Les murs et les lambeaux

Pas d’indication sur cette intervention au M.u.r. (rue Oberkampf/Saint-Maur). En est-ce une, d’abord, d’intervention ? Toute la surface, accueillant habituellement des œuvres de street art, est recouverte de rectangles en carton, figurant des briques, rejointoyées, camouflée en mur. Il y a dû y avoir un moment, avant que ne commencent les dégradations, où cela représentait la surface d’un mur collé sur le Mur. Le mur du Mur. Une invitation géante à venir gratter, griffer, essayer de voir ce qu’il y a derrière. Une démangeaison. Mais y a-t-il seulement quelque chose derrière, cela cache-t-il une autre image ? Ce mur artificiel occulte-t-il un message, une autre réalité, un autre type de représentation ? Les briques de carton sont attaquées, décollées, écartées, pliées. L’installation part en lambeaux qui bougent (oscillent, frémissent) selon le vent et les vibrations urbaines. De manière imprévisible, indéterminée, cela ressemble simplement à un sol couvert de vieux cartons et autres déchets. Là où la surface de carton est arrachée, trouée, on aperçoit bien de la couleur, des grands traits, des lignes, des stries, des tranches verticales. Mais est-ce intentionnel ?Est-ce le détail d’un tableau, d’une fresque ? Il faudrait rester jusqu’au bout, attendre que la langue désagrégation soit menée à son terme, sans intervenir pour la précipiter (tout arracher pour en avoir le cœur net fausserait le processus). Est-ce par dessous ou par dessus que ça se passe ? Cette deuxième peau murale, collée sur le vrai mur, n’invite-t-elle pas les messages personnels (ou simplement des traces, des marques, des preuves qu’on est venu voir) à s’inscrire dans les rectangles vierges (carton d’invitation) ? Un mur de signatures. Ce qui est étonnant est que, de cette manière, le street art en repasse par le même genre de questionnement qui a alimenté le courant critique de l’art moderne : interrogation sur le support, la réalité du cadre, le statut de l’image, l’importance du matériau (ce qu’il dit par lui-même), l’absence ou la surabondance, le vide et le plein, la profondeur ou le bluff… – Lacérations et Dubuffet – Bien que cela ne relève ni des mêmes intentions ni des mêmes techniques, mais la contemplation de ce revêtement dont la destruction jouait avec la possibilité de ce qu’il y à voir en dessous (construire là où ça se détruit) me fit penser à certaines lacérations de Villeglé, vues quelques mois avant dans une galerie : sous l’amas des affiches publicitaires éphémères (commerciales, festives, commémorations, manifestations politiques), arrachées, grattées, réduites à une constellation d’indices contextuels abstraits, réapparaît la permanence d’un Dubuffet qui, d’œuvre d’art transformée en affiche d’exposition redevient œuvre d’art, mais signée d’un autre nom, du fait de l’intervention de Villeglé, tout en restant propriété de Dubuffet (une part inaliénable) ! Revenance. –  Kandy, Pimax dans un mur tremblant. – Deux pochoirs, l’un simplement signé « Candy » et l’autre légendé« Want my Kandy ? », pourraient être du même artiste, éléments d’une série plus longue dont il faudrait réunir toutes les occurrences pour en saisir l’intention. Un questionnement sur le désir, son exhibition, sa contagion, son partage, sa confusion ? Avec Pimax, les choses sont claires : le flot d’injustices est tel que nous devons de toute urgence recourir au super héros des bras d’honneur et des doigts vengeurs. Derrière cette image et cette signature, il y a un fameux travail régulier, une discipline (à voir sur son blog). Son vis-à-vis – ce à quoi en tout cas il apporte une réponse virilement et héroïquement humoristique -, est peut-être l’aveu placardé à plusieurs endroits, écrit sur de simples feuilles de papier: « je tremble ». Le monde nous met dans un état tremblant, il y a de quoi trembler.  De manière un peu archaïque – en contraste presque anachronique avec les techniques du street art -, les petites peintures sur bois (fin contreplaqué ou carton ?), collées ou accrochées au mur, opposent des typologies classiques, folkloriques : l’académicien ou le maréchal couvert de médailles d’une part et, d’autre part, le chevelu, préhistorique, la sous culture barbare qui ne cesse de rebattre les cartes, tout mélanger, tout embrouiller, tout repenser, y compris les codes de reconnaissance, au mépris des récompenses. Rappeler au mur (et à ceux qui les pratiquent comme support d’expression artistique) que l’académisme et l’anti-académisme caverneux n’épargne personne, qu’il faut penser avant tout à échapper à ces catégories ? Si on flânant dans les rues, on peut avoir l’impression que la période est calme, que la récolte de dessins, collages, papiers collés est maigre, il suffit parfois de passer la tête à travers une palissade pour découvrir un espace qui grouille, avec superpositions de genres, d’écoles, d’origines sociales, de motivations. Impressionnant. Une friche, un lieu de rendez-vous. – Plaisir à partager. – Comme pour toutes les autres formes d’expression, certains prennent à cœur de rappeler qu’il s’agit avant tout de plaisir et en font leur style (pochoir de JPM, très actif, voir aussi son blog). (PH) – Le blog de PimaxLe blog de JPM -

 

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