Le poster. C’est Daniel Daniel qui a réalisé le poster de La Sélec N°9. Il a reçu des colis de CD et DVD contenant toutes les musiques et tous les films sur lesquels les rédacteurs étaient en train de plancher. En déballant ces paquets, sons et images se sont envolés dans son intérieur comme autant de bestioles étranges, inattendues, intempestives, ne restant pas en place… (« La Sélec, disait un journaliste dans l’émission « Le monde est un village,, ça tire dans tous les sens ».) Pour les rattraper, éviter qu’elles prolifèrent librement partout ou, plus embêtant, qu’elles se cassent ailleurs, il fallait s’en emparer, par l’oreille, les yeux, les sens. Il les a poursuivies comme l’on fait pour une chasse aux papillons, image peut-être brutale (sauf à penser cette chasse à la manière de Georges Brassens) mais la collection d’insectes a constitué une méthode utile pour découvrir, connaître le vivant. Il a usé de cette méthode pour identifier chaque musique et chaque film, en capter une image qui la représente au mieux, et les ranger épinglées dans une boîte entomologique en tentant une classification. Voilà une belle méthode, entre artisanat et science du vivant, pour organiser un déboulé déroutant de contenus culturels qui ne tiennent pas en place. Il faut en fixer une idée, risquer une première taxinomie. On fait tous plus ou moins pareil, en rattachant ce que l’on reçoit de nouveau à ce que l’on connaît déjà un peu, en cherchant des familles, en esquissant une collection… La soirée. La Sélec en soirée s’associait à une soirée consacrée au label Humpty Dumpty à l’Eden (Charleroi). En ouverture, le trio K-Branding. Ce sont des segments sonores sans réel début ni fin. Ça surgit ici et ça s’esquive là-bas. Mais « avant » et « après », « en-dessous » et « au-dessus », ont autant d’importance, ça sonne dans ce que les musiciens jouent au présent, c’est dans le volume (la spatialisation). Les différents segments ne se suivent pas comme une suite de morceaux. Ils se superposent, s’imbriquent. Il y a une trame, une construction, une intention formalisée, rigoureuse et projetée. Mais la musique se constitue de l’énergie qui fait tenir ensemble les parties assemblées. De l’énergie pure organisée – ritualisée - par le saxophone, le guitariste, le batteur. J’ai vu/entendu dans le genre des assauts plus puissants (God, Chamaeleo Vulgaris…), mais ça fait du bien de voir un jeune groupe aller dans cette voie, jouer cette liberté, sans carcan, sans début ni fin. (Lire texte de Yannick Hustache). Carl enchaînait et, en même temps qu’il réglait le son, son monde de cartons, colorés, décolorés, carnaval permanent fatigué, envahissait la scène. Le set démarre sec, montant vite en régime dans une rudesse secouée que l’on ne peut totalement prévoir à l’écoute du CD. Ni slam, ni rap, ni chanson à texte, Carl déballe ses textes dans les écarts énergétiques entre ces différents manière de dire et chanter, s’en inspire mais file dans une direction personnelle. La plupart des textes sont ceux du CD, on les reconnaît, la diction permet de les comprendre, de suivre le flow articulé d’images et de sens, et pourtant tout semble surgir à l’instant, s’écrire à l’instant sur scène, il les recrache selon une spontanéité vibrante, accroc. Violon, trompette, électro, la conception est fine, intelligente, mais la manière de jouer est heurtée, appuyée, rentre dedans, un peu crade, crapuleuse, avec présence décalée. Ils jouent à crin et à cran. Les mots catapultent le privé et le public, l’intime et le familier, la recherche de tangentes dans un monde où tant de forces – télévision, médias, Internet, l’air qu’on respire – nous disent ce qu’il faut être, comment rêver et comment jouir, où tant de vacuités envahissent nos désirs et pensées. Carl rejoue en sueur et sang l’actualité du superficiel et du fond, de l’apparence et de l’essentiel, à couteaux tirés. Un superbe chaos fluide, cru et speed, alternant crash et évasion mirifique, une respiration. Laissant derrière elle un massacre d’envahisseurs ternes et tenaces – le tondeur de pelouse, le toutou colporteur – , qui se relèvent aussitôt et contaminent tout ce qu’ils touchent, s’installent dans le mental. D’où la dureté du flux et des balancements de la techno garagiste, du bon cambouis sonore, pour décrocher les tiques de la modernité marchande (tout autant les tics et les TOC). (Lire chronique du CD) Une belle soirée dont je n’ai vu qu’une partie… (PH) – Le sommaire de La Sélec 9 – Label Humpty Dumpty, interview - L’Eden -
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ai découvert carl sur cd par discobus interposé
s’il est aussi bon sur scène que sur disque…
çà doit être qq chose !
vivement qu’il passe par arlon (pourquoi pas l’entrepôt?)
une belle claque en tout cas!
bonjour
ça dépend comment on l’aime! j’aimais le CD mais le “direct” donne une puissance un peu braque, comme spontanée, comme bricolée génialement, là, sous nos yeux…
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