Old Time Relijun, “Catharsis in Crisis”, XO2450
L’énergie foisonnante de ce groupe (via l’irradiation de l’imaginaire d’Arrington de Dyonisio) est fascinante. Le côté blues étripé, brutal, primal, tribal, est forcément au centre des commentaires et chroniques (il est jubilatoire de le traduire en mots). Mais le caractère explosé suicidaire est contredit par une rigueur, une fidélité dans la ligne, une insistance à célébrer tous les contacts avec les forces animées. Ce n’est pas simplement de l’énergie dégagée, jetée, libérée (gaspillée). La filiation (hard) blues ne semble pas correspondre au désir de se rattacher strictement à cet héritage. Le groupe exprime une sauvagerie plus universelle, plus ancienne, et les références au théâtre de la cruauté d’Artaud sont aussi pertinentes que celles tournées vers l’héritage du rock. Tous les rites païens sont évoqués. Retour vers un monde enchanté, où les dieux n’étaient pas morts, où tout restait possible. Voilà pourquoi cette musique rude, agitée, ne me semble pas agressive mais comme aspergée du sang sacrificiel de la renaissance, dégoulinante de positif, pleine de couleurs et de lumières primaires, enivrée de piétiner le vin de l’espoir. Elle a quelque chose d’archaïque. Sa névrose n’est pas dans la perte de croyance s’exprimant dans une forme violente et destroy, mais dans cette manière inattendue de croire, de réactiver un monde magique. Je sais pas, chaque fois que je l’écoute, je pense à ce roman de Gore Vidal, biographie de l’empereur Julien qui essaya de protéger les anciennes cultes contre la réduction à une seule religion! Il y a de ça, quelque chose d’impérial, de tourmenté mais solaire, et à contre courant. Et l’urgence, la seule ombre catastrophiste tient à une espèce de conviction que je qualifierais ainsi: nos facultés de recourir à des forces de catharsis sont en train de fondre comme neige au soleil, comment dès lors supporterons-nous notre condition terrestre?


1 réponse jusqu'à présent ↓
globeglauber // juillet 13, 2008 à 8:51 |
old time relijun, sur disques ça oscille (selon les albums, selon les morceaux) entre “vraiment pas mal” et “carrément très bien”…
mais, selon moi, ça reste avant tout un groupe de concerts (là pour le coup, ça fluctue entre “vraiment très bien” et “carrément bouleversant”)…
une p’tite bafouille sur leur dernier concert en date, il y a quelques mois, à recyclart:
> http://globeglauber.wordpress.com/2008/04/18/lendemain-de-la-veille-1-old-time-relijun/