « incongrus » de ces manières de musiquer – et qui, depuis le temps qu’elles existent et où des pratiques similaires dans les arts plastiques ont été reconnues, ne devraient même plus réellement décontenancer – ainsi expliqués, rendus proches, finalement sont susceptibles d’intéresser beaucoup de monde parce qu’ils réactivent la surprise de la musique, le mystère du son qui raconte, la dimension spirituelle de la vibration sonore: typiquement une mission médiathèque ! Le phénomène. Alfredo Costa Monteiro s’est longtemps cherché à travers un apprentissage académique de la musique, accordéon, guitare, clavier, incluant deux années de Conservatoire. Il y découvre la musique électro-acoustique : une grande salle d’écoute, vingt haut-parleurs, des chaises longues. Là, dans l’obscurité, il se rend compte que la musique peut jaillir sans instruments, par voies indirectes, venir de partout et de nulle part, il en ressent aussi la force narrative et la plasticité. Comme un appel ? Il réoriente son apprentissage vers les beaux-arts. Nouveau terrain d’exploration. Comment communiquer aux matières physiques et malléables les formes de ses musiques intérieures, comment nouer les deux chimies, rendre manifestes leurs connivences, convergences ? Il privilégie déjà les matières dites peu nobles, celles du quotidien, les objets banals que l’on ne remarque même plus, les laissés pour compte du monde. Ces choses qui disparaissent sous leur familiarité : cette familiarité signifiant qu’elles ont absorbé beaucoup de nous-mêmes, de notre vie, pour s’en camoufler, s’y fondre. Il cherche à rendre visible ce qui se cache dans cette familiarité, leurs harmoniques (comme on parle d’harmoniques en musique) et surtout de les laisser s’exprimer. « Leur permettre de penser ce qu’elles n’ont jamais pensé par elles-mêmes ». Il jouera avec la transformation des matières, par exemple du bitume enflammé, sculpture de chaleur, de flammes, fumées, avant d’elle-même stopper sa forme. L’idée d’une combustion que l’on retrouve souvent, plus tard, dans ses créations sonores : décanter l’essence sonore d’une chose, d’une matière, en la chauffant jusqu’à la réduire à son idée, en la cherchant dans ses ultimes retranchements, puis la laisser flamber et enregistrer ses flamboyances. Ce qui, dans la manière de faire, instaure un rapprochement avec l’art plastique : chaque fois qu’il va reproduire par exemple sa pièce « allotropie », ce ne sera jamais exactement la même que la fois précédente, il ira chercher forcément une autre version de l’idée, de l’essence, on se rapproche du principe de « pièce unique » sur lequel fonctionne l’économie des arts plastiques. Et qui s’illustre par l’emballage du CD « allotropie », justement, traits de coupe dans le papier étant différents pour chaque exemplaire. Sa formation hybride (conservatoire, beaux-arts) le conduit à poser des questions hybrides (mais sans doute avait-il au préalable une tournure d’esprit qui l’a poussé vers la formation correspondant au désir de vérifier ses pressentiments) : comment montrer le son dans un musée ? Phénoménologie et distances. Il dit souvent penser et faire la musique selon une approche phénoménologique. Petit Robert : 1. Vx Description des phénomènes. 2. Philos. – « La phénoménologie de l’esprit » de Hegel (1807). – Mod. Chez Husserl, Méthode philosophique qui se propose, par la description des choses elles-mêmes, en-dehors de toute construction conceptuelle, de découvrir les structures transcendantes de la conscience (idéalisme transcendantal) et les essences. » En se rattachant tant soi peu à de tels processus de pensée, Monteiro présente surtout la rigueur et la discipline de sa méthode qui est faite de volontés, de projets, de limites. Il prend la définition, mais il l’adapte, la mélange à d’autres logiques. Ce qui le préoccupe est bien la distance entre le son émis et sa réception. L’impact, la nature de la réception, ce que ça fait dans le cerveau. Pourquoi tel son me fait ressentir telle chose, me fait voir du bleu ou du vert, telle forme, tel volume ? La distance correspond ici à la durée, à l’espace nécessaire pour qu’un sens se forme et se transmette. Infime ou immense selon les cas. (« En duo, nous jouons parfois à 10 mètres de distance, parfois ça donne bien, parfois ça rate complètement »). Ce qui n’épuise qu’une partie du « problème » : si j’engendre tel son par telle manipulation, c’est aussi que je cherche cet effet, j’ai envie de le ressentir, il m’aide à exprimer, à raconter ce que j’ai envie de raconter par ces moyens-là (entendu : et qui ne peuvent se raconter par ailleurs, sous une autre forme, il y a toujours une « autre dimension »). On voit la complexité du dispositif par lequel « prendre conscience des musiques de la conscience »… C’est sans doute pour cela qu’il s’emploiera très tôt à « jouer contre l’instrument », non pas pour le déconstruire comme on dit souvent avec une connotation négative, mais pour aller à sa rencontre, découvrir ses non-dits, ses difficultés, ce qu’il voudrait exprimer et ne peut pas, explorer ses limites (de l’instrument et les siennes, instrumentiste avec une conscience, un corps), pour les dépasser ou les intégrer à une sculpture du sonore, installation musiquante. Forcément, « aller contre l’instrument » ne correspondait pas à l’enseignement en Conservatoire (enseignement qui reste absolument fondamental tel quel, d’autre part). Mais, en cherchant les essences musicales qui lui « parlent » et qu’il fait parler/chanter/, Monteiro pose aussi des concepts, il se donne des cadres stricts. Par exemple : accordéoniste au départ, il utilise l’instrument selon la logique de la préparation, c’est-à-dire le faire résonner avec des objets, des outils, des « dérivés » qui transforment, contrarient, dévient, détournent, prolongent, les vibrations sonores « naturelles » de l’instrument. Un instrument réel en engendre un autre virtuel, jeu de métamorphoses. Dans cet esprit, il agençait souvent l’accordéon avec une cymbale et des petits moules à cake. « Objets vibratoires ». Un jour, il a décidé de travailler uniquement les gestes « conditionné » par l’utilisation de la cymbale et des moules  cake, de retirer l’accordéon, et d’enregistrer une œuvre avec « le reste ». Ce qui donne le CD « Centre of Mass » dont les phots de couverture évoquent les élevages de poussières » de Marcel Duchamp. Filaments, vibrisses, poils, fils végétaux, cils floraux, au bord de la masse indistincte, du sombre. Les mains, la pensée, les gestes. Aller contre les instruments, explorer l’envers des sons et des langages, rendre justice aux zones sombres des objets vibratoires, Monteiro aime les contraires (dans le plaisir aussi, il peut donner des concerts sympas et des pas sympas). C’est forcément un monde d’incertitude où il est facile de se tromper, difficile de voir juste, de démêler le vrai du faux ! Lui-même vibrant de passion et d’idées peut se percevoir comme un laboratoire vivant, mobile, nomade (Lisbonnes, Barcelone, Bruxelles..). En travaillant de façon accentuée, profonde, sur le papier, la voix, l’accordéon, il ne cherche pas l’anecdotique. Il explique que les enregistrements ne sont qu’une petite partie de ses travaux, beaucoup n’aboutissent à rien, aucune forme de plaisir, et sont jetés. Il a un projet en suspens qui vise à concilier des inconciliables : réussir une forme de soft noise. À faible volume, ce serait du new age. À volume élevé, ce serait insoutenable. Mais sur ce terrain de l’exploration, de l’essai et des fausses pistes, où le langage sensible doit apprendre à tracer son chemin qui ne soit pas un coup de chance, le fait du hasard mais un chemin qui laisse des traces, forme des signes réutilisables, un alphabet pour continuer le dialogue avec les forces, les énergies, les matières qui restaient jusqu’ici sourdes et muettes, on ne pense pas qu’avec la tête. Le cerveau a besoin d’autres informateurs sensibles. Par exemple, les mains sont primordiales, pour penser, pour former les sons, pour aller chercher les émissions, les vibrations, les recueillir, les modeler, répéter les gestes, les normer, formaliser un alphabet à l’aveugle, apprendre ce langage qui sourd, qui jaillit comme par magie. Beaucoup plus que dans une discipline où les mains et les doigts ont été dressés à exécuter des techniques rigoureuses, ici, s’agissant « d’agiter une possibilité de musique » dans des choses-objets-matières-débris-outils, les mains , le sens tactile est primordial (il a le dernier mot, le dernier son) et rappelle combien la musique est plastique. (PH) – Discographie en médiathèque – Interview -

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La fête au village

juillet 13, 2009 · 2 commentaires

Le P’tit Faystival 2009, Petit-Fays, Belgique, 11 juillet 2009

festivalfestival2 C’est le duo belge Casse Brique qui ouvre la sixième édition du festival, vers 16 heures, à côté de la scène, délibérément, histoire de montrer que la musique, ça se travaille n’importe où, ça les prend n’importe où, comme ce qui précède une crise d’épilepsie, une extase lumineuse et agitée. Ça vient, c’est irrésistible et tant mieux si ça casse la baraque. Les deux musiciens sont face à face, pliés sur leur ouvrage, concentrés avec l’air de deux manœuvres qui retournent énergiquement leur mortier pour ne pas le laisser prendre. Ça doit rester fluide et gicler. Je ne sais s’ils font de la musique ou « rejettent » un trop plein de musique. Ils me font penser à deux amateurs mordus de sons, imbibés de tous les avatars de la musique populaire, noire et blanche, ayant écouté le plus possibles en vrai addict jusqu’à ne plus y tenir. C’est le trop plein et ils recrachent tout. À leur manière. En mélangeant, écumant, liant ou déliant, respectant et trahissant allègrement. Tour à tour souple et funk puis cascadeuse cassante. Guitar hero primaire puis conceptuelle abstraite, cogneuse crapuleuse et cosmique rêveuse. Guitare barrée et festival de métamorphose. À travers tout. Sans rien respecter. La recherche d’une énergie pure, intraitable, incalculable, un retour aux sources du plaisir irrépressible de s’exprimer, de sentir que ça jaillit de soi, à mille lieux des recettes qui calculent le bon dosage des influences diverses pour réussir le bon cocktail qui marche. La batterie qui bourre les côtes, défonce les cadres, pousse dans les ultimes retranchements,   ceux où l’on grimace en arrachant le meilleur de soi, de ses cordes, pédales, ampli, manche, caisses, baguettes. Changements de rythmes affolant, associés à un ping-pong référentiel effréné, une débauche de citations fines, un set qui donne le tournis, profond, comme quelques heures plus tard, et de manière autrement superficielle, les lumières stroboscopiques du DJ New Sensation. Pas eu le temps de beaucoup penser à ce qu’exécutait les deux de Casse Brique. Une prestation libératoire, le sentiment que la liberté reste accessible, la capacité à ne pas se laisser coincer dans les héritages, la joie de foutre le bordel, de dégager les horizons. Une façade où toutes les composantes du rock musclé bougent selon une dynamique esthétique “arkanoïde”, du rock qui se joue comme un jeu de démolition-reconstruction, à l’instinct. (Allez, un peu bateau: le rock relu et corrigé selon une génération marquée par les jeux vidéos?)– Ravitaillement. Entre temps, les organisateurs allument le bûcher qui servira à cuire dans une poêle digne des grands concours populaires, une version festivalière des « canadas aux rousses », recette locale de pommes de terre rissolées dans un bouillon à la chicorée, avec du lard et des saucisses sèches. – Divers folk et écologie. Après Casse Brique, le programme revenait un peu à ce qui était le point fort de ses premières éditions (ils ont souvent débusqué en primeur de nouveaux noms importants). J’allais entendre pour la première fois, et j’imagine ne pas être le seul dans ce cas, les deux artistes aux programmes. S’agissant en plus d’un genre où mes repères ne sont plus forcément très structurés, je n’allais pas manquer d’être en difficulté pour évaluer, juger. Un festival, cela dit, reste un bon endroit pour exercer son jugement, en discutant, comparant ses impressions à celles des autres, etc. Exercice difficile : « Ni les professionnels des mondes de l’art ni les consommateurs ne peuvent estimer par l’expérience directe ce que valent chaque artiste et chaque œuvre, ni réestimer à tout instant la valeur d’un artiste, dans le contexte mouvant d’une concurrence sans cesse renouvelée. » (Pierre-Michel Menger, « Le travail créateur ») Diane Cluck (Etats-Unis) était précédée d’une longue introduction confiée à  Ken’s Last Ever Radio Extravaganza, une sorte de druide manipulant son ordinateur, mixant une bande son entêtante, développant une sorte de journal intime instantané sans oublier de prêcher assez lourdement en faveur d’une autre manière de vivre la musique, la relation au concert… Diane Cluck a un jeu de guitare léger, diaphane, survolant. Des arabesques tissées finement, des rythmes perlés, qu’elle retient habilement dans ses doigts et puis qui filent, presque sans laisser trace. Jeu de guitare libellule. Le chant, plutôt de tête, est très complexe, d’une souplesse virtuose, très contrôlé (les mouvements des muscles du visage, l’ouverture de la bouche, l’ajustement des lèvres, la position de la langue, tout semble régi par un programme minutieux). Climat fantastique qui cherche un autre monde, nouveau monde, esthétique fragile et tendue, quelque chose d’ancien, de souffreteux aussi. Ce sont pour moi de nouvelles formes de folk en recherche de spiritualité. Quelque chose d’instable même si cette artiste manifeste un caractère bien trempé et des choix inflexibles, dûment pensés. Il faut dire que le contexte n’était pas idéal. Même un petit festival ne parvient pas nécessairement à protéger les musiques intimistes. Il y a du chahut au bar, les gens fument, l’idée de ce que doit être un festival, la guindaille avant la musique. – Pendant ce temps, rira bien qui rira le dernier, DJ New Sensation prépare son set. Et Theo Angell a du mal à commencer. Il faut dire que le soleil est revenu, on en profite dehors, beaucoup attendent l’ouverture de la baraque à frites et les autres font la queue pour leur portion de canadas aux rousses… Theo Angell y va quand même, et pour battre le rappel des festivaliers, entame par quelque chose de surprenant, mixe de chant diphonique et de larsens contrôlés. Là, on le sent habité par des mondes sonores intéressants. Mais ça transparaît peu (quand même) dans ses impeccables chansons néo-folk. Il reste habité, c’est le principal, avec une voix pas banale. Il finira en duo avec un banjoïste (Paul Labrecque) armé d’un archet, partie instrumentale nébuleuse, chemin de traverse qui mériterait d’être mieux construit et exposé. Avant de quitter scène, Theo Angell slame une provocation à NewSensation, encore lui, en débitant un beat electro en martelant de son doigt le jack de sa guitare. Rafale rock magistrale. Cette fois Bébert a ouvert sa baraque et l’huile chauffe. Et les deux de Two Pin Din (Canada – Ecosse) ont vraiment la frite. Duo rock punk bavard (dans le sens où il raconte beaucoup de choses, sur le réel, le passé, l’avenir, sur la musique, raconter avec les mots, les attitudes, les sons, les riffs, les signatures). Rapide et joyeusement cynique, carrosserie réduite au minimum et décapotée, conduite sportive sur les jantes. Pas un gramme de graisse. Si Casse brique m’enthousiasme par leur manière d’arracher-jeter la consistance d’une jeune expérience, Two Pin Din enchante par la manière légère, sans fatigue, de tirer parti d’une longue expérience. Wilf Plum, en effet, a participé aux Dog Faced Hermans et Andy Kerr était de l’épopée Nomeansno (fin des années 70, mouvance punk). Ils ont un métier fou et savent s’en amuser, nous amuser, feinter et balancer des fioritures fignolées, mais quand il s’agit de massacrer, de déguinzer, pas question de s’emberlificoter les manches de guitares, on y va droit au but. Andy Kerr impressionne par sa présence survoltée, le débit rapide et incisif de ses chansons ou récitatifs ou invocations, toujours clair et audible, le message doit passer, vieux principe militant. Il est brillant, allumé, inspiré et semble sans calcul, et son registre guitaristique éblouissant, là aussi  véloce et hyper précis, pète sec ou volubile, inventif et jouissif. Du jouissif qui vient, tant pis si j’insiste, de cet équilibre rare entre l’expérience, un certain passé du rock créé et vécu par ces deux là, et la manière de ne pas s’installer dans leur passé, de le remettre toujours sur le métier, en fonction de l’actualité, de la société qui change, des nouveaux éclairages politiques, une militance rock qui ne radote pas, se remet en cause, se récrée, trouve son mouvement perpétuel, émerveille. (On aura apprécié ce côté « bon sang, ils savent de quoi ils causent, de l’intérieur » notamment dans leur reprise d’un morceau de  Wire.) Chapeau bas, de quoi être baba. La queue devant Bébert et la palme du festival se taille. J’aurai raté le début de Palms, en attendant un paquet de frites et une boulette (sauce andalouse) et je ne suis toujours pas certain d’avoir raté quelque chose. J’ai bien pris acte de l’enthousiasme de quelques fans, mais… je reste dubitatif. C’est le genre de groupe avec une chanteuse qui chante décalé (faux), pour un résultat éthéré, un peu dans les limbes. Il m’a semblé que les aspects « faux » (qui peuvent être voulus et assumés dans certains cas) n’étaient pas très maîtrisés. Ça flottait, incertain et immature. Comme si le groupe exhibait un état transitoire d’une recherche pas encore aboutie, ou qu’il ne parvenait pas à bien exploiter l’une option de jouer sur le non abouti. Le contexte ne jouait pas forcément en leur faveur, l’heure tournait, le programme a pris du retard, New Sensation de Saint-Hubert s’impatiente… (PH) – Présentation du programme avec informations discographiques -

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Vecteurs musicaux, reconstruction sociale

juin 21, 2009 · Laisser un commentaire

Ignatz, fête de la musique, Médiathèque de Charleroi, juin 09.

mediathequeÀ contre courant de l’esprit « fête de la musique » qui consiste à répandre des moments festifs dans la ville, sur podiums officiels ou improvisés, à cultiver le lien social par le biais de musiques extraverties, c’est à une plongée dans une musique fragile, intimiste, pleine d’ombres (esthétiques, temporelles) que conviait la Médiathèque de Charleroi. Pas le genre de truc qui va fort, que l’on écoute en trinquant et en parlant fort, quelques minutes avant de passer à une autre scène. Avec Ignatz, il faut se poser, s’asseoir, écouter attentivement, se concentrer, prendre le temps. Même si elle ne rechigne pas à provoquer les précipitations soniques, c’est une musique lente. Hypnotique, se déroulant dans des variations blues. Un blues basique, pulsation primale, originelle, déconstruite analytiquement, et reconstruite en flux sonores, en trames de synthèses, thématiques, collages d’éléments blues articulés comme des frises. Syntaxe, grammaire, le musicien déterritorialise un héritage blues puis le reterritorialise dans son imaginaire, selon une syntaxe qui lui est personnelle. Et tout ça passe par le réseau de fils et d’organes électriques étalés au sol, filtres, transformations, découpages, mutations, reproductions. Système nerveux extérieur du musicien. Un subtil travail de boucles qui défilent comme des films, des images abstraites sur lesquelles le musicien superpose sa narration guitaristique. Elle-même sinueuse, procédant par boucles, tournant sur elle-même. Une étrange course-poursuite au ralenti, sans fin. Dans le vide. Beaucoup d’ornementations électroniques évoquent des atmosphères anciennes, dégagent une dimension nostalgique embrumée, illuminée, avec des connotations orientalisantes. Spiritualité au spectre large. Toujours au bord de la distorsion, du manque, ces longues transes conservent une rudesse sombre, malgré leur élégance. Et quand plié en deux sur sa guitare inactive, Ignatz se concentre sur les boutons de ses appareils, c’est un véritable petit film d’animation sonore qui s’ébauche, échevelé, dans une ville globale en ébullition, tourmentée, sur le point d’exploser et s’effondrer, d’éclater en millions de fragments de verre sous les ultrasons du conflit entre micro-structures hyper modernes et ultra-archaïques. Scène sans aboutissement. Le tout est joué sans démonstration scénique, de manière très ascétique, assis par terre, posture d’un musicien juste de passage. Recueillement, chapelle improvisée… J’apprécie aussi que cette prestation live vienne considérablement altérer la perception que j’avais de cette musique, à l’audition des CD ou de séquences filmées sur Youtube. C’est un travail qui change, les coups de crayons dessinent sans cesse de nouveaux traits, nouvelles actions, intrigues sonores. ( Texte sur Ignatz de Philippe DelvosalleChronique d’un CD d’IgnatzIgnatz vidéoDiscographie en prêt public - ) Concerts en médiathèque, enjeux. Reste que, si ce concert en médiathèque n’est pas un échec – des usagers passent, manifestent leur intérêt – c’est loin d’être un succès. Dans le repositionnement des médiathèques, réussir à rassembler du monde autour de musiciens à découvrir, autour de différences musicales à comprendre et qu’il convient de soigner ensemble, de protéger pour qu’elles continuent à enrichir la société, sera de plus en plus primordial. Aux responsables des médiathèques de réussir à faire sentir l’importance de cet enjeu, aux usagers des médiathèques, aussi, de réaliser que leur intérêt de curieux de musiques passent par le soutien physique – la présence militante – aux initiatives de rencontres que doivent prendre de plus en plus les médiathèques. Il ne suffira plus d’emprunter des médias physiques pour justifier la présence de lieux dits de « lecture publique », ou de signer des pétitions pour réclamer leur maintien. Il faut les faire évoluer, leur donner une nouvelle âme, cette âme consistant à développer un esprit d’attention aux arts enregistrés (musiques, cinéma, littératures…) qui manque de plus en plus dans l’espace public. Ce qui ne se réalise qu’en investissant du temps dans une autre manière de fréquenter les espaces « médiathèque » ou « bibliothèque ». Le chemin est encore long. Bistro et terrils. La Fête de la Musique à Charleroi était aussi l’occasion de réentendre Les Terrils dans un vrai vieux beau bistrot de la Ville Basse, “La Quille”. (Rue de Marcinelle, face au nouveau lieu culturel à suivre, le Vecteur). Un cadre tout à fait adéquat pour ce genre de musique (Lire autre article sur Les Terrils en concert), belle prestation énergique. Dans la rue elle-même, sur le podium principal, Quentin Hanon présentait son mélange d’électro-techno et de guitar hero. Luxuriant, un rien emphatique, en complet décalage (mais ça c’est bien) avec l’abandon économique flagrant du lieu. Magasins fermés, façades tristounettes, devantures lugubres: et l’on peut méditer longuement sur le triste état dans lequel le politique a laissé sombrer une ville, dans le renouveau qui peut survenir par la manière dont des citoyens investissent des intentions culturelles”…  Par l’exagération, l’inflation de moyens, de démonstrations virtuoses, de mélanges référentiels, ce genre de musique manifeste surtout, je pense, la difficulté de trouver des issues, des lignes nouvelles, des styles personnels. Je n’avais jamais écouté Quentin Hanon, et en même temps, malgré la bonne qualité de l’ensemble (bonne tenue, belle recherche, sans doute faiblesse d côté de l’idée?), je n’éprouve aucune grande surprise, ça me fait penser à plusieurs autres choses entendues. Particulièrement, ça m’évoque  certains albums anciens de Buckethead (ce guitariste, un moment produit par Zorn, qui jouait avec une sorte de seau sur la tête !) et qui me faisait déjà cet effet: à la fois une sensation d’entendre du neuf, une énergie inhabituelle, des processus non conventionnels, des techniques à rebrousse-poils et, en même temps, cette impression paradoxale d’entendre des portes ouvertes enfoncées une fois de plus, théâtralement… (PH)

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Un festival kraakant

mars 8, 2009 · Laisser un commentaire

Kraak Festival 2009,   samedi 7 mars, Recyclart & Faro, Bruxelles

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C’est un festival qui n’a pas de prix (organisé par le label K-raa-k). Sans rouleau compresseur médiatique, sans tête d’affiche commerciale, qui d’autres propose en une journée et se succédant sur les mêmes scènes, du folk, du sonique tribal, du psyché post-punk, du noise, du free jazz, de la techno mutante, de la nouvelle lutherie, de l’art sonore conceptuel… Sans que ce soit un fourre-tout (comme certains grands festivals d’été, sans âme, qui peuvent fourguer aussi bien la vedette la plus mainstream et le groupe le plus jeté, du moment que ça drague du public segmenté, sur des scènes différentes)!? Une telle entreprise devrait rapidement être classé « patrimoine immatériel de l’humanité » au prétexte de protéger la diversité culturelle. Ça ne veut pas dire que tout ce qui est programmé est génial et digne du coup de foudre. (On sait du reste qu’un concert réussi dépend aussi de conditions difficiles à réunir à chaque fois.) Mais en 14 concerts, une coupe transversale et profonde, internationale, se dessine dans l’état actuel des alternatives musicales, jeunes et anciennes. Une des qualités notoires de l’affiche est de rassembler, au-delà du mélange des genres, des émergences et d’anciennes galaxies capitales toujours en activité (et que trop d’organes d’information considèrent comme mortes, alors forcément, ils ne doivent pas s’étonner si on va s’informer ailleurs). Pas forcément pour faire ressortir des filiations avérées, mais pour replacer l’ensemble dans un esprit de recherche et de curiosité continu. C’est donc une merveilleuse école de l’écoute, chaque échantillon étant, dans son genre, de bonne facture (même si, encore une fois, ça peut rater). C’est un plaisir en soi de circuler, d’écouter et regarder, d’essayer de comprendre, le fait d’avoir réellement une révélation inoubliable, finalement, passe au second plan. Le public est assez nombreux, pas résolument homogène comme dans d’autres types de manifestations plus catégorielles, et suit attentivement, et ne s’enflamme pas pour tout en même temps, mais régulièrement il y a des zones du public touchées par l’extase et c’est surprenant, face à des artistes quand même pas très connus… Quelques extraits captés : Wavves, duo post-punk américain, un set sec et nerveux, frais et torturés comme par des collégiens à la Gus Van Sant. Quelques balades sirupeuses plus Beach Boys et surtout un enchaînement de pépites explosives. Belle maîtrise, belle appropriation de cet héritage chanson rock rebelle bordélique. D’autres échantillons entendus sur Internet donnent une dimension plus travaillée qui pourrait justifier une parenté avec Animal Collective, énoncée ici ou là… Headwar, un foutoir post punk prog metal à la française. Des narrations échevelées, foutraques, un théâtre sonique avec visseuse sur guitare, disqueuse, cor tribal fixé au pied de micro, cymbale fixée sur une guitare électrique pour percuter… Des climats variés, des changements de rythme, des crescendos hypnotiques et ravageurs, de la défonce activiste. EL-G. Précédé d’une réputation flatteuse (celui qui injecte l’expérimental dans les nouvelles musiques françaises, proximité avec Ghédalia Tazartès), Laurent Gérard aura déçu ou désappointé. Il chante du folk d’abord, à la guitare, de manière très classique. Avec un côté très roots, sauf qu’il est impossible de déterminer des racines de quel pays il s’agit. Comme s’il s’agissait de folk songs d’un pays imaginaire, sans consistance. Il alterne ces séquences au coin du feu, avec d’autres plus éclatées, micro dans la bouche, plié en deux sur ses appareils électroniques. Brouillage, brouillard, transformation de la voix, mutation radicale et incontrôlable du chant… C’est un peu confus et flou. Il faut probablement mieux connaître l’artiste. Le graphisme de son site, des pochettes de ses vinyles, est séduisant, interpellant. Fabulous Diamonds. Duo australien. une batteuse qui bûcheronne métroniquement, parfois avec des rythmes cassés. Un claviériste qui module avec énergie minimaliste des séquences hypnotiques. Aux moments culminants, il les complexifie de façon remarquable, les pétrissant, les tordant, les tressant, leur donnant un revêtement kitsch percussif peu ordinaire. Pas très intéressé au début, leur manière de faire s’est révélée attirante. Et j’ai fini par presque approuver le commentaire du programme : « Think minimalist beat pop somewhere in betwetwenn Sun Ra, The Slits and Liquid Liquid ». Alan Silva & Burton Greene. Rencontre avec deux musiciens célèbres de la mouvance free jazz (canal historique). Changement résolu d’ambiance. Rien que dans la manière de s’installer sur scène, on peut percevoir des différences de statut, de manière de faire, d’attitude à l’égard du « faire musical ». Alan Silva jouera un solo de contrebasse en introduction, l’imposant instrument à corde restant ensuite au sol, au milieu de la scène, comme trophée inactif. Le son des cordes aura été enregistré et le musicien va jouer, par clavier et sampling interposé, à les transformer. Burton Greene le rejoint et l’improvisation commence. Ce qu’Alan Silva tire ainsi de sa contrebasse dématérialisée, intériorisée, est quelques fois déroutant, d’une grande poésie magique (comme ces lanternes magiques qui, de choses archi connues,  font jaillir des ombres inconnues, fantastiques). Le duo avec le pianiste fonctionne bien, le dialogue entre un clavier qui en est un et un clavier qui est « autre chose » est plein d’inventivité. Il y a des « longueurs », mais elles font partie de ce jeu-là, elles sont normales, et bien entendu, il y a parfois, légèrement, cabotinage. Normal ! Henry Flynt. Personnalité pas facile à saisir, à coincer. C’est un happening bien enlevé qu’il aura balancé au public du festival. Comme une machine infernale avec minuterie, un fond sonore électro, pulsation technoïde affolée, un flash trash alterné, une respiration robotique hors d’haleine, scandant un stress technologique asphyxiant. Sirène d’alarme déclenchée par une alerte métaphysique. Le vieil artiste est devant son micro, guitare en bandouillère, avec un lutrin garni de partitions et, à droite, une horloge sur pied. Il égrène des phrases mal articulées, balbutiées, maladroites, quelques notes extirpées de leurs connotations blues, country, roots… Il joue avec ça comme un peintre s’amuserait à dessiner comme un enfant. Y a-t-il seulement quelque chose d’écrit sur les partitions ? Rien n’est moins sûr ! C’est peut-être bien rien d’autre qu’un décor. Et le vieux musicien malicieux continue sa performance, concentré, jouant la concentration, faisant prendre une sauce improbable, entre art brut et art conceptuel. Libérant une force et une énergie là où on ne l’attendait pas. De cette espèce d’imposture qui, bricolée pour donner l’impression d’un agencement savant sur les musiques populaires, en vient peut-être à dire que la musique, c’est pas grand-chose, et la transe qui va avec non plus !? Henry Flint a l’air, en tout cas de bien s’amuser, comme le public devant la scène, hilare et secoué. Les avis, sur ce genre de prestations, sont certainement partagés, heureusement ! ! (PH) Présentation du label K-raa-k pour ses dix ans, par Ph. Delvosalle. Discographies Alan Silva et Burton Greene et Henry Flynt en prêt public. 

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La Sélec en soirée au Schip

février 23, 2009 · Laisser un commentaire

Patton, « hellénique chevaleresque récital », au Schip, le 20 février 09, La Sélec en Soirée.

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C’est au Schip, salon de musique Matamore, que La Sélec 3 avait choisi de fêter sa sortie… Voir apparaître et commencer la diffusion d’un nouveau N° d’une revue que l’on aime, que l’on fait avec amour est aussi magique que de voir s’installer, dans la maison, tous les éléments d’un concert. Dans une belle continuité entre lieu de vie et lieu d’art. Cela évoque les préparatifs de toute fête domestique où l’on réunit les éléments pour, quelque part, charmer, laisser le souvenir d’un moment inoubliable. Nervosité bon enfant, trac, tension qui prélude à l’esprit des fêtes. L’agencement quotidien du lieu se bouleverse petit à petit pour se muer en espace festif, ici, autour d’un espace scénique où se produiront les musiciens, d’où jaillira la musique. Délimité par la guirlande. Un premier concert était assuré par le duo français (en anglais) de Thousand & Bramier (déjà deux albums). Belle variation intelligente et sensible sur l’héritage folk opérant par climats subjectifs, état d’âmes ralentis ou accélérés, jeu subtilement référentiel… Ensuite, Patton, duo belge, présentait son nouvel album tout chaud qui fera l’objet d’une présentation soutenue dans La Sélec 4. Ça démarre avec un engagement très physique pourtant marqué par une retenue, comme une volonté de prendre de la hauteur tout en restant « plongé dedans », pour s’assurer d’un point de vue original sur la géographie musicale complexe, mélangée, entrecroisée de multiples influences, qui les inspire, qui fait couler la musique dans leurs veines. (Ce qui doit leur valoir quelques fois, probablement, une réputation d’intellos.) Mais c’est avant tout, une manière de questionner avec des couleurs franches, primaires, et avec des formes très plastiques, un matériau musical proche de la balade, du folk, pour esquisser d’autres fils narratifs, glisser vers d’autres fictions. Narrations faussement aléatoires. En travaillant par couches successives lacérées ensuite comme ces placards d’affiches et jouant sur les parties qui font sens suggestifs. La guitare casse les phrases et les rythmes, les détourne, s’exerce à différentes coupes, franches et nettes, hésitantes et baveuses, obliques, dans le sens de la longueur, mates ou pleines d’échos, implosives ou explosives, cul-de-sac ou carrefour de plusieurs pistes. Elle construit des paravents bruts ou raffinés, de sons plaqués ou perlés, derrière lesquelles se laisse percevoir, par allusions, le déshabillage de chants très anciens, des gestes, des frises de rengaines presque effacées. Divers relents de danses traditionnelles comme prises au polaroïd et aux couleurs passées. La batterie est puissante, bavarde et tentaculaire, elle propulse des arythmies galopantes et hallucinées, habitées de légendes, elle défonce, elle détrempe, elle sculpte, elle grave les images sonores d’une dramaturgie enfouie, à même des échantillons de décors sonores fugaces. Que chaque pulsion tente d’exhumer dans un sens de l’épique décalé, dispersé, cimetière d’indices d’un grand récit dont ne surnage que des bribes, des bouts de rengaines qui chantent, en transit, dépaysés, devenus étrangers à toute mélodie, errant dans une structure musicale déstructurée… Une option musicale pas facile, exigeante et courageuse, transmise avec une tension, un engagement et une ferveur qui en imposaient. Chapeau. Pour Matamore, Patton, Thousand & Bramier, et la Sélec (mixages de Philippe et Benoît), le salon de musique était rempli, chaleureux et attentif. Une belle soirée. Restez attentifs et venez nous rejoindre à la prochaine soirée La Sélec… (PH) – Ecoutez la compile de la Sélec 3Discographie de paTTon en prêt public. 

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Harmonies martiennes

février 8, 2009 · Laisser un commentaire

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Il est agréable de passer une soirée dans un local que l’on dirait « alternatif », petit et comme aménagé dans l’éphémère (les visiteurs délivrent le message et s’éclipsent), structure légère en vitrine sur la ville, où quelques martiens bidouillent leur organologie musicale informatique. Pris dans la buée graphique des vitres, les halos des lampadaires semblent des soucoupes immobilisées, les bus de passages filent sur coussins d’air, des ombres précipitées de passants déboulent noires comme des âmes diffractées, de passage sur le trottoir vers d’autres dimensions… martiensgohome est un collectif électronique créé en 1996 (« abscons depuis 1996 »). Au départ, c’est une fonction radiophonique, enchaîner des disques sur Radio Campus, qui, sous l’interrogation de ceux qui la prennent en charge va dériver, se transformer, devenir une sorte de happening. Ou, comment, les musiques devant voyager dans les ondes depuis leurs traces gravées jusqu’aux oreilles des auditeurs, elles sont capturées, détournées, transformées au gré de rencontres avec d’autres principes vivants qui les scrutent, les manipulent, les mutent, les greffent, les bouclent… L’agent radiophonique fait parler, dans le sens plein du terme, les musiques qu’il décide de programmer, en les dépiautant, en les soumettant à un laboratoire d’altérations. Avec le temps, Martiens go Home obliquera et décidera de travailler à partir de ses propres générations sonores (il ne « parasitera » plus la musique des autres). L’objectif sera, semble-t-il, de se comporter en véritable martiens explorant les poussières microscopiques de notre terre sonore : prélever des échantillons, le plus possible de variétés de bruits quotidiens dans toutes leurs manifestations ténues, les archiver, les étudier pour tenter, en les scannant dans des machines de plus en plus élaborées, de rendre audibles leurs musiques interstitielles qui contribuent à l’homogénéité schizophrénique ambiante. (Avec des projets aussi de mémoire tournés vers la captation des restes de productions sonores des bassins industriels wallons.) Dimension sociologique des émissions bruitistes ! « Harmonies martiennes » et « collectif électronique », j’utilise ces termes en référence, même si c’est surprenant, avec le rôle social des harmonies, chorales et autres fanfares qui, dans d’autres époques, socialisaient à partir d’une pratique musicale et qui ne peut plus, aujourd’hui, même si ces organisations musicales existent encore, exister tel quel. Parce que la pratique d’une fanfare ne socialisera pas « dans » l’univers sonore contemporain, majoritaire, qui est constitué de sons traités, électroniques, dont la production s’effectue par des « programmes » qui se trouvent technologiquement dans une proximité bien plus forte avec le fonctionnement neuronal du cerveau. (Du genre de proximité avec la pensée évoquée par Deleuze quand il parle du passage de l’image fixe à l’image-mouvement). Electro-associative. C’est probablement une dimension importante de martiensgohome que d’ajouter à la pratique électronique souvent considérée comme trop individualiste, une dimension collective. La dynamique d’une association active dans la vie culturelle urbaine, tissant des réseaux d’échanges, investissant des endroits inhabituels, leur donnant une âme, fusse-t-elle provisoire, en créant des circuits d’échanges d’idées musicales, de savoir-faire. Des lieux où apprivoiser pour une meilleure cohabitation, par la réflexion et l’exercice qui désacralise, les mondes sonores les plus actuels voire conflictuels, rendus hostiles par une série de clichés. S’approprier notre culture. Avec aussi une dimension festive et chaleureuse (ces martiens ont des apparences très humaines). Depuis sa création, martiensgohome  a participé et stimulé une réflexion de terrain (sans frontière) et de scène sur l’évolution de la ville, a pratiqué les collaborations avec des projets de danse, est parti à la rencontre du cinéma, a organisé un calendrier important de rencontres avec des musiciens, d’ici ou d’ailleurs, divers martiens de passage. L’anniversaire. Pour célébrer la douzième année d’activités rituelo-électronique –permanence d’un chant neuronal minimal et accidenté délimitant un nouveau territoire tribal qu’ils sont prêts à échanger avec celui d’autres témoins cosmiques- martiensgohome a organisé trois journées d’exposition, projection, invocations bruitistes et bacs de bières. Pour la soirée du 7 février, les martiensgohomes se coupaient en deux et se produisaient en deux sets chaque fois avec un invité non martien, histoire de renforcer leur politique d’échanges interstellaires: en premier lieu, ils croisaient les sons sans plans établis, avec Johan Vandermaelen et ensuite avec Aernoudt Jacobs. Ca ne ressemblait pas à une salle de concert, plutôt à un bureau improvisé de traduction où l’on écoute et tente de traduire les messages délivrés par les fines particules étrangères… Voire une sorte de guichet où l’on résorbe, en se baignant dans la prolifération de molécules électroniques venues d’ailleurs, les dégâts de la fracture numérique…  À noter l’édition d’une clef USB reprenant dix heures d’émissions radiophoniques, permanence des harmonies des microsphères de l’intimité machinale et inconsciente. (PH) – Témoignages sur leurs activités : lien 1 lien 2 La clef USBUne discographie - Le livre Martiens go Home -

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Théâtre noir et solaire de Raïs Annegarn

février 1, 2009 · Laisser un commentaire

Dick Annegarn, Théâtre de Mons, samedi 31 janvier 2009

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Depuis son retour en 1997 avec «Approche toi », premier signe d’une créativité éblouissante ponctuée de nombreux enregistrements, soit le « come-back » musical le plus heureux, le plus riche de sens, Dick Annegarn n’avait toujours pas été programmé à Mons. C’est enfin chose faite. S’il commence par lâcher, avec une fausse désinvolture rugueuse comme désappointée (à la Grand Duduche, personnage de BD des années 70 créé par Cabu, à qui, à l’époque on comparait sa dégaine), « bon, c’est un nouvel album, quoi », on n’assistera pas (heureusement) à ce que l’on appelle le « concert promotionnel d’un nouveau CD ». Il entame bien par les deux premiers titres de « Soleil du soir » : « D’abord un verre » et « Jacques ». L’hospitalité, de tous les temps, rythmée d’arrivées et de départs, de commencements et de fins, d’enthousiasme et de dépression, boire un bon coup sur une belle nappe fleurie partagée. À propos de l’apport d’un des musiciens (tuba) qu’il qualifiera à un moment de slave et « pompier polonais », il évoquera le mélange de tristesses variées, comme principe de la variété. Crépuscule, ombres fantastiques, exorcismes. Le spectacle tout entier sera dans cette tonalité : le grand théâtre des peurs et des joies, des abattements et des sursauts, des désespoirs et des ruses pour y croire encore, grand théâtre d’ombres crépusculaires, dans cet instant magique où le soleil va se coucher, nous abandonne, et qu’il est presque insoutenable d’attendre qu’il revienne. Tout ce qu’un tour de chansons peut inventer pour rendre vivable ce passage régulier qu’aucune habitude n’atténue, surtout chez ce drôle d’écorché  nordique, sera généreusement présenté: le chant, bien entendu, la magie d’un verbe inclassable, des mélodies inouïes, les musiques, les arrangements, la parole, mais aussi le corps, le mime, les gestes, la danse, les grimaces… Le programme est subtilement agencé pour extraire les nouvelles chansons du concept de marché « nouveau CD » et les rattacher aux anciennes, au corpus impressionnant de chansons inoubliables, inaltérables de cet auteur-compositeur hors normes. Entre le répertoire déjà connu et le plus récent, il va tisser des liens, montrer les correspondances, comment elles continuent des filons poétiques, des réflexions métaphoriques sur la condition humaine, comment elles varient des perceptions engagées du réel. D’abord, ce sera en manifestant que le lien de sens avec les plus connus de ses tubes, n’est pas rompu :  il ne fait pas partie des vedettes fatiguées qu’on leur demande toujours les mêmes succès et ne les réinterprètent que sous la (fausse) contrainte, et sans imagination (formolisées). C’est sans doute que, de par leur mode de fabrication, leurs tubes se fatiguent en dehors de leur manière d’être vivants dans l’esprit des fans ! Ceux de Dick Annegarn participent d’une relation forte à sa vie, sa biographie, sa relation au monde, non pas comme quelque chose de passé, figé, nostalgique, mais toujours vivants. Ses « tubes » ne comptent pas par la quantité de pièces vendues, ils sont toujours pertinents, d’actualité. Il ne faudra pas attendre longtemps pour qu’il entonne « Bruxelles, ma belle… », avec un arrangement inédit, juste à l’orgue électrique, un peu bricolé bancal, presque gagné par les tremblements du « bataclan ». Émotion intacte, chez le chanteur, dans la salle. Je m’interrogerai sur cette faculté qu’ont certaines chansons, écoutées de très nombreuses fois, ancrées dans la mémoire musicale depuis de longues années, de résonner à chaque fois comme neuves, de réactiver les larmes aux yeux quasiment à chaque fois !? « Attila Joszef », « La Limonade », « Bébé éléphant », « Mireille »… Il y a des qualités intrinsèques à la composition même, mais aussi le travail de leur créateur pour les maintenir vivantes. Ce nouvel arrangement témoigne d’une attention particulière à un titre fétiche, un investissement pour le penser autrement, l’éclairer d’un autre jour, le rajeunir par d’autres arrangements. Ce sera le même et en même temps il sera différent : à redécouvrir, pas une simple répétition. Et ainsi, durant tout le récital. Show et magie. Péremptoire et faussement braque, Annegarn est un showman rigoureux et exigeant, soignant surtout cette mise en scène ineffable qui tient à la présence et à un sens de la transe (souvent évoqué par Artaud) : l’art de faire apparaître ses chansons, au bon moment, de les amener pour que chaque fois elles surprennent, interpellent, renouvellent les émotions. De la magie. Cette magie qui tient à l’art de raconter, de filer la succession des chansons dans le fil narratif de ses choix de vie, ses dérives, ses canaux secrets, ses regards sur le monde, ses blessures d’écorché… Toutes les chansons, si familières et mystérieuses aussi de par leur syntaxe qui n’appartient qu’à lui, s’inscrivent dans sa biographie, qui devient certes un peu une légende (les péniches, Anvers, Paris, …) mais représente des choix qui ont orienté la manière de se poser, de se planter dans le monde. Les blabla entre chansons. Les artistes, en général, aiment faire un petit clin d’œil aux spécificités locales : mais en parlant de Van Gogh à Cuesmes, de la terre noire du Borinage, sachant son attachement à la vie et l’œuvre de ce peintre, ce n’est pas que du spectacle ! Il rappellera plusieurs fois la réalité découverte de « l’autre côté du mur », les cultures qu’il y a rencontrées, diverses et colorées là où l’on se représentait un grand bloc de grisaille soviétique. Il apparaît alors voyageur curieux de se confronter aux réalités différentes de la géopolitique. C’est en Hongrie aussi qu’il aura un contact inoubliable avec la réalité des musiques tziganes, rien à voir avec ce que fait « qui encore… comment il s’appelle… le fils de l’autre… » (Thomas Dutronc) et son recyclage de musique tzigane pour touristes. Il dédiera « Bluesabelle », cette chanson sur le pathétisme d’un VRP de luxe, à Sarkozy : « Mandela a commencé en prison pour finir président. On peut espérer que l’autre fasse le trajet inverse. » Il parlera d’un événement qu’il co-organise, dans son village, « Le Festival du Verbe » (c’est aussi une association), l’occasion d’égratigner un peu les travers de la mode rap, slam… Et de rappeler ainsi son engagement pour la sauvegarde du verbe dans la vie de tous les jours, comme moyen de survie, de dignité, d’indépendance (c’est en fait de ce festival du verbe que parle la chanson “c’est un beau bateau”…).  Et de fil en aiguille, tendre, mordant, autoritaire, maladroit (faussement), bégayant, plein d’aspérités, il brode une prestation somptueuse. Bravo aux musiciens aussi : cor, tuba, percussions, accordéon… Pendant ce temps, sur la Grande Place, quelqu’un rêve de transformer la région Wallonne en West Coast… (PH) Chronique « Soleil du Soir ». Discographie de Dick Annegarn. Regarder un clip (réalisation Michel Gondry). 

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Guitares, bidouillage et stupeur!

décembre 8, 2008 · Laisser un commentaire

Cédric Castus (b), James Blackshaw (gb), concert au Schip, le 7 décembre 08

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C’est le musicien belge Cédric Castus qui ouvrait la soirée. Solo, avec sa guitare électrique, une série de pédales et d’annexes électroniques à portée de pied plus quelques objets (devenus classiques de ce genre d’exercice) dans sa boîte à outils : aimant magnétique, pointe de Paris, brosse à dent électrique, transistor… Prélevant quelques accords qu’il place en boucle, des éléments percussifs bricolés, divers bruitages obtenus par la manipulation de l’outillage impromptu, il bidouille une bande-son hétérogène, une sorte d’orchestre automate répétitif et perturbé sur laquelle surfe de légères phrases guitaristiques, nonchalantes. Rien d’exceptionnel, j’ai sans doute vu et entendu plus inventif et plus précis, mais c’est honnête et j’ai toujours du plaisir à voir quelqu’un s’essayer à ce genre de manipulation et à constater que cette nouvelle grammaire de la guitare moderne se répand, fixe ses termes et ses techniques (ce qui surprenait il y a quelques années se normalise, devient un vocabulaire reconnu, codifié). Avec le deuxième musicien programmé, James Blackshaw, je retrouvais le souvenir d’ambiances très anciennes, quand je fréquentais les concerts folk (années 70), dans de petites salles finalement assez semblables au Schip, avec d’illustres inconnus mais parfois aussi des pointures comme John Renbourn, Martin Carthy… Encore que, par certains côtés, dans sa présentation et sa méticulosité, concentration toute relaxée, James Blackshaw m’évoque aussi d’autres récitals, de guitare classique ceux-là. Il joue de la douze cordes assis (en tout cas ce dimanche soir) et il faut bien reconnaître que le résultat est phénoménal. Ce n’est pas une chanson folk, ni une mélodie folk, mais plutôt et, avant tout, une sorte de monochrome folk, étale, un rideau de notes égales, alignées, superposées, en général gris perle, légèrement translucides, rideau de plus en plus étendu, vaste, un horizon progressif, un mirage. D’imperceptibles variations de vitesse donnent de subtiles nuances colorées, vers le bleu, les rouges, les ocres… Là-dessus, il superpose des teintes complémentaires, des couches subtiles, et brode de petites phrases délicates, ornementations narratives et abstraites. Le mouvement des doigts de la main droite est impressionnant/fascinant/stupéfiant, ressemble aux ailes de ces magnifiques insectes (bombyx) qui butinent sans interrompre leur vol. La virtuosité est très prégnante, même si elle est restituée sans effort, culant de source, et il n’y a (pour moi) que de rares moments où elle se transforme en autre chose, d’indéfinissable, comme échappant à la technique du musicien, comme parasitée par trop de perfection, comme si elle basculait en son contraire, brièvement (et sans doute n’est-ce qu’une illusion). Exploitant les registres du survol immobile et de la répétition, la musique est hypnotique, effet encouragé par l’imagerie ancienne que les références culturelles du folk réveillent. Il est surprenant, dans le monde que nous vivons, de «tomber » sur ce genre de musicien capable d’investir autant de temps et d’exigence pour atteindre ce genre de spécialisation, de perfection singulière à l’intérieur d’un héritage bien connu. Cela relève d’une discipline et d’un imaginaire presque anachroniques. Ce qui participe aux côtés méditatifs et un peu zens de ce jeu de guitare exceptionnel. Hors du temps, mélancolique. James Blackshaw est très jeune et, ce qu’il présente est tellement maîtrisé, abouti, hyper complexité sous une apparence d’hyper simplicité, que je me demande ce qu’il va faire le restant de sa carrière musicienne ? Va-t-il, à un moment ou l’autre, saborder sa technique monstrueuse !? S’inventer des défauts et jouer avec ? – Même si ce n’est pas vraiment mon genre, c’est très intéressant à écouter, à regarder, ça suscite émotions et réflexions, et l’endroit est agréable, avec un public qui semble concerné. (PH) Présentation de James Blackshaw par Ph. Delvosalle, sur son blog, avec tous les liens nécessaires… Label Matamore. Autre aspect de Cédric Castus.

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Concert particulier (Les Terrils).

novembre 8, 2008 · Un commentaire

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Les Terrils, en première partie de Chocolat Billy, au Schip. Je découvre l’endroit. Il ne s’agit pas, à proprement parlé, de concerts en appartements. C’est plutôt la mise sur pied d’une réelle petite salle alternative. Dans un quartier où existent d’autres ateliers d’artistes. Réellement, une initiative pour pallier au manque d’audace des programmations officielles et institutionnelles. On n’a pas l’impression d’un lieu qui va fonctionner, ponctuellement, au coup de cœur, au hasard des rencontres. Il y a somme toute un projet avec, en amont des individus informés, passionnés qui ont plutôt envie de dérouler toute une logique de visibilité pour d’autres groupes, d’autres tendances. Il y a forcément une autre manière de s’informer, de s’immerger au plu vif dans les tendances, dans l’émergence (alors que les circuits officiels sont un peu forcés de fonctionner avec des manières de sélectionner basées sur le mérite commercial ou sur des mécanismes d’examen qui ne sont pas toujours favorables à l’innovation, la prise de risque…, mécanismes qui ne sont pas simples à remplacer, ceci dit).  Il y a aussi, dans ce genre de salle, une présence des organisateurs qui ne tient pas simplement à « vérifier si la salle est remplie », encore une fois une présence attentive, on parle bien d’un dispositif global d’attention qui crée une qualité de l’instant. Bon, Les Terrils, par rapport à leur première démo, présentaient un jeu complet de nouvelles chansons. La formule guitare/batterie (avec un peu d’accordéon, le percussionniste étant multiinstrumentiste), il me semble, s’est encore affûtée, plus efficace, a accentué sa manière lapidaire et un peu crasse d’utiliser les références blues, rock, toutes ces influences roots des musiques populaires. Quant à la manière de chanter de Frédéric Deltenre (qui écrit aussi les textes), elle évolue aussi, elle s’est considérablement modifiée, s’affirmant de plus en plus dans un engagement vers le sens du texte, trouvant un style et un ton de plus en plus personnel, apportant des réponses originales aux questions essentielles : comment chanter l’actualité, comment parler de notre contexte social et politique, comment rendre compte du mental contemporain, comment chanter tout ça en français, comment réinventer une chanson engagée, nerveuse, cinglante et poétique à la fois !? Toutes problématiques que la scène « chanson française » a tendance à minimiser (pour ne pas dire plus). Et donc, retour musclé et racé vers une chansons essentielle, protest song postmoderne ou plutôt protest song de nos sociétés hyperindustrialisée (selon les catégories de Bernard Stiegler). S’agissant de nouveaux textes, j’avoue que la prestation live ne permet pas de saisir tous les mots, mais on capte l’essentiel (manière aussi de vérifier que la musique fonctionne sans une compréhension absolue des  paroles, grâce à, finalement, à la création d’un vrai style, qui tient un peu, si je peux me permets, à l’incarnation nouvelle, actuelle, de la position de l’idiot qui chante sur les travers et n’hésite pas à souligner, montrer du doigt, ce que plus personne n’ose dénoncer, parce que le libéralisme est tellement intériorisé comme une nouvelle nature que plus personne n’envisage de s’exprimer naïvement contre ; or cette expression aussi naïve est indispensable). Et donc, comme on redécouvre que l’on peut chanter de nouveau ce genre de choses, sans que ça fasse « vieux machin politicard », et que ça fait bien d’entendre chanter ce genre de chose, il y a comme un enchantement. Quelque chose redevient possible (au même titre que ce que rend possible l’élection dObama !). Fatigue de fin de semaine, heure des trains, je n’ai malheureusement pas pu entendre la prestation de Chocolat Billy, juste eu le temps de constater qu’ils lisaient tous La Sélec avant concert et qu’ils regrettaient que ce genre de presse ne se trouvaient plus en France !!! Question de politique culturelle, pour conclure: ces lieux, avec les compétences sociales et culturelles qui les animent sont indispensables à rendre accessible une diversité culturelle dans son actualité urgente; aucun lieu officiel ne pourra raisonnablement et à long terme “reprendre” à son compte ces compétences qui se renouvellent rapidement; peut-être faut-il soutenir ces lieux “particuliers”, par des subsides appropriés, en les cherchant via une diminution du budget du Botanique qui pourrait programmer un peu; soutenir en quelque sorte un réseau de salles alternatives, en leur laissant liberté totale sur la programmation, un peu sur le modèle du Club Plasma mais qui, lui, est réservé aux artistes “belges”. Or, dynamiser une scène alternative qui soit “aussi” internationale serait une bonne chose pour la créativité des artistes belges. Et il y aurait dix ou vingt salles alternatives actives, bien soutenues, la Médiathèque se porterait beaucoup mieux! – La programmation de ce vendredi 7 novembre était due à Philippe Delvosalle.

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Morton dans le métro (Bruxelles)

septembre 13, 2008 · Laisser un commentaire

Forza musica! Vendredi 12 septembre 2008, métro Yser & Botanique

Vendredi 16h30, station Yser, le KlaraFestival installait Musiques Nouvelles dans le cadre du concept “musique dans le métro”. Yeah. Je me souviens de l’enthousiasme de la presse lors de la présentation du concept, “oh! un festival qui ose, un directeur de festival qui n’a peur de rien”. Musiques Nouvelles a l’intelligence de choisir du Morton Feldman et du coup, cela donne lieu à une confrontation intéressante entre l’oeuvre, le lieu, les musiciens. Sans doute que le répertoire contemporain est mieux indiqué pour ce genre d’expérience. Les musiciens sont un peu à l’avance et cherchent leurs repères, pas vraiment de comité d’accueil. Des chaises arrivent. A l’heure dite, ils entament crânement “Clarinet and String Quartet“. Tout doucement, la respiration mentale de Morton Feldman envahit la station, par strates hésitantes, flux concentriques. Quand arrivent, freinent, repartent les rames de métro, les portes s’ouvrant et se refermant après le signal sonore, selon une cadence assez régulière (toutes les trois minutes en chaque sens), on peut dire que cela fonctionne bien avec l’oeuvre, Feldman travaillant le silence et la lenteur forcément pour soumettre à question ‘accélération bruyante de la modernité. De part et d’autre, les sons s’intègrent. L’impression que le bruit de vitesse scandée du métro est absorbée par la musique silencieuse et stagnante de Feldman, comme dans un trou noir (si l’on se concentre avant tout sur ce que dégage les musiciens). Si l’attention est plutôt happée par le moteur du transport en commun, on aura l’impression que les cordes et la clarinette sont entraînées un temps dans le sillage des voitures. Il y a du sens à cette confrontation. Par contre, les annonces micros viennent tout couvrir et ne font aucun signe. Ce genre d’annonce où la Stib prévient que “pour éviter les retards, respectons tous le signal sonore de fermeture des portes”, une manière de dire “vous vous plaigniez des retards, mais c’est de votre faute”. On est là dans ce qu’un message sonore peut avoir de plus méprisant et de brutal. Tout le contraire de la musique de Feldman et de ce qu’essaie de faire passer les interprètes. On voit qu’il y a de légers flottements, ils ne s’entendent plus, des rires un peu crispés, mais ils parviennent à rester sur les bons rails. En ce qui concerne la démarche même: placer une autre musique dans le métro pour créer des accidents heureux entre publics et musique, ça ne fonctionne pas. Il y a dix personnes qui écoutent, la plupart des “amis”. Les passants ne dévient pas de leur trajectoire (mais ce n’est pas non plus la station la plus fréquentée). Je quitte le lieu de concert vers la fin, dévale l’escalator et m’engouffre dans le métro au moment où résonne la dernière note qui se marie à merveille avec le mécanisme de départ… Si on veut réussir cette rencontre, ce “concept”, il y faut un autre investissement. Que ça devienne le coeur du festival plutôt que son alibi. Comme quoi, réussir à sortir la relation aux musiques de ses ornières qui cloisonnent, n’es pas facile. Dans le programme distribué du KLaraFestival (Forza Musica!)  pour ses derniers jours, il faut chercher pour trouver une petite indication sur ce programme musical dans le métro. Et encore, rien sur les oeuvres. Par contre, dès la première page, à propos de Philippe Herreweghe, cette horreur: “Tout ce qui est chrétien (donc qui s’élève très très haut)…”. Station Botanique, j’écouterai brièvement la pianiste Yu-Fen Chang interpréter des oeuvres classiques (romantiques). Et là, on peut quand même parler de massacre. La rencontre avec les bruits ambiant n’a, ici, que peu de sens, les voyageurs sont pressés, à peine une dizaine qui stationnent et prêtent attention. En fait, voilà la démonstration faite du peu d’attention que l’on prête a quotidien à la culture.

Catégories : concert
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