Fabrice & Julien (alias Zoom) collent au mur une image politique. L’intention est d’attirer l’attention, en zoomant une particule visuelle tellement prégnante et banalisée qu’on ne la voit même plus – une image ayant scandalisé à l’époque et aujourd’hui totalement inoffensive, quasiment effacée par la surenchère de gros plan et d’explicite -, sur le flux d’images qui bombardent le cerveau en permanence, toutes poussières iconiques se voulant absolument essentielles, à l’exclusive de toutes les autres, issues en droite ligne de l’image première, originelle, de « l’origine du monde », du tout premier big bang télévisuel. L’intervention consiste à reproduire grandeur nature une reproduction de « L’origine du monde » dénichée sur Internet, à simplifier les nuances de manière à faire ressortir une trame plus robotique, à rendre perceptibles la structure pixellisée – ce maillage en pixels étant la marque technologique d’une contamination audiovisuelle plus intense et aussi rapide que l’éclair, traversant les corps sans qu’ils s’en rendent compte -, et à reproduire le tout en mosaïque sur le mur. Cette mosaïque est constituée de carrés de fromage, jambon et pain emballés de cellophane, la toison cachant le sexe en imitation (je crois) de chocolat. Un choix de matériaux soulignant que les images se bouffent envers et contre tout, avec ou sans appétit. Politique du gavage.– Je me suis d’emblée souvenu d’un autre travail sur « L’origine du monde », effectué par une classe du « 75 » (école d’art bruxelloise). Le professeur (Jean-Pierre Scouflaire) avait soigneusement découpé une reproduction de l’œuvre en parcelles géométriques égales qui faisaient « disparaître » la vue d’ensemble et son identité. Chacun se retrouvait avec un fragment abstrait sans possibilité de « reconnaître », de comprendre de quel tout il provenait. Il était alors demandé aux élèves d’interpréter ou reproduire, dans la technique de leur choix, ce qu’ils voyaient sur leur morceau d’image en fonction de la compréhension qu’ils en avaient. Ces fragments étaient ensuite assemblés, reprenaient leur place dans le plan initial, et étaient censés reconstituer l’image originale ! Bien entendu, le résultat n’avait rien d’une copie conforme, ne ressemblait pas à la toile de Courbet ! Il s’agissait d’une œuvre plurielle, faite d’images différentes sans raccord harmonieux, et pourtant, d’une certaine manière cela restait « L’origine du monde ». C’est une toute autre politique de l’image. Elle invite à une dynamique créative, à travailler les images, à s’emparer des bribes, particules et pixels, les transformer, les interpréter. Le danger étant de laisser en l’état un flux saturant, sans réagir, sans contre-proposition, sans appropriation singulière, ou de sen tenir à une dénonciation. Cette proposition en milieu scolaire se situant du côté de l’optimiste déchanté : quel que soit l’envahissement des images extérieures, il est toujours possible de détourner, déplacer, recréer des parcelles personnelles, de préserver de petits espaces où créer, respirer. En rendant étrange ce qui nous colle à la peau et au cerveau à force d’une trop grande familiarité (ne respectant même plus l’élémentaire espace privé imaginaire !). (PH) Autre Blog – Gustave Courbet en médiathèque -
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hello pierre
ce qui est interpelant en voyant ce truc c’est les tags sauvages, le circuit parallèle, les signatures “on est là” qui se déversent (c’est le cas de le dire) comme des coulées, mais à la fois assez respectueuses au final ici (j’ai des potes qui en ont raz le bol d’avoir ce genre de signatures sur leur camion). Sinon prendre l’art (ou une peinture) comme sujet de son travail c’est un syndrome du XXème siécle faut s’en rendre compte. L’exemple ici est pas mal et assez caustique, bravo aux types qui ont fait ça et bravo à toi de le relayer. C’est au final assez pessimiste et oui ça reflète bien un monde et une existence vouée à sa décrépitude.
Bertrand
Ps: t’as gouté le chocolat ? c’est un anti-dépresseur il paraît…
J’ai pas tâté du chocolat, pas certain qu’il soit vraiment comestible…
ça reste surprenant effectivement ce flot de signatures, de plus en plus partout, plus seulement en ville, c’est quand même une sorte de cri malade, de perte de soi, la seule chose à quoi se raccrocher!? – j’évalue difficilement leur qualité artistique – pour les camions, c’est dingue, dans certains quartiers, ils sont tous décorés, systématiquement! ça reste quand même partiellement un envahissement…
je continue à observer et enregistrer les trucs vus sur les murs, papiers collés, pochoirs, difficile là aussi de parier sur leur valeur artistique, ce sont des signes dans l’espace public…