Archives mensuelles : juillet 2010

L’art jardinier (2). Des oeuvres en vacances.

La suite du reportage sur ces artistes qui se cachent au fond des jardins pour fuir les galeries et détournent le végétal, ce qu’ils trouvent sous leur main qui jardine, en installations éphémères, peut-être visibles uniquement du ciel (parce que les gestes qu’ils posent sont des marques qui dérangent la représentation du sol, ce sont des œuvres inscrites dans aucun cadastre). Reléve rapide de trois œuvres.Bâtons-phares ou bois-minarets. – Ce sont des bouts de branches, fraîchement coupées, plantées dans la terre retournée du potager, comme repères d’alignement. Ils indiquent une route, des directions. Ils symbolisent la solitude du montreur de chemin. Et puis les graines germent en levant les yeux vers leur cime et les légumes poussent en s’alignant. Il arrive qu’eux-mêmes prennent racine et bourgeonnent. Ils ne prêchent pas dans le désert. – Le terril-buis. – Un double hommage, aux terrils composés des entrailles terrestres remontées par les mineurs, au buis, ce végétal inlassablement taillé pour qu’il pousse dru et entoure les parterres de murailles vertes très denses. Dans l’un comme dans l’autre cas, la montagne matérialise de l’invisible : ce qu’il y avait dans le sol d’une part et ce que serait les buis s’ils n’étaient pas continuellement taillés. L’artiste a procédé de la manière suivante : au fil des jours et de la taille interminable des buis, les tiges, les feuilles, les branchettes sont ramenées sur le tas en forme de terril. Quand il déverse le fruit de la tonte sur le sommet de la butte, on dirait un remake de l’installation de Boltanski au Grand Palais. En plus énigmatique. Au fil des semaines, on voit apparaître des couleurs différentes : les premières couches jaunissent, brunissent, la matière se décompose, le terril commence à chauffer à l’intérieur (comme un vrai). Dans une deuxième phase, le terril est déplacé, l’œuvre montre son deuxième visage : l’impact du terril sur la vie, la marque qu’il laisse à même la mémoire de tous ceux qui ont contribué à son édification, une blessure, une zone où le vivant est maladif, s’habitue péniblement à la lumière du jour et retrouve très lentement ses droits. – Cellules-lumières – Avec des tiges et des graines d’oseille, une composition entre le vitrail et le candélabre. Un organisme dont les cellules captent le soleil matinal, le stockent dans leurs membranes, se transforment en pastilles de cristal lumineux. La lumière n’existe que de circuler de pastille en pastille, sans fin, en courant continu. Il y a toujours au centre de chaque cellule une zone opaque, un noyau sombre, noir, cœur d’antimatière qui impulse la dynamique lumineuse. L’organisation est réticulaire et évoque les circuits informatiques ou des grappes neuronales quand les allument une bonne idée ou un souvenir flamboyant. Tissu rare fabriquant de l’énergie régénérante. Il suffit d’un passage nuageux pour que tout s’éteigne et d’un rayon solaire dardé pour que tout scintille. L’installation joue avec cette alternance haletante, épine dorsale de toute expérience de la vie. (PH) – Première partie du reportage sur L’Art jardinier -

Fiction et violence

Javier Marias, « Ton visage demain (III). Poison et ombre et adieu. », 618 pages, Gallimard 2010

C’est le troisième tome, le plus volumineux, le plus animé aussi. Reprenons le fil : Jaime Deza, le personnage principal, fait la lente expérience troublante de l’entre deux, ou du double fond où l’on se cache pour entendre ce que l’on ne nous dit jamais, c’est la dimension du tout est permis. – Interstices de la langue – C’est d’abord un entre deux de la langue, présent au long des trois volumes : espagnol exilé à Londres, ayant fait des études littéraires et donné cours à Oxford, il ne cesse de comparer et signaler des écarts ou des rapprochements entre les expressions anglaises et espagnoles, il compare les manières de dire, il a une fibre de linguiste. Il va d’une langue à l’autre. – L’interprétation, le déchiffrage. – Fatigué d’un petit boulot qu’il exerce à la BBC, un ancien professeur qu’il estime particulièrement (Wheeler), le met en rapport avec un certain Tupra qui l’engage pour un drôle de job où il doit « interpréter » les paroles et les comportements de personnages dont il ignore tout. Cela consiste à dire tout ce qui lui passe par la tête en relation avec ce que ces personnages disent, la manière dont ils s’expriment, les intonations, le choix des mots, les mimiques, la lueur dans les yeux… Ce qui peut paraître simples élucubrations est pris au sérieux comme s’il s’agissait d’une voyance scientifique, il a un don de plus en plus rare, lui laisse-t-on entendre, qu’il doit travailler, exploiter. Il est bel et bien enrôlé dans une cellule des services secrets (MI6). Et s’ouvre alors à lui le vaste No man’s land qui sépare toutes les existences, c’est comme d’être dans un local avec des glaces sans tain permettant de regarder vivre les gens et de surveiller le cours de leurs histoires. À partir de la manière dont ces services secrets interprètent la vie des uns et des autres, se constitue un potentiel narratif qui rend possible d’intervenir dans leurs destinées. De modifier la manière dont chacun se raconte. Et pourtant, à bien des égards, ces interprétations n’ont rien de rationnel (comment serait-ce possible), c’est du vent, de la fiction, du conjoncturel, un flot de supposition (le don balaie les possibles). D’abord surpris par l’étrange nature de ce travail, il en devient addict, pas seulement du fait des émoluments confortables, mais à cause précisément du regard particulier, en surplomb masqué, sur le devenir des gens, le sentiment de participer à l’invention du réel : « Non, il ne m’était plus facile de m’imaginer en train de faire un autre travail moins commode et plus mal payé, moins attirant et moins varié, après tout chaque matin j’affrontais de nouveaux visages ou approfondissais ceux qui m’étaient connus, et c’était un vrai défi de les déchiffrer. Parier sur ces possibilités, prédire leurs comportements, c’était presque comme écrire des romans, ou du moins des portraits. Et de temps à autre, il y avait des sorties, des traductions sur le terrain et quelques voyages. » Il se trouve dans une situation qui le stimule à repenser au passé de son père, victime des services secrets de Franco, victime de mauvaises langues qui l’avaient interprété de manière contraire au régime totalitaire. – Maîtriser les histoires – Ce qui confère du pouvoir au service secret sur les personnalités gérant les affaires du monde (de bas en haut, dans la lumière ou l’obscurité) est le désir, de ces personnages, de maîtriser jusqu’au bout leur image et le sens de leur action, d’éviter de partir d’une manière qui gâcherait tout ce qu’ils auraient cherché à construire durant leur vie. « C’est en cela que consiste le complexe Kennedy-Mansfield : en la crainte d’être à tout jamais par sa façon de finir, dénaturé, et que vie entière semble n’avoir été qu’une formalité, un prétexte, pour arriver à un achèvement criard qui nous dépeindra pour l’éternité. Ce danger, attention, nous le courons tous, même si nous ne sommes pas des personnages publics, mais des individus obscurs, anonymes et secondaires. Chacun assiste à son récit Jack. Toi au tien et moi au mien. » En interprétant la vie des autres, les services secrets peuvent produire des interférences, voire effectuer du chantage en menaçant d’orienter une destinée vers des issues non souhaitées, dénaturantes. – Entre deux du sexe, de la séparation. – Jaime Deza est « coincé » à Londres suite à une relation amoureuse en suspens. Une rupture, mais il entretient l’espoir de retrouvailles. Il n’est plus avec la femme de sa vie sans pour autant se sentir disponible pour de une nouvelle relation stable. Inévitablement, jour après jour, le manque s’atténue et il peut entrevoir l’instant où, sans l’avoir voulu, il rompra définitivement avec le désir pour son ancienne compagne. « Ce matin-là je découvrirais que je me serais habitué à Londres, à Tupra, à Pérez Nuix, à Mulryan et à Rendel, au bureau sans nom et à mon travail de tous les jours et à Wheeler de temps en temps, lequel avait connu Luisa et deviendrait soudain le lien avec mon oubli. Je découvrirais que je m’étais tout à fait habitué, je veux dire au point de ne plus être étonné en ouvrant les yeux et de ne plus m’interroger sur aucun d’eux. Ils seraient mon quotidien et mon monde, ce qui existe sans qu’on se pose de questions, et mon air, et Luisa ne me manqueraient plus, ni ma ville et ma vie passées. Uniquement les enfants. » Dans cet état d’esprit, par un concours de circonstance inattendu lié au don spécifique qu’il possède pour interpréter et faire croire à ce qu’il projette dans la vie des autres – par la grâce d’une demande de service, première situation où il prend conscience du pouvoir de sa situation sur la vie d’un tiers -, il se retrouve au lit avec une jeune collègue, en tout bien tout honneur. Il est tard, ils sont fatigués, le ton est à la camaraderie. Mais voilà, il y aura baise sans qu’il y ait franchement de demande ou d’invitation, sans les préalables du flirt, sans réelle étreinte et participation, il y aura pénétration confirmée et pourtant si peu « homologuée », et cet acte sexuel rejoindra d’autres motifs de cette saga au titre d’événements dont on finit par mettre en cause la véracité (l’exemple le plus récurrent est cette fameuse tache de sang du premier volume, dont l’explication sera donnée dans les dernières pages du troisième volume). Il sait qu’il l’a prise, mais le temps passant, il en doutera de plus en plus, jamais complètement. Entre deux. « Tout avait été silencieux et timide, en fait, cela avait été fantomatique et il n’y avait pratiquement pas eu d’autres échanges, simplement, au bout d’un moment, j’avais senti sa poussée à elle aussi, il n’y avait plus seulement la mienne et ni l’une ni l’autre n’était plus dissimulée ni légère, c’était comme si nous nous enlacions fortement sans nous servir de nos bras, elle se serrait contre moi et moi contre elle, mais seulement avec une partir du corps, la même pour nous deux comme si nous n’étions que cette partie ou ne consistions qu’en elle, on aurait dit que nous nous étions interdit de nous étreindre d’aucune façon, ni avec les jambes ni avec les bras ni par la taille ni en nous embrassant. Je crois que nous ne nous étions même pas pris la main. » Sans lendemain. – Fondements violents. – Précédemment, il a été témoin – plus que cela, acteur passif – d’un acte très violent de son chef à l’égard d’un compatriote pas très recommandable mais pas dangereux. Scandalisé, il demande des comptes à son chef qui entreprend, sans le ménager, de lui ouvrir les yeux. D’abord en lui demandant pourquoi se priver de la violence quand on peut constater à quel point elle est répandue et banalisée et quand, par lucidité, on s’avoue qu’elle est incontournable. Il ne trouve aucune réponse satisfaisante (à part des formules morales toutes prêtes). Alors, pour lui ouvrir les yeux, son chef lui impose une séance ultra-secrète de DVD à regarder. Ce sont des films en provenance du monde entier, filmés et récoltés par des moyens occultes, par des réseaux d’agents et d’indics, par des particuliers qui vendent leurs services. On y voit des personnalités – politiques, médiatiques, militaires, économiques -, s’adonner à des passions qui, selon les morales en vigueur ici ou là,   représentent de beaux moyens de pression. Certaines scènes relèvent de mœurs légères, de perversions « classiques », mais d’autres sont proprement insoutenables à regarder, exhibant tortures et exécutions sommaires ou non. Et, en regardant ce genre de choses, dont on soupçonne toujours l’existence, « on sait que ça existe », mais dont l’impact, d’être ainsi rassemblées et accumulées en archive en un lieu confidentiel peut être foudroyant – c’est donc vrai -, un véritable poison pénètre Jaime Deza. « Et donc entra en moi, comme à travers une aiguille lente, ce qui m’était totalement extérieur et que j’ignorais totalement, ce que je n’avais ni prévu ni imaginé ni même rêvé, et tout cela venait tellement du dehors qu’il ne me servait à rien d’avoir lu dans la presse des choses sur des cas semblables, qui y semblent toujours lointain et exagérés, ni dans des romans, ni de les avoir vus au cinéma, dont nous ne croyons jamais tout parce que nous savons bien au fond que tout y est feint, même si nous sommes fous des personnages ou que nous nous identifions à eux. » Cette banque d’images sordides est présentée comme l’assurance de pouvoir intervenir, un jour ou l’autre, contre l’un ou l’autre de ces « malades » dominants et de contrecarrer tant soit peu leurs penchants prédateurs qui pourraient passer les bornes. Cette violence serait utile parce qu’elle permettrait de peser sur les bas instincts, de faire chanter les individus puissants et déviants pour maintenir un équilibre (tout relatif). À ce titre, vive les vices et les méfaits ! « Comment ne serait-ce pas bon pour nous que les gens soient faibles ou vils ou cupides ou lâches, qu’ils tombent dans la tentation et fassent de monumentales gaffes, et même qu’ils participent à des crimes ou en commettent. C’est la base de notre travail, la substance. Bien plus : c’est le fondement de l’Etat. L’Etat a besoin de la trahison, de la vénalité, de la tromperie, du délit, des manœuvres illégales, de la conspiration, des coups bas (des actes héroïques, en revanche, seulement au compte-gouttes et de loin en loin, pour le contraste). » – Contamination. – Dans une période vacances, il rentre à l’improviste à Madrid pour voir son père, ses enfants et leur mère. Quelque chose cloche dans le comportement de celle-ci par rapport aux visites précédentes. Elle se débine, est toujours occupée, absente, visiblement « il y a quelqu’un dans sa vie ». Cela ne serait rien si elle en parlait normalement, comme on peut parler de ça avec un ex, après un certain temps de rupture. « Mais alors, en revanche, après le coup d’œil, je vis tout de suite ce qu’il  avait d’anormal, impossible de ne pas le voir, pour moi du moins. Elle avait essayé de le maquiller, de le cacher, de le couvrir. (…) Ce que portait Luisa sur son visage était différent, ce n’était pas uno sfregio, une estafilade, une coupure ni un grattage, mais ce qu’on a toujours connu comme un œil au beurre noir dans ma langue et en anglais comme un œil noir, même si, l’impact ou la cause n’étant pas récents, la peau jaunissait déjà, ce sont des couleurs mélangées qui apparaissent après ces coups, il n’y en a jamais une seule, mais à chaque phase plusieurs qui coexistent, et qui de plus sont changeantes, de là peut-être le désaccord entre les deux langues (même si la mienne se rapproche de l’autre en parlant aussi d’un « œil funèbre »), elles sont toutes longues à disparaître, malchance pour nous deux, il n’y avait pas assez longtemps que  c’était arrivé. » Voilà qu’un de ces cauchemars se réactive, celui où son ex tombe aux mains d’un sadique et, talent d’interprète des services secrets oblige, il est persuadé que sa femme est amoureuse d’un homme qui la bat. Pour le coup, il y aura enquête et filature. C’est à ce moment qu’il se rend compte qu’il a appris quelque chose d’utile en travaillant pour le MI6, des moyens et des techniques pour intervenir, prendre les choses en main. Il importe l’éthique particulière du service secret dans le comportement de sa vie civile. Le personnage, peu recommandable, est un séducteur du milieu artistique, célèbre pour ses copies de tableaux de maîtres, activité dont il vit. Concernant ses relations avec les femmes, elles ont une réputation sulfureuse. Impliqué par ce qui le lie à sa femme, secoué par ces images de coups, titillé par les discours de son chef légitimant la violence pour la faire cesser, il se donne le droit d’intervenir, d’user de violence pour faire peur à ce triste faussaire et l’éloigner définitivement de Luisa (à l’insu de celle-ci). Il se surprend à échafauder un plan et à se voir capable de menacer un homme avec une arme, de le frapper, de lui tenir des propos épouvantables jusqu’à l’impressionner, faire peur, même si le gaillard en question est un dur à cuire. Par contre, le forfait accompli comme une sorte de rite initiatique, la réflexivité vient le tourmenter : « Tout cela commença à me sembler incroyable, que je me sois comporté de cette façon, presque sans avoir de poids sur la conscience, comme un sauvage ou comme si j’étais de ceux qui sont convaincus par l’idée pragmatique qu’il faut faire ce qu’on doit faire, et que comme ça, c’est fait, et que, quoi qu’il arrive ensuite, le principal est fait et qu’il n’y a pas de retour possible. » Dans la foulée, et de retour à Londres, il apprendra que des propos tenus antérieurement dans le cadre de son travail d’agent secret, ces discours d’interprétation sur la vie des personnes influentes, ont été utilisés pour mettre hors d’état de nuire une star de la variété internationale. Avec mort d’homme, sacrifié. Ebranlé, il se demande s’il pourra continuer  à vivre avec tout ça sur la conscience et s’oriente vers une démission du groupe auquel il appartient, mais non sans avoir, au préalable, une longue conversation avec le vieux professeur raffiné d’Oxford, Wheeler, lui-même ex agent secret ! Il distillera l’explication de plusieurs thèmes qui traversent tout le roman. Et quand Jaime Deza lui demande s’il savait que son don et sa capacité « pouvait servir à ça, à ce qu’une personne meure et qu’une autre se retrouve en prison ? À ce qu’on prenne des mesures si drastiques, à changer tant de vies, et même à en supprimer une ? », la réponse sera claire : « ce n’est pas parce que tu le quitteras que tu ne t’exposeras pas à ce que ce que tu dis t’être arrivé ne t’arrive de nouveau. En fait, ça ne t’est pas arrivé. C’est arrivé, tout simplement, et ce genre de choses peut se produire n’importe où. Personne ne peut contrôler l’utilisation qu’on fait de ses idées et des paroles, ni prévoir entièrement leurs conséquences ultimes. » - Conclusion – C’est résumer à peu de choses l’épaisseur d’un texte fouillé de 600 pages. Mais, je pense que ça donne une idée de la manière dont progresse l’investigation littéraire de Javier Marias. À travers la mémoire – le personnage se souvient énormément, fouille les souvenirs des autres, ses proches, ses amis – et le flux d’histoires que tout le monde s’invente et fait involontairement circuler, comment se forme la violence, comment elle intervient, comment chacun peut en être acteur. C’est un peu banal si l’on dit « ça montre comment un brave type en vient à exercer la force autoritaire, brutale, pour casser le cours des choses, infléchir la vie de quelqu’un, se substituer au destin ». Mais l’examen de ce processus n’est pas banal, partant de cet exercice en soi anodin d’interprétation des faits et gestes et en faisant le centre névralgique, là où le langage hésite entre réel et fiction et devient une force pour repenser, prendre en main et organiser à sa façon. La relation au père et avec lui le passé franquiste et aussi les longs entretiens avec le professeur Wheeler situe l’action dans le flux et reflux entre temps de guerre et temps de paix. Deux temps séparés par une fine membrane poreuse à travers laquelle passe le langage, les mots, les histoires, créant des liens, des similarités, de la confusion entre les deux logiques, de l’interdépendance entre les forces fictionnelles du bien et du mal, sans que l’on sen rende compte. C’est pas mal, un beau "guerre et paix".  (PH)

Festival d’été aéré

P’tit Faystival 2010

Une image. Le ton est donné par l’affiche : du vrai travail d’artiste en finesse, pas du placard lourdaud de têtes d’affiches (les affiches des grands festivals ont un look de publicité de banque : une image simpliste, un gros titre, un ton de réclame, la liste des investissements recommandés classés par ordre d’efficacité). Celle-ci est signée Bertoyas et elle sent bon l’évasion, la vraie, l’imprévisible et l’étrange. Voici une pirate estivale aux bras multiples de déesse, avides d’attraper du bon temps, chaussées de bottes de cent lieux pour enjamber plus facilement les barrières, clôtures et autres frontières, traînant un gros sac où elle enfourne le butin d’instants musicaux rares, équipée de lunettes « larges mirettes » pour détecter les petits lieux écartés d’où jaillissent les bonnes surprises. – Démarrage. – La journée est particulièrement chaude, éprouvante pour les cyclistes, le chapiteau est comme d’habitude planté au centre du village, les toiles largement relevées pour faire courant d’air, on repère tout de suite quelques affairés qui achèvent l’installation et puis les festivaliers nonchalants, éparpillés, qui commencent à se rassembler, attendent seuls ou en petits groupes. À la table où l’on s’acquitte du droit d’entrée (9 euros !) et fait provision de tickets boisson, la bière fraîche est déjà en dégustation intense.L’atmosphère est hybride et elle le sera durant toute la fête, c’est la particularité du P’tit Faystival : on est entre la kermesse villageoise, la fête de patro et le petit festival sympathique, pointu, concocté par des connaisseurs. S’il n’y a pas fusion entre ces deux aspects, il y a tout de même croisements, proximité et échange. Plusieurs manières de faire la fête se côtoient et le tout donne ce ton « bon enfant ». Le programme musical tient compte aussi de cette mixité, essaie de contenter plusieurs publics différents (ruraux, urbains, jeunes, vieux) sans tomber dans la facilité et le racolage. À plus d’un titre, cette édition 2010 était particulièrement réussie. Si l’on reconnaît les habitués et les fidèles, il y a beaucoup de têtes inconnues. C’est simple, dès le premier concert, il y a plus de monde. – Ouverture. – Entrée en matière idéale avec les bruxellois Bruno Coeurvert et Mariette réunis sous le nom de scène « Pato ». Chanson, voix et bricolage électro pour lui, clavier et seconde voix pour elle. C’est riche en personnalité et en caractère, c’est léger et délicieusement pas tout à fait au point, du coup ça garde le côté spontané du bricolage, de l’essai décomplexé, c’est d’une fraîcheur pas courante. Le « leader » dissimule sa difficulté avec tout ce qu’implique d’être là sur scène devant tout le monde, derrière de grandes lunettes fumées et des attitudes un peu poseuses, mal assumées. Ainsi, on passe d’un stade où il n’a rien à écouter, sinon la bande son distillée par New Sensation (DJ local), à base de grands tubes passe-partout (mais ça revient bien au même : il n’y a rien à écouter), à une forme musicale en gestation, déterminée mais pas professionnalisée, balbutiante, jouant avec ses maladresses, plus proche de l’amateurisme (dans le bon sens du terme) que du produit fini. Ça fait du bien. Les rengaines ne cherchent pas le difficile, les paroles racontent avec humour et saveur des choses simples, ritournelles de tropismes, le quotidien entre routine et révolution possible, velléitaire. Par exemple, une histoire de déménagement. Le duo n’est pas coincé, n’hésite pas à reprendre Anne Sylvestre ou à faire dans la mélodie italienne, c’est de la chansonnette bâclée ou sabordée avec dandysme mais pas loin de la pépite. – Duo d’anglais – L’enchaînement amène un duo anglais, guitare et basse, chant. Sur leur site, la page d’accueil est une grande photo d’épicerie à l’ancienne, pleines de tiroirs remplis de fournitures, surmontés d’un bric à brac invraisemblable, lieu poussiéreux, évoquant des temps anciens où ce genre de bazar devait faire rêver (« on y trouve de tout »). Le player est l’image d’une vieille machine à calculer. La chanson qui défile est accompagnée de cloches baladeuses, un peu comme si on entendait dans le lointain le souvenir d’un troupeau de vaches à gros grelots. C’est bien dans la tonalité du duo, entre empreinte rurale et vie urbaine. Les deux musiciens tricotent leurs cordes avec application, tissent leur fil mélodieux avec souplesse, déploient leurs histoires en chantant, complices dans un beau talent pop qu’ils ne forcent pas (l‘air de ne pas trop y toucher). Ça n’exclut pas des montées plus rudes, des instants plus cogneurs parmi la coulée folk ou, et c’est là que l’on se rend compte d’un potentiel plus large, des échappées psyché-folk basées sur les ressources d’un instrument aux sonorités indiennes, costaud et chatoyant. Intéressant de comparer (même si c’est de l’ordre de l’incomparable) avec la musique qui suit : un trio grec, Vinylio, qui interprète du rebetiko (chant des marginaux, chants d’amours déchirés, impossibles, chants de vin et de haschich, chants de prison, un style de la même famille que le fado, le flamenco). On retrouve toute la distance entre du folk inventé, personnalisé, basé autour d’un point de vue personnel en quête de public et une musique traditionnelle appartenant à un territoire (voire quasiment une « patrie ») commun, partagé par les musiciens qui se savent représenter la sensibilité d’un peuple et d’un héritage. D’un côté on entend une parole singulière (même si la forme emprunte à des héritages) et de l’autre on perçoit l’aura d’une communauté, d’une mémoire déjà bien profonde. Vinylio attaque son répertoire sans chichis, habitué à jouer dans un restaurant de la capitale, amusé d’être sur la scène de ce petit festival. Le trio est soudé et plein d’ardeur. Le bouzouki est tenu serré, précis et rude, les cordes claquent, concises, au plus près de la trame sauf dans les parties plus instrumentales où il monte très haut, très vite, en derviche ivre, volubile. La guitare qui l’accompagne pousse en avant, énergique, efficace, rêveuse et crâneuse, fluide et rêche, accentue les montées euphoriques et les descentes dépressives. Ils encadrent une chanteuse qui sait allumer les thèmes canailles et romantiques, exciter l’ardeur rythmique de la guitare, inspirer, torturer et faire délirer le bouzouki. Ce mélange d’exaltation et de neurasthénie est capiteux, exaltant. Le public est emballé, survolté. – Intermèdes. – Pendant ce temps, les bénévoles ont allumé le feu pour cuire les traditionnelles « Canada aux rousses », pommes de terre cuites avec du lard et des saucisses et mouillées avec un bouillon à la chicorée. Mieux réussies que l’année passée, même si les saucisses n’étaient pas réglementaires : la consistance était plus proche d’un stoemp bien travaillé et le goût de la chicorée mieux perceptible. – Depuis le début des concerts, un gamin passe pour ramasser les gobelets vides, ce qui évite qu’ils traînent, répandent leurs fonds de bière sur le plancher et finissent par transformer le sol en poubelle. Mais son objectif n’est pas l’entretien du sol. Il collectionne pour construire une tour de gobelets transparents. –  Non, ce n’est pas la presse en reportage. Cette caméramane et ce preneur du son égaré et cette blonde pas à l’aise ne sont pas inquiétés par la foule du festival, ils tournent un film, c’est l’histoire dans l’histoire. – Des mots et du punch. – Carl a installé son décor, des personnages en carton, un folklore à la Ensor, actualisé. Des rêveurs éclopés. Je ne vais pas revenir en détail sur sa prestation (autre concert commenté sur ce site) : j’ai écouté plusieurs fois l’album pour en écrire une chronique, je l’ai vu une fois en concert, et décidément, on peut le revoir, ça ne s’use pas. Le personnage est complexe, pas facile à cerner. Son « flow » est personnel, il y a accointances avec le courant slam, mais il s’en détache nettement : par le débit, par les thèmes, par la musique. Les textes explosent entre comptes-rendus crus du réel, rubriques de faits-divers désespérants et pulsions surréalistes, écriture automatique qui interprète les tripes ouvertes du malaise, du pétage de plomb, de l’autisme social. Pas simple, et sacrée performance d’incarner ainsi ces textes touffus, mille feuilles de traits tranchants, de dards empoisonnés. C’est un réel plaisir de le voir fonctionner avec ses trois musiciens aux dégaines pas banales et sympathiques, tellement ils semblent s’amuser, s’impliquer dans le sens des paroles et des sons, travailler avec cœur et faire jaillir leurs contributions comme s’il s’agissait d’inventions instantanées. Et ça bricole ferme, tuba, trompette, électro de bazar, jouets, violon, batterie, guitares. Un fan club imbibé des textes et des rythmes montre l’exemple – ah ! oui ! on peut être habité par ces drôles de chansons pas évidentes, pas folichonnes. Nouvelle ovation. Clara Clara est arrivé de Lyon pendant les concerts précédents, ils doivent encore faire leur soundcheck. L’occasion d’aller respirer le frais dehors, après une première averse d’orage, et de se faire un paquet de frites (andalouse). – L’apothéose. –Clara Clara est un trio emballant autour d’un chanteur batteur qui pompe et galvanise formidablement. À sa gauche, son frère bassiste, un gros son qui ronfle et pulse grave. À sa droite, une claviériste épatante qui donne un caractère singulier à la force de frappe des garçons. Petites phrases mélodiques, comme ces premières fioritures flûtées qui servent à capter l’attention des serpents. Procédés hypnotiques limite kitsch. Et puis quand elle déjante, elle décoche des saccades psychés, des secousses électriques éblouissantes, tout un lamellé déchiré qui crisse et flashe comme des éclairs de chaleur dans les tambours et les cordes affolés. C’est pas tribal, mais ça s’en approche (trop fou, pas assez borné). Ça exalte tout ce que l’on a écouté aujourd’hui : la chansonnette balancée bâclée limite pépite, les balades folkeuses obliques, la mélancolie et la violence romantique du rébétiko, la fermentation textuelle et ses bidouillages électrofanfaresques : tout ça, en une seule tourmente de type feu de joie, libératoire. Des fûts d’énergie qui ne se posent pas de question, si ça va ressembler à ceci ou faire penser à cela, ils libèrent la force, la jubilation, en toute fraîcheur. Ovation et pogo au bis . – After – La fin de soirée est comme toujours confiée au DJ enfant du pays, New Sensation, richarstraussieux et cordechassiesque. Une institution dans le style DJ pompier. Mais pas simple non plus à cataloguer. Réveillé de temps à autre dans la nuit par sa sélection – d’année en année, quasi similaire -, certaines fois on se demande ce qu’il faut : comme s’il s’adonnait à une activité méta-DJ, élaborant une métaphysique du platiniste de kermesse, tellement ses choix sont réfléchis par toute une vie à imaginer le set idéal, polis comme les galets de la Semois, pris dans ce flux, les tubes les plus éculés retrouveraient une autre saveur. C’est ce que l’on dit. Le lendemain, ciel bleu et soleil radieux, des corps de fêtard sont allongés sous le tilleul du village. (PH) – Site du festivalRébétiko : podcast à écouter – Blog the DoozerClara Clara en médiathèque – Carl en médiathèqueAutre présentation Carl en concert (Charleroi) -

Queue leu leu fraîcheur

(Méli-mélo, 2)

Bitume fœtus. L’air chaud et lourd joue le retour de flammes dans les rues. À même le bitume du trottoir, la silhouette d’un fœtus bien à l’abri dans ses membranes maternelles se met à trembler comme un mirage, un signe qui s’évapore, contours qui s’effacent. On ne cesse de piétiner la vie. Où aller pour ne plus penser en langage thermomètre et oublier la sueur ? Essayons cette galerie d’art dans l’arrière-cour, il y a de l’ombre. – Carrousel de vie et de mort – Selon la petite annonce, l’artiste Saint Clair Cemin y expose « Splendeur et misère », d’après Balzac. Tout un programme, et il fonctionne, le programme. À défaut de réelle fraîcheur physique (ni clim’, ni atmosphère de vieille maison qui ne laisse pas entrer la canicule), il y a une allure générale entraînante, un courant d’air visuel qui charme par sa simplicité et une profusion désuète. Le regard embrasse d’emblée une sorte de procession aux formes multiples, l’œuvre épouse des courbes linéaires et brasse de nombreux épisodes, (chaque silhouette évoquant des familles d’événements, des avatars en cascade), c’est la roue de la vie qui tourne. Une foule bigarrée à la queue leu leu où tous les âges et plusieurs styles de statuaires sont représentés, abstraits, symboliques, figuratifs, artisanaux (comme tous les âges aussi de la représentation artistique). Des formes solitaires, des groupes, des pèlerins, des scènes de la vie quotidienne, métiers ruraux disparus, des évocations de fable, des fanfarons, des âmes en peine, des luxurieux, l’humain et l’animal dans le même cortège, des silhouettes informes, en évolution ou en décomposition, des éléphants à la parade, et vers la fin, quelques oiseaux stylisés, superbe envol migratoire vers la mort… – Mater du nu pour transpirer moins? –  Le Centre Culturel Suisse présente une exposition conçue par Jean-Christophe Ammann qui, en 1985, présentait au même endroit les créations de Fischli & Weiss. Aujourd’hui il rassemble des œuvres de quatre artistes qui « abordent frontalement les questions du corps et de la sexualité ». Le titre de l’exposition c’est « A Rebours », mouvement de régression, retour vers les poches fœtales. Ce n’est pas inintéressant même si on peut avoir l’impression au vu du contenu, du titre et du discours, que c’est un peu gonflé. Aborder frontalement les questions du corps et de la sexualité, avouons que ça fait un peu bateau, ça peut vouloir dire tout et son contraire et ne pas sembler très original. Mais peut-être que quelque chose d’original s’inscrit dans ce frontal : il y a chaque fois, au cœur même du ton direct, une esquive, parfois subtile (parfois moins). Dans les grands formats d’Elly Strik (huile, laque, crayon sur papier), il y a effectivement des sujets corporels et sexuels « affrontés » mais dans leur état fantomatique, obsédants, êtres presque immatériels, des ombres, des hantises. Dans The Same, la longue silhouette enrobée de bleu clair de pois blancs soulève son scalp, son identité est constituée d’une série de masques simiesques (on en voit deux, on peut en supposer des couches à l’infini empêchant d’atteindre le vrai visage. La Castration est un jeu de nervures et membrures, cherchez la blessure… Du même artiste il y a de petits formats noir et blanc (huile, laque, graphite sur papier) tout à fait saisissants. Cette main et ces doigts complètement tatoués, comme une cosmogonie personnelle, indéchiffrable, à même la peau et s’enfonçant dans la naissance d’une touffeur intime. Le même dessine la dispersion reproductive, des tourbillons comme des nœuds d’arbre à la surface des désirs, des intrications de visages renversés, d’œufs, de pilosités rituelles… De Martin Eder il y a des aquarelles : l’esquive se glisse dans l’archétype du genre, l’aquarelle étant traditionnellement (par convention) réservée à des sujets « poétiques » et non à des modèles pornographiques pris tels quels dans des magazines, sans doute, et presque tous tenant un appareil photo à la main. Et puis, au centre du dispositif, des photographies couleurs, grand format. Quelques nus. La dimension, le contraste entre la peau nue et les fonds noirs soulignent l’intention d’exhiber « frontalement » le nu et le trouble érotique qu’il est censé engendrer (tout en reposant sur un universel du nu féminin, les postures, attitudes, regards et accessoires disent assez que les standards changent, que les corps ne sont plus les mêmes et qu’ils sont le lieu d’écritures, de formatages, de plasticités érotiques perturbantes). Pas si simple en effet : sur ce visage en gros plan, des gouttes de sueur ou des larmes retiennent surtout l’attention et détournent la sensualité des lèvres. Là, le corps sans pudeur conserve un mystère, un voile de par la présence des piercings qui « escamotent » quelques zones érogènes (les transforme en autre « marques » d’autre chose, une clôture). Un hématome sur la cuisse, une position de replis des jambes ou cette maternité absorbée par la transformation de son corps, les mains supportant le fœtus et scellant l’accès à l’intime, détournent le regard vers des significations moins frontales, moins nettes. Avec Caro Suerkemper, il peut s’agir d’esquive par le matériau et l’objet (le modèle détourné) : des œuvres de porcelaine, imitation de chinoiseries et scènes orientalisantes mièvres pour décorer les vitrines de salons rococos, représentent des groupes de hardeuses pratiquant des jeux sans équivoques. Ou des statuaires dont l’ingénuité artisanale cache mal les intentions perverses : mélange des genres qui laisse affleurer le malsain. Avec Christoph Wachter, l’esquive est dans la manifestation même de son œuvre. De loin, des cadres blancs avec au centre des taches noires, de format identique. On dirait un alignement de boîtes postales ou d’urnes funéraires. Un alignement géométrique de carrés noirs. En s’approchant, le noir ne semble pas compact, des traits et du gris s’y distingue, on pense à une collection de timbres, il faut avoir le nez dessus pour identifier autant de scènes SM gravées. Dans les alignements, certains rectangles sont d’authentiques monochromes noirs. Face à la monotonie de la perversion, il est recommandé de fois fermer les yeux, au moins de les cligner… – Recevoir un signe d’amour pour planer au-dessus de la chaleur ? . – Le Mur, espace réservé à la création d’œuvres de street art (intersection Saint-Maur et Oberkampf), accueille une vaste signature, une magnifique calligraphie sismographe, colorée et feuilletée, faite de failles et de crêtes fulgurantes, une écriture comme un labyrinthe effrayé. C’est créé par A1one, artiste iranien, ça s’intitule « ISHQ », ce qui veut dire « Amour » au sens spirituel. Voilà, un signe qui appelle à développer les « techniques de soi ». Juste dessus, il y a un papier collé, signé Kony (assez « célèbre », que l’on peut voir à d’autres endroits de la ville et un « hommage » à Ben, ben voyons). Justement, là se trouve une terrasse ombragée, agréable, avec des mojitos bien foutus et des appareils brumisateurs. Mais il faut reprendre la marche, le long des boulevards irrespirables du fait de la circulation, puis de plus petites routes, tiens, « le palais des glaces », c’est pas là qu’on serait bien ? Plus bas on arrive sur le canal Saint-Martin, il commence là où s’enfonce sous la ville, et tant pour l’œil que pour la respiration, c’est plus fluide. Sans nier le côté historique du canal, là en pleine ville, avec ses petits ponts et ses minuscules maisons d’éclusier, pour un ancien mosan, cela sent le jouet, la réduction, le décor de train Marklin et miroir à souvenirs. Sauf qu’au bord, il n’y a pas que des pécheurs, mais aussi des téméraires assis à côté de leur bécane branchée, affiliée aux pratiques du fixing. Ce n’est pas grand-chose, mais une écriture plus loin, témoigne de l’appropriation des paroles de chansons pour exprimer le désir de partir voir ailleurs, de changer d’horizon (« nous nous en allerons »)… (PH) – Méli-mélo 1Saint Clair CeminA1One -

L’archéologie des ruminations chimériques

Je me suis retrouvé nez à nez pour la première fois avec une œuvre de Peter Buggenhout (Dendermonde, 1963) à la Galerie Saint-Hubert qui exposait de petits formats, dont un enfermé dans une cage transparente, et posé à l’étroit, sur les livres. En plein milieu du jeu de quille. Il y avait un contraste puissant entre cette image de chaos exténué et l’univers ordonné des ouvrages sur l’art. Ceci à l’occasion de la publication d’une monographie en anglais sur l’artiste au titre cinéphile : « It’s a strange, strange world, Sally » (D. Lynch). J’étais désireux d’en voir un peu plus, ce qui est possible actuellement à la Maison Rouge. L’effet est assez étrange. Il y a un certain plaisir à aller vers ces œuvres, elles, elles correspondent à une attente : c’est peut-être exactement ça que l’on attend d’une sculpture (monumentale ou non) agrégeant des déchets, des objets au rebut, des déjections, des matériaux de constructions disparates, de l’hétérogène merdique. Dans l’aboutissement d’une telle démarche, il y a évidemment de la beauté : dans le raisonnement, dans la logique, dans la démarche menée rigoureusement à terme, dans la réussite de l’intention et l’adéquation entre idée et résultat. (C’est pour cela que j’ai tendance à prendre mes distances avec une théorisation esthétique qui prétend que l’art moderne met « en déroute la catégorie de beauté » (M.B.Kacem) ; il présente souvent d’autres facettes de la beauté, Duchamp, quand on y pense, c’est très beau, très fort …) Mais j’avoue que, peut-être parce que je me suis mal comporté face aux œuvres, les commentaires que je peux lire à leur propos suffisent à décrire ce que j’ai vu et senti. Comme s’il n’était pas nécessaire de faire l’effort de trouver ses propres mots pour rapporter une expérience personnelle. L’artiste travaille des séries à l’intérieur desquelles chaque nouvelle pièce reçoit son numéro. Il y a la série Gorgo, crins et sang séché, variation sur le thème de la Gorgone, cette créature mythologique qui pétrifie quiconque regarde ses yeux surmontés d’une chevelure grouillante de serpents (relire Didi-Huberman à propos de Aby Warburg et les serpents dans certains rites indiens). Ici, objets rituels pour habituer le regard à scruter l’informe comme il doit s’accoutumer à l’obscurité pour y distinguer autre chose que néant et désastre. Avec The Blind Leading the Blind, on dirait trois énormes moteurs cassés disposés pour autopsie dans une salle à l’éclairage clinique. Pourquoi ont-ils cessé de respirer ? Des moteurs archaïques qui évoquent des blocs compressés d’entrailles recouverts d’une épaisse mousse brune, verdâtre, poisseuse à force d’avoir séjourné dans les profondeurs. Ce sont des magmas de poussières étouffant et brisant des structures de différents matériaux. Venus des profondeurs abyssales ou parties détachées de vaisseaux jusqu’ici exilés dans l’espace ? Des blocs spongieux séchés, durcis. Comme on le dit systématiquement, ce sont des objets dédiés à l’archéologie sans que l’on sache s’ils témoignent du passé, du présent ou de l’avenir. Des rêves de vaisseaux spatiaux construits de bric et de broc envoyés dans le futur et qui reviennent s’échouer en morceaux éreintés, rongés par le temps. L’imaginaire construit bien ses moteurs fantasques – ce qui l’alimente – en assemblant virtuellement de la sorte des planches, des vis, des grilles en fer, des fils de fer, de la mousse d’isolation, tout ce qu’elle trouve et qu’elle réunit en organismes chimériques compactés. Dont gisent ici quelques pièces. What the Fuck, est une grande pièce dont la genèse débute en 2004 et que l’artiste finalise sur place à la Maison Rouge.  Là aussi elle évoque une embarcation chimérique échouée ou écrasée, explosée et retombée au sol, le corps d’un engin loufoque conçu pour s’échapper, changer de monde et de dimension (comme ces machines dérisoires que l’on crée en jouant ou qui sont au centre de fictions pathétiques et qui sont censées rendre possibles le voyage à travers le temps et la matière) qui ne pourra plus jamais servir. Désastre qui nous cloue au sol. Enfin il y a la série consacrée au Mont Ventoux que le petit guide d’exposition nous dit être faites « à partir d’estomac et d’intestins de vaches » et « en référence au texte de Pétrarque ». Si les petits guides de la Maison Rouge sont en général bien foutus, en l’occurrence il faut beaucoup chercher le lien entre ce Mont Ventoux et Pétrarque. Sauf à considérer qu’il effectue l’ascension du Ventoux en ruminant, littéralement absorbé par la rumination de lectures sur la meilleure orientation à donner à sa vie. Il marche, il escalade, et il semble surtout pétrir, se débattre avec une matière intérieure, malaxer la forme de son être. Il porte son destin comme s’il s’agissait d’un énorme caillou fait de ses tripes, ses entrailles enveloppées de membranes parcheminées, rigidifiées. Ces pierres froissées, concrétions intestinales de ses pensées du haut desquelles il s’offre les plus belles vues sur la civilisation. A-t-il seulement réellement fait l’ascension de la montagne ? N’est-ce pas qu’une posture pour dénoncer la bêtise de se rapprocher de la sorte du ciel au lieu de se consacrer à l’étude des textes ? Ces drôles de rochers sont l’empreinte de son désir tourmenté de montagne, désir d’épouser l’ascension spirituelle la plus glorieuse (détachée). Le moulage de ses pensées ruminées sous la pression du devenir montagne qui les ensevelit. Relations troubles entre intérieur et extérieur. Ces formes sont fichées sur des piquets et des drapeaux qui servent à marquer les chemins même quand ils disparaissent sous une épaisse couche de neige et évitent de s’égarer vers le vide (à quoi sert aussi partiellement la rumination). (PH) – Maison Rouge -

Célébrités, chaudes ou froides

(Instantané.) - Célébrité politique – Il est toujours surprenant et intriguant de se trouver nez à nez avec une célébrité, un personnage historique que l’on a vu et entendu abondamment dans les médias. Même si on n’a jamais éprouvé de sympathie pour lui – et, le cas échéant, même, plutôt des sentiments négatifs -, on peut être pris de court. Enfin, c’est mon cas. J’aperçois Jacques Chirac. Il sort d’un bistrot, il est reconnu par de jeunes touristes, il sert des mains, accolade, il pose pour des photos. Comme on l’a souvent vu faire, ce qu’il fait de mieux peut-être, sa manière de faire de la politique. Sa voiture est garée le long du trottoir, le chauffeur attend, le garde du corps ne le quitte pas d’une semelle. C’est un vieux monsieur élégant, affable, entouré d’importance. Il a été, il est aujourd’hui plus ou moins retiré du combat, il a quitté l’arène, j’ai tendance à l’assimiler à une histoire terminée, faite d’anecdotes, de petites phrases. En même temps, malgré un imperceptible vacillement dans la volte face que son personnel lui impose en douceur, et qui dénote une faiblesse dont l’animal politicien était dépourvu, on sent un personnage qui a transformé l’étoffe conférée par l’exercice du pouvoir à un haut niveau en vêtement naturel, reflet  d’une vie et d’une expérience réservée à de rares personnes (quoi qu’on en pense, n’est pas président de la République qui veut), où il faut faire preuve d’une endurance et d’une stratégie à long terme dans le relationnel, l’influence, le calcul, la construction d’un réseau et la rhétorique. Rouerie et panache, hold up sur les voix électorales à la  force du bagou. Comme certains acteurs ou certains sportifs, on sent, on voit que ce genre de dirigeant n’a pas vécu dans le même monde que nous, qu’il n’y vit toujours pas, jouissant d’une retraite d’exception. Ce n’est pas tous les jours que l’on peut admirer une telle qualité de costume porté aussi simplement, élégance événementielle évoquant celle de grands bandits, de "parrains". Retiré de la course, tout cela semble alors "gratuit", anodin, mais ce sont les vestiges racés d’une machine à gagner, à séduire, à grignoter des adhésions électorales. Un vrai édifice historique dans son costard classe, auréolé de sa popularité plus directement utile, mais faisant office tout de même d’une sorte de protection, et entretenant – des deux côtés – celles qui donnent et celui qui reçoit – une nostalgie, la preuve qu’il y a eu une sorte de gloire. C’était un être complétement déterminé par l’ambition, le voici qui a le charme du superflu, grand homme que le hasard exhibe dans les rues ordinaires. Un magnifique paraître. – Citation à propos du paraître et du superflu :  "Le superflu que l’on trouve aussi bien dans l’architecture urbaine que dans les formes animales doit donc être situé sur le champ d’une présentation ou ostentation de soi-même qui n’a pas d’utilité immédiate et doit être comprise primairement comme issue d’un "besoin" ou d’une "aspiration" à manifester ce que l’on est au lieu de simplement "être" ou "exister" (un "besoin" qui ne peut être compris sur le mode déficitaire du "manque"). Et, comme on l’a vu, cette présentation de soi peut avoir lieu même en l’absence de tout regard spectateur. peut-on dire alors qu’elle serait "gratuite"? Ce mot, qu’il m’est arrivé d’employer, risque de réintroduire la notion d’un "supplément esthétique" ou d’une "pure dépense". L’autoreprésentation n’est pas gratuite dans la mesure où elle reste liée à une finalité : elle exprime la raison d’être d’un édifice, et sa beauté réside précisément dans le fait que cette finalité (cette téléologie) est rendue visible et transparente. Le "superflu" n’est donc nulle part ailleurs que dans l’énigmatique et presque abyssale liaison de l’être et du paraître (le "redoublement originaire"). Dans le fait que cela ne suffise pas de simplement "être", et qu’il faille aussi le faire paraître, le montrer, l’afficher (par la médiation d’un langage de formes qui est assez universellement compréhensible)." Jacques Delwitte, "La manifestation de soi", La Découverte, 2010.  – Célébrités littéraires. – Un peu plus loin, il y a l’hôtel où est mort Oscar Wilde et où Borges a séjourné et écrit. C’est agréable d’y penser, de se recueillir, si  leur esprit est trop vaste pour séjourner exclusivement dans ce genre de lieu commémoratif, il en subsiste ici certainement quelques particules! L’intérieur de l’hôtel, d’époque, est plein de recoins, de couleurs assourdies, d’éclairages indirects, d’ombres et d’épaisseurs, de conforts et de sensualité, on pénètre dans sa phrase est complexe, travaillée, baroque, en sentant nettement un écart se creuser avec l’extérieur, ce n’est pas le même air que dans la rue, on est ailleurs. Heureusement, le Restaurant a su engagé un chef qui réalise une cuisine raffinée, que l’on peut prendre comme hommage aux styles fameux des grands écrivains qui font la réputation du lieu. La créativité reste logée dans le logis. Cette cuisine est simple (sa richesse et complexité est intériorisée, décantée), lumineuse et parfumée, elle se déguste « religieusement ». Particulièrement ces formidables crevettes servies crues, qui cuisent légèrement dans le bouillon épicé que l’on verse dessus (très belle association, colorée qui plus est, du frais océanique et du souffle chaud floral, l’ensemble faisant un effet de surprise réjouissant) et le dessert raffiné, dentelle de biscuit croustillant remplie de crème pâtissière très fine, poutrelle délicate où s’alignent des fraises des bois accompagnée d’un sorbet de noix de coco. – Célébrité à tuer – Après la rencontre avec un quasi-fantôme élyséen (Chirac), les libations délicates traversées de l’ombre de deux grands écrivains, quoi de plus réjouissant que l’assassinat de Tintin et Milou, définitif, enfin représenté  (dessin de Sean Hart) et donc de l’ordre du possible. Qu’on nous en débarrasse.  (PH)

Quichotte dans le vent

Albert Serra, « Honor de cavalleria », 2006, VH0450

Albert Serra, « Honor de cavalleria », 2006, VH0450

Si la légende de Don Quichotte ne cesse de nous travailler et de revenir, c’est qu’elle est bien ce que nous montre ce film, celle d’un esprit intranquille, intemporel, qui bat la campagne, ruminant les moyens d’en finir avec le mal et se préparant à l’apothéose définitive du bien. C’est une ambition qui exige que l’on s’y prépare corps et âme dans la retraite et la veille continue bien plus que par les épreuves chimériques que s’impose le chevalier. Don Quichotte, c’est avant tout un état d’esprit, une névrose utile avant d’être un roman picaresque. C’est une béance dans notre normalité, béance que filme Albert Serra. Quichotte n’est jamais au repos, même s’il semble contemplatif. Il est toujours tendu vers son idéal, inquiet, toujours aux aguets, toujours en train de combattre. C’est ce qui confère à ses moindres gestes modestes, une dimension incantatoire, signes de sourds-muets vers les forces du destin qui se manifestent dans la lumière, les bruits et odeurs de la nature, l’être de Dieu.

Ce que l’on sait de plus évident sur ce film est, d’une part, qu’il a été tourné avec un petit budget et d’immenses acteurs amateurs et que, d’autre part, le réalisateur, malgré son intention de départ, n’a effectué aucune transposition littérale du roman. Il ne faut pas chercher ici une adaptation littéraire, quelque chose qui rappellerait l’histoire lue et offrirait une incarnation réussie des personnages et de leurs exploits les plus emblématiques. Mais c’est bien un film littéraire, le film d’un lecteur qui a profondément mastiqué le texte pour en garder les fibres essentielles. Un lecteur cinéaste qui ne plonge pas sur les aspects les plus visuels (ah, réussir, rendre « réaliste » la scène des moulins !) mais au contraire représente ce qu’il y a de moins cinématographique, le souffle qui court entre les lignes, le vide de la folie, l’insaisissable de l’errance. Le formidable appel d’un Age d’Or dans lequel baigne Quichotte et qui l’aspire. Il ne s’agit même pas de montrer des êtres indécis, désoeuvrés, désorientés. Pas du tout, ce vide et cette errance les remplissent pleinement d’une occupation comme sanctifiée, chevaleresque. D’une mission. On les voit souvent assis dans l’herbe, à l’ombre ou au soleil, déambuler par monts et par vaux, au gré du vent, cherchant à lire la nature, à interpréter les signes, le bonheur d’être simplement là, le malheur de ne pouvoir atteindre le but. La caméra est régulièrement proche du sol et accompagne le duo légendaire à distance, comme les épiant à travers les graminées roussies par le soleil, avec des jeux subtils de flou. Tantôt le fil des herbes est tranchant, lumineux, superposé aux silhouettes floues des héros, ectoplasmes blancs. Tantôt, le rideau épars de pailles fines se transforme en halos lumineux protégeant les silhouettes précises des deux chercheurs. On dirait que c’est le paysage qui filme et raconte ses relations secrètes avec ces deux-là.  Ils se reposent, se reconstituent, dorment et rêvent dans ce qui ressemble à nos terrains vagues, ces lieux d’évasion où l’on peut trouver une vieille armure et s’en parer, ces lieux non quadrillés par la loi où se réinventer. La mouvance des corps et des esprits dans ces lieux d’écart est fascinante d’apesanteur, d’atemporalité. À partir de ces zones de bivouac, Quichotte et Sancho s’immergent dans la nature immense, vierge, forêts sombres, boccages, montagnes, torrent, c’est tellement vaste qu’ils n’y laissent aucun sillage. Ils se perdent sous un soleil tapant, assommant, à perdre la tête, à faire renoncer les plus courageux. Leurs trajets sans carte, sans orientation précise les font paraître perdus dans un labyrinthe mental sans fond. La force motrice est la relation entre les deux êtres, l’un qui tire, en élevant l’attention vers le ciel, la beauté, la voie de Dieu et l’autre qui pousse avec sa force terrestre, ses bricolages, sa main d’œuvre pratique et poétique. Ils sont indissociables, c’est l’amitié improbable.

Est-ce que l’on s’ennuie devant un film aussi lent et aussi dépouillé d’actions (mais la narration est bel et bien effective) ? Il faut regarder, plan après plan, comme on regarderait une peinture évoluer. C’est une succession de tableaux minutieux, les compositions sont très plastiques, plasticiennes, dans la manière de montrer les corps en vadrouille, en détresse, si superflus et tragiques à la fois, mêlés si intimement à la nature, aux herbes, au ciel, aux troncs d’arbre, à l’eau de la rivière, la rudesse des vies sous des lumières très lisses. Au contraire, les formidables scènes nocturnes se caractérisent par leur grain friable. Noir sur noir, ombres, silhouettes, indistinction entre le vivant et le mort, entre l’humain et le végétal, entre la terre et le ciel. Et puis il y a la lumière blafarde du petit matin où les deux corps abîmés dans les herbes hautes, ensevelis, figés, ressemblent aux dépouilles éparses sur un champ de bataille anonyme, victimes de leur rêve, tombés du ciel.

Comment cette solitude minérale se tient, n’abdique jamais, et monte à la tête, fait épanouir le désir d’en découdre, on le voit avec cette superbe scène où le vent démonte la nature. Exactement ce que l’on peut tous connaître quand, sous un un mistral incessant, on commence à entendre des voix et que la conscience sort de ses gonds. Le vent qui exacerbe la démence et fait monter la colère. Quichotte alors flirte avec des ennemis invisibles, rapière à la main, usé et souple, sur le qui vive. Il danse, esquive, cherche à localiser l’adversaire et à porter l’estocade, il sent qu’une armée entière l’encercle, l’armée du mal. Il semble touché, blessé, va-t-il choisir de s’effondrer ? Magnifique vision quand il descend dans l’oliveraie démontée, agitée, comme une troupe de soldats alignés, impatients d’en découdre, acclamant un général. Clameur, affrontement, épuisement, c’est sans fin, lancinant. Voilà, on se bat tous contre du vent, du vide, c’est dit, c’est montré, ça prend, ça épuise. Le lyrisme ralenti de ces images est éblouissant. De même, avec trois fois rien, quel effet merveilleux que cet arbre qui se met à trembler, à secouer un feuillage illuminé, et à subjuguer comme une apparition divine.

Plusieurs super productions qui ambitionnèrent de restituer de manière « fantastique » le chef d’œuvre de Cervantès se sont cassé les dents. Ici, avec économie, ingéniosité et savoir-faire, le réalisateur montre, magistral, l’âme de Quichotte, le vide et sa souffrance. L’isolement dans l’honneur démesuré, l’enfermement dans une sorte de « réserve d’Indiens », menant tout droit à la cage où l’on enferme les bêtes curieuses. (PH)

- Autre film d’Albert Serra chroniqué par Comment7, Le chant des oiseaux, improvisation sur le thème des Rois Mages. – En médiathèque -